Rousseau : le droit du plus fort n’existe pas !

justice aveugle

NOTES DE COURS DES TS1

1 Qu’est-ce que le droit ?

2 L’apologie de la violence : Calliclès, sophiste défend le plus fort dans le texte de Platon, GORGIAS

Les sophistes défendent leur propre opinion

thèse : quelle est l’opposition entre la nature et la loi et l’une est elle supérieure à l’autre ?

a)Justification de l’opposition nature/droit :

- selon la nature et selon la loi subir ou commettre l’injustice est laid

les_eclairs_02 – La loi naturelle est supérieure à la loi humaine :

b) apologie de la nature et critique de la loi humaine.

- Cette loi prône l’égalité pour abaisser les forts au niveau des faibles.

- Pour calliclés la justice réelle est la victoire du plus fort ce qui ce vérifie aussi bien chez les hommes que chez les animaux.

- La loi étant contraire a la nature un homme fort doit se lever en maître et doit faire régner la vrai justice.

3 le droit du plus fort n’existe pas : texte de Rousseau, Contrat social

Idée générale : y a-t-il une relation entre la force et le droit ? pour répondre a cette question Rousseau utilise l’expression, les mots « droit du plus fort ». En creusant la problématique du droit Rousseau montre l’inintelligibilité de l’expression « droit du plus fort » qui ne veut rien dire et cependant constate son efficacité pratique

Le plan de l’auteur 2 arguments :_2009-05-06-16-40-38_8196493

1er argument : Définir radicalement les 2 mots : la force (Que la Force soit avec toi !) est une puissance physique et le droit est de l’ordre de la moralité : nous exigeons du droit qui soit conforme a l’idée de la justice c’est à dire qu’il soit conforme au bien moral.

Pour montrer que le droit ne peut pas être fondé par la force Rousseau va utiliser un deuxième argument : le raisonnement par l’absurde lui permet d ‘étudier les conséquences opposées de la force et du prétendu pouvoir

ben_laden2ème argument : les conséquences de la force

Face à la force on doit céder, on est dans l’ordre de la nécessité. La force est une contrainte physique.

A l’inverse le droit relève de la volonté, du choix. On a le choix d’obéir ou de ne pas le faire. On obéit par devoir.

Explication détaillée :

Pour contester que l’on puisse fonder le droit sur la force il utilise comme argument la notion de relativité de la force. Au sens physique la force est relative il n’y a pas de force absolue, toute force n’est forte dans un rapport.

Comment faire pour être toujours le plus fort ?

La force est incapable de fonder un droit c’est à dire un ordre immuable, absolu.

Pour faire en sorte que la force se « masque » on légitime la force.

109

exemples : les emblèmes, les institutions, les signes de prestige, tout ce qui fait qu’un homme se pare de déterminations morales pour maintenir et perpétuer son pouvoir.

C’est la même démarche que le plus fort doit opérer de l’obéissance, c’est à dire de la contrainte en devoir à l’adhésion volontaire.

Face à la force la prudence consiste à céder, à laisser faire, c’est une mesure de retrait ou de moindre mal face à une situation incontournable.

« Le droit du plus fort » est une formule embrouillée à dessein pour faire illusion. Elle ne résiste pas à l’examen critique puisqu’elle ne signifie rien d’autre que la relativité et l’instabilité de la force. Rousseau vise le philosophe Hobbes qui prétendait que l’état de nature des hommes était la guerre de tous contre tous :« l’homme est un loup pour l’homme ».A l’état de nature les hommes ont le droit de tout faire mais ils se heurtent les uns aux autres.

La seule solution pour établir la paix sociale c’est de s’unnir autour du plus fort, d’abdiquer tous ses droits entre ses mains (L’état Léviathan). Rousseau ne nie pas la domination du fort sur le faible, c’est ce qu’il appelle un fait ( « droit réellement établit en principe »), mais il s’agit d’une tromperie, d’une usurpation. Le moyen de réaliser cette étrange alchimie, cette illusion, de manière la plus astucieuse c’est de convaincre, voilà pourquoi le plus fort s’en remet au discours et non à la force nue.

L’expression « droit du plus fort » n’est qu’un mot. Mais c’est un mot qui a plus de force que la seule puissance physique. Il s’agit pour le plus fort de justifier sa propre force. Le plus fort va-t-il réussir à convaincre? Si oui il pourra se permettre de ne plus utiliser la violence. Si sa tentative échoue il lui sera impossible de faire régner sa force. Le but du philosophe n’est pas de justifier le discours du violent mais de le supprimer. La philosophie est un dia-logue c’est à dire que l’on reconnaît à l’autre la qualité d’égal. Ce que la violence nie c’est ce rapport d’égalité et c’est cette logique qui fait qu’un ne doit pas dominer plusieurs hommes. Cependant la violence se contredit elle-même car elle doit sans-cesse se justifier pour s’imposer. Elle doit se légitimer sous la forme du droit qui succède à un état de fait. C’est là le signe de son insuffisance.

Pour contester la thèse du « droit du plus fort » en montrant que la force ne peut pas contrer le droit, Rousseau utilise un raisonnement par l’absurde. Il veut montrer que les conséquences de l’hypothèse sont absurdes (se contredisent) et donc que l’hypothèse est fausse.

Première conséquence : Qu’est-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse?

Les deux domaines sont irréductibles. C’est en les catégorisant que l’on comprend leur contradictions. Ici c’est la relativité de la force qui s’oppose à l’absolu du droit.

Deuxième conséquence : Sitôt qu’on peut désobéir impunément, on le peut légitimement.

Quand on obéit à la force, on est tenu par aucune obligation. Si on peut le faire sans encourir de punition, on le peut sans tomber en contradiction. Il faut bien distinguer :

  • Obéir par force, c’est la contrainte, c’est céder, c’est subir. Dans ce cas là nous ne sommes pas libres.

  • Obéir par devoir, c’est l’obligation morale, voulue, consentie. Dans ce cas là c’est un acte de volonté et de liberté. Ce n’est pas l’absence de règle mais l’obéissance à la loi que l’on s’est donné soi-même.

Ce qui fonde l’obligation d’obéir au sens moral, n’est en aucun cas la force. Rousseau montre l’enjeu pratique de cette expression, en effet il n’est pas juste, il n’est pas moral d’obéir au plus fort (ce n’est pas logique = logos) pourtant « obéissez aux puissances » est le maitre mot de tous ceux qui possédent le pouvoir. On nous invite sans-cesse à obéir. Sous cette invitation se masque la FORce!!! l’exigeance de celui qui veut se maintenir au pouvoir. C’est la conséquence du « droit du plus fort » qui nous trompe parcequ’en fait on ne peut pas faire autrement qu’obéir. Le précepte est donc  »superflu ».

Il y a une contradiction politique : c’est le problème de la légitimité du pouvoir qui doit être capable de se faire obéir. Si céder à la force ce n’est pas obéir, la force ne peut être le fondement du pouvoir légitime.

De manière ironique Rousseau dit que ce serait Dieu qui donnerait la puissance aux puissants, l’obéissance par force serait alors masquée, légitimée, c’est une allusion à une théorie historique : le pouvoir de droit divin.

L’argument du pouvoir qui vient de Dieu est pour Rousseau un sophisme (càd un raisonnement à l’apparence logique). C’est une référence au texte de St Paul « il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu ». L’aveu de Rousseau est ironique et suivit d’une objection : « mais toute maladie… ».

Si on admet que Dieu introduit le mal, du moins laisse faire la maladie comme il laisse faire le médecin, toute puissance vient de Dieu mais cela ne suffit pas pour dire que toute puissance est bonne. L’expression « toute puissance vient de Dieu » ne peut pas signifier obéissez, c’est Dieu qui l’ordonne.

Le second exemple est celui du brigand. Rousseau met directement en cause la question de la légitimité morale du pouvoir. L’argument est très ironique, qu’est-ce qui nous permet de dire que le monarque n’est pas un brigand puisque comme celui-ci il détient sa puissance de Dieu. Rousseau dénonce ici le fondement sacré du pouvoir politique.

Conclusion :

On n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitime, la question primitive revient toujours ! Cette question est celle de déterminer qu’est-ce qu’une puissance légitime? On n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes parce que l’obéissance et la contrainte s’excluent mutuellement. Il n’y a dans l’obéissance que la pure volonté d’obéir, il n’y a dans la contrainte que la pure nécessité physique. Il faut donc rejeter ce « galimatias » confus de forces morales de quelques noms qu’on les baptise sous ce « mot » de droit.

L’explication de Rousseau a permi de déjouer les pièges des mots qui dissimulent l’hétérogénéité essentielle de la force et du droit. Ainsi le droit du plus fort n’existe pas sinon à titre de justification secondaire et abusive qu’une prise du pouvoir par la violence.

Il reste à comprendre pourquoi cette justification théoriquement non fondée a toujours une fonction pratique.

Laisser un commentaire