Déplace le ciel

P1100621Leslie Kaplan,

Née américaine, elle vit actuellement en France. Militante industrielle des années 60. Depuis 1982, parution de son premier livre : L’excès usine. Elle publie, par la suite, de nombreux récits et romans.

Elise Vigier,

Travaille avec Frédérique Loliée → deux metteurs en scène qui créent en 1994, le Théâtre des Lucioles.

Déplace le ciel est le 3ème volet d’une même réflexion de l’auteur et des deux metteurs en scène. Les deux premiers sont Toute ma vie j’ai été une femme et, Louise, elle est folle.

Le thème commun à ces pièces est la féminité en proie au langage, à la folie, et le rapport à l’amour.

Déplace le ciel est une pièce sur l’amour, la peur et le désir. Elle problématise le monde actuel et les pensées faites de clichés, de préjugés et de valeurs télévisuelles.

C’est une pièce sur le désir de nouveauté, de changement, et sur les rêves. Il s’agit de deux femmes qui sont confrontées à l’absence d’un être aimé, d’une séparation qui a dut être douloureuse. Chacune s’y prend d’une manière différente, et évoque l’être aimé en rêve, en hallucination, en se débattant avec lui. Il y a des tensions entre les deux femmes, mais il y a surtout du conflit en elle même. Elle passe de représentation difficile et ancienne, à des représentations de désir et d’ouverture. Le contexte c’est l’époque ; une époque de guerre entre la fiction et le naturalisme. La fiction est dévalorisé, ce qui est mis en avant, c’est le direct, l’actu, la télé, et le moi, la société de consommation.

L’enjeu de la pièce est aussi le langage qui se déploie toujours à plusieurs niveaux ; il n’est pas seulement communication, et toujours adressé à l’autre.

Après avoir vu cette représentation, la plupart des élèves restent sceptiques. Beaucoup n’ont pas compris le but de la pièce, l’ont trouvé trop répétitive, avec pas assez de personnages (seulement deux sur scène du début à la fin), d’actions et donc de narration et de temporalité. Certains choix de mise en scène n’ont aussi pas été compris, comme le décor épuré qui, pour l’auteur représente une page vierge où tout s’écrit, où tout se crée. Les jeux de projections et de lumières ont cependant été appréciés

Néanmoins certains élèves on pu capter des éléments importants vus dans la description de la pièce et ont aimé cette représentation. Une élève qualifie même cette pièce de « nouveau théâtre » ; loin de ce qu’on a l’habitude de voir et d’étudier. « Cela peut être déstabilisant au début, mais ensuite on se prend au jeu, on peut se retrouver dans les paroles des deux personnages, dans leurs attitudes, et même si au premier abord on peut avoir l’impression que tout est inutile, avec un peu de recul on trouve du sens dans presque chaque mot, chaque geste, et c’est très fort. »

Le langage a une grande place dans l’œuvre, totalement déstructuré, les personnages s’intéressent sur sa définition même, en engageant toute une réflexion sur la vie, l’amour, la nature humaine… La philosophie est omniprésente à travers les thèmes abordés ; la manière de raisonner, la reconstitution ou la recherche du langage, les rêves, l’inconscient, le désir, la société actuelle, les médias et la notion de l’individu.

L’entretien avec Leslie Kaplan et les comédiennes nous a peut être mieux aidé à comprendre, à éclaircir certains points ou à les approfondir. Leslie Kaplan déclare par exemple : « Est ce nous qui faisons le langage ? Ou le mot était-il déjà là avant ? » On voit alors toutes les questions que se pose l’auteur et qu’elle souhaite illustrer par ses représentations théâtrales.

On peut conclure cet article par une simple question qui nous préoccupe souvent, qui devrait peut-être être plus posée et que les comédiennes se demandent fréquemment durant la pièce : « Pourquoi ?  »

Dans le cadre du dispositif Pac’art les élèves de terminale L2 accompagnés de leur professeur de philosophie étaient à Cavaillon, scène nationale, le 15 novembre à 20 heures 30.