Lettre à un astronome / comédien

Compte rendu de la sortie théâtre :

Les thèmes étaient très théoriques, une approche scientifique mais pas vraiment philosophique (retracer l’histoire en vulgarisant le coté scientifique, mais aussi l’histoire des religions, croyances) pas de projection de l’aspect philosophique  sur les sciences. Uniquement l’aspect religieux.

Les théories scientifiques ne nous permettent pas d’avoir la vérité mais seulement une approche de celle-ci. Est-ce que la démarche scientifique nous permet d’atteindre la vérité ? Est-ce que la recherche de la vérité par un raisonnement pur, n’est pas contradictoire car il faut avoir la foi en cela ?

La vérité, c’est une idée et nous supposons que tous les hommes possèdent.

Lorsque le comédien a évoqué qu’il y avait une partie en tout homme, qui était dans la croyance, et une autre partie qui était à la recherche de la vérité on peut le rapprocher du fait que la croyance vient des sentiments, du corps, et la recherche du vrai de la raison. L’homme n’est pas parfait au sens d’un être de pure raison. Bien penser, c’est la rationalité, c’est penser par la raison, par étapes (Descartes)

-    Le chercheur croit trouver quelque chose, la vérité.

-     C’est une passion qui anime le chercheur, un amour de la véri

 

Thèmes philosophiques que nous pensions aborder :

- La raison et la foi

- L’anthropocentrisme

- L’astronomie en tant que science : qu’est ce qu’une science, une démonstration, quel est le rôle de l’expérience ?

- Les sciences et les techniques, l’enjeu moral ?

- La représentation théâtrale de l’histoire des sciences

- La double face d’un même personnage représentant la raison et le sentiment (éclaircissement attendu)

- L’intérêt philosophique d’une réflexion sur l’astronomie ?

- Les sens sont-ils trompeurs ?

- Voit on la vérité a travers la lunette ?

- Pourquoi ne pas prendre plusieurs acteurs pour faire les différents rôles ?

- Quel est le rôle du caillou ?

- Notion de proportion par rapport à l’espace et au temps (représentation de tout l’univers sur une année)

 

La classe de Terminale S

Adressé à Jean Louis Heudier :

http://www.heudier.eu/

 

Y a-t-il un âge pour philosopher ?

 

 » La philosophie n’est véritablement qu’une occupation pour l’adulte, il n’est pas étonnant que des difficultés se présentent lorsqu’on veut la conformer à l’aptitude moins exercée de la jeunesse. L’étudiant qui sort de l’enseignement scolaire était habitué à apprendre. Il pense maintenant qu’il va apprendre la philosophie, ce qui est pourtant impossible car il doit désormais apprendre à philosopher. » Kant

 

 

Illustration de la correction de la première introduction de dissertation des Terminale L : La philosophie nous détourne-t-elle de la vérité ?

Gorgias, titre du dialogue de Platon traite de la rhétorique des sophistes. Ce dialogue fait parler Calliclès un sophiste, et Platon. Idée générale : la philosophie est une occupation divertissante, amusante pour les jeunes mais elle doit laisser place à une activité plus noble qui est la politique : la politique est-elle plus sérieuse que la philosophie ? Y a-t-il un âge pour philosopher ?. Pour les sophistes, ce qui est important c’est la réussite (au sens sociale et financière).

Philosophaille = action des hommes qui font de la philosophie une activité infantile. 

 

« […] faire de la philosophie, c’est un bien, aussi longtemps qu’il s’agit de s’y former ; oui, philosopher, quand on est adolescent, ce n’est pas une vilaine chose, mais quand un homme déjà assez avancé en âge, en est encore à philosopher, cela devient, Socrate, une chose ridicule. Aussi, quand je me trouve, Socrate, en face d’hommes qui philosophaillent, j’éprouve exactement le même sentiment qu’en face de gens qui babillent et qui s’expriment comme des enfants. […] Quand je vois un jeune, un adolescent, qui fait de la philosophie, je suis content, j’ai l’impression que cela convient à son âge, je me dis que c’est le signe d’un homme libre. Et au contraire, le jeune homme qui ne fait pas de philosophie, pour moi, n’est pas de condition libre et ne sera jamais digne d’aucune belle et noble entreprise. Mais si c’est un homme d’un certain âge que je vois en train de faire de la philosophie, un homme qui n’arrive pas à s’en débarrasser, à mon avis, Socrate, cet homme-là ne mérite plus que des coups. C’est ce que je disais tout à l’heure : cet homme, aussi doué soit-il, ne pourra jamais être autre chose qu’un sous-homme, qui cherche à fuir le centre de la cité, la place des débats publiques, « là où, dit le poète [Homère, Iliade, IX, 441], les hommes se rendent remarquables ». Oui un homme comme cela s’en trouve écarté pour le reste de sa vie, une vie qu’il passera à chuchoter dans son coin avec trois ou quatre jeunes gens, sans jamais proférer la moindre parole libre, décisive, efficace. »

Platon, Gorgias, 485a-485e

 

Épicure à Ménécée, salut.

Quand on est jeune il ne faut pas remettre à philosopher, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser de philosopher. Car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme. Or celui qui dit que l’heure de philosopher n’est pas encore arrivée ou est passée pour lui, ressemble à un homme qui dirait que l’heure d’être heureux n’est pas encore venue pour lui ou qu’elle n’est plus. Le jeune homme et le vieillard doivent donc philosopher l’un et l’autre, celui-ci pour rajeunir au contact du bien, en se remémorant les jours agréables du passé ; celui-là afin d’être, quoique jeune, tranquille comme un ancien en face de l’avenir.
Par conséquent il faut méditer sur les causes qui peuvent produire le bonheur puisque, lorsqu’il est à nous, nous avons tout, et que, quand il nous manque, nous faisons tout pour l’avoir.
Attache-toi donc aux enseignements que je n’ai cessé de te donner et que je vais te répéter ; mets-les en pratique et médite-les, convaincu que ce sont là les principes nécessaires pour bien vivre.

Épicure, lettre à Ménécée

 

L’étonnement

« Ce fut l’étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, ce furent les difficultés les plus apparentes qui les frappèrent, puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils cherchèrent à résoudre des problèmes plus importants, tels les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des étoiles, enfin la genèse de l’univers. Apercevoir une difficulté et s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance (et c’est pourquoi aimer les mythes est, en quelque manière se montrer philosophe, car le mythe est composé de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu’ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire. Ce qui s’est passé en réalité en fournit la preuve : presque tous les arts qui s’appliquent aux nécessités, et ceux qui s’intéressent au bien-être et à l’agrément de la vie, étaient déjà connus, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Il est donc évident que nous n’avons en vue, dans la philosophie, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons homme libre celui qui est à lui-même sa fin et n’existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit libre, car seule elle est à elle-même sa propre fin. »

Aristote, Métaphysique A

Éléments de correction pour ce texte.

Idée générale et argumentation.

Aristote s’interroge sur la définition de la philosophie. D’une part il détermine l’origine, d’autre part la finalité de cette discipline qu’il place au rang des sciences et dont la spécificité est d’être libérale. Peut-on définir par le désintérêt une science qui a pour but la recherche de la vérité ? L’enjeu est de comprendre l’unité d’une démarche de pensée au-delà d’un simple événement historique (l’origine n’est pas le commencement de la philosophie)

I. Origine de la philosophie : « Ce fut l’étonnement…genèse de l’univers ». Cette origine est d’abord définie par les objets d’étude ou plus précisément d’étonnement. Sur quoi porte cet étonnement ? Du plus proche au plus lointain objet de cette curiosité.

  • Ce qui nous entoure , c’est la nature, phusis en grec ; c’est cette nature que l’homme cherche à comprendre et à maitriser pour vivre (domaine des besoins). Les premiers penseurs à l’origine de la philosophie sont des physiciens (Thalès par exemple)
  • Des problèmes plus importants tels « les phénomènes de la lune , ceux du Soleil et des étoiles ». L’étude la nature se détache des explications surnaturelles grâce à l’observation et au raisonnement? Cela permet d’étendre l’objet d’étude à des phènomènes de moins en moins visibles, les astres deviennent objet de science physique.
  • L’interrogation, le questionnement va plus loin que ce que l’on voit à l’œil nu ou avec une lunette d’astronomie, lorsque les hommes ont satisfait la sphère des besoins immédiats, ils s’interrogent « enfin sur la genèse de l’univers ». rappelons l’origine du mot métaphysique, non pas encore le sur-naturel mais ce qui vient à coté, après la physique (nature). La question de la genèse est celle du pourquoi, pourquoi y a t-til un monde dans la mesure où les réponses de la mythologie, de la religion, des pensées irrationnelles ne satisfont plus.

2. L’étonnement « Apercevoir une difficulté…aucun intérêt étranger ». Définir l’étonnement permet de comprendre l’origine de la philosophie. Cette origine n’est pas seulement historique mais définit une démarche de tout apprenti philosophe.

  • Face à une difficulté, le philosophe s’interroge. Il n’est pas passif et ne se contente pas d’observer le monde. Pour lui, le monde ne va pas de soi, il pose problème. La condition d’entrer en philosophie est la reconnaissance de son ignorance. Cette modeste attitude montre la nécessité de se débarrasser de préjugés, opinion, en particulier de toute croyance. Celui qui croit savoir, ne philosophe pas (voir l’attitude de Socrate dans l’apologie)
  • L’amour des mythes. Cette parenthèse est difficile à comprendre lorsque l’on connait la rupture historique entre mythe et raison ‘les historiens parlent du « miracle grec ». Mais c’est « en quelque sorte, d’une certaine manière seulement se montrer philosophe que d’aimer les mythes : c’est seulement si l’on se réfère à l’étymologie du mythe : le mot, ce qui effraie, frappe de stupeur, laisse bouche bée. C’est cette attitude que le philosophe adopte qui peut être comparée à l’effroi du mot magique, merveilleux, mystérieux.
  • Aucune fin utilitaire. La philosophie se distingue des autres disciplines en ce qu’elle ne poursuit rien d’autre qu’elle même. comme si elle arrivait après les questions urgentes (les réponses aux besoins en particulier matériels).

3. La philosophie est un loisir « Mais, de même que nous appelons…fin ». La définition de la philosophie la place au rang de science car c’est le dommaine de la connaissance qui est en jeu. C’est la verité quecherche le philosophe en s’enterrogeant sur différents objets à connaitre. Ce désir de savoir n’a cependant d’autre but que lui-même.

  • L’analogie avec l’homme libre permet d’expliquer ce qu’est une activité libérale. C’est l’absence d’intérêt étranger et de lien à tout autre  qui donne le sens à la liberté humaine. L’homme libre est acteur et non passif, il est auteur de sa vie et non marionnette de quelque être suprême ou extérieur? De même la philosophie recèle en elle même sa propre justification d’être ce qu’elle est.
  • La philosophie est amour de la sagesse, c’est -à -dire amour du savoir, elle ne vise pas autre chose que la connaissance (activité contemplative ou intellectuelle qui n’a aucune autre raison qu’elle même. Elle ne sert à rien ! qu’à aimer le savoir.
  • La philosophie suppose du loisir, du temps libre où l’esprit ne soit pas accaparé par des tâches matérielle. Ce n’est pas une occupation pour les esclaves pris par les nécessités de subsister.

Fabriquer des concepts

 

Simplement, l’heure est venue pour nous de demander ce que c’est que la philosophie. Et nous n’avions pas cessé de le faire précédemment, et nous avions déjà la réponse, qui n’a pas varié la philosophie est l’art de former, d’inventer, de fabriquer des concepts. Mais il ne fallait pas seulement que la réponse recueille la question, il fallait aussi qu’elle détermine une heure, une occasion, des circonstances, des paysages et des personnages, des conditions et des inconnues de la question. Il fallait pouvoir la poser « entre amis », comme une confidence ou une confiance, ou bien face à l’ennemi, comme un défi, et tout à la fois atteindre à cette heure, entre chien et loup, où l’on se méfie même de l’ami.

C’est que les concepts ont besoin de personnages conceptuels qui contribuent à leur définition. « Ami«  est un tel personnage, dont on dit même qu’il témoigne pour une origine grecque de la philosophie les autres civilisations avaient des Sages, mais les Grecs présentent ces « amis », qui ne sont pas simplement des sages plus modestes. Ce seraient les Grecs qui auraient entériné la mort du Sage, et l’auraient remplacé par les philosophes, les amis de la sagesse, ceux qui cherchent la sagesse, mais ne la possèdent pas formellement. Peu de penseurs pourtant se sont demandé ce que signifiait « ami », même et surtout chez les Grecs. Ami désignerait-il une certaine intimité compétente, une sorte de goût matériel ou une potentialité, comme celle du menuisier avec le bois le bon menuisier est en puissance de bois, il est l’ami du bois La question est importante puisque l’ami, tel qu’il apparaît dans la philosophie, ne désigne plus un personnage extrinsèque, un exemple ou une circonstance empirique, mais une présence intrinsèque à la pensée, une condition de possibilité de la pensée même, bref une catégorie vivante, un vécu transcendantal, un élément constituant de la pensée.

Gilles Deleuze Chimères, n° 8, mai 1990. Revue trimestrielle dirigée par Gilles Deleuze et Félix Guattari

 

Qui est le plus sage ?

En 399 avant J.-C. Socrate est condamné à mort. Son disciple Platon relate les faits de l’accusation dans le dialogue intitulé « apologie de Socrate. » Mais c’est surtout sa défense qu’il entreprend en mettant en scène Socrate le jour de son procès. Ce dernier n’a aucun souci personnel ni désir de gloire, ce qui  l’intéresse n’est pas l’étroitesse de sa personne mais le bien commun. Toute sa vie, il s’est interrogé avec modestie sur les vertus d’un citoyen sans ne jamais prétendre lui-même en posséder aucune. Ainsi, la vertu morale, pas plus que la science n’est une possession ; c’est plutôt une recherche,  une quête comme il l’indique lui-même de manière métaphorique en enquêtant sur ce que l’on nomme SAGESSE (sophia). Contre la prétention des sophistes, des savants ou des hommes politiques, Socrate oppose sa modestie de son ignorance véritable. Ce qui s’oppose aux savoirs faux ou aux faux savoirs (illusions) c’est l’ignorance. Contre toute prétention, Socrate cherche le vrai, le désire : c’est la démarche même de la philosophie.

[21b] Considérez bien, Athéniens, pourquoi je vous dis toutes ces choses, c’est uniquement pour vous faire voir d’où viennent les bruits qu’on a fait courir contre moi.

Quand je sus la réponse de l’oracle, je me dis en moi-même : que veut dire le dieu ? Quel sens cachent ses paroles ? Car je sais bien qu’il n’y a en moi aucune sagesse, ni petite ni grande; Que veut-il donc dire, en me déclarant le plus sage des hommes ? Car enfin il ne ment point; un dieu ne saurait mentir. Je fus longtemps dans une extrême perplexité sur le sens de l’oracle, jusqu’à ce qu’enfin, après bien des incertitudes, je pris le parti que vous allez entendre pour

[21c] connaître l’intention du dieu. J’allai chez un de nos concitoyens, qui passe pour un des plus sages de la ville; et j’espérais que là, mieux qu’ailleurs, je pourrais confondre l’oracle, et lui dire : Tu as déclaré que je suis le plus sage des hommes, et celui-ci est plus sage que moi. Examinant donc cet homme, dont je n’ai que faire de vous dire le nom, il suffit que c’était un de nos plus grands politiques, et m’entretenant avec lui, je trouvai qu’il passait pour sage aux yeux de tout le monde, surtout aux siens, et qu’il ne l’était point. Après cette découverte, je m’efforçai de lui faire voir qu’il n’était nullement ce qu’il croyait être ; et voilà déjà ce qui me rendit odieux

[21d]  à cet homme et à tous ses amis, qui assistaient à notre conversation. Quand je l’eus quitté, je raisonnai ainsi en moi-même : Je suis plus sage que cet homme. Il peut bien se faire que ni lui ni moi ne sachions rien de fort merveilleux; mais il y a cette différence que lui , il croit savoir, quoiqu’il ne sache rien; et que moi, si je me sais rien, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc qu’en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir

[21e]  ce que je ne sais point. De là, j’allai chez un autre, qui passait encore pour plus sage que le premier; je trouvai la même chose, et je-me fis là de nouveaux ennemis. Cependant je ne me rebutai point; je sentais bien quelles haines j’assemblais sur moi; j’en étais affligé, effrayé même: Malgré cela, je crus que je devais préférer à toutes choses la voix du dieu, et, pour en trouver le véritable sens, aller de porte en porte chez tous ceux

[22a]  qui avaient le plus de réputation; et je vous jure, Athéniens, car il faut vous dire la vérité, que voici le résultat que me laissèrent mes recherches: Ceux qu’on vantait le plus me satisfirent le moins, et ceux dont on n’avait aucune opinion, je les trouvai  beaucoup plus près de la sagesse. Mais il faut achever de vous raconter mes courses et les travaux que j’entrepris. Pour m’assurer de la vérité de l’oracle. Après les politiques, je m’adressai

[22b] aux poètes tant à ceux qui font des tragédies, qu’aux poètes dithyrambiques et autres, ne doutant point que je ne prisse là sur le fait mon ignorance et leur supériorité. Prenant ceux de leurs ouvrages qui me paraissaient travaillés avec le plus de soin, je leur demandai ce qu’ils avaient voulu dire, désirant m’instruire dans leur entretien. J’ai honte, Athéniens, de vous dire la vérité; mais il faut pourtant vous la dire. De tous ceux qui étaient là présents, il n’y en avait presque pas un qui ne fut capable de rendre compte de ces poèmes mieux que ceux qui les avaient faits. Je reconnus donc bientôt que ce n’est pas la raison qui, dirige le poète, mais une sorte d’inspiration naturelle,

[22c] un enthousiasme semblable à celui qui transporte le prophète et le devin, qui disent tous de fort belles choses, mais sans rien comprendre, à ce qu’ils disent. Les poètes me parurent dans Je même cas, et je m’aperçus en même temps qu’à cause de leur talent pour la poésie, ils se croyaient sur tout le reste les plus sages des hommes; ce qu’ils n’étaient en aucune manière. Je les quittai donc, persuadé que j’étais au-dessus d’eux, par le même endroit qui m’avait mis au-dessus des politiques.

[22d]  Des poètes, je passai aux artisans. J’avais la con-science de n’entendre rien aux arts, et j’étais bien persuadé que les artisans possédaient mille secrets admirables, en quoi je ne me trompais point. Ils savaient bien des choses que j’ignorais ; et en cela ils étaient beaucoup plus habiles que moi. Mais, Athéniens, les plus habiles me parurent tomber dans les mêmes défauts que les poètes; il n’y en avait pas un qui, parce qu’il excellait, dans son art, ne crut très-bien savoir les choses les plus importantes, et cette folle présomption

[22e] gâtait leur habileté; de sorte que, me mettant à la place de l’oracle, et me demandant à moi-même lequel j’aimerais mieux ou d’être tel que je suis, sans leur habileté et aussi sans leur ignorance; ou d’avoir leurs avantages avec leurs défauts; je me répondis à moi-même et à l’oracle : J’aime mieux être comme je suis. Ce sont ces recherchés, Athéniens, qui ont excité contre [23a]  moi tant d’inimitiés dangereuses; de là toutes les calomnies répandues sur mon compte, et ma réputation de sage; car tous ceux qui m’entendent croient que je sais toutes les choses sur lesquelles je démasque l’ignorance des autres.

Qu’est ce que philosopher?

Platon m’est cher, mais la vérité m’est plus chère encore ». Aristote

Présupposés du titre qu’est-ce que philosopher ? : on s’interroge sur un verbe d’action, on suppose qu’il y a un acteur, quelqu’un qui fait quelque chose. Quelle est cette activité, est elle spécifique, en quoi consiste-t-elle ?

On confond souvent philosopher avec penser. Penser = réfléchir, calculer, avoir conscience, imaginer, se souvenir, avoir une opinion, sentir (les sentiments, la sensation) bref c’est tout ce qui se passe dans notre esprit. On peut donc penser sans philosopher, c’est donc une activité qui se distingue de l’immédiateté du sens commun, de l’opinion.

Philosopher suppose un effort, un travail, du temps. Il faut rechercher, faire le tri dans nos idées, prendre du recul, peser (mesurer) nos idées, critiquer.

Le point de départ de l’action de philosopher c’est reconnaitre sa propre ignorance et se mettre en route vers le savoir, il faut s’interroger ou s’étonner. Philosopher c’est prendre la décision de ne plus croire, penser par soi même, chercher  la vérité.

Problème du sujet : Il reste à savoir quel est le moyen pour satisfaire cette exigence, qu’est ce qui nous permet de philosopher? Comment faire? « Qu’est ce que » suppose que l’on recherche une définition, un concept. « La définition fait connaître ce qu’est la chose. » (Aristote)

I.Origine de la philosophie.

1) « Le miracle grec »

Au V ième, VI ième siècle avant J.C, la Grèce connaît des changements importants, en particulier en politique : la naissance de la démocratie, c’est à dire que le pouvoir appartient au peuple ( Demos: peuple, cratos: pouvoir).

A Athènes, les hommes libres peuvent participer à l’assemblée et parler librement sur l’Agora.

2) La mise en question d’une culture.

La culture au sens large commence à poser des problèmes, en particulier la religion mais aussi les mythes. On passe d’une tradition orale au début de l’écriture. D’une tradition privilégiant le surnaturel aux balbutiements de la science (physique). Certains penseurs, veulent étudier la nature.

Le changement le plus important dans tous les modes de pensée est le passage de l’imaginaire à la raison. C’est Thalès, Anaximandre et Anaximène.

3) Les premiers philosophes.

Platon va écrire des dialogues où il met en scène son maître Socrate et tous les athéniens qu’il a pu interroger. Le style de Platon n’est pas encore véritablement philosophique, il est encore littéraire puisqu’il utilise encore le mythe et des images, des exemples dont il conseille lui même de se débarrasser. Platon définit la philosophie comme recherche de la vérité contre toutes opinions, toutes idées immédiates, approximatives et contre toutes croyances. Philosopher c’est se mettre en route, c’est rechercher de manière rationnelle le savoir. A la mort de Socrate, Platon abandonne la politique et décide de fonder la première école de philosophie : l’académie. Il écrit au fronton : « Que nul n’entre ici, s’il n’est géomètre. » Il aura pour élève Aristote, qui à son tour fonde : le lycée.

3)Le point de départ de la philosophie.

La philosophie a un acte de naissance, elle n’est pas une activité naturelle : « S’étonner, la philosophie n’a pas d’autre origine. » (Platon.). Le verbe « étonner » veut dire s’émerveiller, être frappé de stupeur, rester bouche bée. Cela signifie que le monde tel qu’il va pose problème, n’est pas évident. Le philosophe se détache du sens commun car il interroge le monde, il prend du recul, il critique ( il fait le tri ) . Philosopher c’est distinguer le vrai du faux ( philosophie de la connaissance ), le bien du mal ( lorsqu’il s’agit de philosophie morale ) . La difficulté pour celui qui veut philosopher c’est se débarrasser de toute forme d’opinion ( l’opinion personnelle ou générale ), du vécu ( du notre et de celui des autres), des expériences : « Que toute connaissance commence avec l’expérience, cela ne signifie pas qu’elle vient de l’expérience.«  (Kant), une expérience est toujours particulière ou générale or « il n’y a de science que de l’universel » (Aristote) . Une expérience est contingente (elle aurait pu ne pas être, être différente de ce qu’elle est ou ne pas arriver), la contingence s’oppose à la nécessité.

II.Apprendre à philosopher.

1) Philosopher ce n’est pas faire de la philosophie.

Faire de la philosophie suppose que l’on apprenne une histoire de doctrines, de pensées ou bien une série de thèmes ou encore des résumés d’œuvres de penseurs, de philosophes. Faire de la philosophie signifie recevoir des contenus, des savoirs. A l’inverse, philosopher exige l’effort de penser par soi même, c’est à dire faire usage de sa propre raison pour problématiser le réel. Philosopher c’est rechercher la vérité, ce n’est donc pas une possession que l’on puisse recevoir. L’effort consiste à détourner son regard de ce que l’on connait (Le monde sensible) vers la vérité (Les idées) : Cf. L’allégorie de la caverne dans La République (X) de Platon.

2) Philosopher c’est problématiser

Problématiser c’est montrer que le réel ne va pas de soi, le réel n’est pas évident (évident vient de vidéo qui veut dire voir). Il faut s’en méfier, il faut remettre en question ce que Platon appelle le monde sensible. C’est à nous de montrer pourquoi on ne peut pas répondre au sujet (il faut s’empêcher de répondre). Ici, on ne sait pas ce que c’est philosopher donc on doit le chercher. On peut parler de connaissance, on peut parler de morale, et on peut parler de l’esthétique ( le vrai, le bien et le beau ). Il s’agit des domaines de pensées du philosophe qu’il faut déterminer. Problématiser c’est s’interroger et s’empêcher de répondre aux différentes questions que l’on se pose.

3) Contre les sophistes

Les sophistes étaient très riches car c’était des professeurs de rhétorique (l’art de bien parler). Ils étaient influents et avaient pour élèves des riches athéniens et des orateurs, des poètes qui se faisaient aider pour composer leur poème, des médecins. Leur discours sont célèbres car ils sont « terrassant » ils consistent à convaincre l’interlocuteur. Le sophiste a toujours raison (sophie: sagesse, le savoir). Ils prétendent posséder la vérité et être capable de l’enseigner à tout prix par la force et la violence du discours. Le plus important pour les sophistes est de faire valoir leur opinion comme étant la meilleure. Sous prétexte de tolérance, ils affirment que toutes les opinions sont bonnes à dire, que tout le monde a raison, que « l’homme est la mesure de toutes choses » (telle une chose te paraît telle elle est affirme Protagoras). Le relativisme consiste à accepter plusieurs ou toutes les opinions. L’opinion est toujours relative, elle s’oppose à l’idée vraie universelle. Le propre du sophiste c’est parler pour ne rien dire (il se moque de la vérité, peut importe le contenu de son discours, ce qui lui importe c’est la forme de son discours. Il suffit que son discours puisse convaincre. OU parler pour ne rien dire c’est la faute ontologique : ontos -> l’être, logos → la raison, le discours). Le sophiste fait être des choses qui n’ont pas de réalité ; il n’a pas le souci de la vérité, ce qui compte pour lui c’est sa force, son pouvoir qu’il a sur les hommes : on appelle ça le pragmatisme. Le sophiste est pragmatique, le philosophe est désinterréssé (théoria: contemplation: ne pas avoir d’autre but que sa propre activité).

« La philosophie est une activité libérale » (Aristote)

La philosophie naît d’une exigence, celle de se débarrasser de tout ce qui encombre nos esprits : Les préjugés, les opinions, les croyances et le dogmes. Philosopher c’est reconnaitre sa propre ignorance et accepter l’inquiétude relative à la recherche de la vérité et de la justice. Rien ne nous dit que ce pari légué par les fondateurs de la philosophie puisse être gagné par le triomphe de la rationalité et de la science.




Qu’est ce que Philosopher ?

« S’étonner, voilà un sentiment qui est tout à fait d’un philosophe. La philosophie n’a pas d’autre origine ». Platon

« C’est en effet l’étonnement qui poussa comme aujourd’hui les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. » Aristote

La philosophie est définie au V° / VI° siècle avant J-C par les grecs comme « amour de la sagesse ». Elle n’a pas toujours existé partout, (en Orient par exemple il y a pas de philo mais de la pensée) . La philosophie naît dans la Grèce antique . Un des premiers philosophes est Thalès, nommé ainsi par Platon qui invente le mot philosophe. Le philosophe est celui qui aime, l’amant. La philosophie est érotique car l’amant est fortement attiré par l’objet de son amour .

L’objet de ce désir est Sophia (la sagesse): elle signifie le savoir , la connaissance c’est à dire la science.

Philosopher c’est recherche la vérité.

Sophia signifie aussi le savoir-faire, l’habileté, la prudence c’est la praxis c’est a dire l’action.

Philosopher c’est aussi rechercher le juste, le bien, c’est savoir appliquer dans la vie les connaissances que l’on peut acquérir.

Le philosophe n’est pas le sage, il désire la sagesse, il recherche la vérité et la justice.

La condition pour philosopher est de reconnaitre sa propre ignorance.

I°) Origines de la philosophie .

1) Le « miracle grec »
Au Vième, VIième siècle avant J.C, la Grèce connaît des changements importants, en particulier en politique : La naissance de la démocratie (Demos = peuple, Cratos = pouvoir).
A Athènes, les hommes libres peuvent participer à l’assemblée et parler librement sur l’Agora.
2) Les traditions mises en cause.
La culture au sens large commence à poser des problèmes, en particulier la religion, mais aussi les mythes. On passe d’une tradition orale au début de l’écriture, d’une tradition privilégiant le surnaturel aux balbutiements de la science (physique). Certains penseurs veulent étudier la nature.
Le changement le plus important dans tous les modes de pensée est le passage de l’imaginaire à la raison. C’est Thalès, Aniximandre et Anaximène.
3) Les premiers philosophes.
Platon va écrire des dialogues où il met en scène son maître Socrate ou tous les Athéniens qu’il a pu interroger. Le style de Platon n’est pas encore véritablement philosophique, il est encore littéraire puisqu’il y a encore le mythe et des images, ces exemples dont il conseille lui même de s’en débarrasser. Platon définit la philosophie comme recherche de la vérité contre toutes opinions, toutes idées immédiates, approximatives et contre toutes croyances. Philosopher c’est se mettre en route, c’est rechercher de manière rationnelle le savoir.

A la mort de Socrate, Platon abandonne la politique et décide de fonder la 1er école de Philosophie: l’Académie. Il écrit au fronton: «  Nul n’entre ici, s’il n’est géomètre. » Il aura pour élève Aristote qui a son tour fonde le lycée.

II°) Philosopher ce n’est pas faire de la philosophie.

La philosophie est une matière, c’est-à-dire un ensemble de doctrines, de pensées, une histoire de thèmes et d’œuvres de différents philosophes. Mais ce n’est pas en apprenant la philosophie que l’on devient soi-même philosophe.

1) Apprendre à philosopher c’est apprendre à penser par soi-même.

Il faut se débarrasser de toutes les opinions personnelles ou générales et viser l’universalité d’une pensée juste. Il faut également se débarrasser du vécu, des expériences que ce soit la notre ou celles des autres. Il faut enfin se méfier du sensible, c’est à dire les 5 sens, les sentiments et l’imagination.

2) Philosopher c’est faire l’usage de sa raison.

La raison c’est la faculté de l’esprit qui nous permet grâce à la démonstration de rechercher la vérité (être rationnel). «Avoir raison» c’est dire le vrai. «L’âge de raison» c’est le moment où l’enfant est capable de distinguer le vrai du faux. La «raison du plus fort» c’est le discours qui argumente, justifie la force. Ces trois exemples illustrent le sens théorique du mot raison. Mais il faut citez le sens moral, pratique : être raisonnable cette fois c’est distinguer le bien du mal, le juste de l’injuste.

3) Philosopher c’est rechercher la vérité.

C’est une recherche rationnelle, universelle qui n’aboutit pas à un savoir absolu. Le philosophe n’est pas le sage, il cherche le savoir et rien ne dit que ce pari, cette exigence puisse être satisfaite. « Penser c’est dire non» Alain. Penser c’est refuser les croyances, les idées reçues, les préjugés, les opinions «l’opinion a, en droit, toujours tord» (Bachelard, XX°). La vérité n’est pas la réalité, c’est un jugement sur la réalité. Ce que recherche donc le philosophe est un critère sûr et universel pour juger le réel, pour dire le vrai.

Conclusion :

Philosopher c’est problématiser, c’est à dire montrer que le réel ne va pas de soi, n’est pas évident.

Le moyen pour mettre en question la réalité est de faire usage de sa propre raison. Il faut trouver un discours sur le réel, capable de dire le vrai. Il ne s’agit pas d’un débat qui consiste en la confrontation d’opinions. Le philosophe ne prétend pas avoir raison ni convaincre son interlocuteur.

Le discours philosophique, sur le modèle de Socrate, est un dialogue ( dia = deux, logos = raison, parole).

«  Philosopher c’est le dialogue de l’âme avec elle-même » Platon.

On doit remettre en question toutes les idées qui se trouvent en notre esprit, se demander si ce ne sont pas des préjugés, des opinions, des idées reçues.