Platon m’est cher, mais la vérité m’est plus chère encore ». Aristote
Présupposés du titre qu’est-ce que philosopher ? : on s’interroge sur un verbe d’action, on suppose qu’il y a un acteur, quelqu’un qui fait quelque chose. Quelle est cette activité, est elle spécifique, en quoi consiste-t-elle ?
On confond souvent philosopher avec penser. Penser = réfléchir, calculer, avoir conscience, imaginer, se souvenir, avoir une opinion, sentir (les sentiments, la sensation) bref c’est tout ce qui se passe dans notre esprit. On peut donc penser sans philosopher, c’est donc une activité qui se distingue de l’immédiateté du sens commun, de l’opinion.
Philosopher suppose un effort, un travail, du temps. Il faut rechercher, faire le tri dans nos idées, prendre du recul, peser (mesurer) nos idées, critiquer.
Le point de départ de l’action de philosopher c’est reconnaitre sa propre ignorance et se mettre en route vers le savoir, il faut s’interroger ou s’étonner. Philosopher c’est prendre la décision de ne plus croire, penser par soi même, chercher la vérité.
Problème du sujet : Il reste à savoir quel est le moyen pour satisfaire cette exigence, qu’est ce qui nous permet de philosopher? Comment faire? « Qu’est ce que » suppose que l’on recherche une définition, un concept. « La définition fait connaître ce qu’est la chose. » (Aristote)

I.Origine de la philosophie.
1) « Le miracle grec »
Au V ième, VI ième siècle avant J.C, la Grèce connaît des changements importants, en particulier en politique : la naissance de la démocratie, c’est à dire que le pouvoir appartient au peuple ( Demos: peuple, cratos: pouvoir).
A Athènes, les hommes libres peuvent participer à l’assemblée et parler librement sur l’Agora.
2) La mise en question d’une culture.
La culture au sens large commence à poser des problèmes, en particulier la religion mais aussi les mythes. On passe d’une tradition orale au début de l’écriture. D’une tradition privilégiant le surnaturel aux balbutiements de la science (physique). Certains penseurs, veulent étudier la nature.
Le changement le plus important dans tous les modes de pensée est le passage de l’imaginaire à la raison. C’est Thalès, Anaximandre et Anaximène.
3) Les premiers philosophes.
Platon va écrire des dialogues où il met en scène son maître Socrate et tous les athéniens qu’il a pu interroger. Le style de Platon n’est pas encore véritablement philosophique, il est encore littéraire puisqu’il utilise encore le mythe et des images, des exemples dont il conseille lui même de se débarrasser. Platon définit la philosophie comme recherche de la vérité contre toutes opinions, toutes idées immédiates, approximatives et contre toutes croyances. Philosopher c’est se mettre en route, c’est rechercher de manière rationnelle le savoir. A la mort de Socrate, Platon abandonne la politique et décide de fonder la première école de philosophie : l’académie. Il écrit au fronton : « Que nul n’entre ici, s’il n’est géomètre. » Il aura pour élève Aristote, qui à son tour fonde : le lycée.
3)Le point de départ de la philosophie.
La philosophie a un acte de naissance, elle n’est pas une activité naturelle : « S’étonner, la philosophie n’a pas d’autre origine. » (Platon.). Le verbe « étonner » veut dire s’émerveiller, être frappé de stupeur, rester bouche bée. Cela signifie que le monde tel qu’il va pose problème, n’est pas évident. Le philosophe se détache du sens commun car il interroge le monde, il prend du recul, il critique ( il fait le tri ) . Philosopher c’est distinguer le vrai du faux ( philosophie de la connaissance ), le bien du mal ( lorsqu’il s’agit de philosophie morale ) . La difficulté pour celui qui veut philosopher c’est se débarrasser de toute forme d’opinion ( l’opinion personnelle ou générale ), du vécu ( du notre et de celui des autres), des expériences : « Que toute connaissance commence avec l’expérience, cela ne signifie pas qu’elle vient de l’expérience.« (Kant), une expérience est toujours particulière ou générale or « il n’y a de science que de l’universel » (Aristote) . Une expérience est contingente (elle aurait pu ne pas être, être différente de ce qu’elle est ou ne pas arriver), la contingence s’oppose à la nécessité.
II.Apprendre à philosopher.
1) Philosopher ce n’est pas faire de la philosophie.
Faire de la philosophie suppose que l’on apprenne une histoire de doctrines, de pensées ou bien une série de thèmes ou encore des résumés d’œuvres de penseurs, de philosophes. Faire de la philosophie signifie recevoir des contenus, des savoirs. A l’inverse, philosopher exige l’effort de penser par soi même, c’est à dire faire usage de sa propre raison pour problématiser le réel. Philosopher c’est rechercher la vérité, ce n’est donc pas une possession que l’on puisse recevoir. L’effort consiste à détourner son regard de ce que l’on connait (Le monde sensible) vers la vérité (Les idées) : Cf. L’allégorie de la caverne dans La République (X) de Platon.
2) Philosopher c’est problématiser
Problématiser c’est montrer que le réel ne va pas de soi, le réel n’est pas évident (évident vient de vidéo qui veut dire voir). Il faut s’en méfier, il faut remettre en question ce que Platon appelle le monde sensible. C’est à nous de montrer pourquoi on ne peut pas répondre au sujet (il faut s’empêcher de répondre). Ici, on ne sait pas ce que c’est philosopher donc on doit le chercher. On peut parler de connaissance, on peut parler de morale, et on peut parler de l’esthétique ( le vrai, le bien et le beau ). Il s’agit des domaines de pensées du philosophe qu’il faut déterminer. Problématiser c’est s’interroger et s’empêcher de répondre aux différentes questions que l’on se pose.
3) Contre les sophistes
Les sophistes étaient très riches car c’était des professeurs de rhétorique (l’art de bien parler). Ils étaient influents et avaient pour élèves des riches athéniens et des orateurs, des poètes qui se faisaient aider pour composer leur poème, des médecins. Leur discours sont célèbres car ils sont « terrassant » ils consistent à convaincre l’interlocuteur. Le sophiste a toujours raison (sophie: sagesse, le savoir). Ils prétendent posséder la vérité et être capable de l’enseigner à tout prix par la force et la violence du discours. Le plus important pour les sophistes est de faire valoir leur opinion comme étant la meilleure. Sous prétexte de tolérance, ils affirment que toutes les opinions sont bonnes à dire, que tout le monde a raison, que « l’homme est la mesure de toutes choses » (telle une chose te paraît telle elle est affirme Protagoras). Le relativisme consiste à accepter plusieurs ou toutes les opinions. L’opinion est toujours relative, elle s’oppose à l’idée vraie universelle. Le propre du sophiste c’est parler pour ne rien dire (il se moque de la vérité, peut importe le contenu de son discours, ce qui lui importe c’est la forme de son discours. Il suffit que son discours puisse convaincre. OU parler pour ne rien dire c’est la faute ontologique : ontos -> l’être, logos → la raison, le discours). Le sophiste fait être des choses qui n’ont pas de réalité ; il n’a pas le souci de la vérité, ce qui compte pour lui c’est sa force, son pouvoir qu’il a sur les hommes : on appelle ça le pragmatisme. Le sophiste est pragmatique, le philosophe est désinterréssé (théoria: contemplation: ne pas avoir d’autre but que sa propre activité).
« La philosophie est une activité libérale » (Aristote)
La philosophie naît d’une exigence, celle de se débarrasser de tout ce qui encombre nos esprits : Les préjugés, les opinions, les croyances et le dogmes. Philosopher c’est reconnaitre sa propre ignorance et accepter l’inquiétude relative à la recherche de la vérité et de la justice. Rien ne nous dit que ce pari légué par les fondateurs de la philosophie puisse être gagné par le triomphe de la rationalité et de la science.