La Théorie des Idées
Introduction
La recherche de la vérité prend une tournure particulière grâce à la théorie des idées chez Platon.
- Cratyle : dans ce dialogue sur le thème du langage, Socrate s’interroge pour savoir s’il existe une connaissance stable et valable pour tous, une connaissance universelle. Le problème est de dire cette connaissance de manière juste.
La question entre les 3 personnages est : Y a-t-il un langage naturel ou conventionnel qui puisse dire le vrai.
Les caractéristiques de la méthode de Socrate :
- Maïeutique = l’art d’accoucher les esprits (il fait naître les vérités dans les esprits).
- Ironie = interrogation.
La méthode de Socrate consiste à trouver la vérité en lui-même.
- Les valeurs morales : Socrate a recherché des réalités non sensibles (chose qui existe mais qui ne nous entoure pas. Exemple : la justice, elle existe mais on ne peut pas la toucher), c’est-à-dire existant en dehors des cas particuliers (ex : un homme qui pratique une vertu morale). Les idées morales sont des perfections, des excellences et ne se confondent pas avec les actes, ni les personnes sensibles.
- Les idées mathématiques sont des réalités non sensibles que les figures des géomètres ou les théorèmes ne font que représenter. La vérité c’est la définition ou bien la chose en soi (ce qui s’oppose à « pour nous » indépendant de notre perception, de toute représentation sensible).
- La beauté ne se confond pas avec les beaux objets, ni avec les beaux corps. La beauté pour Platon n’est pas représentable. Y a-t-il une idée universelle de beau ?
La dialectique est la méthode pour accéder aux trois idées bien, vrai et beau.
I. Vers les idées : l’allégorie de la caverne (République de Platon, livre 7)
La République est le projet politique de Platon. C’est la dialectique philosophique. Dans le projet politique de Platon, il consacre un livre, le septième, à l’éducation de celui qui devra être le gardien de l’état, de la république. Ce livre est consacré à la connaissance. Pour Platon, la condition d’un gouvernement juste c’est que celui qui le dirige connaît l’idée de justice. Le gouvernant est celui qui converti son regard vers les idées : le vrai, le bien et le beau.
Allégorie : L’allégorie c’est un récit qui comprend plusieurs idées difficiles à exprimer, symbolisés par des images. Le récit est dynamique à la différence du mythe, chaque image exprime une idée.
Le fil conducteur du récit de Platon est l’éducation, c’est-à-dire les différentes étapes de la connaissance pour celui qui doit contempler les idées. On sait que pour Platon, il s’agit du philosophe car « la cité sera juste si les philosophes deviennent roi ou si les roi deviennent philosophes ».
Questions :
- Pourquoi le prisonnier ne peut-il voir d’abord que des ombres et des reflets ?
Parce que la lumière réelle l’éblouirait. La caverne est dans l’obscurité et seul le feu éclaire les objets. Parce qu’ils sont enchaînés face au mur.
Platon veut montrer que les prisonniers sont trompés, les ombres et les reflets sont le symbole de l’illusion. Elles ne sont pas tangibles, elles sont flous, elles n’ont pas de contours déterminés. Elles sont comme des idées non distinctes, obscures.
- Que signifie la phrase [n’en fuira-t-il pas la vue (…) qu’on lui montre ?]
Le prisonnier croit que ce qu’il a vu durant toute sa vie sont des originaux. Il refuse d’admettre les faits nouveaux, il refuse de rompre ses habitudes. Sa seule capacité est de regarder ce qu’il connaît. Il préfère sa caverne à l’extérieur car il est ébloui par la lumière du soleil. Pour lui la vérité c’est ce qu’il a vu depuis le début, pour lui la clarté ou les formes distinctes sont celles des ombres.
- En s’appuyant sur les éléments du dessin, expliquer quel est le but de l’allégorie ?
Demander aux gens de sortir des idées toutes faites des sophistes et de toutes croyances. Montrer que nous sommes les prisonniers enchaînés à des opinions, à des apparences, à des préjugés et à des croyances. Le but de Platon est l’éducation (la connaissance) d’un homme en vu de gouverner (le bien). Il s’agit d’articuler deux valeurs le vrai et le bien.
« C’est par croire que les hommes sont esclaves » dit Alain.
- Pourquoi Platon écrit-il « Ils nous ressemblent » ?
Platon compare les hommes aux prisonniers de la caverne parce que nous connaissons que ce que nous avons appris, ce qu’on nous montre, ce que l’on voit, ce que l’on entend, ce qui est sensible, ce que nous percevons. Nous sommes comme les prisonniers enchaînés dans l’obscurité, dans l’illusion. Nous ne voulons pas croire en une autre réalité.
- Quelles significations peut on apporter au fait que le prisonnier se plaint de ces violences ?
Comme il ne connaît pas la lumière du soleil, cela peut être douloureux pour lui. La signification c’est que l’éducation est une contrainte difficile qui passe par des étapes mais c’est d’abord une première contrainte de se tourner vers la vérité, il faut convertir son regard avant même toute mise en mouvement. La sortie de la caverne est vécue par le prisonnier comme une contrainte. Cela reprend le principe de la maïeutique, l’accouchement des âmes (violence).
- Analyser la progression du récit sous forme de plan
Prologue : Description de la caverne et situation des prisonniers enchaînés depuis l’enfance. Signification : ces prisonniers sont comme nous, le sens commun, la majorité des hommes, l’opinion.
Premier acte : La libération forcée d’un des prisonniers et l’ascension vers l’extérieur de la caverne. Signification : l’éducation d’un des prisonniers par une contrainte et des violences dont il se plaint.
Deuxième acte : L’accoutumance au monde extérieur et à la lumière éblouissante du soleil. Signification : apprentissage de la vérité par différentes étapes du savoir.
Troisième acte : la redescente dans la caverne, les moqueries des anciens compagnons d’infortunes. Signification : le devoir politique est paradoxal car il exige la connaissance du bien que l’on n’a pas envie d’enseigner.
- Quelle est la symbolique générale de la lumière dans le texte ?
La symbolique générale de la lumière c’est la vérité et la contemplation finale du soleil, c’est l’idée de bien. Il s’agit pour Platon de nous faire comprendre que cette idée du bien relève de la seule connaissance. Le passage de l’ombre à la lumière directe du soleil signifie les étapes de l’éducation, celui donc qui accède à la connaissance du bien.
- Reprendre les images terme à terme et montrer à quoi elles correspondent relativement à l’éducation ?
Les chaînes, les ombres, l’obscurité signifient que l’éducation commune consiste à donner aux hommes des contenus de pensée : ce sont des opinions, des illusions de savoir. En même temps, toutes les images qui décrivent les prisonniers ont pour signification le confort du conformisme. La montée rude, les violences physiques et les étapes de l’éblouissement signifient que l’éducation est une contrainte et qu’elle est vécue par étapes douloureuses. Le plus difficile relève de la conversion du regard, il faut se détourner du commun.
A la sortie de la caverne, il voit les ombres et les reflets du monde extérieur. Il oublie les opinions qu’il s’était faites, il comprend (cum = avec et prendere = prendre) mieux les notions et les concepts : c’est l’apprentissage des sciences (sciences de la nature = phusis).
- Que signifient chez Platon le soleil et sa contemplation ?
Le soleil n’est contemplé directement qu’au terme d’une lente et difficile éducation. C’est quand le prisonnier atteint enfin la vérité. Le soleil symbolise le bien, c’est-à-dire l’idée suprême de justice. Il représente le pouvoir, il ordonne les saisons et il fait être tout ce qui est : il est à l’origine de toute chose.
Contemplation : en grec theoria, c’est une connaissance désintéressée directe qui symbolise la dialectique philosophique. Pour Platon, connaître c’est contempler mais il y a pour condition la conversion du regard.
- Comment le prisonnier peut-il passer de la contemplation du soleil à la compréhension des saisons ?
Platon veut dire que celui qui a été éduqué aux sciences doit passer à la connaissance philosophique c’est-à-dire à la dialectique pour donner une raison d’être aux sciences, le philosophe comprend que le soleil est à l’origine des saisons, il est la raison d’être, la condition de possibilité, le fondement des phénomènes naturels étudiés par le physicien.
II. La connaissance : la ligne droite divisée (République de Platon, livre 7)
Cf. : dessin de la ligne droite divisée
La connaissance est déterminée par l’objet à connaître.
Questions :
- Grâce à la représentation de la ligne, expliquer comment Platon fait correspondre la clarté et l’obscurité aux objets ?
La clarté c’est la connaissance vraie, la science. Nous connaissons le vrai lorsque nous avons des idées claires. L’obscurité c’est l’opinion, c’est-à-dire un ensemble d’idées confuses. Platon fait correspondre les modes de connaissance (science et opinion) aux objets à connaître, plus un objet est éclairé, mieux il est connu ; les images sont moins connues que les objets, qui eux-mêmes sont moins connus que les idées. Les idées sont éclairées par la raison.
- A quoi correspondent les images et les objets du segment visible relativement au texte de l’allégorie ?
Les images correspondent aux ombres projetées sur la paroi de la caverne, ce sont les copies des objets fabriqués qui défilent au dessus du muret. Les images et les objets ne sont visibles qu’à l’intérieur de la caverne, les ombres sont les seules choses perçues par les prisonniers et les objets qui ont un degré de clarté supplémentaires, sont aperçus en premier par celui qui est libéré. Il est encore dans l’opinion lorsqu’il comprend que ces objets ont un peu plus de réalité que les ombres.
- Comment comprendre la différence entre les sciences et la philosophie ?
La philosophie est la connaissance de l’être et de l’intelligible que l’on acquiert par la science dialectique. La science est celle qu’on acquiert par les arts (les techniques), auxquels les hypothèses servent de principes. La différence c’est que la dialectique ne prend plus du tout appui sur le monde visible. Le dialecticien tient comme autant d’hypothèse les résultats des sciences et remonte vers le principe anhypothétique. Les sciences ont un statut d’intermédiaire entre l’opinion et la connaissance des idées.
- Expliquez la correspondance entre le degré de l’être et le degré du connaître ?
Ce qui est : images, objets, idées, c’est ce qui participe plus ou moins à la réalité (degré de l’être). Ce que l’on connaît : par l’imagination, par la sensibilité (la foi) ou par la raison (degré du connaître).
Platon fait correspondre l’accès à la vérité à l’accès à la réalité. L’idée vraie, c’est l’idée rationnelle qui saisi le réel.
- Comment Platon définit-il la science et l’opinion ?
La science est fondée sur des hypothèses lorsqu’il s’agit des sciences comme des mathématiques et ces sciences prennent appuis sur le monde visible mais s’en détache pour ne considérer que les idées et leurs démonstrations. La science, au sens plus large de la deuxième section de la ligne comprend aussi la philosophie qui est la dialectique procédant sans hypothèses.
- Expliquez les différentes étapes de l’éducation jusqu’à l’intelligence ?
L’éducation consiste en une conversion par étapes :
La première de ces étapes est l’arrachement aux images. La seconde consiste à mettre en doute tout ce que nous percevons par nos sens et tout ce à quoi nous donnons notre assentiment. La troisième qui nous permet de rompre définitivement avec l’opinion c’est l’apprentissage des sciences, elles sont le tremplin pour accéder à l’idée vraie. L’ultime étape de l’éducation est l’apprentissage de la dialectique (mode de pensée) philosophique. Pour Platon, cette dialectique permet une contemplation (theoria) finale des idées.
- Pourquoi la connaissance du monde visible n’est-elle qu’une opinion ?
Les sens sont trompeurs, nous ne devons pas nous fier à ce que nous percevons, les objets visibles n’ont pas de réalité parce qu’ils peuvent être détruits et que leur appréhension reste subjective. Une opinion c’est une idée qui n’est pas fondée et qui n’est pas démontrée, elle est immédiate (la médiation se faisant par la démonstration), non-réfléchie.
- Quel est le statut des mathématiques relativement à la connaissance ?
Les mathématiques sont le modèle de la philosophie par la rigueur de leur raisonnement et l’universalité de leur démonstration. Platon leur accorde un statut intermédiaire entre l’opinion et la science par l’exemple qu’il nous donne de la géométrie : le géomètre s’appuie sur le monde visible pour établir ses idées grâce à des hypothèses. « Que nul n’entre ici s’il est géomètre », par cette condition Platon définit le statut préparatoire des sciences pour la philosophie, pour sortir de l’opinion.
- Expliquez la différence entre une connaissance discursive et l’intelligence ?
La connaissance discursive s’appuie sur des hypothèses qui ne sont pas remises en question. L’intelligence est un raisonnement qui ne s’appuie plus sur des hypothèses mais sur des idées elles-mêmes.
- Représentez les 4 opérations de l’âme
Les 4 opérations de l’âme sont : l’intelligence, la connaissance, la foi et l’imagination.
Conclusion :
La recherche de la vérité est un pari que Platon essaie de théoriser grâce à la métaphore de la lumière. Platon explique que nous comprenons ce qui est clair, nous ne comprenons pas ce qui est obscur. Cela n’a pas en soi-même sa raison (ex: les ombres) qui renvoi toujours à autre chose qu’elles mêmes (les images réfléchies dans les eaux, renvoient aux originaux). Ce sont donc les objets qui donnent à l’âme une connaissance selon leur degré de clarté.
Comprendre ce n’est jamais regarder, connaître, ce n’est jamais voir par ses yeux, ce que l’on voit est toujours objet d’opinion et l’opinion ne dit jamais la vérité des choses. La science ne commence qu’avec la démonstration et aboutit à une pure intellection (saisie immédiate des idées).
La connaissance ne s’acquiert que par une conversion et une démonstration fondées sur des hypothèses. La vérité est alors approchée, elle ne sera saisie que par une intuition directe qui tient les hypothèses comme telles. La tradition platonicienne de l’idéalisme marque l’histoire des idées et fonde l’aspect essentiel de la civilisation occidentale. Il ne faut pas oublier le double intérêt des textes de Platon: pour la connaissance, mais aussi pour nos pratiques car les textes ont un but politique.