Nos sens ne nous trompent pas seulement à l’égard de leurs objets, comme de la lumière, des couleurs, et des autres qualités sensibles, ils nous séduisent même touchant les objets qui ne sont point de leur ressort, en nous empêchant de les considérer avec assez d’attention pour en porter un jugement solide. [...] Pour bien concevoir cette vérité, il est absolument nécessaire de savoir que les trois manières dont l’âme aperçoit, savoir par les sens, par l’imagination et par l’esprit, ne la touchent pas toutes également, et que par conséquent elle n’apporte pas une pareille attention à tout ce qu’elle aperçoit par leur moyen ; car elle s’applique beaucoup à ce qui la touche beaucoup, et elle est peu attentive à ce qui la touche peu. Or ce qu’elle aperçoit par les sens la touche et l’applique extrêmement, ce qu’elle connaît par l’imagination la touche beaucoup moins ; mais ce que l’entendement lui représente, je veux dire ce qu’elle aperçoit par elle-même, indépendamment des sens et de l’imagination, ne la réveille presque pas. Personne ne peut douter que la plus petite douleur des sens ne soit plus présente à l’esprit et ne le rendre plus attentif que la méditation d’une chose de beaucoup plus grande conséquence. La raison de ceci est que les sens représentent les objets comme présents, et que l’imagination ne les représente que comme absents [...] Les sens appliquent donc extrêmement l’âme à ce qu’ils lui représentent. Or, comme elle est limitée et qu’elle ne peut nettement concevoir beaucoup de choses à la fois, elle ne peut apercevoir nettement ce que l’entendement lui représente dans le même temps. MALEBRANCHE
L’explication de texte
Plan
- Les sens nous trompent doublement
A. Ils nous trompent en nous donnant de fausses informations sur le monde extérieur.
exemple : la lumière, les couleurs et les autres qualités sensibles
B. Ils nous trompent par l’influence qu’ils ont sur l’âme car les sens nous empêchent de
nous former des jugements vrais.
- Comment les sens peuvent-ils empêcher l’âme de former des jugements solides ?
A. Il faut tenir pour acquis la manière dont l’âme perçoit les objets sensibles (images) par
les sens et elle conçoit des concepts par l’entendement or les objets sensibles sont
donnés comme présents, ils ont donc une existence plus réel pour l’âme que les
images de l’imagination ou les concepts de l’entendement.
B. L’âme ne peut s’appliquer à beaucoup d’objets à la fois.
C. L’âme ne saisit pas ce que la raison lui présente en même temps que les données des
sens, elle fait donc de mauvais jugement.
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