Ça m’a coupé le souffle. Jamais, avant ces derniers jours, je n’avais pressenti ce que voulait dire « exister ». J’étais comme les autres, comme ceux qui se promènent au bord de la mer dans leurs habits de printemps. Je disais comme eux « la mer est verte ; ce point blanc, là-haut, c’est une mouette », mais je ne sentais pas que ça existait, que la mouette était une « mouette-existante » ; à l’ordinaire l’existence se cache. [...] Et puis voilà : tout d’un coup, c’était là, c’était clair comme le jour : l’existence s’était soudain dévoilée. Elle avait perdu son allure inoffensive de catégorie abstraite : c’était la pâte même des choses, cette racine était pétrie dans de l’existence. Ou plutôt la racine, les grilles du jardin, le banc, le gazon rare de la pelouse, tout ça s’était évanoui : la diversité des choses, leur individualité n’était qu’une apparence, un vernis. Ce vernis avait fondu, il restait des masses monstrueuses et molles, en désordre – nues, d’une effrayante et obscène nudité. SARTRE
Relecture du texte :
Dans ce texte Sartre défini le terme exister comme on le ferait communément à partir du vécu. Cependant l’existence ne se réduit pas à la vie, au sens par exemple d’un corps qui naît, se développe et meurt. L’existence est ce que nous vivons qui ne se confond pas à ce que nous pouvons savoir de la vie.
Il faut donc s’interroger sur le mot exister, non pas comme un simple concept que l’on pourrai appliquer à la réalité environnante mais comme la réalité elle même.
Ce que veut montrer Sartre c’est qu’il ne suffit pas d’exister pour savoir ce qu’est exister. La mer, les mouettes, la racine et la grille du jardin sont là. Il y a des mouettes. Tout cela existe devant moi, cela surgit mais sans présenter aucun sens pour moi.
L’existence s’impose à moi avant la connaissance que je peux en avoir. L’existence est elle indépendante de tous nos jugements ? C’est ce qu’affirme Sartre en définissant les choses existantes comme étant jetées là, indépendantes de moi dans une pesanteur lourde et oppressante. Est ce que cela veut dire que cela existe sans raison ? Sans que je puisse donner un sens quelconque, un « pourquoi cela » en ce lieu, en cette place ?
Bonne copie d’une élève :
Ce texte s’interroge sur « l’existence » et le sens effectif du mot « exister ». Sartre définit l’existence d’une chose comme son appartenance au réel, dénudé de tout jugement subjectif, de toute prise en compte de l’objet par l’esprit.
On prendra la définition du jugement par Aristote adéquate, soit : « Un nom, un adjectif, un verbe ».
Sartre suggère que l’existence est indépendante du jugement et se constitue elle-même. Mais cette notion du monde, cette idée, est basée sur les sens. En effet cette notion revient : « pressenti », « sentais ». Cette notion correspond-elle à la vérité recherchée par le philosophe ou n’est-elle qu’un sentiment de ce que pourrait être le réel si on le dépouillait de toutes ses dimensions subjectives ?
Nous verrons dans un premier temps que cette notion d’existence se révèle au philosophe, puis que le jugement nous masque l’existence elle même, et enfin que l’existence en elle même est dépourvue de sens bien que le jugement tende à lui en donner un.
Marchenay Marylise TS2