L’art cours complet

L’art et la technique

En grec, le mot « technè » signifie aussi bien l’art que l’artisanat et les différentes techniques de fabrication. En ce sens, il n’y a pas de distinction entre les productions humaines et ce que nous appellons les « beaux-arts ». Cette distinction n’apparait qu’au XVIII° siècle. Par là même, on ne distingue pas l’artiste de l’artisan, du technicien, de l’homme qui possède un savoir-faire ou une habileté. Il faut donc définir aujourd’hui le mot « art » qui comprend plusieurs disciplines ( ex : la peinture, la sculpture, la musique, l’architecture, la littérature et le 7ème art : le cinéma ). On peut distinguer 3 pistes de réflexion en philosophie pour parler de l’art :

  1. S’interroger sur le processus de la création

    1. Créer est-ce imiter ?
    2. L’artiste est-il inspiré ?
    3. L’artiste peut-il se passer de règles, de techniques ?
  2. S’interroger sur le statut d’une oeuvre

    1.Qu’est-ce qui distingue une oeuvre d’art d’un objet fabriqué ?
    2. Qu’est-ce qui distingue une oeuvre d’art de la nature ?
    3. Qu’est-ce qui fait la valeur d’une oeuvre ? ( le prix, la signature, le musée, la beauté, l’universalité )

 

  1. S’interroger sur le processus de la création

    1. Créer est-ce imiter ?

Les relations entre la philosophie et l’art sont conflictuelles. Platon accuse les poètes d’être des illusionistes de nous tromper sur la réalité car ils sont « inspirés ». Leurs oeuvres sont considérées comme de mauvaises copies de discours divins ; De même, les peintres et les sculpteurs nous trompent car ils copient la nature. Un exemple célèbre, illustre cette conception de l’art comme imitation : le peintre Zeuxis avait représenté sur sa toile, une grappe de raisins que les oiseaux venaient picorer. Cependant, l’imitation artistique ne peut pas se réduire à une copie fidèle du réel dans la mesure où l’artiste apporte sa propre subjectivité, son propre regard sur le monde. Le spectateur n’est pas aussi dupe que les oiseaux. Il faut redéfinir la notion d’imitation, par exemple, comme le fait Aristote, en parlant d’une tendance naturelle à l’homme qui consiste à mimer et non à contre faire. Même dans les peintures réalistes ou dans les photographies d’art aujourd’hui, l’artiste ne copie pas ce qu’il perçoit. L’art non figuratif nous montre que la création n’est pas une imitation.

 

  1. L’artiste est-il inspiré ?

 

Lorsque le philosophe réfléchit sur le travail de l’artsite, il doit prendre en compte l’inspiration et la technique. L’inspiration n’est pas un don exceptionnel qui viendrait de l’au delà ( les Dieux, les Muses ) mais un véritable travail de son imagination et de sa pensée. Le génie est, dit Kant « un don de la nature », il n’a rien d’exceptionnel mais c’est lui qui donne ses règles à l’art, c’est-à-dire qu’il inspire d’autres artistes, il lance des mouvements ou des modes artistiques, il définit des canons de beauté: le génie est celui qui donne l’impulsion à la création.

 3. la nécessité des règles.

La seule inspiration ne suffit pas à la création il faut ce que les grecs nommaient une techné, un savoir faire, une habileté. La technique artistique nécessite un véritable apprentissage, un travail, des règles que l’artiste définit lui-même, que ce soit en peinture, en musique, ou tout autre forme d’art l’artiste ne peut pas se contenter de son imagination. Il use de sa raison pour réfléchir, calculer, mesurer son travail. Il est vrai qu’un artiste ne sait pas toujours rendre compte des techniques qu’il a utilisé. Par exemple: un poète ne livre pas à ses lecteurs la versification. Un peintre ne justifie pas ses crayons, ses couleurs et les formes qu’il a employé.

 

  1. Le statut d’une oeuvre d’art.

1.L’oeuvre d’art se distingue de l’objet fabriqué.

De même qu’il faut distinguer la beauté naturelle de la beauté artistique, il faut aussi spécifier les objets fabriqués. Les beaux arts se définissent par leur caractère désintéréssés. L’objet, au contraire a une utilité, une fonction. Il a été fabriqué dans un but détérminé qui lui donne une valeur marchande, On dira au contraire que l’oeuvre n’a pas de prix si elle n’a pour seule fonction que de plaire. L’intérêt d’une oeuvre d’art n’est autre qu’elle même comme l’affirme Victor Hugo quand il parle de «L’art pour l’art.»

 

2 .L’oeuvre d’art se distingue de la production de la nature.

Dans la nature, il y a des oeuvres que nous trouvons belles et cependant il ne s’agit pas d’art il n’y a aucune intention qui précéde leur production. L’art suppose un processus créateur une technique alors que dans la nature tout est gratuit, fruit du hasard et de l’absence de régles. Le philosophe Hegel (Philosophe allemand du XIXième siècle) affirme que vouloir imiter la nature est la même chose qu’un ver de terre qui voudrait devenir éléphant. Les beautés de la nature sont inimitables, incommensurables.

 

  1. La spécificité d’une oeuvre d’art.

 

Si l’oeuvre se distingue des objets naturels ou fabriqués cela signifie qu’elle a un statut spécifique au sein des production humaines. Elle appartient à une culture et en tant que telle s’adresse à un public particulier. Il semble aujourd’hui que c’est ce public qui fait la spécificité d’une oeuvre, qui la place au rang d’oeuvre d’art. La valeur marchande semble prédominer le marché de l’art. Cependant, il ya une unanimité des goûts que l’on peut expliquer par la caractéristique universelle des jugements. L’oeuvre en elle même est certainement « candidate à l’art » c’est le public qui la célèbre ainsi.

 

  1. Le jugement de goût.

  1. « Des goûts et des couleurs, on ne discute pas… »

 

Pour le sens commun, il y a autant de goûts que d’avis, cela s’explique parce que le goût est fondé sur nos cinq sens et nos sentiments. C’est le domaine de la subjectivité. Cela est convenable lorsque l’on parle de ce que l’on aime, de ce qui nous plaît mais cela rendrait l’art impossible s’ il n’y avait pas un accord sur les oeuvres. Il ne faut donc pas confondre les goûts dictés par les modes, nos propres goûts et les jugements esthétiques. Il ne faut pas confondre le beau et l’agréable.

 

  1. Et pourtant on ne fait que cela (discuter) !
    Le propre d’une oeuvre est d’être exposée à nos regards mais aussi à nos jugements même si nous sommes d’accord sur la relativité de nos goûts, nous ne pouvons pas nous empêcher de juger une oeuvre. Nous en parlons, nous la commentons, nous la valorisons même de manière tacite. Une oeuvre lorqu’elle acquiert le statut artistique, s’offre à nos jugements, nous fait parler, que nous la trouvions belle ou non nous ne pouvons pas nous empêcher de la juger et de prétendre faire partager ce jugement.
3. L’universalité du jugement de goût

 

Le fait même de juger une oeuvre sous entend la supposition que tout homme est capable de la juger. L’universalité se trouve dans ce présupposé selon lequel l’oeuvre d’art se partage en disant «c’est beau», je suppose que tout homme est aussi capable de trouver cette oeuvre belle. L’universalité n’est autre que la reconnaissance de l’appartenance à l’humanité qui juge, qui goûte, qui apprécie les oeuvres. En contemplant les oeuvres d’art je fais l’experience de l’universalité en me mettant à la place de l’artiste créateur et de tout homme.

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire