Langage et connaissance.
Publié le 24 janvier 2007 par lionel dans ComprendreMais Platon complique aussitôt ce qui nous paraissait être la providentielle solution à un problème inextricable : il place dans l’Idée la réalité, il considère que c’est au sein de l’Idée même que règne le véritable monde, qui fait du nôtre qu’il ne serait plus alors qu’une pâle copie. A l’instant où nous avions cru que Platon nous proposait un règlement inconditionnel, le voilà qui affirme que nos facultés restent incapables d’appréhender un monde fixe. Retour à la case départ. Car si ce monde réel n’existe que dans les Idées, comment prétendrions-nous le connaître si nous restons affectés par la limitation de nos facultés ? Si une rupture entre monde sensible et monde idéal est consommée, que pouvons-nous espérer encore connaître dans cet « enlisement » ici-bas ? Disons immédiatement que c’est dans cette union de la structure conceptuelle et du monde idéal comme socle du réalisme que s’opère la résolution de ce déchirement. En tant que « réel intelligible », l’Idée joue une rôle actif de transition, elle fait appel à un certain nombre d’intermédiaires. La part mythologique de la pensée de Platon y voit un lien « royal » qu’il s’agit pour nous de rétablir, par le langage, par l’ajustement, par l’examen de nos opinions, par une série d’actions de séparation et d’analyse qui restaient encore inaccomplies par les prédécesseurs du philosophe.
Si Platon développe ce qu’on appelle commodément une méthode, c’est qu’au-delà du postulat de l’Idée, comme résolution providentielle d’un vieux problème, il revendique une possibilité d’établir un rapport de conformité du monde avec la pensée. Les faits sont redevables d’une totalité supérieure. C’est le point de départ, clairement revendiqué, de toute connaissance. On va voir qu’une chose tient son existence d’une totalité préétablie. Tout le problème sera de savoir si la réunion d’un certain nombre de faits pour synthétiser le tout auquel ces faits se rapportent est d’une rigueur méthodique égale à l’action qui consiste à partir de ce tout pour envisager l’existence des faits qui en dépendent. Tout le problème sera de savoir comment on établit une donnée claire. N’oublions pas que l’idéalisme platonicien procède d’une urgence d’ordre moral. Une vérité stable est gage de stabilité politique. Si le monde de l’Idée n’avait été qu’un monde identique à celui de l’Olympe, le profit aurait été nul. Il s’agit donc savoir comment l’Idée pourra « descendre » dans la Cité et y être utile.
Du point de vue de l’établissement de la connaissance, l’Idée a donc l’avantage de ses inconvénients. D’où la critique d’Aristote, qui n’admettait pas qu’on fasse remonter le cheval « ici-bas » jusqu’à l’idée du cheval pour en fonder la validité, mais qui cherchera dans le cheval même la « cabaléité » qui l’ « informe » pour en établir l’existence. Mais la grande force de Platon viendra de l’insistance qu’il porte non plus sur un modèle normatif – qui est, en fait, une bonne fois pour toutes posé –, mais sur ce qui permet de rendre compte de ce modèle : le langage. Une méthode efficace pour asseoir une connaissance claire passe donc par le langage. Et c’est là que se situe le tour de force de Platon.
En effet, si un langage sert à connaître, il forme aussi la connaissance. Ce qui veut dire que Platon n’envisage pas l’Idée comment seulement sise dans le Jenseitigkeit, « l’arrière-monde » dont parlera Nietzsche. Il en énonce les divers constituants qui s’entrelacent dans un rapport identique à ce qu’une grammaire organise. Platon, c’est ce que montre Antonia Soulez dans sa Grammaire philosophique chez Platon, présuppose une grammaire des Formes que notre langage a pour mission de restituer. On comprend donc que la présupposition des Idées passe par la présupposition d’un langage constitué.
Illustration : Raymond Duchamp-Villon, The Horse (Le Cheval), 1914 (cast ca. 1930). Bronze, 43.6 x 41 cm. Peggy Guggenheim Collection. 76.2553 PG 25. www.guggenheim.org.
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24 janvier 2007 à 10:58
[...] Philosophie du langage - Un article en philosophie sur le langage et la connaissance. [...]