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Identité nationale?

  

  À la question « êtes-vous favorable ou opposé à ce que les enfants apprennent la Marseillaise à l’école? », 77 % des personnes interrogées (79 % des femmes, 75 % des hommes) ont répondu « favorable », 22 % y étant en revanche opposés. L’adhésion est plus sensible chez les plus de 65 ans (89 %) que chez les moins de 35 ans (67 %), souligne le sondage. La part des personnes favorables à l’apprentissage de la Marseillaise à l’école est par ailleurs plus importante chez les employés (83 %) et les ouvriers (74 %) que chez les cadres (64 %). Les sympathisants de droite sont plus nombreux à y être favorables (88 %) que les sympathisants de gauche (69 %).

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Si on s’en tient à ce sondage, sans doute représentatif de la société française dans sa diversité, la question de l’identité nationale ne semble pas vraiment se poser pour les français. 80% des personnes interrogées se sentent françaises. Il n’y aurait pas de troubles de l’identité dans la population. Alors pourquoi cette question et cette interrogation sur l’identité proposé par l’Etat ?

 

LES CAUSES

 

Pour les comprendre, on pourrait réfléchir sur les causes qui font qu’un individu peut s’interroger sur sa propre identité, une Nation étant finalement un grand individu, c’est-à-dire une totalité indivisible unique et distincte des autres nations.

Un individu s’interroge sur son identité quand il a un sentiment d‘éclatement, il n’a plus le sentiment de demeurer le même sous la diversité de ses états de conscience ou des personnages qu’il est amené à jouer. Il peut aussi s’interroger quand il a observé un changement profond en lui-même, on peut ici penser aux grandes périodes qui jalonnent l’histoire de la construction de soi ( la période du non des 2 ans, l’adolescence…) ou aux accidents de la vie qui changent ce qui servait de fondement à notre identité: permanence du corps, structure familale…. Une perte de conscience ou/et de mémoire pourrait être à l’origine de cette interrogation, cette inconscience ayant brisé  la continuité passé/présent qui donne le sentiment de demeurer le même. Là ce sont les autres qui m’assurent que je suis encore moi. On peut enfin penser qu’on revient sur notre identité quand celle-ci n’est pas reconnue et par là menacée, quand l’autre ne nous reconnaît pas dans notre particularité ce qui nous empêche d’accéder à la confiance en soi, au respect de soi et à l’estime de soi. On s’interroge aussi sur son identité, sur ce qui est quand manisfestement le futur n’est plus le cadre d’une réalisation.  » L’identité, c’est la redondance, la fuite malsaine dans le passé, l’incapacité à construire le présent », comme le dit Anne Sauvenargues, maître de conférence en lettres et sciences humaines.

En ce qui concerne la Nation française, on pourrait retrouver les mêmes raisons de s’interroger, c’est en tout cas ce que s’efforce de souligner le premier Ministre, François Fillon dans son discours, dont voilà quelques extraits:

 « Devant l’étiolement des vertus civiques, devant la résurgence des communautarismes et la puissance des flux migratoires, devant cette forme de repentance qui voyait les pages sombres de notre Histoire prendre systématiquement le pas sur ses pages les plus lumineuses, il fallait réagir. Refuser ce débat et stigmatiser l’idée même que notre peuple puisse avoir une identité singulière, c’est laisser le champ libre aux extrémistes, eux dont le succès repose notamment sur la prétendue faiblesse de notre sentiment national. C’est aussi baisser notre garde devant tous ceux, nihilistes ou intégristes, qui contestent l’autorité et la laïcité de la République. Je ressens honte et colère lorsque je vois la Marseillaise sifflée par des supporters, tout comme je suis scandalisé de voir les émeutiers, à Poitiers, détruire les biens publics. Je suis également inquiet devant l’expression radicale des appartenances ethniques ou religieuses. Tous ces comportements sont les signes d’une société qui a besoin de raffermir ses repères historiques, civiques et moraux. Débattre de notre identité et agir pour la renforcer, c’est revitaliser notre pacte national, c’est retisser notre socle social et redresser nos idéaux républicains. Nous sommes les héritiers d’une Histoire exceptionnelle dont nous n’avons pas à rougir. Nous sommes les dépositaires d’une culture brillante, dont le rayonnement international doit être fermement défendu. Nous avons nos mœurs et un certain art de vivre dont les observateurs étrangers perçoivent, souvent mieux que nous-même, la singularité. Dans la mondialisation, c’est le pluralisme et la richesse des patries, des langues et des héritages qui déjouent l’unilatéralisme des Etats les plus puissants et la standardisation appauvrissante qui guette notre humanité. Pour relever les immenses défis de notre temps, les 65 millions de Français doivent faire bloc. Mais pour faire bloc, encore faut-il être convaincu que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise. Un peuple uni et fier de ses racines, est un peuple ouvert et généreux. En revanche, le poison xénophobe s’insinue dans le cœur des hommes dès lors que l’âme fédératrice de la nation est desséchée et brisée. A l’origine, cette identité ne fut ni spontanée, ni même le fruit d’une géographie évidente. Notre nation n’a jamais cessé de se bâtir, de s’agrandir, de s’unifier, fédérant des provinces rebelles, refoulant  nos patois, embrassant des religions aux cultes distincts, recevant des vagues d’immigrants aux cultures dissonantes. Par la force de l’Etat, par la communion de la langue et la marque du droit, par le prix du sang et par la flamme de la mémoire et des mythes, sous le sceau enfin d’une République démocratique et laïque, l’identité française s’est faite pas à pas. C’est cette longue trajectoire avec nous-mêmes que nous devons prolonger et actualiser. Elle n’est pas, et n’a jamais été, l’expression d’une race, pas plus qu’elle ne fut et ne doit être une juxtaposition de communautés repliées sur elles-mêmes. De Hugues Capet à Henry IV, de Richelieu à Georges Clemenceau, la sédimentation progressive de notre creuset national et notre ferme volonté politique d’unir nos différences se sont imposées sur nos particularismes et nos vieux penchants pour la division.
Transcendant nos provinces, nos origines et nos religions, nous sommes depuis le début, une nation fondée sur la volonté d’être précisément… une nation ! Et depuis 1789, nous sommes une nation de citoyens, ce qui, au demeurant, nous impose plus de devoirs que de droits, plus de civisme que d’égoïsme, plus de volonté que d’indifférence. Il est impossible de s’intégrer s’il n’y a rien à intégrer ! Etre Français, vouloir devenir Français, vivre parmi nous, ça n’est pas seulement disposer d’une pièce d’identité et avoir ses papiers en règles. Etre Français, c’est une chance mais c’est aussi une charge. »

Donc si on en croit ce discours, l’identité française serait chancelante, il y aurait un déclin français :

1) à cause d’un changement de visage ( la diversité serait devenue une division avec le repli communautaire, un non-respect des signes traditionnels de l’identité: drapeau, hymne.., une population de plus différente)

2) à cause d’un changement de rapport au passé ( on ne se reconnaîtrait plus dans un passé commun et revendiqué, assurant la continuité dans le temps)

3) à cause d’une reconnaissance insuffisante ou en danger : la menace semble être aussi bien intérieure ( extrémisme, communautarisme, nihilisme, multiculturalisme à l’américaine, racisme, honte d’être français..) qu’extérieure ( mondialisation et uniformisation, ou même européinisation?).

 

 

LES DANGERS

 

Ils apparaissent comme étant nombreux:

- d’abord confondre identité et appartenance comme le souligne Marcel Gauchet : « dites a est a, je suis je, et voilà l’identité; et vous dites a appartient à telle collection et voilà l’appartenance ». Le risque est alors de se condamner à la persécution, de générer de l’exclusion et de conduire au nationalisme et au racisme, puisqu’on réduit les individus à des appartenances: il est ceci , cela, alors qu’un individu est la somme changeante de ses appartenances.

- ensuite si on réaffirme son identité parce qu’elle est menacée, si on retourne le stigmate discriminatoire en un élément revendiqué et une fierté, c’est pour affirmer sa différence, la radicaliser. Et dans ce cas on peut tomber dans un nationalisme exacerbé ( machine à exclusion) où  on ne se définit plus  dans une opposition à…, contre… que par….. »Je te hais donc je suis »

- il y a aussi un risque de réduire la Nation ( telle qu’on l’aura définie) à une communauté ( français de souche, chrétiens, etc..) d’où une nouvelle forme de communautarisme

« Ce qui survient dès lors que l’on ne pense plus la nation comme simple communauté civique (réunie autour de principes juridiques et politiques), mais aussi et de plus en plus comme communauté française de langue et de traditions. Une communauté présentée comme lestée de valeurs irréductibles à celles de toute autre communauté. Dans ce cas, une forme de communautarisme guette le nationalisme républicain, parce que la fidélité à l’identité nationale en vient à prendre le pas sur le respect des droits et des devoirs impliqués par l’appartenance à l’humanité comme telle » selon Alain Renaut, philosophe.

 

LES DIFFICULTES

 

En admettant que réfléchir sur l’identité nationale soit une nécessité, il s’agit là d’une entreprise périlleuse, on risque évidemment de tomber dans des caricatures, des clichés ou des considérations que l’on pourrait prêter à tout homme comme le souligne le clip de la Chanson du dimanche et son texte.

 http://www.dailymotion.com/video/xb2mv1 

Être honnête et courageux
C’est être Français
Être sage et généreux
C’est être Français

Être fier de son drapeau
C’est être Français
Aimer sa couleur de peau
C’est être Français

Aimer les Châteaux de France
C’est être Français
Et travailler le dimanche
C’est être Français

Fermer sa gueule ou s’en aller
C’est être Français
Ne pas savoir parler anglais
C’est être Français

Boire un verre entre copains
C’est être Français
Aimer sa femme au quotidien
C’est être Français

Se remémorer la chute du mur de Berlin
En allant chercher son pain
C’est être Français

Manger plein de spaghetti
C’est être Italien
Être obèse et en T-shirt
C’est être ricain
Être saoul comme un cochon
C’est être breton
Avoir du poil sur le torse
C’est ça être Corse

 

Selon Jean-Claude Kaufmann, Sociologue, directeur de recherche au CNRS, auteur de  L’Invention de soi, une théorie de l’identité, il y  a déjà 3 croyances erronées sur lesquelles s’appuie cette réflexion   :

« - La première est de croire que l’identité renvoie à l’histoire, à notre mémoire, à nos racines. En fait, c’est exactement le contraire. L’emploi inflationniste du terme ne date que d’un demi-siècle : avant (sauf pour l’administration), il était rarement question d’identité. Parce que justement l’individu faisait bloc avec son histoire et était défini par les cadres institutionnels qui le portaient.

- la deuxième c’est croire qu’il y a des critères objectifs : Je reconnais qu’il est difficile de comprendre que l’identité est du côté de la subjectivité et de la production de sens et non de celui des  » racines « . confondre l’identification administrative et la production du sens de sa vie. Les deux processus, qui emploient le même mot  » identité « , s’ opposent : « ‘L’identification conduite par l’Etat consiste à repérer, ficher, classer des individus, en se fondant sur leur biologie ou la matérialité objective de leur histoire. C’est d’ailleurs pourquoi l’Etat est toujours très mal placé pour parler d’identité, car il n’a que cette vision étroite. La production de sens, au contraire, travaille avec ces éléments hérités, mais en les reformulant sans cesse. D’autant plus fortement que nous n’avons pas une seule histoire mais mille, enchevêtrées et contradictoires. C’est nous qui choisissons une part de notre passé ou une appartenance pour faire sens à un moment donné.

- La troisième erreur est de croire que l’identité pourrait être quelque chose de fixe et de stable. Toute identité se construit par une fixation et une réduction provisoires. Cela est nécessaire pour créer une totalité significative claire, voire simpliste, qui seule autorise l’action. Mais ces fixations ne durent qu’un instant et sont extraordinairement changeantes. Le processus identitaire en lui-même se caractérise au contraire par son ouverture et ses variations permanentes, ancrées dans le présent et dressant des scénarios d’avenir. »

 

En disant cela, le sociologue rejette déjà comme simple croyance, comme erreur une certaine conception de l’identité ( celle du droit du sang, du déterminisme, du passé d’un Barrès, d’un Mauras), en ce sens il se positionne pour une certaine conception de l’identité.

Il rejette aussi à travers l’idée de critères objectifs, l’idée d’une sorte de KIT IDENTITAIRE pourtant standardisé de manière transnationale. Les éléments du kit sont: une histoire multiséculaire, des ancêtres fondateurs, des héros, un folklore, une langue, une gastronomie… tout cela faisant en quelque sorte « l’âme d’un peuple », son « génie ».

Il rejette aussi l’idée que l’identité puisse se réduire à une définition juridique, civique . C’est ce qu’on retrouve aussi sous la plume de Dominique Schnapper dans  Qu’est-ce que la citoyenneté ? (2000) : « La Nation n’est pas en effet purement « civique ». Toute nation est à la fois civique et ethnique. Il faut sortir de la traditionnelle opposition que les historiens et les penseurs ont faite entre la « nation ethnique » (le Volk allemand) et la « nation civique » (la nation politique française) à la suite des conflits entre nationalismes du siècle passé. Cette opposition est historique et idéologique. Mais dans la réalité, toute nation démocratique est, de fait, à la fois « ethnique » et « civique ». Toute société démocratique organisée comporte de manière indissoluble des éléments dits ethniques, une culture, une langue, une histoire commune, et la conscience de partager cette culture et cette mémoire, et un principe civique, selon lequel les individus sont également citoyens par-delà leurs diversités et leursinégalités. ».

Mais enfin, le sociologue semble indiquer qu’il est impossible de définir à un moment donné l’identité d’une Nation, celle-ci étant en changement. On pourrait ici faire à nouveau le parallèle avec l’individu, il se définit au fur et à mesure de son existence, de sa vie, par son passé mais aussi ses projets.

On se rend compte alors que toute définition de l’identité repose sur la croyance qu’elle est et peut-être cernée, mais aussi sur une certaine conception de ce qui fait l’identité d’une nation. C’est donc adhérer à un modèle.

 

 

Les grands modèles

 

 Il y a en somme  4  modèles essentialistes ou existentialistes! L’essece précède l’existence ou l’existence précède l’essence?

 1. un modèle issu de le Terre, le droit du sol et même du sang (essentialiste).

 2. un modèle issu d’un ciel de Valeurs, de principes ( sacrés pour lesquels il peut y avoir sacrilèges et sacrifices) et  d’une culture hérités ou voulues (essentialiste et existentialiste): «Plutôt que par des symboles, plaide Alain Finkielkraut, l’amour de la France s’acquiert par la familiarité avec la langue portée par la littérature française. L’amour de la France n’est pas un but, il est une conséquence possible de la connaissance de la civilisation française.»

 3. un modèle issu du passé, « les vivants sont toujours gouvernés par les morts » comme le disait Auguste Comte (essentialiste)

 4. un modèle tendu vers l’avenir: désir de vivre ensemble, de continuer une vie commune plutôt que de simplement perpétuer un passé, ce qui confirme l’idée du contrat social, « l’existence d’une nation est une définition volontariste » (existentialiste).   C’est un projet politique qui nous unit.

 

Ce qu’on trouvait chez Ernst Renan dès 1882, dans  Qu’est-ce qu’une nation ?

« Nous venons de voir ce qui ne suffit pas à créer un tel principe spirituel : la race, la langue, les intérêts, l’affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires. Que faut-il donc en plus ?(…)Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une,constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent.L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’homme, Messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissant d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans la passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet. Le chant spartiate : «Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes» est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie. Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l’on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l’heure : «avoir souffert ensemble» ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun. »

 

Ernst Renan  » L’existence d’une nation est (…) un plébiscite de tous les jours comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. « 

 

AUTRES PISTES 

  • Au fil du temps, cette  » identité démocratique «  n’a cessé de s’enrichir : sous le Front populaire, avec les lois sur les congés payés ; à la Libération, quand les femmes ont obtenu le droit de vote et que la Sécurité sociale a été créée ; en 1981, avec l’abolition de la peine de mort… L’existence de ce  » patrimoine commun de droits et de libertés « , dont la liste est par définition ouverte, constitue ce que Vincent Duclert appelle donc l’identité démocratique de la France – expression qu’il préfère à celle d’ identité nationale, dans la mesure où elle met l’accent sur un  » projet politique «  en devenir plutôt que sur une  » définition essentialiste «  fixée une fois pour toutes. La combinaison d’un héritage commun et d’une espérance partagée, une définition reposant paradoxalement sur le refus d’une définition trop précise…

 

  • ce qui définit l’identité, c’est la langue. C’était ce qui était au coeur du projet de Jules Ferry sous la IIIème république (1881;1882), faire du français, la langue de la Nation par de là les patois. La langue française, c’est une manière de penser, des mots chargés d’un sens construit au fur et à mesure de l’histoire, un héritage mais aussi ce qui est le reflet d’une diversité, que la langue peut intégré sans pour autant se perdre. René Rémond, qui vient de quitter la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques, « l’identité n’est pas un musée, ni un conservatoire. La France a une capacité à créer et à innover. À condition de ne pas toucher aux principes généraux, son identité nationale est appelée à se développer. »René Rémond établit dans le même sens un parallèle avec l’évolution de la langue : « À la commission du dictionnaire de l’Académie française, dont je suis membre, l’on introduit quantité de nouveaux mots empruntés à des langues étrangères. Ils enrichissent le français, mais n’affectent pas sa syntaxe, qui modèle la structure de l’esprit. ». Dans ce cas, la nation française ne s’arrête pas aux frontières de la France.

 

  • On peut aussi penser que, de la même manière que nous ne sommes pas les mieux placés pour nous connaître et nous reconnaître, la nation n’est peut-être pas la mieux placée pour se définir. Vincent Cespédes dans un article de Libération, invite à se rappeler cette phrase de Nathalie Sarraute, française juive d’origine russe : « vue de l’intérieur, l’identité n’est rien ».

 

  • Enfin, on pourrait se demander si c’est au pouvoir politique de décider de cette définition de l’identité qui relève en en grande partie de la subjectivité d’un peuple et des individus. C’est d’ailleur ce qui distingue l’Etat de la Nation. Si toute société n’est pas nécessairement doté d’un Etat ( institution permanente séparée de la société civile au pouvoir transcendant et coercitif ayant pour mission de faire se tenir debout la société) et n’est pas un Etat ( communauté juridique), une nation n’est pas forcèment un Etat, ( ex: la nation Tzigane) et l’Etat n’est pas encore une nation, tout Etat n’est pas un Etat-Nation.

 On peut dire que sans la Nation, l’État demeurerait une tête sans corps, ou une belle âme, une volonté sans affectivité ou encore un corps sans âme. C’est pourquoi chez Rousseau le pacte d’association doit précéder le pacte de soumission ( contrat social) car la soumission d’individus épars ne saurait constituer une unité.

« La nation est une communauté de rêve » disait Malraux, la nation renvoie donc à une dimension morale, subjective ( venant des sujets). 

On pourrait se dire qu’en faisant de la question de l’identité une question étatique et juridique, on est dans une confusion des ordres. 

Catégorie : humeurs