Les méthodes en philo

Un blog du WebPédagogique

Le XIXème: l’ère du soupçon et le XXème

 Schopenhauer( 1788-1860) :  

 Auguste Comte (1798-1857) : inaugure une nouvelle science humaine la sociologie. Loin des idées métaphysiques il affirme la réalité des idées scientifique qui peuvent nous conduire à la vérité ( le positivisme ) dans la loi des trois états Auguste Comte fait correspondre trois âges de l’humanité et de l’individu à trois étapes de la pensée. l’état théologique prétend expliquer tous les phénomènes par l’arbitraire des volontés divines. L’état métaphysique est toujours une explication absolue et signifiante, seul l’état positif par l’abandon des idoles et le renoncement au savoir absolu est condition de vérité et de science «  par l’usage bien combiné du raisonnement et de l’observation »

  Karl Marx (1818-1883):  il s’appuie sur la conception hégélienne de l’histoire : l’histoire est dialectique ; elle progresse en surmontant les contradictions. Pour Marx les conflits se situent entre les classes sociales, les classes luttent en effet pour s’emparer des moyens de production de la société. Ce sont les conditions matérielles d’une société qui pour Marx déterminent son mode de penser. La rénovation de la société passe par l’abolition des classes ; les moyens de production doivent appartenir a la société elle même  (fin de l’exploitation ) et le travail ne doit plus être un rapport entre exploiteur et exploité ( fin de l’aliénation). La société sans classe sociale a un objectif humaniste.

 Nietzsche (1844-1900) : les hommes pour Nietzsche. sont malades car ils ont inventé toutes sortes de choses pour échapper à la réalité, une morale, une métaphysique, des dogmes qui ne sont que des refuges pour des hommes qui ne supportent pas leur existence. Toutes les idées ne sont que des caches-misère «  il n’y a qu’un seul monde, et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. » Les hommes ne font qu’accroîtrent leur ressentiment envers la vie. Ils inventent une morale ascétique qui les détourne des choses du monde. Cependant l’homme peut se surpasser par sa volonté, par son instinct, par le dépassement des mensonges idéalisés dans les valeurs morales.

 Freud (1856-1939) :  médecin de formation, Freud pose des questions aux philosophes en ce qui concerne le psychisme humain : « Le « moi » n’est même pas maître dans sa propre maison », en effet Freud établit une scission dans l’esprit lui-même entre le « moi » conscient et le « surmoi » qui prend en charge la censure morale de la société et de la famille dès l’enfance. Certains désirs sont satisfaits ,d’autre refoulés ou sublimés. Les principales pulsions se regroupent en pulsions de vie (ou Eros) et en pulsions de mort (ou Thanatos). Quand l’homme n’est plus capable de maîtriser ses désirs, on peut parler de pathologie. Les rêves les lapsus et les actes manqués comme les symptômes psychiques trouvent un sens qui peuvent être décryptés par la psychanalyse. Cette méthode du dévoilement de l’inconscient aura un succès considérable dans les pratiques thérapeutiques du 20ème siècle et un retentissement dans de nombreux domaines de pensée. « Le bonheur est un rêve d’enfant réalisé dans l’âge adulte“.

 Husserl (1859-1938) : La particularité de la conscience est d’être intentionnelle, elle vise un objet, elle donne du sens au monde « Toute conscience est conscience de quelque chose » En s’interrogeant sur le rapport de la conscience aux choses, Husserl propose de décrire les phénomènes, or selon lui, les phénomènes révèlent leur essence de manière immédiate. Lorsqu’on saisit les propriétés sensibles, les spécificités des choses, on les réduit à leurs essences pures : c’est la réduction eidétique.

  Bergson (1859-1941) : Bergson renoue avec une pensée dualiste (matière et esprit, science et conscience) Il ajoute une définition à la conscience comme action et comme intuition par laquelle l’intelligence humaine nous permet « d’agir en Homme de pensée et penser en Homme d’action ». Quand à la vie matérielle, elle s’inscrit dans le cadre temporel des horloges et des physiciens. Elle s’oppose à la durée de la vie spirituelle, continue, indivisible et dont l’essence même est de passer. Enfin si notre conscience s’inscrit dans une temporalité, c’est qu’elle est essentiellement mémoire : un trait d’union entre ce qui à été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l’avenir.

 Hannah arendt (1906-1975)

 Alain (1868-1951)

  Sartre (1905-1980): Le mouvement existentialiste est un courant inspiré par Kierkegaard, qui met l’existence de l’homme au centre de la recherche philosophique « l’existence précède lesl’essence”. L’homme se définit par ses actes et par ses choix.  La conscience est absolument libre, ce qui génère chez l’homme une terrible angoisse. L’homme est engagé et responsable de soi et des autres. S’il refuse cette obligation de choisir et d’assumer ses choix, il fait preuve de mauvaise foi. L’homme doit inventer sa conduite et juger lui-même de la valeur de ses actes sans considérer quelque Dieu que ce soit ni quelque jugement extérieur des autres dont le regard destructeur est une menace pour sa liberté ; “L”enfer, c’est les autres“.

 

Le XVIII siècle: le siècle des Lumières

Jean Huber, Un dîner de philosophes, 1772 (avec au centre Voltaire)

           «Les Lumières se définissent comme la sortie de l’homme hors de l’état de minorité où il se maintient par sa propre faute. La minorité est l’incapacité de se servir de son propre entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas d’un manque d’entendement mais d’un manque de résolution et de courage pour s’en servir sans être dirigé par un autre. Sapere aude! Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise des Lumières» EMMANUEL KANT, Qu’est-ce que les Lumières ? (1784)

Le XVIIIème siècle, c’est le siècle de la sortie de l’obscuratisme, celui de la foi en la raison qui remet en question la foi, comme le note Simone Weil, philosophe chrétienne dans Le génie d’Oc, en 1943:  «Si le XVIIIe siècle avait lu Platon, il n’aurait pas nommé lumières des connaissances et des facultés simplement naturelles. L’image de la caverne fait manifestement apercevoir que l’homme a pour condition naturelle les ténèbres, qu’il y naît, qu’il y vit et qu’il y meurt s’il ne se tourne pas vers une lumière qui descend d’un lieu situé de l’autre côté du ciel. L’humanisme n’a pas eu tort de penser que la vérité, la beauté, la liberté, l’égalité sont d’un prix infini, mais de croire que l’homme peut se les procurer sans la grâce.»

David Hume (1711/1776)

Philosophe écossais, donc empiriste qui remet en question la certitude de nos connaissances et jugements. Toute connaissance, toute idée vient de l’expérience.Les idées sont des images d’impressions issues de nos sens. Toute pensée trouve son origine dans les impressions, donc dans ce qui est particulier et contingent, voire accidentel. Toute idée abstraite est une composition d’idées simples issues des impressions. De même en ce qui a trait à la causalité (c’est-à-dire à la relation qui permet de prévoir le futur à partir du passé): une cause n’est qu’une relation habituelle entre des impressions, une nécessité imposée par l’imagination.La causalité n’a pas de fondement métaphysique. Elle n’est qu’une croyance nécessaire, basée sur la régularité de nos impressions. La raison critique s’applique aussi à la remise en cause des croyances religieuses, basées sur une imagination débridée, des témoignages douteux contredisant le sens commun, comme les récits relatant des miracles, et des principes métaphysiques découverts par simple spéculation, sans aucune base sinon les préjugés ou les désirs de son auteur.

Quelques autres idées fortes de Hume: le moi est insaisissable ( on bute toujours sur un état du moi, critique de Descartes et de la certitude du cogito, de l’indentification du Je à une substance pensante); la beauté est relative et subjective, dépendant de l’esprit qui la contemple, même s’il y a des normes sociales et sans doute même un étalon naturel du goût.

Kant, lecteur atttentif de Hume, qui est pour lui, celui qui l’a sorti de son “sommeil dogmatique”, a tenté de dépasser son scepticisme et de fonder sur des bases rationnelles la métaphysique.

 Kant (1724/1804)

Philosophe allemand est le penseur de l’universel. Pour lui, le vrai, le bon, le beau doivent être universels, ou alors ils ne sont pas.

 

 

 

 

 

Montesquieu (1689/1755)

On peut voir en lui le père de la sociologie (« Les lois sont bonnes lorsqu’elles réalisent non pas l’équité et la justice en soi, mais la part d’équité et de justice qui s’accommode avec le climat, le terrain et les mœurs. »). Il est celui qui proposa la fameuse séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, partant du principe que seul le pouvoir arrête le pouvoir.

 

 J.J. Rousseau (1712/1778)

article inachevé!

J-2. Ne négligez rien!

Il y a les “grandes” notions du programme, ce sont celles qui “tombent” traditionnellement au bac:

- la science en S revient chaque année dans la dissertation ou l’explication de texte ( l’an dernier, c’était en dissertation!)

- le droit, l’Etat, la justice, le travail, l’histoire, la liberté politique pour les ES…

En L , c’est imprévisible même si un sujet sur l’art ne me semble pas à exclure cette année, après plusieurs années sans! Mais ne jouons pas à lire l’avenir!

Et puis il y a les “petites” notions comme la connaissance du vivant ( en L, ES, S) , la perception ( L) , la matière et l’esprit (L, ES, S) , les échanges en ES qui “tombent” très rarement pour ne pas dire presque jamais et sur lesquelles en conséquence on passe plutôt vite en classe et dans ses révisions…

Mais il ne faut pas les négliger pour autant, les L en ont eu la cruelle preuve l’an dernier avec leurs sujets ( la perception peut-elle s’éduquer? et un sujet sur la connaissance du vivant.)

Pour cela,

- j’ai repris un cours sommaire sur les échanges dans la catégorie Cours et le corrigé de “l’exigence de justice a-t-elle sa place dans les rapports économiques?” dans la catégorie Corrigés, bien sûr.

- Je vous invite donc à penser à un sujet du type “peut-on réduire le vivant à une machine?” ou “peut-on connaître le vivant?” si vous êtes en S ( et même ES, les L seront épargnés les mêmes notions ne retombent en général pas l’année suivante!) et aux sujets sur la matière et l’esprit ( pour tous) , une notion du nouveau programme et qui n’est encore jamais tombée au bac, à ma connaissance.

Il y a quelques éléments de cours dans la catégorie “cours” et j’ajoute ici des pistes pour le sujet suivant:

La matière est-elle plus facile à connaître que l’esprit?

Pour pouvoir traiter ce sujet et donc en I et II, il faut partir sur une position DUALISTE , à la Descartes où on distingue matière et esprit, comme deux substances distinctes et existant indépendamment l’une de l’autre ( l’âme est seulement logé dans le corps et peut-être pensée comme lui survivant; la matière n’est pas nécessairement habité par l’esprit).

Vu les caractéristiques de la matière, perceptible, divisble, étendue, mobile, elle peut être observée, ramenée à des quantités et même réduite à celles-ci si on enlève toutes les qualités comme le faisait Galilée, père fondateur de la physique moderne, ( conçues comme qualités secondes et changeantes comme le montre l’analyse du fameux morceau de cire), elle obéit à des lois ( celles de la nature), elle peut donc être un objet des sciences physiques exactes qui peuvent ici appliquer leur méthode expérimentale et leur principe explicatif ( expliquer le particulier par le général, l’universel, “des relations invariables” comme le disait Comte. La matière semble  donc être facilement connaissable. D’où la théorie des “animaux-machines” de Descartes concernant ces êtres vivants qu’on considérait comme dénués d’esprit, d’âme et dont on expliquait le comportement comme celui des rouages d’une montre. Pur mécanisme. Ce qui n’est pas le cas de l’esprit, si on l’identifie à l’âme, à quelque chose de méta-physique ( et donc au-delà de la physique et de l’observable). L’esprit est aussi associé à la pensée, à la conscience et distingué du corps depuis Platon . « L’âme est un principe de mouvement de même nature que l’Idée. C’est une réalité automotrice et éternelle qui préexiste au corps et lui survit » , pour Platon, comme le dira un commentateur.. L’esprit renvoie à quelque chose certes à quelque chose d’abstrait, de complexe, mais selon Descartes,  la conscience de soi un fait primitif. Et c’est par cette conscience, que je peux penser l’âme, en tant que substance pensante, d’une manière entièrement indépendante du corps. Nous pouvons avoir, dit-il, une connaissance claire et distincte de l’âme, indépendamment du corps: cela en fait donc une substance « réellement distincte ». Cette connaissance est même plus sûre que celle de la matière, elle résiste au doute hyperbolique, ce qui n’est pas le cas du témoignage de nos sens, de nos raisonnements, de notre imagination… Or c’est par là que nous connaissons la matière. D’où l’étonnante conclusion de Descartes dans la seconde des Méditations métaphysique : “ Mais enfin me voici insensiblement revenu où je voulais; car, puisque c’est une chose qui m’est à présent manifeste que les corps mêmes ne sont pas proprement connus par les sens ou par la faculté d’imaginer, mais par le seul entendement, et qu’ils ne sont pas connus de ce qu’ils sont vus ou touchés, mais seulement de ce qu’ils sont entendus, ou bien compris par la pensée, je vois clairement qu’il n’y a rien qui me soit plus facile à connaître que mon esprit. ”

Parfaite transition vers le II, qui pourrait montrer en

A. les limites de la connaissance de la matière et donc la difficulté de la connaître:

- limites de la méthode expérimentale, de l’induction et de l’empirisme( remonter du particulier observable à l’universel- Dinde de Russell), difficulté de la vérification ( Popper), problème de la certitude de la correspondance entre théorie et réalité ( Hume; Kant, Popper)

- limites de la physique macroscopique face à la physique microscopique: les questions soulevées par la physique quantique et les limites du déterminisme soulignées par elle ( principe d’incertitude d’Heisenberg, le chat de Schrödinger..)

- limites de la “matière vivante”: problème spécifique à la biologie face à ces organismes qu’on ne peut réduire, n’en déplaise à Descartes, à des machines. “force organisatrice” soulignée par Kant; chaque être vivant est individu ( problème de la vérification, de l’idée de lois et d’organisme témoin..)

Finalement si on croyait connaître si facilement la matière, c’est parce qu’on en avait une vision simpliste et abstraite paradoxalement.

B. que l’esprit n’est pas si aisé à connaître non plus et que le passage de l’évidence de la conscience à l’idée d’une substance pensante est discutable (Nietzsche), tout comme il est difficile d’expliqquer le fonctionnement de cet exprit ( comment est-il affecté par le corps et le commande-t-il, glande pinéale?? La place de l’inconscient avec Freud, etc…)

Mais depuis le départ on présuppose que l’esprit et la matière sont deux substances distinctes, or on peut montrer que la matière n’existe peut-être pas indépendamment de notre esprit ( thèse de l’IMMATERIALISME de BERKELEY) ou que notre esprit n’est finalement qu’une “chose matérielle” ( thèse MATERIALISTE qui va des épicuriens atomistes [ pour qui  l’âme est « un corps subtil qui doit à la petitesse de ses atomes d’être mis le premier en agitation et d’imprimer à nos membres la vie », et qui d'ailleurs disparaîtra avec le corps dans la mort ( c'est pourquoi pour Epicure "la mort n'est rien pour nous", sans vie après la mort)] aux conceptions actuelles de la neurologie qui s’efforcent de ramener les pensées ou activités de l’esprit à des phénomènes neuronaux, mécaniques du cerveau. Dans ce cas, connaître la matière, c’est connaître l’esprit et son fonctionnement ou connaître l’esprit, c’est connaître un des aspects de la matière.

Donc il n’est pas plus facile de connaître l’un que l’autre, c’est tout aussi difficile (II) et connaître l’un, c’est progresser dans la connaissance de l’autre , d’où : III sur la critique du dualisme et de ses raisons d’être : distinguer l’homme des autres êtres vivants et des choses, alors qu’on peut penser autrement comme Aristote [ Pour lui, l’âme est « l’entéléchie première d’un corps vivant pourvu d’organes ». L’âme est la partie de la substance qui est la forme d’un corps naturel qui a la vie en puissance. Aristote ne sépare pas le corps et l’esprit, ils sont co-dépendants. L’âme se réalise grâce à l’outil qu’est le corps organisé, elle présuppose donc ce corps. Il existe plusieurs espèces qui ont un corps différent qui est le lieu de différents types d’opérations de l’âme : âme nutritive ( les végétaux) , âme sensitive ( les animaux) et l'âme intellective ( les hommes)] ; flatter le narcissisme, d’où les blessures infligées par la science à l’homme ( cf . Freud et son hypothèse de l’inconscience comme étant la 3ème) ; satisfaire son désir de “dominer “la nature en s’en distinguant et de prétendre parvenir à une connaissance rassurante du monde qui l’entoure ( Nietzsche et son analyse de la science comme nouvel version de l’idéal ascétique).

Réponse finale: non! Tout aussi difficile car l’un et l’autre ne sont pas distincts, peut-être, c’est en tout cas la position que l’on peut adopter en III.

 

Ce qu’ils ont dit avant le XVIIIème siècle et qui pourrait être utile au XXIème!

 Machiavel (1469-1527):

C’est dans Le Prince qu’il a écrit « la fin justifie les moyens » et qui lui vaut le qualificatif de ”machiavélique”. Mais pour lui, cela signifie que le Prince se doit de conserver le pouvoir pour assurer l’ordre dans l’intérêt de tous. Et pour cela, en effet, tout est possible, même des moyens discutables d’un point de vue moral. Mais c’est parce qu’il distingue morale et politique, ainsi que vie privée et action politique, « aux lois universelles de la morale le prince est tenu dans sa privée, comme le humble de ses sujets.», et cela parce que si un Prince veut se comporter moralement dans sa manière de gouverner, il ne pourra conserver son pouvoir, les hommes étant méchants. Le Prince doit dès lors être craint par le peuple plutôt qu’aimé (sans être haï), il peut en cela user de la force, de la ruse, et de la virtù. « Si un prince veut conserver son trône il doit apprendre à savoir être méchant et recourir à cet art ou non selon les circonstances. »

  Hobbes (1588/1679) ” A l’état de nature l’homme est un loup pour l’homme, à l’état social l’homme est un dieu pour l’homme”

 A l’état de nature ( c’est-à-dire avant la création de l’Etat civil), c’est la “guerre de tous contre tous”, tous les hommes étant égaux et animés de la même passion de la liberté au sens d’indépendance et de pouvoir. D’où l’idée que “l’homme est un loup pour l’homme” à l’état de nature, formule que Hobbes reprend à Plaute. En raison de cette agression permanente l’homme ne peut pas vivre en société sauf s’il renonce à ses droits naturels. Il faut créer une instance supérieure à qui les hommes donnent tous leurs pouvoirs, se soumettent entièrement en échange de leur sécurité. Dès lors,  “à  l’état social, l’homme est un dieu pour l’homme”, l’homme étant ici le souverain au pouvoir absolu proposé et décrit dans son livre Le léviathan. Cette représentation suffit à expliquer l’absolutisme que Hobbes soutenait, lui, qui vivait dans une Angleterre déchirée par des guerres civiles faute d’un pouvoir suffisant. Le corps du souverain est constitué des hommes qui lui obéissent.

Au XVIIIème siècle, Rousseau verra le pacte social proposé par Hobbes comme un absurde et illégitime contrat d’esclavage, les hommes ne pouvant aliéner leur liberté pour leur sécurité.

 Descartes (1596/1650)

La méthode est la condition même de toute recherche de la vérité, elle débute par le doute et s’accomplit par des règles précises pour bien penser, exposées dans le Discours de la méthode ( règle de l’évidence, « Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute»; règle de l’analyse, « Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre»; règle de la synthèse, « Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés, et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres» et enfin règle du dénombrement, « Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. » La première certitude et celle qui peut servir de modèle à toutes les autres, c’est le fameux  « Cogito ergo sum » qui signifie que je ne peux pas penser sans savoir en même temps conscience  que je pense, ce qui fait que l’on peut définir l’homme comme “une substance pensante”, comme  un être doué de conscience réfléchie et de soi, mais qui ne permet pas pour autant de le définir en tant qu’individu distinc des autres. Descartes est aussi ce lui qui a dit :

- que grâce aux applications techniques des découvertes scientifiques, l’homme va devenir  « comme maître et possesseur de la nature», d’autant que Descartes désenchante la nature en  ramenant à la matière, substance étendue et les êtres vivants à de simples machines, théorie des animaux machines qui réduit l’animal à une montre. Répresentation mécaniste du vivant qui sera vivement critiqué par Kant qui rappelle que le vivant est animé d’une “force formatrice” qui fait qu’il ne se réduit pas à un assemblge de pièces, mais est capable de s’autoréparer, de s’autoorganiser, de s’adapter et de se reproduire.

- “je ne suis pas simplement logé dans mon corps comme un pilote en son navire”: Descartes est un philosophe dualiste, c’est-à-dire qu’il distingue la substance pensante (âme) et la substance étendue ( corps); mais il est obligé de reconnaître que pour que l’âme commande le corps et soit affectée de ce qui l’affecte, il doit y avoir un point de contact, c’est la “glande pinéale” ( seul organe non double du cerveau). Une glande qui a fait l’objet de bien des commentaires!

- “quelques autres animaux nous expriment leurs passions, ils nous exprimeraient aussi bien leurs pensées s’ils en avaient”: pour Descartes, si les animaux communiquent, seul l’homme parle, c’est-à-dire est capable de composer un discours qui fasse entendre sa pensée, et cela sans passion , c’est-à-dire sans contrainte ni impulsion, donc librement. Mais c’est aussi parce qu’il parle, qu’il pense, comme le reprécisera Hegel. “On ne peut penser sans les mots”.

- “Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ; et généralement de m’accoutumer qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est au regard de nous absolument impossible”. Cette troisième maxime de la morale provisoire de Descartes en attendant de fonder rationnellement la morale est trés inspirée de la morale des stoïciens qui pour atteindre l’ataraxie ( la paix de l’âme), invitaient à distinguer ce qui dépend de nous ( nos volontés et représentations) de ce qui ne dépend pas de nous (tout le reste), et à ne s’attacher qu’à ce qui  ne dépend que de nous pour ne pas souffrir. Les deux autres maximes de cette morale provisoire sont: “obéir aux lois et coutumes de son pays”, être le plus ferme et le plus résolu dans les actions même si on doit se contenter de suivre des opinions douteuses et incertaines ( ex. du voyageur perdu dans la forêt qui ne peut en sortir qu’en prenant au hasard un cap et en s’y tenant).

- Descartes reprend  la preuve ontologique de l’existence de Dieu de Saint-Anselme. Si Dieu n’existait pas, il lui manquerait quelque chose, il ne serait donc pas parfait et ne serait pas Dieu et nous ne pourrions pas expliquer la présence de cette idée de perfection en nous.

-  Descartes est le père du libre-arbitre, “ce pouvoir de fuir ou poursuivre ce que l’entendement nous propose”. C’est-à-dire de dire oui ou non, donc de choisir et cela de manière spontanée et contingente. Ceci dit, ce pouvoir étant infini, la volonté peut s’aventurer au-delà des limites de l’entendement, de ce que nous savons, dans l’indifférence, d’où nos erreurs et nos fautes. D’où aussi l’idée que la connaissance bien loin de diminuer notre liberté de choisir, la renforce. On sait au moins entre quoi et quoi nous choisissons et restons libre de prendre le faux plutôt que le vrai, ou le mal plutôt que le bien.

Pascal ( 1623/1662)

-« Toute notre dignité réside dans notre pensée. » L’homme est capable de prendre conscience de sa misère et de se détourner du divertissement qui l’illusionne et le piège dans la vanité.

-«C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi, Dieu sensible au cœur»: pour Pascal, il y a en effet les vérités de la raison et les vérités du coeur. Les uns sont discurcives, les autres intuitives. Et l’incapacité de prouver les unes par les autres soulignent plus l’impuissance de la raison que l’incertitudes des intuitions du coeur. Attention , le coeur n’est pas ici le siège des sentiments.

- il est l’auteur du pari, argument trouvé pour aller “convertir” sur leur terre les athées rationnalistes. Avec une chance sur deux de gagner l’infini, comment ne pas parier sa vie finie et misérable sur le fait que Dieu existe.

- “Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie.”: le ciel doit être habité, misère de l’homme sans Dieu, qui seul peut sauver.

 

   Spinoza (1632/1677)

la nature est un tout, Dieu est la nature ( panthéisme) et chaque partie est animée d’une partie de la puissance divine. Cette puissance, c’est le désir, “cet effort pour persévérer dans notre être” qui détermine la valeurs des choses pour nous. C’est ce que Spinoza appelle aussi le Conatus, et « ce qui fonde l’effort, le vouloir, l’appétit, le désir, ce n’est pas qu’on ait jugé qu’une chose est bonne ; mais, au contraire, on juge qu’une chose est bonne par cela même qu’on y tend par l’effort, le vouloir, l’appétit le désir. ».

Du coup l’homme n’est pas à part dans la nature, il est soumis aux mêmes lois, à la même nécessité. Il n’est pas un « empire dans un empire ».  Cependant, l’homme ignore les causes qui le déterminent à agir, il est dans l’illusion du libre arbitre. Les hommes se croient libres car ils ignorent les causes qui les déterminent dans leurs actions. Ce qu’il illustre avec le fameux exemple de la pierre.

Cependant, pour lui qui critique le libre-arbitre de Descartes, la liberté ne s’oppose pas à la nécessité, mais à la contrainte, synomyme de passivité et de passion. La liberté c’est le fait de comprendre et de participer activement par cette compréhension à la nécessité.

 Locke( 1632/1704) , philosophe anglais empiriste pour qui, contrairement aux innéistes et rationalistes, toute connaissance vient de l’expérience. C’est ce qu’il illustre avec la fameuse image de la table rase, surface de cire vierge de toute empreinte, surlaquelle vous venir s’imprimer les idées: « supposons donc qu’au commencement l’âme est ce qu’on appelle une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit. Comment vient-elle à recevoir des idées ? Par quel moyen en acquiert-elle cette prodigieuse quantité que l’imagination de l’homme, toujours agissante et sans bornes, lui présente avec une variété presque infinie ? D’où puise-t-elle tous ces matériaux qui sont comme le fond de tous ses raisonnements et de toutes ses connaissances ? A cela je réponds en un mot, de l’expérience : c’est là le fondement de toutes nos connaissances, et c’est de là qu’elles tirent leur première origine. Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de notre âme, que nous apercevons et sur lesquelles nous réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. Ce sont là les deux sources d’où découlent toutes les idées que nous avons, ou que nous pouvons avoir naturellement.”

 

 

Test-salle de bains- pendant les révisions!

Il s’agit d’un test-labyrinthe proposé par Vincent Cespedes, paru dans le Nouvel Observateur et que l’on retrouve sur son site, qui permet de savoir quel hédoniste on est !

Vincent Cespedes est par ailleurs l’auteur de

Un livre sur la “fameuse” émission de” télé”-”réalité”  LOFT STORY de 2001 trés intéressant, lui!

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Le test

“Je sors de mon bain du soir, propre et zen.

Le siphon absorbe ma journée. Je reste immobile, le corps ruisselant. Ma peau a terriblement soif d’une présence qui l’étreigne, mais il n’y a personne.
     Les yeux mi-clos, l’esprit empli de parfum et de vapeur d’eau, je savoure ces mots d’Alona Kimhi, dans Lily la tigresse : « Mon corps est à nouveau submergé par le besoin d’un autre contact. Chaud. Humain. Un contact qui pénétrerait dans le sang par les pores de cette peau maintenant débarrassée de la poussière et de la sueur, rendue plus réceptive encore au flux cosmique du désir. »
     Je lis E si j’ai l’habitude d’étouffer mes vains désirs et de garder les pieds sur terre, ou bien je lis L si j’ai plutôt tendance à me laisser aller.

A.   Pour la tradition épicurienne, le plaisir correspond à l’absence de peine et à l’équilibre qui en résulte. Je monte sur le pèse-personne, je pèse ma vie. L’équilibre n’est pas pour demain. Qu’est-ce qui m’alourdit le plus ?… Ma culpabilité (je lis N), la bêtise humaine (je lis H), ou la tendance des autres à vampiriser mon énergie (je lis J) ?

B.   Si au cours de ce test j’ai déjà jeté une brosse-à-dent bleue je termine illico en Y, rouge en Z, verte en X. Sinon, je jette une brosse-à-dent usée de couleur rouge (à retenir !).
Marguerite Duras s’énervait dans un entretien, à soixante-douze ans : « Ce n’est pas de baiser qui compte, c’est d’avoir du désir. Le nombre de gens qui baisent sans désir, ça suffit comme ça. » Ai-je moi-même du désir ?… Je lis D si je crois que j’en manque, Q si je crois que j’en ai suffisamment.

C.   Si au cours de ce test j’ai déjà jeté une brosse-à-dent bleue, je termine illico en W ; rouge ou verte, je termine en U. Sinon, je jette une brosse-à-dent usée de couleur verte (à retenir !).
La féministe Shere Hite a créé le verbe « orgasmer » pour désigner le fait d’atteindre l’acmé du plaisir sexuel. Qu’est-ce que je crie le plus volontiers quand j’orgasme ?… « Je t’aiiime !… » (je lis A), « C’est trop booon !… » (je lis P), ou « Je jouiiis !… » (je lis K).

D.   Pour Baruch Spinoza, le désir est mon essence même, un moteur qui me pousse à tendre vers ce que j’imagine être cause de joie : « Nous jugeons qu’une chose est bonne parce que nous nous efforçons vers elle, la voulons, appétons et désirons. » Reste à trouver mon carburant… Je lis M si c’est la quête de vibrations, S si c’est la quête de sens.

E.   La raison doit brider les désirs irréalisables, disent les Stoïciens et René Descartes. Alors je me contrôle, m’éponge, mets mon corps sous peignoir. Coup d’œil dans le miroir : bonne tête, pour un soir de semaine. Une question à poser à mon reflet ?… « T’es qui, toi ? » (je lis P), « Que me veux-tu ? » (je lis K), « On se fait un câlin ? » (je lis A).

F.   Je masse mes jambes, mes quadriceps. À dix-neuf ans, le judoka Teddy Riner, champion du monde des lourds, explique ainsi sa motivation : « Je veux laisser une trace dans l’histoire du sport. » J’imagine l’athlète philosophant dans ma salle de bains… Je lis R pour lui dire de la fermer, M pour lui faire signe de me masser les épaules.

G.   Je me coupe les ongles des pieds, un brin mélancolique. Je songe à Nyangoma-Kogelo — le village de la grand-mère de Barack Obama, au Kenya —, où je n’irai jamais. Là-bas, depuis que le jeune homme a été élu au Sénat en 2004, on a rebaptisé la bière Senator : bière « Obama ». Désir d’en être, plaisir d’en boire… Je lis T pour qu’on donne mon nom à une orchidée, P à un jardin d’enfants.

H.   Je me fais une grimace dans la glace, en me disant qu’il fait bon ne pas être dans une émission de téléréalité, avec caméras braquées sur mon intimité et jury sadique. S’il y avait des voyeurs derrière le miroir, la dernière chose que je voudrais leur dévoiler c’est… mes larmes (je lis K) ou mon cul (je lis I) ?

I.   Si au cours de ce test j’ai déjà jeté une brosse-à-dent bleue ou rouge, je termine illico en Y ; verte, je termine en Z. Sinon, je jette une brosse-à-dent usée de couleur bleue (à retenir !).
« Le plaisir, c’est ouvrir les mains et laisser couler sans avarice le vide-plein qu’on retenait avec acharnement », écrit Clarice Lispector. « Dans cet abandon se trouve le très dangereux plaisir d’être. » Pourquoi « très dangereux » ? — Parce que ce « plaisir d’être »… me libère de toutes les pressions sociales (je lis D), ou bien m’expose aux autres sans protection (je lis Q) ?

J.   Le « principe de plaisir » est une tarte à la crème philosophique, d’Aristote à Sigmund Freud en passant par Épicure : tout être humain tente de se procurer du plaisir et d’éviter le déplaisir. S’il y avait pour moi une chose qui à la fois me ferait plaisir et me déplairait, ce serait… la gloire (je lis I) ou la fortune (je lis B) ?

K.   Je contemple mon corps dans le miroir. Pourquoi est-ce impossible de se désirer soi-même ? À cause de la promiscuité, répondrait Jean Baudrillard : « C’est là immédiatement, sans distance, sans charme. Et sans véritable plaisir. » Désir et plaisir naissent de la distance — le contraire de l’obscénité. La bonne distance la plus difficile à trouver, c’est celle que je dois mettre entre moi et… mes amitiés (je lis N), ma famille (je lis G), ou mon travail (je lis J) ?

L.   Je brûle à l’idée qu’on me touche, qu’une autre chair caresse la mienne. Et ce fantasme me réjouit, ce manque me comble : le simple désir peut déjà faire plaisir. « On se repaît aussi un peu de son désir », écrit ainsi Franz Kafka. Pourtant, si j’avais une préférence, ce serait… le désir, en lisant D ; ou le plaisir, en lisant Q.

M.   Je me touille l’oreille au coton-tige. « C’est dégueu, mais j’aime ça ! » fais-je à haute voix — remarque digne d’une série B. Si j’en avais une à faire sur ma vie, je l’intitulerais… Défense d’accès (je lis C), Frotti-Frotta (je lis R), ou C’est parti mon Kiki ! (je lis O) ?

N.   Dans la mythologie grecque, le désir de Zeus est si exubérant qu’un grand nombre de déesses et d’humaines doivent trouver des échappatoires, telles Némésis, qui se transforme en oie, ou Astéria, qui se transforme en caille et plonge dans la mer. Pour refouler le désir non-désiré d’autrui, j’aurais tendance à me transformer… en crapaud dégoûtant (je lis T), ou en chien méchant (je lis B) ?

O.   Si au cours de ce test j’ai déjà jeté une brosse-à-dent bleue je termine illico en V, rouge en W, verte en U. Sinon, je jette une brosse-à-dent usée de couleur rouge (à retenir !).
Puis je chantonne en me coiffant. Me revient à l’esprit cet androgyne charismatique, Bill Kaulitz, le chanteur du groupe allemand Tokio Hotel — rimmel et cheveux « fixation béton ». Il chante : « Crie jusqu’à ce que tu sois toi-même !… » Je lis P si la plupart de mes cris sont des cris de joie, K s’ils s’agit surtout de reproches, A pour l’avantage donné aux noms d’oiseaux.

P.   Platon voit dans le désir une « bête multiforme et polycéphale » — insaisissable, en somme. Pour les plaisirs, il distingue ceux du corps et ceux de l’âme… Si je préfère plutôt les plaisirs sensuels, je lis J ; si je penche pour les plaisirs intellectuels, je lis N.

Q.   Platon, puis les psychanalystes, pensent d’abord le désir comme le manque d’un objet. Il y aurait plaisir quand ce manque vient à être comblé. À quoi ressemble donc mon plus gros manque ?… À quelqu’un (je lis M) ou à quelque chose (je lis F) ?

R.   Si au cours de ce test j’ai déjà jeté une brosse-à-dent bleue ou rouge, je termine illico en V ; verte, je termine en W. Sinon, je jette une brosse-à-dent usée de couleur bleue (à retenir !).
De nombreuses études sur ce qu’on a appelé le « système de récompense », situé dans la zone mésolimbique du cerveau, ont convaincu les neurobiologistes que la recherche du plaisir avait un support organique. Quant à la source de mes désirs, si j’avais à la situer quelque part, ce serait… dans ma tête (je lis P), dans mon cœur (je lis K), ou dans mon bas-ventre (je lis A) ?

S.   Je me lave les dents — dentifrice trop acide. Je songe à ce fruit miraculeux d’Afrique de l’Ouest, le Synsepalum dulcificum, sorte de petit raisin rouge qui donne par magie un goût sucré aux choses acides, transformant la bière brune irlandaise en milk-shake chocolat, ou le citron en limonade sucrée. Moi, pour adoucir l’aigreur de certains… je philosophe (je lis O), je les psychanalyse (je lis C) ou je fais de l’humour (je lis Q) ?

T.   Si au cours de ce test j’ai déjà jeté une brosse-à-dent bleue, je termine illico en Z ; rouge ou verte, je termine en X. Sinon, je jette une brosse-à-dent usée de couleur verte (à retenir !).
« L’homme le plus bas : celui dont tous les désirs ont été rassasiés », juge Elias Canetti. Pour me prémunir de cette « bassesse », je m’efforce… de désirer l’interdit (je lis D) ou de désirer l’impossible (je lis Q) ?”

 

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Résultats du test:

U.  Ma philosophie : une éthique de l’intériorité — « Jouir sous contrôle ».

Désir ennemi, plaisir illusoire, salle de bains lieu d’un sain(t) dépouillement. Disciple de Simone Weil et d’Arthur Schopenhauer, je m’adonne volontiers aux spiritualités qui brident les appétits superflus (bouddhisme, stoïcisme, etc.). J’aime ne pas dépendre. Les moindres sensations de flou, de vacillement interne, d’excitation non validée par ma conscience me mettent sur la défensive et ne me font jouir qu’à demi. Quand je jouis ! Ce qui relève souvent du parcours du combattant… Car j’ai peur de l’ivresse, du lâcher-prise qui déstabilise mon identité et me lie à l’autre — cette source de plaisirs intempestifs et des tourments. Je me protège donc des « attaques » de l’extérieur en filtrant ce qui rentre en moi, cela, bien sûr, au détriment du simple bonheur de vivre, inconciliable avec ma conception un brin parano du rapport à autrui. Je suis authentique mais maniaque, sincère mais casse-bonbon. Pour m’éclater enfin, je dois me laisser apprivoiser ; mettre de l’huile dans mes herses et abaisser le pont levis. Cesser de trier, faire confiance, faire le saut. Croire à la magie incalculable du désir, en méditant ces mots émus de Jean-Jacques Rousseau : « Comment arrive-t-il, Madame, que j’aie le cœur si plein de vous et que je ne vous parle jamais que de moi ? Ce qu’il y a de certain c’est que tout ce que vous me dites de vous m’affecte et me pénètre [...], que je voudrais que vous eussiez autant de plaisir à vous épancher avec moi que j’en goûte à m’épancher avec vous, et que je n’eus jamais d’attachement plus solide, plus vrai, et qui fit plus la consolation de ma vie que celui que vous m’avez inspiré. » (lettre à Marie-Madeleine de Brémond d’Ars, 29 juin 1763).
Mon opposé : Y.

V.  Ma philosophie : un pragmatisme de la satisfaction — « Est vrai ce qui me plaît ».

Désir irritant, plaisir militant, salle de bain terrain de jeux. Disciple du marquis de Sade et de Richard Rorty, je mets un point d’honneur à jouir concrètement de la vie, y voyant à chaque fois une victoire contre le sort. Cette quête du plaisir voit bien évidemment dans le désir une impuissance : si je désire, c’est que je ne jouis pas encore. Le désir est à lever, comme un obstacle, une obsession mensongère. Seul le plaisir est vrai. D’où le risque de devenir une victime des modes, du shopping compulsif et du « bonheur » de consommation, ces chants de sirènes qui promettent un plaisir immédiat sans passer par la case « désir » — ma case « prison ». Le sexe, je l’aime clair et franc comme le sport, parfois jusqu’à l’addiction. D’aucuns me trouvent vulgaire. C’est que le mystère, l’évanescent, la subtile montée du désir et la joie d’entrer pas à pas dans une relation amoureuse, tous ces clairs-obscurs sans finalité, je les refoule. Si je n’apprends pas considérer le désir comme une promesse — et non une menace —, je risque de sacrifier ma liberté sur l’autel de l’efficacité. John K. Galbraith, à méditer : « La production, non seulement passivement au moyen de l’émulation, mais activement au moyen de la publicité et d’activités annexes, crée les désirs qu’elle cherche à satisfaire. [...] De nouvelles céréales pour le petit déjeuner ou un nouveau détergent sont-ils vraiment nécessaires, du moment qu’on est obligé de dépenser tant d’argent pour susciter chez le consommateur le sentiment de ce besoin ? » (L’Ère de l’opulence). Le besoin n’est pas le désir. Le premier m’oblige et me conditionne ; le second me transporte et me fait créer.
Mon opposé :
X.

W.  Ma philosophie : un ascétisme du juste milieu — « Désirons le possible ! »

Désirs à raisonner, plaisirs à démêler, salle de bain temple de la purification. Disciple de Blaise Pascal et d’Immanuel Kant, j’aime l’amitié plus que l’amour, les débats plus que les ébats, l’argumentation plus que la passion. On me dit « sage » ou « neutre » : je le prends pour un compliment. Les points d’exclamation me révulsent, tout comme l’absence de points d’interrogation. Par exemple, je n’arrive pas à échanger avec des personnes caractérielles ou affirmatives. Il me faut peser le pour et le contre, modérer les ardeurs et, en absence d’objection, faire l’avocat du diable pour vérifier la justesse d’une décision. Côté corps, je suis encore adepte de la tempérance : ni trop de fièvre, ni trop de sang-froid. Je dis « du calme ! » aux partenaires tout feu tout flamme, mais je réveille les fatigués. Pour moi, le plaisir donné par l’art surpasse le plaisir donné par l’autre, comme le bonheur de penser me dispense de celui d’agir. Afin d’éviter de perdre de vue l’avenir, de perdre le contact avec la société, je dois cultiver le désir de refaire le monde autrement qu’en contemplation esthétique et qu’en pensée. Je dois m’engager dans mon époque et dans la vie pour les transformer. Le miroir qu’Isabelle Eberhart me tend peut m’aider : « Dans la griserie de l’heure présente, j’oubliais tout et surtout l’avenir. Ou plutôt cet avenir m’apparaissait comme une continuation indéfinie du présent… C’était une ivresse sans fin. Tantôt l’ivresse de mon âme [...] vers les régions calmes de la spéculation, tantôt les douces extases toujours mêlées à de la mélancolie, les extases de l’art, cette quintessencielle et mystérieuse jouissance des jouissances. » (Yasmina).

X.  Ma philosophie : un érotisme du secret — « Pour jouir heureux jouissons cachés ! »

Désirs imprononçables, plaisirs clandestins, salle de bain QG avec « prière de ne pas déranger ». Disciple de Michel Foucault et de Simone de Beauvoir, mon pire cauchemar serait de figurer sur la couverture d’un hebdomadaire dans ma plus parfaite nudité (retouchée par ordinateur) ! J’aime la pénombre qui masque et souligne, les sentiments aussi passionnés que subtilement esquissés, l’amour les yeux fermés. Au lit, je veux m’en remettre corps et âme à l’être entreprenant auquel je confie plus que ma volupté : ma volonté. Je recherche une certaine « folie douce » dans mes rapports intimes, quelques éclairs de génie, de bonté-ovni et de fébrilité. En revanche, une pudeur instinctive me pousse à me préserver du regard inquisiteur d’autrui ; une insatiable soif de jardin secret me fait répugner toute tentative d’emprise à mon encontre, même si je trouve un malin plaisir à m’immiscer du bout des cils dans l’intimité sacrée de ceux qui me sont chers. Ce désir de contrôler légèrement les libertés qui entrent en relation avec la mienne vient du fait que j’ai besoin de connaître les limites de l’espace où je donne libre cours à mes émotions : sans contour, sans cadre, rencontrer l’autre m’effraie. Les plaintes sur papa-maman m’épuisent, ainsi que ma tendance à porter les problèmes du monde sur mes épaules. Mon meilleur allié ? Ce conseil de Gilles Deleuze, à méditer : « Les psychanalystes parlent du désir exactement comme les prêtres en parlent. D’ailleurs ce n’est pas le seul rapprochement : ce sont des prêtres, les psychanalystes. [...] N’allez pas vous faire psychanalyser ! N’interprétez jamais ! Expérimentez des agencements ! Cherchez des agencements qui vous conviennent ! » (L’Abécédaire, « D comme Désir »).
Mon opposé :
V.

Y.  Ma philosophie : un hédonisme de combat — « Jouir sans entraves ! »

Désir central, plaisir moteur, salle de bain trop confinée pour m’y appesantir. Disciple de Wilhelm Reich et de Charles Fourier, j’aime ma liberté de désirer par-dessus tout, que les désirs des autres viennent nourrir et faire chanter. Les problèmes psys ? Très peu pour moi ! Je suis un soleil en quête de tournesols — gare à l’égocentrisme ! J’ai effectivement plein de rayons de joie et d’énergie à transmettre, mais peut-être trop. Car mon bouillonnement infatigable écrase parfois autrui, aux jouissances moindres. Je dois faire attention à ce que mon emportement ne se change pas en étouffoir des désirs de l’autre, voire en prédation allègre. Côté sexe, c’est la fête, affreusement délicieuse. J’ai le corps vibrant, la danse facile. J’aime faire plaisir à tous les niveaux. Mais je dois apprendre à « faire désir » : à insuffler mes passions sans que ceux que j’enthousiasme ne me soient redevables. Pour qu’ils s’approprient ce que je leur donne, je dois accepter de ne plus être à l’origine de leurs envies et de leurs satisfactions. M’oublier en eux. Pour ce faire, je dois cultiver mon tact, ma sensibilité, ma faculté de réception. Et méditer Stefan Zweig : « Qu’y a-t-il de pire que d’être aimé contre sa volonté ? J’étais libre et soudain, me voilà assiégé d’un désir étranger. Une femme vous veut, vous désire ; elle veut s’associer à votre vie, vous prendre et vous aspirer avec son souffle. Il y a désormais dans le monde un être qui vit avec vous et pour vous. Il vous faut endurer ce désir de quelqu’un qui souffre à cause de vous. La torture la plus affreuse qu’un homme puisse éprouver, je le sais maintenant, c’est d’être aimé malgré soi. » (La Pitié dangereuse).
Mon opposé :
U.

Z.  Ma philosophie : un épicurisme de contact — « Le bonheur est dans le près ».

Plaisir des sens, désir de sens, salle de bain lieu d’un serein ressourcement. Disciple de Montaigne et d’Erich Fromm, je pense les relations humaines en terme de créations et de gourmandise. Le programmé m’ennuie, les rencontres spontanées sont ma drogue. Sensuellement, l’étreinte est pour moi aventure et partage. Sans étincelles en haut, mon corps ne s’embrase pas ; mais dès qu’il brûle, plus rien n’arrête les geysers de désirs, qui font fondre ma cérébralité pour voyager au cœur de l’autre. D’un bon naturel, j’aime susciter les confidences, désengorger les chagrins qui sinon tournent facilement en poisons et pourrissent l’ambiance. Je sème du sourire, pour ne pas dire de l’amour. Du coup, certains veulent faire de moi leur antidépresseur — ce contre quoi je n’ai pas beaucoup d’épines. J’ai en effet du mal à refouler ceux qui me réclament sincèrement pour dénouer leurs crispations, même s’ils m’empêtrent dans des conflits étrangers à mon écologie intime. Alors, de bonne pâte, je deviens bonne poire. Même si l’hypocrisie et la perversité me dépassent, je dois apprendre à me construire de solides carapaces pour m’en protéger. Viser non l’amour, mais l’autonomie. Oser frôler des détresses sans y plonger tête baissée, oser le « moi d’abord ». Et méditer le Journal de Katherine Mansfield : « Voici ce qu’il me faut. La puissance, la fortune, la liberté. Si nous sommes si cruellement enchaînées, c’est la faute de l’insipide théorie qu’on rabâche, qu’on serine aux femmes de génération en génération, et d’après laquelle rien n’a d’importance que l’amour. Cette balançoire, il faut l’envoyer promener, et alors, alors seulement apparaissent les possibilités de bonheur, de libération. »

Ce qu’ils ont dit dans l’Antiquité et qui pourrait être encore d’actualité, le 18/06/09

 L’ANTIQUITE

 

 Socrate (469.399 av.JC) : il n’a rien écrit mais est considéré comme le père fondateur de la philosophie en Occident. Il est le personnage central de tous les dialogues de son disciple, Platon. Il est mort en buvant la cigüe , condamné par la Cité d’Athènes  pour impiété et corruption de la jeunesse. Il avait l’art de la maïeutique,  l’art d’accoucher les esprit d’abord de leur ignorance ignorée puis le désir de savoir étant là, du savoir oublié. ( Théorie de la rémniscence)

- “Connais-toi toi-même” était la devise de Socrate

- “je ne sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais rien” , c’est la fameuse docte ignorance de Socrate qui fait de lui un questionneur avide de définitions, de saisir l’essence des choses.

- “Nul n’est méchant volontairement”, c’est parce que les hommes se trompent sur le Bien, confondent le bon et l’agréable qu’ils commettent le mal

- “Il vaut mieux subir l’injustice que la commettre” soutient-il face à Calliclès dans le Gorgias de Platon.

 

 Platon (427-347 av.JC) : Platon se détourne de sa carrière politique à la mort de Socrate car il considère que le monde qui condamne son maître à mort est injuste, laid et faux. Il doit y avoir un monde vrai et juste que Platon recherche non pas dans un au-delà mais dans les Idées. C’est la première coupure entre le monde intelligible ( Idées ) et le monde sensible ( sensation et sentiments). Il y a trois Idées chez Platon : le Bien, le Vrai et le Beau. L’idée du Bien est l’idée suprême. 

- « l’allégorie de la caverne » . Ce texte rend compte de l’éducation du philosophe, libéré de force de sa demeure souterraine,  de l’opinion et du monde sensible par et pour  l’apprentissage des sciences et de la philosophie. Nous sommes tous dans la caverne car être prisonnier de l’opinion est notre situation initiale commune.

- théorie de la réminiscence : connaître, c’est retrouver par la pensée les idées que l’âme avait contemplées avant de venir chûter dans un corps, qui est jusqu’à la libération de la mort, la “prison de l’âme”

- Idéal politique : « que les philosophes deviennent rois ou que les rois deviennent philosophes ». Platon était vivement opposer à la démocratie qu’il considérait comme le régime de l’incompétence, de la licence et comme appelant l’anarchie et la tyrannie.

- la pensée est  « le dialogue de l’âme avec elle-même » et l’esprit de l’autre est dans le dialogue “la pierre de touche” de la vérité présente dans le mien.  

- « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre » avait-il fait inscrire au fronton de l’Académie. Pour Platon, dans le Timée, le monde a été crée par un démiurge qui a mis en ordre le monde à partir du chaos de matière présent ( la Khôra) et de l’Idée de Monde qu’il a contemplé. Donc le monde est compréhensible, la science est possible.

 

 Aristote (384.322 av.JC) : disciple de Platon mais qui va s’en détacher. Chez Aristote il n’y a pas de différence entre le végétal, l’animal et l’homme. Le végétal a une fonction de l’âme seulement nutritive, l’animal a une fonction nutritive et sensitive et l’homme a une fonction nutritive, sensitive et intellectuelle. L’âme est donc ce qui anime le vivant.

- « l’homme est par nature un animal politique » : la réalisation de l’homme se situe dans le bien commun.

- “Ce qui est propre à l’homme, c’est donc la vie de l’esprit, puisque l’esprit constitue essentiellement l’homme. Une telle vie est également parfaitement heureuse”.

- “les navettes tissaient d’elles-mêmes et les plectres jouaient de la cithare, alors les maîtres d’ oeuvre n’auraient nul besoin de manoeuvres ni les maîtres, d’esclaves.” Pour Aristote, le travail est la soumission de l’homme à la nécessité, aux besoins, à la nature. C’est pourquoi ce sont les esclaves qui travaillent, en attendant que la technique et les machines libèrent les hommes du travail, du labeur.

- “on punit l’acte commis par ignorance, lorsqu’il est évident que le coupable est responsable de son ignorance. C’est ainsi que les gens en état d’ivresse se voient infliger un double châtiment, la cause de la faute étant en eux, car il dépendait d’eux de ne pas s’enivrer, et d’autre part l’ivresse était la cause de leur état d’inconscience. De plus, on punit aussi ceux qui ignorent quelques dispositions de la loi que nul n’est censé ignorer, surtout quand c’est facile. 9. Il en va de même dans tous les autres cas où l’agent semble être dans l’ignorance du fait de sa négligence, attendu qu’il ne dépendait que de lui d’éviter cette ignorance et que rien ne l’empêchait d’y parer. 10. Mais peut-être un homme dans ce cas n’était-il pas en état d’y remédier ? Eh bien! nous affirmons que, pour ceux qui se trouvent être la cause de cette situation, leur responsabilité est établie parce qu’ils vivent dans le désordre, et ils sont injustes et intempérants, les uns par leur mauvaise conduite habituelle, les autres par leur vie passée dans les beuveries et autres débauches.”

 

 

Epicure ( 341-270 av.JC), auteur de la Lettre à Ménécée sur l’éthique et le bonheur défini comme ATARAXIE ( a – tarax, absence de vagues, absence de troubles dans l’âme et le corps). Etre heureux, c’est donc être serein et apaisé.

ATTENTION !!  Si aujourd’hui on associe les épicuriens à des hédonistes débridés, à des jouisseurs , au fameux “Carpe diem quam minimum credula postero” de Horace [qui signifie « Cueille le jour présent et sois le moins confiant possible en l'avenir »]  qu’on interprète comme le fait de profiter au maximun de la vie, de tout  plaisir  qui se présente. C’est à cause des critiques stoïciennes qui qualifiaient les épicuriens de “pourceaux d’Epicure”, de la condamnation religieuse judéo-chrétienne du plaisir, de la confusion entre épicuriens et cyrénaïques qu’on en est arrivé à cette grossière erreur et à cette trahison des principes de l’épicurisme, qui nous arrange bien, nous, qui vivons dans une société de l’immédiat, du plaisir et de la fête.

L’hédonisme d’ Epicure est au contraire un hédonisme ascétique: “Quand donc nous disons que le plaisir est le but de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs voluptueux et inquiets, ni de ceux qui consistent dans les jouissances déréglées, ainsi que l’écrivent des gens qui ignorent notre doctrine, ou qui la combattent et la prennent dans un mauvais sens. Le plaisir dont nous parlons est celui qui consiste, pour le corps, à ne pas souffrir et, pour l’âme, à être sans trouble.” écrit Epicure

Même si le plaisir est le but que chacun poursuit, il ne s’agit pas de courir après tous les plaisirs. Mais de ne rechercher que les plaisirs possibles ( d’où la distinction entre les désirs naturels et nécessaires qui sont à satisfaire et les désirs non naturels ni nécessaires nés de la société ou par nature insatisfaisable – désir de pouvoir, de richesse, etc…), garanties et sans douleur subséquentes. Ceci les épicuriens ne s’interdisent pas la satisfaction prudente et tempérée des désirs naturels mais non nécessaires ( comme un mets luxieux).

Cette manière de vivre les désirs permet de ne pas avoir l’âme inquiète, troublée et le corps insatisfait. C’est un des éléments du Tétrapharmakos exposé dans La Lettre à Ménécée,c’est-à-dire le quadruple rémède devant soigner l’âme de ses quatres troubles fondamentaux: la peur  de la mort, la crainte des Dieux, la peur du destin ou du hasard et donc l’inquiétude de ne pas parvenir au plaisir.

- “Quand on est jeune il ne faut pas remettre à philosopher et quand on est vieux il ne faut pas se lasser de philosopher. Car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme.”

- “la mort n’est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation de toute sensibilité.”

Epicure a été considéré comme un athé, parce qu’il a remis en question l’idée de Dieu créateur, juge et arbitrea alors qu’ Epicure n’a pas remis en question leur existence. Mais il considère simplement qu’il ne faut  jamais attibuer “à un dieu rien qui soit en opposition avec l’immortalité ni en désaccord avec la béatitude”. Or c’est le cas si on les considère ainsi.

D’où son ATOMISME: Épicure emprunte à Démocrite cette théorie. Selon Démocrite, la matière est formée de particules, les atomes, dispersées dans une extension infinie, l’espace. Atomes et espaces sont les deux réalités éternelles.  Épicure considère les atomes comme soumis à un mouvement éternel de chute, animé d’une vitesse uniforme puisque s’opérant dans le vide. Comme son caractère rectiligne l’empêche de rendre compte de la rencontre des atomes, Épicure confère aux atomes la capacité de modifier leur trajectoire, ne serait-ce que très légèrement. Cette déclinaison ( le clinamen) se fait au hasard, de façon imprévisible, en un instant et un lieu indéterminés. Ceci fait que les atomes peuvent se rencontrer, s’entrechoquer. Et ce sont ces chocs d’atomes qui créent par agrégation tout ce qui existe.

 

 

La physique épicurienne présente une vision matérialiste moniste de l’univers, assimilé à une foule d’atomes se mouvant d’un mouvement éternel dans le vide infini. Tout est matière. Rien ne naît de rien (tout naît à partir d’atomes) et rien ne retourne au néant (la mort est décomposition de l’agrégat en atomes et ces derniers subsistent. À notre mort nos atomes se dispersent pour un jour reformer d’autres agrégats). Tout est connaissable, explicable. La nature est un mécanisme qu’on peut connaître et la science démystification. L’âme elle-même est matérielle. Elle est un corps composé de particules subtiles disséminées dans l’agrégat que constitue notre organisme. Toutes les opérations mentales se résument selon Epicure à des déplacements d’atomes.

 

 

 

Epictète ( 50.130) :  un stoïcien ( philosophes du Portique, le stoa) pour qui  le monde est gouverné par la raison, il faut donc s’accorder à ce destin non pas en se résignant ou en se plaignant mais en le comprenant avec Joie.. Pour les stoïciens, le sage est celui qui met en conformité ses actions avec l’ordre de la nature. Le stoïcisme vise lui aussi l’ataraxie mais via la vertu et la raison. Pour cela, Epictète propose:

- de faire cette distinction: ‘Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion, en un mot toutes nos oeuvres propres; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, les témoignages de considération, les hautes charges, en un mot toutes les choses qui ne sont pas nos oeuvres propres. Les choses qui dépendent de nous sont naturellement libres, sans entrave ; celles qui ne dépendent pas de nous sont fragiles, serves, facilement empêchées, propres à autrui.” Et donc de ne rechercher que ce qui dépend de nous.

- d’accepter le destin: “N’attend pas que les événements arrivent comme tu le souhaites. Décides de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux.” MARC-AURELE

- de voir dans cette acceptation de la nécessité la liberté: “Est libre l’homme qui ne rencontre pas d’obstacles et qui a tout à sa disposition comme il veut”, et c’est donc le cas de celui qui accepte ce qui lui arrive.

 

 

Ce qu’il ne faudra pas dire le 18/06/09

 

 Savoir  ce qu’il ne faut pas dire, c’est déjà ça!!

 

Il ne faut pas dire “j’aurai 15 en philo sans réviser et sans connaissances!”

 

Mais aussi:

 

 « La science recherche des vérités absolues » (faux : la science ne prétend plus atteindre des vérités absolues et ne vise que des vérités partielles et relatives (fin du positivisme) et elle peut aussi ne chercher qu’à donner les moyens de “devenir comme maître et possesseur de la nature”, comme le disait Descartes).

«  Les hommes ont de tout temps recherché la vérité » (faux : avant  la science  et la philosophie (en gros 6 ième siècle av . JC), on pensait que  la vérité, c’était  ce qu’il ne fallait pas oublier, autrement dit les croyances ancestrales. En Grèce le mot vérité est « alétheia » qui veut dire : le non-oubli.

 « Tous les hommes recherchent la vérité » (faux : seuls certains hommes, dont  les savants et les philosophes,  les journalistes, les juges aussi, les médecins etc… recherchent la vérité. Sûrement pas tous les hommes. Et ce désir de vérité n’est pas anodin selon Nietzsche qui, en en faisant la généalogie, retrouve cet “idéal ascétique” qui traverse religion et philosophie aussi).

«  Le bonheur est le but de la vie » (Non : même si tous les hommes recherchent le bonheur, ce n’est pas forcément LE but de la vie. Il peut y avoir d’autres buts. C’est ce que pense Kant).

 « Kant veut imposer une morale unique à tout le monde » (faux : Kant ne veut rien imposer du tout. Il réfléchit aux conditions de possibilité d’une morale universelle avec une autonomie du sujet. C’est moi qui suis mon propre législateur, ma raison via les deux impératifs catégoriques ne me donnant que la forme que doit avoir ma règle de conduite: elle pouvoir être érigée en loi universelle de la nature et être en accord avec le respect de la personne humaine aussi bien en moi-même que dans la personne de tout autre).

 « Quand on agit moralement, c’est pour se donner bonne conscience » (c’est un contresens sur la conscience morale. Vladimir Jankélévitch a montré pourquoi la conscience morale scrupuleuse est toujours malheureuse -  au contraire).

  « La science détient la vérité » (faux : la science propose des théories qui rendent compte partiellement de  la réalité, mais qui ne sont jamais définitives et qui ne peuvent être vraiment vérifiées ( théorie du falsificationisme de Popper). Elle ne peut « détenir » quoique ce soit. A moins que l’on pense la vérité comme William James et son pragmatisme, non plus en terme de correspondance avec le réel, mais en terme de prévisions efficaces permettant une action efficace dans le réel. Le critère c’est alors le succés, l’efficacité technique).

 « Ce qui, dans la science est vrai à un moment,  devient faux par la suite » (inexact : les vérités scientifiques sont provisoires, mais elles ne sont pas annulées ni renversées par les théories ultérieures. Elles sont soit complétées, soit englobées, soit relativisées).

 « Rousseau veut retourner à l’état de nature » (faux et absurde. Nul ne peut vouloir sérieusement  revenir en arrière, nul ne peut abolir la civilisation).

 « Platon pense que l’art est inutile et le condamne » (faux : Platon ne critique que la poésie et la peinture).

« Le projet politique de Rousseau dans le Contrat social est utopique » (inexact. Ce n’est pas un projet politique mais une théorie qui sert de référence pour juger ce qui est souhaitable)

 « Pour comprendre une œuvre d’art, il faut en déchiffrer le message » (faux : les œuvres d’art n’ont pas forcément un message ; mais surtout, en art, le contenu ne peut être dissocié de la forme. Donc le « message » , c’est ce qui, dans l’oeuvre, ne relève pas de l’art).

 « L’art abstrait a pour contenu des idées abstraites » (faux : l’art abstrait ne cherche pas à communiquer des idées d’ailleurs on peut penser que c’est mépriser l’oeuvre d’art que de la réduire à un moyen ( même celui de porter un message). L’oeuvre d’art vaut pour elle-même, elle est sa propre fin et si un artiste crée, c’est d’abord pour créer, pour lui ( effet cathartique, reconnaissance de soi à travers l’oeuvre, homo faber).
 « La religion peut se définir comme le fait de croire en un Dieu » (faux : la plupart des religions pratiquées dans le monde aujourd’hui même ne se réfèrent à aucun Dieu  (animisme, fétichisme, chamanisme, bouddhisme, syncrétisme etc…), ou bien à plusieurs  divinités. Et puis si on associe la religiosité au sacré, le sacré peut aller se nicher dans la raison, dans l’homme auquel l’athée croit. Si “dieu est mort” selon Nietzsche, le monde religieux divisé en sacré et profane, en transcendant et immanent lui demeure.

« Les stoïciens sont fatalistes et résignés »  (faux : la doctrine stoïcienne prône un coopération active et joyeuse au destin. Le destin entraîne celui qui refuse et conduit celui qui l’accepte en faisant usage de sa raison, soutenait Epictète).

 « Pour la doctrine déterministe, l’homme n’est pas libre » (faux : c’est la fatalisme qui nie la liberté, pas le déterminisme car le déterminisme peut être une ressource pour la liberté. “Science d’où prévoyance; prévoyance, d’où action” disait Auguste Comte. Ceci le déterminisme remet en question le libre-arbitre en remettant en question la contingence et la spontanéité de nos choix)

 « Machiavel  prône dans Le Prince un régime de type dictatorial » (faux : Machiavel est républicain, mais il constate que la fondation d’un Etat appelle des procédés souvent violents, car au regard de la nature des hommes (mauvaise) et des buts du politique ( maintenir la stabilité de l’Etat pour éviter le désordre dans la société, “la fin justifie les moyens”, la politique ne peut se plier aux exigences morales. L’homme d’Etat qui voudrait faire l’ange ne pourrait conserver son pouvoir! ).

 « La beauté est relative au goût de chacun » (faux selon Kant : l’agréable varie selon le goût de chacun, au contraire le beau est susceptible de plaire universellement; car pour Hume la beauté est relative au goût et à la sensibilité de chacun, même s’il présuppose une uniformité naturelle du goût)

«  Les philosophes pensent que l’homme doit en toute circonstance  suivre la raison » (faux : Pascal a dit que c’est une erreur de croire que l’homme n’est constitué que d’une partie rationnelle. Saint Augustin,  Kant etc… estiment eux aussi que la raison seule ne suffit pas pour mettre l’homme sur la voie du salut. D’autres encore (Nietzsche, Heidegger) critiquent la raison.

 « La démocratie est forcément un régime politique parfait, c’est   le meilleur » ( c’est « le pire de tous, à l’exception de tous les autres »  selon Churchill, Platon y voyait le régime de l’incompétence et de la licence menant inévitablement à la tyrannie, Rousseau disait aussi que ce régime était un régime trop parfait pour des hommes et que la non-séparation des pouvoirs ( prônée par Montesquieu) . Par contre, si on peut critiquer le régime politique démocratique, on ne peut critiquer les principes de la démocratie ( liberté, égalié, souveraineté), de la république: c’est à dire le peuple souverain détenant le pouvoir législatif. )

 « Les philosophes veulent « éradiquer” toute opinion » (faux : Platon par exemple,  insiste sur le rôle de  l’opinion droite dans le Ménon.) 

 « Toute inégalité est injuste » (faux : Rawls avec sa procédure du voile d’ignorance souligne qu’on peut accepter une inégalité socio-économique sous certaines conditions: égalité des chances, préservation des libertés de base, principe du maximin : l’enrichissement doit profiter au plus démuni; on peut aussi penser à Aristoté est au principe de l’égalité géométrique dans le domaine de la justice distributive, celle qui concerne la répartition des charges, des récompenses et des fonctions; Hume souligne aussi les dangers de l’égalitarisme: )

 « La justice, c’est de traiter tout le monde également » (faux : il y a donc aussi l’é).

« Aimer ne peut être un devoir, car on ne peut se forcer à aimer » (à nuancer : revoyez votre cours sur la morale de Kant).
 « Parce que nous vivons en société, nous ne pouvons être libres » (Enfantillage : l’homme ne peut se passer de ses semblables, car il est un « animal politique » (Aristote). C’est un songe creux de croire qu’à l’ « état de nature » où loin de toute société (cf le film  Into the wild) nous pourrions être heureux et libres. 

 “Pour Freud, l’homme n’est pas libre car il est déterminé par son inconscient” :  (pour Freud en effet, l’homme est en grande partie déterminé par son inconscient, mais cela ne l’empêche pas d’être libre ou d’y tendre. La psychanalyse l’aide à reconquérir sa liberté)

 “Pour Spinoza la liberté est une illusion ” : (c’est le libre arbitre qui est une illusion. Pour Spinoza, l’homme devient libre par la connaissance  rationnelle, par l’acceptation et la compréhension de la nécessité. Pour Spinoza libre ne s’oppose pas à necessaire ( comme pour ceux qui défendent le libre-arbitre et la contingence des choix); libre s’oppose à contraint et c’est le cas quand on subit la nécessité sans la comprendre. C’est ce qu’il illustre avec la fameuse pierre qu’on dote de conscience au milieu de sa chûte et qui par ignorance se croit libre et active, alors qu’elle est soumise et passive à sa nature, aux lois de la nature et à une cause extérieure à l’origine de son mouvement et de de sa nature. Si elle était doté de raison elle pourrait se connaître et comprendre ce qu’elle est et participer activement à sa chûte!)

 

 

A EVITER ABSOLUMENT AUSSI : –

- Guernica de Picasso et la Joconde de Vinci comme exemples d’oeuvres d’art, à moins que vous ayez quelque chose de précis, documenté et de neuf à dire sur ces deux tableaux.

- les exemples de l’actualité du jour même ou les références à votre propre copie du type ” travailler, c’est faire ce que je suis en train de faire!,” la justice ce serait que le travail soit récompensé malgré les imperfections” ou “nous ne sommes pas libres puisque je suis là coincé pour 4H”……