Vous n’êtes pas des brebis égarées

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Le baccalauréat approche et certains ruminent toujours la même rengaine : le prof est nul, la philo, c’est nul, le livre est nul, le thème ne me plaît pas, le sujet n’a pas été traité, « on » ne m’avait pas prévenu de ces heures contraignantes et inintéressantes, « on » ne m’a rien appris … D’autres continuent, tel Narcisse à ne voir que le reflet de leur propre opinion, n’ayant jamais fait cet effort de conversion pour se libérer des chaînes du « prêt-à-penser. »

L'image “http://galatea.univ-tlse2.fr/pictura/UtpicturaServeur/Images/NePasOuvrir/1/A1784.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Le Caravage, Narcisse

Pourtant l’épreuve est proche, et il s’agit bien d’une épreuve. Sans méchanceté aucune, mais au contraire avec un peu de recul, voici les diverses réactions à ce jour :

– Tout est facile, tout est évident, il suffit de savoir lire le sujet et on est capable d’en faire autant que le prof. Pas la peine de se mettre à réviser ces futilités.

– Facile pour le prof., il a des connaissances, il sait ce qu’il faut faire, on lui a appris la recette, c’est son métier ! (nous pas !) allons jusqu’à dire qu’il est payé pour ça (sic !)

– Si c’est un élève qui réussit, (on le surnomme Spinoza ou Platon !) il est doué, il ne s’intéresse qu’à la philo…

Ces réactions diverses ne sont pas justifiées.

– Elles ne servent qu’à transformer en bonne conscience le fait que vous échouez en philosophie. L’état d’échec a déjà été connu en science (n’était-ce d’ailleurs pas par la faute d’un professeur, d’un manuel, d’une calculatrice mal programmée ou d’une équation ?) ; mais celui en philosophie est beaucoup plus vexant ; en tous les cas, cela vous maintient en état d’échec.

– Même si l’on est prof., même si l’on est doué, même si l’on a des connaissances ou une culture due à un environnement familial et social favorable (comme le pensent certains), une dissertation ne tombe pas du ciel ni ne se construit en une heure. Tout travail d’écriture sérieux exige de la volonté et des efforts, souvent douloureux.

Vous êtes capables de disserter si vous prenez conscience du danger que cela représente pour vous seul. On n’a peut- être pas assez insisté sur le texte de Kant qui définit les causes de la minorité par « la paresse et la lâcheté » et affirme « qu’il est si facile d’être mineur« ! Voilà le refus de vous mettre « en péril », c’est-à-dire « en situation » en vous responsabilisant face à une année de cours dont vous êtes les principaux acteurs. L’angoisse du temps perdu à bavarder ou à ne rien comprendre sans rien dire, vous laisse face à vous-même lorsque la feuille blanche de l’examen fait face sans aucun secours. Cependant les exigences, longuement répétées et toujours refusées en classe, ne sont pas oubliées : En consacrant le temps nécessaire à la lecture du sujet, à la construction du devoir, en travaillant avec méthode pour mener son enquête jusqu’à son terme, vous êtes capables de disserter.

– La difficulté n’est pas l’absence de méthode, de connaissances, de programme achevé. Elle est le refus de se mettre en route, et d’ébranler les solides certitudes, les paisibles habitudes de penser. La philo (ou le prof, le thème, l’auteur, la notion, le sujet, bref le prétexte) ne vous PLAIT pas (ce n’est pas son but d’ailleurs, ni sa prétention) car elle vous dérange, elle ne vous inter-esse pas. Mais le jour du bac, vous ne tromperez personne, vous n’aurez aucune excuse externe : vous n’êtes plus dans le cas des brebis égarées car envers et contre vous-même vous possédez une méthode, un moyen fiable pour ordonner vos idées et les conduire de manière rationnelle ; encore faut-il vouloir l’appliquer !

– Il faut comprendre avant de se lancer vers cette épreuve qu’une bonne copie n’est jamais le fruit d’une pensée naturellement douée ni d’une pensée stérile qui récite de manière mécanique quelque faux modèle. Elle est d’abord le fruit d’un patient et méticuleux travail sur le sujet. Les références ne sont pas que ponctuelles ; elles sous-entendent une lecture réfléchie et personnelle des textes philosophiques (« les grands auteurs »). Seules des pensées conscientes d’elles-mêmes, réfléchies et ordonnées nous permettent d’en dire plus que ce que nous aurions dit nous même ou corroborent ce que l’on pense. En tous cas, seuls les textes des philosophes permettent à la pensée de progresser. Changez de fréquentations pour préparer l’épreuve du bac. ! Oubliez toutes vos rancoeurs et les commérages de fond de cours et mettez vous au travail sérieusement par vous-mêmes !

C’est le dernier pari que j’ose faire en toute confiance pour votre réussite…

Votre professeur, que vous oublierez sans doute comme elle oubliera cette classe plus difficile que d’autres dont la violence extrême n’est que le témoin du plus cruel dénuement pour chaque élève.

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SALVADOR DALI : « La Métamorphose de Narcisse »1937

huile sur toile 50.8 x 78.3The Tate Gallery, Londres (collection Edward James)

Un commentaire pour “TL 2008”

  1.  florencebegel dit :

    Attention aux dates des articles, ce dernier concernait directement la classe de terminale L 2008 et s’adressait aux élèves de cette promotion. Toute ressemblance avec quelque élève du nouveau cru est purement fortuite.

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