
Victor Brauner “Recto : sans titre” 1945
« Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu’elle a montré que la terre, loin d’être au centre de l’univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système solaire dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur… Le second démenti fut infligé à l’humanité par la recherche biologique, lorsqu’elle a réduit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale.
Cette dernière révolution s’est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, et Wallace et de leur prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours, qui se propose de montrer au moi qu’il n’est pas seulement maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe en dehors de sa conscience dans sa vie psychique. »
S. Freud
Le plan du texte apparaît en fonction des couleurs.
La première phrase tient lieu d’idée générale du texte et en même temps annonce le plan de l’auteur. Cependant, il est annoncé deux démentis par Freud et nous relevons que, subrepticement, il en cite trois. Cela est important pour cerner l’enjeu du texte :
- Freud, affirme, sous le signe de la science , un important progrès (dans le cours des siècles), une histoire qui oppose vérité et croyance, science et opinion, connaissance et illusion (il faudra définir ces mots). Il adopte donc un point de vue positiviste, courant de pensée qui au XIX° siècle affirme la primauté de la science sur toute autre forme de pensée (la religion, la pensée commune, et même la philosophie). Freud parle de LA science comme une connaissance absolue (mais il cite des sciences)
- De plus, Freud fait comme si sa propre discipline (la psychanalyse qu’il entend fonder) était une science. Il cite deux exemples de sciences exactes (astronomie et biologie) et fait comme si la psychanalyse était un exemple de science, dans la continuité de son histoire. On s’interrogera sur l’importance, pour Freud, de se prendre pour un chercheur et d’élever ses recherches au rang de découverte scientifiques.
1° partie : L’humiliation cosmique (Copernic, Galilée)
2° partie : L’humiliation biologique (Darwin)
3° partie : L’humiliation psychologique (Freud)
A suivre… Exercez-vous d’ici l’explication détaillée et linéaire
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Deux exemples de corrigé
Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux prises les hommes entre eux, la recherche de l’origine de ce conflit, la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de l’opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l’invention d’une norme , de même que nous avons inventé la balance pour la détermination du poids, ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et ce qui est tordu ? Est-ce là le point de départ de la philosophie : est juste tout ce qui paraît tel à chacun ? Et comment est-il possible que les opinions qui se contredisent soient justes ? Par conséquent, non pas toutes. Mais celles qui nous paraissent à nous justes ? Pourquoi à nous plutôt qu’aux Syriens, plutôt qu’aux Égyptiens ? Plutôt que celles qui paraissent telles à moi ou à un tel ? Pas plus les unes que les autres. Donc l’opinion de chacun n’est pas suffisante pour déterminer la vérité. Nous ne nous contentons pas non plus quand il s’agit de poids ou de mesure de la simple apparence, mais nous avons inventé une norme pour ces différents cas. Et dans le cas présent, n’y a-t-il donc aucune norme supérieure à l’opinion ? Et comment est-il possible qu’il n’y ait aucun moyen de déterminer et de découvrir ce qu’il y a pour les hommes de plus nécessaire ? Il y a donc une norme. Alors, pourquoi ne pas la chercher et ne pas la trouver, et après l’avoir trouvée, pourquoi ne pas nous en servir par la suite rigoureusement, sans nous en écarter d’un pouce ? EPICTETE

