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The host

Travail préparatoire :

Chronologie

1950-1953. Guerre de Corée.

Depuis 1953, 30 000 soldats américains stationnent en Corée du Sud. En cas de guerre, les États-Unis  exerceraient le commandement militaire.
2000. Incident McFarland. Un officier américain ordonne de jeter des déchets toxiques dans une rivière parce que les bouteilles s’entassaient, couvertes de poussière. Il n’a été jugé qu’en 2005.

1959-1975. Guerre du Vietnam. L’armée américaine utilise un herbicide appelé « agent orange » qui doit détruire les récoltes. Des maladies sont découvertes chez les personnes ayant été au contact de cet herbicide.

1999. 20 000 vétérans coréens ayant combattu au Vietnam aux côtés des États-Unis portent plainte contre les fabricants de l’agent orange. Le 26 janvier 2006, la justice coréenne condamne les deux principaux fabricants
de l’agent orange.

1980-1988. Dictature du général Chun Tuhwan.

Juin 1987. Suite au décès d’un étudiant, torturé à mort, les manifestations d’étudiants poussent Chun Tu-hwan à démocratiser le pays.

1988. Séoul est l’hôte des Jeux Olympiques.

2003. Guerre en Irak. Les États-Unis envahissent l’Irak pour, officiellement, lutter contre le terrorisme et éliminer
les armes de destruction massive. La Corée, alliée des États-Unis, envoie des troupes.

Le 6 octobre 2004, le gouvernement américain reconnaît qu’il n’y a pas d’armes de destruction massive en Irak.

Thèmes :

Impérialisme américain :

Depuis la fin de la Guerre de Corée, un contingent de soldats américains est resté dans le pays. En cas d’incident, ils bénéficient d’un privilège d’extraterritorialité et sont jugés par les tribunaux américains.sa soumission.

… et soumission de la Corée :

Le prologue est humiliant : un Coréen fait docilement ce que lui demande un Américain (empoisonner le fleuve) même si c’est une aberration, c’est un ordre

La désinformation :

Coalition honteuse entre le diktat américain et le gouvernement coréen : Les médias répètent aveuglement ce que les États-Unis annoncent  (élucubration fantaisiste autour du virus, dos couvert de boutons montré à la tv, l’ « agent jaune », décalque de l’« agent orange », inventions des industries pharmaceutiques et de l’armement,etc.)

La pollution :

Il y a un double sens , le film commence avec la pollution désinvolte du fleuve, bouillon de culture engendrant la naissance du mutant ; tout se termine par une pollution chimique de grande envergure à l’agent jaune. La pollution est une conséquence parmi d’autres, , de la violence et de la sottise des États. La Nature est polluée au même titre que les esprits des téléspectateurs sont pollués par la désinformation.

L’hygiénisme :

Souvenir du SRAS en 2003 et de la grippe aviaire en 2004, chaque passant devient un « hôte » potentiel du virus. « Je déteste la poussière plus que tout. » C’est sur cette phrase phobique d’un médecin américain que s’ouvre The Host et il y a une opposition constante entre ceux qui ont la manie de se laver et ceux qui ne se lavent pas, comme entre ces derniers et le monstre.

La dictature :

La Corée était une dictature jusqu’aux manifestations de la jeunesse à la fin des années 80. La jeunesserecommence à manifester comme au temps de la dictature parce qu’elle a affaire à une dictature plus insidieuse au sein même de la démocratie. Le monstre qui se dessine en
creux dans The Host est bel et bien l’État : voir le Léviathan

Références :

Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 37 volumes, trad. Littré.
« Les autres faits que cet auteur rapporte semblent davantage tenir du prodige : à Carteia, dans les viviers, un poulpe habitué à sortir de la mer, et à venir dans les réservoirs ouverts dévorer les salaisons (tous les animaux marins sont singulièrement attirés par l’odeur des salaisons, aussi en frotte-t-on les nasses) ; ce poulpe, dis-je, excitait la colère des gardiens, à cause de ses larcins continuels. D’énormes palissades protégeaient les viviers ; mais le poulpe les franchissait en s’aidant d’un arbre, et on ne put le découvrir que par la sagacité des chiens, qui le cernèrent, la nuit, au moment de son retour. Les gardiens, éveillés, furent épouvantés d’un spectacle étrange : d’abord la grosseur du poulpe était extraordinaire, puis il était complètement enduit de saumure, et il exhalait une odeur affreuse. Qui se serait attendu à trouver là un poulpe, ou qui l’aurait reconnu dans cet état? Ils s’imaginaient livrer bataille à un monstre. En effet, il mettait en fuite les chiens par un souffle terrible : tantôt il les flagellait avec l’extrémité de ses filaments, tantôt il les renversait comme à coups de massue avec ses bras plus forts, et avec peine on le tua à force de tridents. » (Livre IX, Concernant les animaux aquatiques, XLVIII)

Ovide, Les Métamorphoses, trad. GF-Flammarion, 1966, p.129-131.
« Andromède n’avait pas encore achevé son récit, quand sur l’onde, à grand fracas, arrive une bête monstrueuse qui dresse sa tête sur l’immensité des flots et étale son poitrail sur la vaste étendue de la mer. La jeune fille pousse des cris. (…) Alors, soudain, le jeune héros, ayant du pied repoussé la terre, monta droit dans les nues. (…) Se laissant d’un vol prompt, tomber dans le vide, le descendant d’Inachus vient se poser sur le dos de la bête, et, au défaut de l’épaule droite du monstre frémissant, il enfonça jusqu’à la garde le fer courbe armé d’un crochet. Gravement blessé, l’animal tantôt se dresse debout dans les airs, tantôt plonge sous les eaux, tantôt se tourne et retourne comme un sanglier féroce terrifié par la meute des chiens aux sonores abois qui l’encercle. Persée, avec ses ailes agiles, échappe aux avides coups de dents ; et, partout où se découvrent tour à tour le dos couvert d’une couche de coquillages creux, les côtes des flancs, le point où le corps, réduit à la queue mince, finit comme celui d’un poisson, il frappe à coups redoublés de son épée, recourbée comme une faux. (…) La bête vomit par la gueule l’eau mêlée de sang couleur pourpre. Les éclaboussements mouillèrent les ailes de Persée, qui s’alourdirent. » (Livre IV)

Manga

Naoki Ukazawa, Monster, 18 volumes (1995-2002), Dargaud, coll. Big Kana, 2002.
Dans plusieurs entretiens, Bong Joon-ho cite ce manga comme une source d’inspiration. Le monstre en question est un enfant.

Junji Ito, Gyo (2002), Tonkam, 2006. Une curiosité, par le plus cauchemardesque des mangaka japonais : des expérimentations pendant la Seconde Guerre ont donné naissance à des mutants, des poissons munis de pattes mécaniques, qui envahissent le Japon.

Sélection vidéo

Merian C. Cooper, Ernest B. Schoedsack, King Kong, Éditions Montparnasse.
Ishiro Honda, Godzilla, Sony (zone 1, Etats-Unis).
Ishiro Honda, King Kong contre Godzilla, Universal UK (zone 2, Angleterre).
Ishiro Honda, Mothra contre Godzilla, Canal + vidéo.
Ridley Scott, Alien, Fox Pathé Europa.
John McTiernan, Predator, Fox Pathé Europa.
M. Night Shyamalan, Signes, Buena Vista

En ligne :

http://www.cinematical.com/

http://www.koreanfilm.org/bongjoonho.html

www.cinematheque.fr

Projections du film the Host au cinéma Utopia, manutention :

LUNDI  15 MARS à 9 heures 15 : TS1

JEUDI 18 MARS à 9 heures 15 : TS2 (Costumes de carnaval acceptés mais ne venez pas déguisés en monstre…)



invictus Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow’d.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

Essai philosophique à partir du film de Clint  Eastwood.

Thème : la liberté

La conquête de la liberté politique :

La mobilité physique, la  libre circulation des individus est elle une garantie de liberté ?

Comment comprendre les premières elections comme paticipation démocratique au vote ?

La liberté de la presse et d’expression (réunion) est-elle condition de la liberté ?

Faut-il pour être libre se détacher de sa culture d’appartenance (hymne, pratiques,etc) ?

Libre arbitre ou autonomie de la volonté ?

Etre libre, ce n’est pas faire ce que l’on veut (cf. définition de Kant de l’autonomie = possibilité de se fixer à soi-même sa propre loi) ; illustrez par des exemples du film

Paradoxe de la liberté : se poser des limites, des contraintes, pour réaliser ses projets. Qui est libre dans le film ? Les héros, le peuple, les dirigeants ?

Comment intégrer la libre volonté d’autrui à la sienne propre ?

Thème : l’histoire

Histoire et identité

Est-il vrai que l’on peut forger son identité par le biais d’une histoire individuelle et commune (famille, équipe,race, idéologie, statut social, nation..) ?

Quel est le rôle des souvernirs dans la formation politique et/ou sportive : y a-t-il des « leçons de l’histoire ? »

Montrer par des exemples la fragilité de l’histoire : oubli et subjectivité (qui écrit? qui selectionne? qui raconte ?)

Mémoire et pardon

La mémoire collective : est-ce une idéalisation ou une instrumentalisation politique du passé ?

Le  pardon est-il un oubli volontaire ou une négation du passé ?

Thème : la conscience

Moi

Que se passe-t-il dans des esprits aussi différents que celui d’un homme politique et celui d’un sportif ?

Le rapport entre l’esprit et le corps peut-il être résolu par le surpassement physique en sport ?

La subjectivité de l’intimité s’efface-t-elle au sein du contact avec autrui ? (équipe, communauté…)

Autrui

Autrui est-il différent ou un autre moi-même ?

Le regard des autres a-t-il une influence sur notre propre idéntité ?

Peut-on justifier le racisme par la peur de l’autre ?

Suis-je responsable des discriminations ?

Thème :  la culture

Le sport, au même titre que l’art, la religion,les coutumes, fait-il partie de la culture ?

Le sport présente-t-il un intérêt pour celui qui n’y participe pas ?

Y a-t-il un nationalisme sportif ?

Le culte voué à une équipe peut-il engendrer la violence ? Est-ce une forme de racisme ?

Thème : le pouvoir

La domination

Les hommes ont-ils besoin d’un leader ?

Existe-t-il une « servitude volontaire » (La Boétie)  qui mette fin à l’opression ?

La contrainte est-elle juste ?

La société

Quels sont les rapports possibles entre l’individuel et le social ?

Les principes vantés dans le film sont-ils l’égalité, le mérite ou la soumission ?

Une société fondée sur les émotions est-elle morale ?




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Des larmes au rire

Quels sentiments avez-vous éprouvé à l’égard de certains personnages ?

Quels éléments de mise en scène créent cette émotion ambivalente (par exemple le père Royal est-il antipathique ou touchant en voulant reconstituer les liens familiaux, le fils Chas en survêtement rouge et veuf éploré, etc.) De même montrer comment certains gags sont désamorcés provoquant un rire géné (ex. l’annonce du départ du père, l’incendie chez Chas)

Une famille de Losers

Chas, Margot et Richie ont connu la réussite très tôt mais sont « has been » depuis longtemps ; peut-on parler de manière négative de ces « losers » ou a-t-on encore de la sympathie pour eux (autre ambivalence)?

Dans l’echec, conservent-ils une certaine classe qui les feraient davantage perdants magnifiques que définitivement detestable ?

Décors et objets

Le cadre est rempli d’une multitude d’objets, qui font parfois disparaître les personnages (Margot dans sa bibliothèque, Chas dans son bureau). En quoi ces objets sont-ils importants ? Permettent-ils de caractériser les personnages ?

Certains objets ont  réapparaisent d’une scène à l’autre : quel est par exemple le sens de ce parcours en ce qui concerne les premiers plans d’objets sous la tente de Richie et Margot (petites voitures, pochettes de disques, sac de couchage…)

Couleurs

La première impression laissée par le film est celle d’une esthétique du clinquant. Les couleurs sont vives, les décors très éclairés et souvent chargés d’un bric-àbrac d’accessoires qu’on n’a pas le temps d’identifier. Pourtant, les séquences dans leur  ensemble
sont plutôt marquées par une teinte orange et beige moins éclatante, plus harmonieuse. Comment interpréter ce choix ?

Portraits

La figure récurrente du portrait isole les personnages les uns des autres et les fige, les réduisant au statut de figurines, incapables de communiquer et de grandir. Les décors renforcent cette impression : la maison semble immense où un étage est réservé à chaque enfant, mais la composition des plans et la caméra compartimentent l’espace au point qu’elle fait plutôt penser à une maison de poupée, à l’image des miniatures construites par la jeune Margot.
Les costumes figent par ailleurs les personnages dans une tenue vestimentaire très identifiée et quasiment identique pendant tout le film, à l’image de Chas et ses enfants qui, pour l’enterrement de Royal, changent seulement la couleur de leur survêtement. Comment interpréter les
différents choix vestimentaires ?

Puisque le bandeau et la coupe de cheveux de Richie sont empruntés à Björn Borg, on se demande si le noeud papillon de Henry ou le chapeau d’Eli sont aussi des références à des personnages ayant marqué leur enfance. Les personnages parviennent-ils à s’affranchir de ce statut de figurine, ou restent-ils tous comme Dudley, le patient impassible de Raleigh Saint-Clair, qui demande au scientifique : « Do you wanna play some world games or do some experiments on me ? »

Comme un roman

Au moment de la sortie du film, Wes Anderson a affirmé qu’il voulait que « le film soit un roman ». Comment réalise-t-il ce souhait ? Avez vous d’autres allusions à des genres littéraires (théâtre, conte, bd…) ?



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La Famille Tenenbaum (The Royal Tenenbaums)
Etats-Unis, 2001
Réalisation : Wes Anderson
Scénario : Wes Anderson, Owen Wilson
Image : Robert D. Yeoman Musique : Mark Mothersbaugh Directeur artistique : Carl Sprague Chef décorateur : David Wasco Costumes : Karen Patch Montage : Daniel R. Padgett, Dylan Tichenor Producteurs : Wes Anderson, Barry Mendel, Scott Rudin Distribution : Gaumont Buena Vista International
Durée : 1h 48
Format : 35 mm couleurs (Panavision)
Sortie française : 13 mars 2002
Interprétation
Royal Tenenbaum : Gene Hackman Etheline Tenenbaum : Anjelica Huston Chas Tenenbaum: Ben Stiller Margot Tenenbaum: Gwyneth Paltrow
Richie Tenenbaum: Luke Wilson Eli Cash : Owen Wilson Raleigh Saint-Clair : Bill Murray Henry Sherman : Danny Glover Dusty : Seymour Cassel Pagoda : Kumar Pallana Le narrateur : Alec Baldwin Ari Tenenbaum : Grant Rosenmeyer

Chez les Tenenbaum, les enfants ont toujours été de véritables génies. Mais un divorce suivi d’une grave crise familiale ont fait exploser la famille et ruiné la trajectoire dorée des petits prodiges : Chas, ex-maître de la finance, est devenu paranoïaque, Margot, dramaturge géniale, a épousé un psy et déprime mollement tandis que Richie, précoce champion de tennis, a lâché sa carrière pour errer au bout du monde. Mais un jour, lorsqu’il apprend que son ex-femme est prête à se remarier avec un comptable, Royal Tenenbaum, avocat hâbleur et égoïste, séparé d’Etheline depuis 20 ans, décide de monter un stratagème pour reconquérir les siens. Prétextant une grave maladie, il annonce qu’il ne lui reste que quelques semaines à vivre et s’invite dans la maison familiale…

Cette fois le travail suivra la projection du film prévue lundi 18 janvier à 9 heures.



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* Citation de Jacques ROZIER, réalisateur du film ADIEU PHILIPPINE.

Attention aux séances :  TS2 jeudi 19 novembre 9H.30 / TS1 lundi 23 novembre 9H.30 au cinéma UTOPIA-Manutention

France, Italie 1961
Réalisation : Jacques Rozier
Scénario : Jacques Rozier, Michèle O’Glor

Image : René Mathelin
Cadreur : Jean Bofferty
Son : Maurice Laroche, Jean-Michel Poudubois
Montage : J. Rozier, Monique Bonnot, Claude Durand
Musique : Jacques Denjean, Maxime Saury, Paul Mattei
Production : Georges de Beauregard, Alpha Productions, Euro-International-Films, Rome-Paris-Films (Carlo Ponti).
Distribution : Antinéa Production ; Action cinéma/Théâtre du Temple.
Durée : 1 h 43
Format : 35mm, noir et blanc, 1:66
Sortie française : 25 septembre 1963
Interprétation
Michel : Jean-Claude Aimini /  Liliane : Yveline Céry / Juliette : Stéfania Sabatini (voix : Annie Markhan) /  Pachala : Vittorio Caprioli /  Horacio : Davide Tonelli / Ami de Michel : Daniel Descamps / Régnier de l’Isle : André Tarroux / La mère : Arlette Gilbert / La voisine : Jeanne Pérez / Le père : Maurice Garrel / Le voisin : Charles Lavialle
Dans leurs propres rôles (télévision) : Jean-Christophe Averty, Stellio Lorenzi, Maxime Saury, Jean-Claude Brialy, Robert Hirsch, Michel Piccoli,

En guise d’introduction :

Adieu Philippine tient une place à part dans ce qu’on appelle déjà la Nouvelle Vague.
Tourné en pleine guerre d’Algérie – son acteur principal, Jean-Claude Aimini, devait d’ailleurs y partir peu après. Tourné en Corse, symbole de la liberté sous le soleil des vacances, ce film témoigne de la France Gaulliste qui envoie les jeunes gens à la guerre et qui à sa sortie (1963) auront oublié cette dernière. Le projet initial du film est une comédie musicale. Le réalisateur oscille par son travail au direct de la télévision entre documentaire et fiction.

Le travail consiste à collecter des renseignements biographiques, techniques et historiques

Avant le film

Relever dans une encyclopédie les caractéristiques du cinéma appelé « nouvelle vague ». Citez des noms de réalisateurs.

Le contexte : la guerre d’Algérie

Les genres au cinéma : Qu’est-ce qu’une comédie musicale ? Qu’est-ce qu’une fiction ? qu’est-ce qu’un documentaire ? Chercher le rôle de la télévision dans les années 60 en particulier « le direct »

Après le film

  • Malgré son aspect documentaire, le  film est aussi une comédie, souvent burlesque. Relevez ce qui relève de la comédie :

– Personnages caricaturés
– Confrontation des corps et des décors
– Sens du timing
– Bruitage

  • Comment se manifeste l’incompréhension entre les générations ?
  • Etudiez le changement de décor entre le Paris de la nouvelle vague et l’athmosphère estivale de la Corse
  • Distinguez ce qui fait vrai (éléments documentaires ou pris sur le vif) de ce qui ressort de la fiction ou de la recréation du réel.
  • Le naturel est-il donc une construction, un artifice ?
  • L’indécision des personnages comme les hésitations du film peut-elle être appelée liberté ?


LYCEENS AU CINEMA 2009/2010

adieu_philippine1Adieu Philippine
France, Italie, 1961, 1h43, noir et blanc
Réalisateur : Jacques Rozier

SYNOPSIS : Michel est un jeune machiniste travaillant sur les plateaux de télévision. Dans deux mois il sera appelé pour faire son service militaire. En 1960, cela signifie partir dans un département français en pleine guerre d’indépendance, l’Algérie. En attendant, il séduit deux jeunes femmes, Liliane et Juliette, dans les cafés et les clubs parisiens, puis sur les plages corses.

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/00/02/38/54/famille.gif La Famille Tenenbaum
États-Unis, 2001, 1h48, couleurs
Titre original : The Royal Tenenbaums
Réalisateur : Wes Anderson

Margot, Chas et Richie Tenenbaum sont trois enfants surdoués. Alors qu’ils ont une dizaine d’années, leur père, Royal, annonce qu’il quitte la maison.
Vingt ans plus tard, ses enfants n’ont pas pris le chemin de la réussite auquel ils étaient destinés : Margot est dépressive, Chas paranoïaque, Richie a brutalement interrompu une brillante carrière de tennisman. Le retour inattendu de Royal, qui se prétend mourant, au moment où son ex-femme s’apprête à se remarier, va provoquer un regroupement familial périlleux.

the-hostThe Host

États-Unis, 2006, 1h59, couleurs
Titre original : Gwoemul (Le monstre)
Réalisation : Bong Joon-ho

À Séoul, une créature monstrueuse sème la panique dans la population. Elle enlève la jeune Hyun-seo, rejeton adulé de la famille Park, qu’elle entraîne dans les eaux polluées du fleuve Han. Alors que le gouvernement annonce la présence d’un virus lié au monstre, Gang-du, père de la fillette disparue, reçoit à l’hôpital où il est en quarantaine un bref appel téléphonique de celle-ci…



Nous irons voir le film Dead Man de Jim Jarmusch vendredi 27 mars.

USA / Allemagne / Japon 1995

William Blake prend le train vers l’Ouest pour y exercer le métier de comptable. Arrivé dans la sinistre ville de Machine, il s’y trouve accusé à tort d’un double meurtre et prend la fuite, une balle logée près du coeur. Accompagné de Nobody, un Indien cultivé qui le prend pour le poète anglais William Blake, il s’engage dans un périple à travers l’Ouest sauvage. Affaibli par la blessure et la faim, poursuivi par des tueurs à gages, initié à la culture indienne par Nobody, il fait une série de rencontres qui le métamorphosent, de comptable maladroit en implacable tueur de Blancs. Il meurt en Indien au terme du voyage, dérivant dans un canoë vers l’horizon océanique.

  • En cliquant sur le titre ci-dessous, vous pourrez avoir une évocation sonore du film par quelques scènes et la musique de Neil Young. Écoutez et élaborer des hypothèses sur le film. Dead Man
  • Analysez les affiches suivantes et vérifiez lors de la projection si une des deux affiches est un photogramme du film :

  • Qui est William Blake  (1757-1827) ?

Peintre, graveur et poète visionnaire anglais, William Blake est l’un des artistes les plus évidemment inspirés que le monde ait connus. Ses poèmes lyriques et prophétiques, ainsi que l’œuvre gravé qui leur est lié, constituent l’une des rares mythologies originales des Temps modernes. Les grands problèmes humains – la séparation, le mal, le salut – y sont abordés par le biais d’un symbolisme anthropomorphique parfois complexe, mais d’une singulière profondeur, et dans une optique qui se réclame du christianisme, mais se rapproche surtout de l’hérésie gnostique. L’originalité essentielle de Blake réside dans l’humanisme passionné avec lequel il proclame la valeur sacrée de l’énergie créatrice en général, et de l’imagination poétique en particulier, où il voit non seulement la forme mais la source même du divin. Il annonce et devance par là la plupart des conquêtes du romantisme européen.1. De la perception vulgaire au pouvoir visionnaire William Blake est né à Londres, et il y est mort. Son père, modeste bonnetier, ne lui imposa aucune instruction primaire, mais lui fit très tôt apprendre le dessin, puis le métier de graveur, qui demeurera le sien toute sa vie.(…) extrait de l’encyclopédie universalis

Pour un aperçu de ses gravures :

gravures-de-william-blake

  • A partir de ces articles critiques parus à la sortie du film, essayer de faire ressortir les mots clés et de déceler les thèmes et le genre du film:

lemonde1-1

lemonde2

la-nuit-des-bulgares-1

à suivre…



http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/18/36/09/42/18452272.jpg Le lundi 26 janvier 2009, la classe de terminale S1 du lycée René Char a pu assister à la projection du film Le petit Lieutenant de Xavier Beauvois, dans le cadre de l’association Lycéens au Cinéma. Voici mes impressions concernant ce film.

Le petit lieutenant, est un film particulier qui, même si on ne l’apprécie pas aux premiers abords, marque les esprits. En effet, il aborde le thème de la police d’une manière spéciale et originale, en le mêlant à celui de l’alcoolisme du racisme ou encore celui de la solitude. De plus, les deux personnages principaux : Caroline Vaudieu et Antoine Derouère, le petit lieutenant, sont des héros différents de ceux attendus dans un film de ce genre. On peut également noter que l’atmosphère dégagée par ce film est particulière : le début de l’histoire se passe dans l’attente, on pressent que quelque chose de grave va arriver, il s’agit en effet de la mort d’Antoine qui intervient assez tôt dans le film. Cette attente est amplifiée par l’absence de musique. Après la mort du Petit Lieutenant, on éprouve de l’empathie pour le personnage de Caroline, qui cherche malgré son statut à venger sa jeune recrue.

On peut alors se demander si ce film peut-être considéré comme un anti-polar. Pour répondre à cette question nous étudierons d’abord la vision donnée de la police à travers les personnages du film, puis nous décrirons les éléments qui peuvent faire penser à une docu-fiction.

Dans un premier temps, nous allons évoquer les deux personnages principaux : le héros Antoine, surnommé le petit lieutenant, et sa supérieure : Caroline Deroudière. On remarque que tout au long du film, un parallélisme peut être noté entre les péripéties de nos deux héros. Par exemple, on peut remarquer, que ces deux personnages sont victimes de leur solitude. Antoine, récemment diplômé de l’Académie de police, choisit de quitter la Normandie pour intégrer la police judiciaire à Paris. Son choix, fait au dernier moment, sans l’accord de sa femme, l’en éloigne considérablement, puisque celle-ci ne veut pas le rejoindre à Paris. Pour sa part, Caroline a perdu son fils, lorsque celui-ci avait l’age de sept ans et s’est ensuite séparée de son mari avant de plonger dans l’alcool. Une boisson dont elle a su se séparer grâce à de nombreux efforts.

Lorsque Antoine arrive à Paris, il est enthousiaste, prêt à relever tous les défis, et à s’occuper des pires crimes, or on ne lui confit au début que les tâches les plus simples telles que répondre au téléphone. Il y a un fort contraste entre lui et ses coéquipiers, qui sont lassés par leur travail. On pourrait penser qu’il a « l’uniforme dans la tête » ou encore bien qu’il est courageux et idéaliste. Pour ma part, je pense qu’il s’agit d’un mélange des deux : il semble passionné par son métier mais en même temps, on peut se demander si ce goût pour cette occupation n’est pas seulement due au fait qu’elle soit inédite pour lui. Au contraire, Caroline connaît bien son métier. Elle exprime d’ailleurs les stéréotypes de la femme flic : elle est autoritaire, et diplomate, moins violente qu’un homme mais aussi efficace. En effet, au lieu d’utiliser la violence pour arriver à ses fins, elle pose de nombreuses questions aux suspects ou aux témoins de manière à obtenir des informations notamment aux moments où elle interroge le SDF. De plus, elle sait se faire respecter de ses partenaires même dans un milieu dominé par les hommes, en sachant rester en retrait, comme par exemple dans la scène ou toute la brigade se rend au bar. Elle est intelligente et dynamique comme elle nous l’a montré lors de l’arrestation du premier russe, dans la station de métro. Par contre, le personnage de Caroline diffère de ses stéréotypes de femmes flics à cause du fait qu’elle n’ait pas d’enfant, et que ce soit une personne qui se sente très seule. De plus, on n’a pas l’habitude de voir des femmes alcooliques ou anciennes alcooliques jouer ce rôle.

Caroline a beaucoup souffert à cause de la mort de son fils, mais c’est elle qui s’est ensuite éloigné de son mari. Antoine, a choisit de partir loin de sa femme, et se fait tuer car il n’a pas voulu arrêter ses investigations quand son collègue lui proposait. On peut alors se demander, si les personnages sont responsable de ce qui leur arrive. Pour ma part, je pense qu’Antoine est victime de son ambition, de son caractère aventureux, et de sa témérité mais d’un autre coté, on ne peut lui reprocher de s’être investi dans son travail. D’autre part Caroline, s’attache au petit lieutenant et souffre beaucoup lors de sa mort qui paradoxalement la rapproche de son mari, mais la fait également retomber dans l’alcool. Se demander si les personnages sont responsable de ce qui leur arrive est une question difficile qui reviendrait à se demander si nous sommes aussi responsable de nos actes, si nous sommes toujours conscients de ce que nous faisons ou alors, si nous nous laissons parfois guider par des forces qui nous dépassent.

Maintenant que nous avons étudié les figures mises en relation être les personnages de Caroline et d’Antoine, nous pouvons nous demander en quoi ce film peut faire penser à un docu-fiction.

Premièrement, le réalisateur, Xavier Beauvois a passé plusieurs mois en compagnie d’un capitaine de police de la division criminelle, ce qui lui a permis d’accéder à certaines parties confidentielles d’un dossier et d’assister à plusieurs autopsies. On peut dire qu’il a acquis de nombreuses connaissances sur la police en général, aussi bien sur son fonctionnement que sur l’attitude des personnes qui exercent ce métier. Ainsi, il nous montre des scènes que l’on ne voit pas dans d’autres films policiers comme par exemple la première scène qui nous décrit l’affectation des membres de la police selon les secteurs choisis ou encore la Cérémonie de l’Académie ou tous défilent en uniforme. Une autre scène, est souvent absente des films (sauf peut-être des films d’épouvante). Il s’agit de la séquence de dissection, qui est d’habitude résumée brièvement dans d’autres films afin d’éviter au spectateur une vue qui pourrait susciter l’effroi. Dans Le Petit Lieutenant, cette scène arrive à paralyser beaucoup d’entre nous, car elle est filmée de telle façon que l’on ne nous montre pas tout, on nous suggère juste ce qu’il se passe. Et c’est notre imagination qui nous fait penser à quelque chose d’horrible et d’effrayant, qui nous fait ressentir différentes impressions en fonction de notre émotivité. La scène du baptême est également étrange, et inquiétante. Une impression qui est d’autant vraisemblable que cette scène est assez longue alors qu’elle a, a priori peu d’intérêt pour l’enquête. On peut également observer d’autres scènes atypiques, telle celle de la traduction des bandes téléphoniques par un interprète russe. D’ailleurs, le réalisateur va jusqu’à utiliser de véritables SDF pour jouer certains roles, ce qui confirme son parti pris de montrer au spectateur une vérité authentique, qui pourrait être celle de postes de police réels et actuels.

Il rajoute toutefois des détails qui sont souvent caché au grand public, comme par exemple le problème de la drogue qu’il met en scène avec humour, lorsque Caroline en offre à Antoine et qu’un inconnu les aborde pour leur dire de se méfier, que c’est une rue pleine de flics, ou encore le problème de l’alcool, qui un motif essentiel du film. Cette insistance sur ce sujet, permet de réaliser que les policiers ne sont pas des personnes irréprochables, que beaucoup d’entre eux sont attirés par la boisson, il ne faut bien évidemment pas généraliser, ce n’est pas le cas de tous. Cela me fait penser à l’insistance à propos du café. Pourquoi tient-il tant à faire croire qu’il a bu un café, alors que ce n’est qu’un détail infime, à coté de l’erreur qu’il a commise. En fait, il semblerait que malgré sa faute professionnelle, ce personnage veuille conserver sa dignité ainsi que sa fierté. D’autre part, un motif important de ce film, tend à être oublié dans d’autres films du même genre : il s’agit de la violence de la rue. En effet, cet aspect peut être observé à plusieurs moments du film comme par exemple lorsqu’un homme ivre est ramené au commissariat par des policiers qui le forcent à souffler dans l’éthylotest. Le racisme est également évoqué dans ce film. Tout d’abord avec le personnage de Solo, un marocain qui a su se faire un nom dans la police même si, peu de gens le soutenaient, et également dans la manière péjorative dont les policiers parlent des étrangers. Et puis, une chose importante et exceptionnelle au cinéma, le réalisateur arrive à représenter la routine du commissariat, c’est peut-être pourquoi le film peut paraître ennuyant pour certains, mais cela, montre encore une fois la volonté de Xavier Beauvois de rester le plus proche possible de la réalité ce qui peut faire du Petit Lieutenant un véritable documentaire.

De plus, toutes les avancées du film sont des accidents. En effet, comme je l’ai dit précédemment, le début du film nous laisse dans l’attente : Antoine découvre la police et son fonctionnement, mais il n’y a pas de véritable avancée. La première a lieu lorsque le cadavre est découvert dans le lac, et qu’Antoine est convié pour la première fois à une action excitante. La découverte d’une autre victime, est un autre accident qui fait avancer l’enquête tout comme, la rencontre entre Antoine et Pavel qui est la cause de sa mort. Cette rencontre prématurée, puisqu’elle n’a lieu qu’au milieu du film accélère les évènements, puisque Caroline voudra alors se venger, ce qu’elle parviendra à faire à la fin du film. Ce film nous invite également à nous interroger sur plusieurs notions. C’est par exemple le cas, lorsque les hommes parlent du statut du prisonnier. Peut-il ou non recevoir des femmes dans sa cellule ? On peut également se demander en quoi le crime est une jouissance pour le coupable. Je pense, pour ma part, que les criminels sont des personnes qui veulent se venger de certaines choses qu’ils leur sont arrivés dans la vie. Le crime serrait pour eux, une manière d’assouvir une vengeance, mais bien sur on peut aussi se dire que c’est leur inconscient qui guide leurs actes, et qu’ils ne seraient donc pas responsables.

Pour conclure nous pouvons donc dire que ce film, bien qu’il réponde à de nombreux stéréotypes qui pourraient faire de lui un polar, correspondrait plutôt à un anti-polar car il mêle ingénieusement le documentaire à la fiction. De plus, ce film présente plusieurs thèmes comme ceux de la violence, du racisme, de l’alcool et les associe avec des personnages qui peuvent tout d’abord apparaître comme des stéréotypes mais qui se révèlent finalement être des personnages uniques avec une histoire propre à eux même. D’autre part, la mort précipitée du héros, confirme le fait que ce film soit un anti-polar. En un sens, ce film me fait un peu penser au film Elephant de Gus Van Sant, car l’atmosphère y est similaire. En effet, dans Elephant, c’est la routine d’un lycée qui est mise en avant, de plus, la seule avancée du film est également un accident puisqu’il s’agit de l’attaque du lycée par deux jeunes adolescents qui sous la pression de la société, se transforment en tueurs.



Dans un café ou l’absinthe  – vers 1875 ou 1876  – Huile sur toile 92 cm X 68 cm – Paris, musée d’Orsay

Pistes de réflexion pour exploiter le film Le petit lieutenant :

Les personnages sont-ils responsables de ce qu’il leur arrive  ?

Étudier les figures mises en relation de Vaudieu et Antoine .

Montrer comment les seules avancées du film sont des accidents.

Expliquer la chute précipitée du héros (Antoine meurt assez tôt dans le film.)

« Il n’y a plus qu’à espérer que les Russes remettent ça » dit Antoine. En quoi le crime est-il une jouissance ?

Comment expliquer la routine policière face à l’ambition d’Antoine ? Parvient-il à fuir cette réalité quotidienne ?

Pensez vous que le héros est aventureux, courageux, idéaliste ou bien qu’il a, comme le dit un collègue, « l’uniforme dans la tête ? »

Comment l’actrice Nathalie Bayle exprime-t-elle les stéréotypes de la femme-flic ? Qu’est-ce qui l’en distingue?

Comment le film produit-il un effet « documentaire », (en particulier par le casting des personnages secondaires, la vie des SDF et le quotidien des policiers, les scènes du baptême et de l’académie, etc)?

Qu’attend-on de la séquence de la dissection ? Elle suit une scène particulière mais rien n’est vraiment montré ; en quoi peut-elle susciter l’effroi ?

Antoine est-il coupable de sa témérité ? Que pensez-vous de l’insistance du mensonge sur « un café » au lieu « d’une bière » lors de la déposition du collègue d’Antoine ?

Étude des thèmes suivants : la solitude, le racisme, la violence de la rue, l’alcoolisme, la justice, la répression policière, le crime, la mélancolie, l’héroïsme, la culpabilité, la responsabilité. (Pour chaque thème expliquez comment il est abordé, quelles questions il soulève et illustrer par des scènes du film.)

Le film est-il un anti-polar ? Pour répondre vous vous aiderez de films ou séries que vous connaissez et de la définition que propose Olivier Marchal, réalisateur de « 36, quai des orfèvres » (2004) : « le polar est une boîte à fantasme : la nuit, les interdits, les personnages qui rêvent d’être des héros, les mecs qui pleurent, bref, tout ce qui sort du quotidien… Je conçois qu’on veuille se frotter à la réalité,  mais moi ce qui m’intéresse, c’est ce qui la sublime. »

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ARTICLE PARU LE 16 NOVEMBRE 2005 DANS LE JOURNAL L’humanité

La crim’ au scalpel

Noir. Avec une précision documentaire, le dernier film de Xavier Beauvois croise deux destins humains et tragiques mais affectueux.

France, 1 h 50.

Antoine Derouère (Jalil Lespert), frais émoulu de l’école de police, intègre la 2e DPJ. Il aborde cette toute première affectation la tête emplie d’idéaux dont la naïveté se traduit d’emblée par le gentil sourire qu’il arbore. Rien de brillant, pourtant, dans le nouveau quotidien auquel le jeune homme est confronté. Loin de chez lui, séparé de sa femme, il fait connaissance avec la chambrette sans charme qui abritera ses rares loisirs, les collègues plus ou moins sympas, les pots un peu forcés. Antoine, qui rêve d’en découdre avec le crime, est prévenu : « Des grandes affaires, tu en rencontreras deux ou trois dans ta carrière. » La réalité va confirmer cette mise en garde.

Comment sur cette trame, le réalisateur et comédien Xavier Beauvois va-t-il s’emparer du genre policier auquel il s’adonne cette fois, après Selon Matthieu et N’oublies pas que tu vas mourir ? En adoptant un parti pris réaliste qui, au contraire du formatage des pléthoriques séries télévisées, lui autorise la plus grande liberté possible quand au parcours de ses personnages, à la manière dont vont s’échafauder leurs histoires. Bientôt, le commandant Caroline Vaudieu (Nathalie Baye), que son alcoolisme avait durablement mise sur la touche, va croiser le chemin initiatique qu’Antoine poursuit avec une fraîcheur désarmante. Premier flingue, premières menottes, première autopsie, Xavier Beauvois, qui s’est documenté avec la précision d’un Zola anticipant la rédaction de la grande suite naturaliste des Rougon-Macquart, nous prête le regard d’Antoine. Celui de Vaudieu, sans fard, s’abîme parfois vers des cicatrices intérieures. Femme brisée par la mort précoce d’un fils, flic résignée à combattre pour renouer avec le respect des autres et l’estime de soi, c’est à elle qu’Antoine doit le surnom affectueux de « Petit Lieutenant » dont on l’affuble. Écho à plusieurs titres du Petit Soldat, de Jean-Luc Godard, le petit lieutenant d’aujourd’hui n’est pas coincé entre les forces ennemies du FLN et de la future OAS, mais dans la fracture qui sépare ses rêves d’un univers largement désenchanté. Paraphrasant JLG, Xavier Beauvois affirmait dans un récent entretien télévisé qu’il avait souhaité réaliser : « Pas juste un film, mais un film juste. » Autour de seconds rôles soignés dans la meilleure tradition par des acteurs de premier plan (Roschdy Zem, Antoine Chappey, Jacques Perrin pour ne citer qu’eux), Xavier Beauvois installe des dispositifs d’acteurs non professionnels.

Ainsi des flics des stups qui, rencontrés par Antoine au terme d’un long couloir, vont l’introniser dans le sérail par les rites convenus des blagues et binouzes. De même les participants aux réunions des Alcooliques anonymes que les démons encore actifs de Vaudieu la contraignent à fréquenter, les SDF dont aucun artifice ne saurait rendre les gueules de rue, les fidèles réunis pour un baptême orthodoxe surveillé pour les besoins de l’enquête. Car enquête il y a, autour de crimes de sang commis par des repris de justice arrivés de l’Est pour se livrer à des dépouilles minables. On est loin, ici, des figures de « grand truand » et de « grand flic » dont un Melville pouvait confronter les ambivalences pour opérer sa mise à mal des mythologies complaisantes (Un Flic, 1972). Xavier Beauvois entame son film par un panoramique introductif où il nous montre, dans la cour bien propre de l’École de police, la parade ensoleillée des jeunes gens et jeunes filles en uniformes pimpants et vite remballés. De ce trompe-l’oeil, dont Antoine ne se remettra pas, au milieu des regards nés las de ses collègues, des jours blêmes et des nuits indifférentes, le film glissera vers Vaudieu. À elle l’ultime point de vue. Le cinéaste, en route, aura signalé tous les rituels qui sont autant de béquilles à l’humaine condition et dont son film, d’une intense rigueur, est bien le seul à ne pas avoir besoin.

Dominique Widemann

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