Concert du nouvel an 2009, Opéra théâtre d’Avignon, OLRAP dirigé par J. Shiffman

Qu’est-ce que la musique ?

Tout d’abord, la musique est un art ( bien que chez les Grecs, elle n’était pas considérée comme un art mais comme une science). Premièrement, la musique est un art sonore, car elle  fait intervenir en premier lieu l’ouïe par l’intermédiaire de sons produits par les instruments de musique. Un son est une vibration des molécules d’air, une onde qui se déplace de manière sinusoïdale en créant une pression et dépression de l’air. Cette vibration est caractérisée par sa fréquence qui détermine la hauteur du son (plus la fréquence est élevée, plus le son sonne aigü), par son amplitude qui détermine l’intensité, et par son allure qui détermine le timbre. Ainsi, la musique est une recherche de sonorités combinées, superposées, simultanées, organisées le plus souvent selon des règles,  et destinée à produire différents effets lors de son audition. MOZART  disait :  » Je cherche les notes qui s’aiment« . Ceci explique bien que la musique soit une recherche « verticale » des harmonies qui sonnent bien. Cependant, la musique a également un aspect « horizontal » tout aussi important puisqu’elle se déroule dans le temps, grâce au rythme. Nous pouvons citer Olivier MESSIAN dans le tome 1 du Traité  de rythme, de couleur et d’ornithologie :  » La musique est donc faite en partie avec des sons… mais aussi et d’abord avec des Durées, des Élans et des Repos, des Accents, des Intensités et des Densités, des Attaques et des Timbres, toutes choses qui se regroupent sous un vocable général : le Rythme « . Par cette définition de la musique, Olivier MESSIAN insiste sur le fait que la musique est art du temps, qui par le rythme organise et détermine la durée. La musique ne peut exister sans le support du temps, et la perception du temps par le musicien est à la base de toute musique.

Nous pouvons donc dire que par sa verticalité et son horizontalité, la musique est un art des sons et du temps.

Sylvain

à suivre…



Le jeudi 5 février 2009, nous avons eu la chance d’assister à la première de l’orchestre symphonique dirigé par Jonathan Schiffman. Ce fut également la première fois que j’assistais à un concert symphonique.

Malgré notre place (au poulailler), nous avions une parfaite vision de l’ensemble de l’opéra. Tous les musiciens étaient déjà présents sur la scène de représentation. Chacun de son côté accordait son instrument. Tous les sons qui émanaient de ces instruments résonnaient tel un chant discordant. Néanmoins, chaque son qui me parvenait éveillait ma curiosité. J’avais plaisir à regarder les musiciens concentrés dans leur accordement. Chacun semblait comme absorbé dans son monde. Ils ne semblaient même pas gênés par le bruit alentour. La scène était disposée de façon à avoir chaque classe d’instruments réunis, ensemble. Ainsi, les percussions se trouvaient au fond de la scène. Devant eux se trouvaient les instruments à vent tels que les trompettes ou encore les clarinettes. Et enfin, tout devant, nous trouvions les instruments à cordes, pratiquement toutes les sortes d’instruments à cordes, aussi bien les violons que les altos, ou encore la harpe ou le piano, les violoncelles ou les contrebasses …

On pouvait remarquer que le principal violoncelliste, qui était l’invité d’honneur de ce concert symphonique : Gautier Capuçon , avait une place spécialement réservée près du chef d’orchestre, plus précisément au devant de la scène.

Dès l’arrivée de ce dernier, M. Jonathan Schiffman a su s’imposer et montrer sa grandeur. Avec un grand sourire accordé à son public, il présenta les principaux courants artistiques qu’il souhaitait nous faire découvrir ce soir là. La première partie de la soirée était consacrée à deux grands maitres du classique : les Variations sur un thème de Joseph Haydn de Brahms, et Lutoslawski avec ses Variations Symphoniques. Il a notamment expliqué la provenance et la création de chaque morceau qu’il s’apprêtait à jouer en compagnie de son orchestre. Ainsi, pour le premier morceau de ce ‘concert symphonique’ J. Schiffman nous présente les Variations Symphoniques de Lutoslawski. « Lutoslawski, c’est la virtuosité, une œuvre écrite en début de carrière, débordante de multiples couleurs » nous dit le chef d’orchestre. En effet, dès les premières notes de ce fantastique morceau, aussi bien mes yeux que mes oreilles étaient en éveil. Chaque note résonnait en moi comme une douce mélodie. Mes yeux étaient éblouis devant la virtuosité que faisait preuve chaque musicien. Tous les violons sonnaient merveilleusement bien. Ils jouaient tous ensemble, parfaitement unis comme si un seul violon jouait. La vision des différents gestes qui commençaient ou s’arrêtaient pouvait faire penser à une danse harmonieuse. Ce fut un pur moment de musique !

Qu’est-ce que la musique ? Selon moi, la musique est un son, une mélodie que l’on écoute et qui nous suscite une réaction agréable, affective. Écouter ce concert symphonique m’inspirait un vrai moment musical. Le véritable moment d’écoute musicale est un moment que l’on passe en se rendant compte que le temps s’arrête. Ainsi, plus rien aux alentours, plus aucun bruit n’avaient d’importance face à cette mélodie. Plus aucune autre vision ne pouvait octroyer mon regard face aux gestes nets et précis de ces musiciens. En outre, le chef d’orchestre semblait également suspendu par le temps, il vivait les morceaux. Son bras droit battait le rythme, le temps de la mesure alors que son bras gauche faisait preuve de gestes aussi bien amples que secs afin de guider les musiciens dans les différentes nuances. Que ressentez vous quand vous dirigez vos musiciens ? Ce fut la question que nous lui avions posée lors de sa visite au lycée. Il nous a alors répondu qu’il aimait ce qu’il faisait, qu’il appréciait pouvoir « servir la musique du compositeur » à son public, la faire partager avec nous. Lors de la représentation, il était entièrement dans son univers : lorsqu’il voulait que la musique soit plus forte, son corps tout entier traduisait sa volonté, il utilisait aussi bien ses bras que son corps ou sa tête pour se faire comprendre des musiciens. On peut alors dire qu’il vivait totalement le morceau. Je pense qu’il ressent ce que le compositeur voulait exactement pour son morceau. Tel est le métier d’un chef d’orchestre !

De plus, la musique est également le travail intensif de chaque musicien, aussi bien le compositeur, le chef d’orchestre que les interprètes. Alors, écouter la musique serait également écouter le travail des musiciens. En ce qui me concerne, j’ai trouvé les « Variations Symphoniques » de Lutoslawski formidablement interprétée ! En effet, dès les premières notes du morceau, je ne souhaitais plus du tout quitter cet endroit. Par ailleurs, ce fut le premier morceau d’un concert (symphonique) auquel j’assistais. Donc les émotions étaient plus intenses, ma curiosité était au maximum, mon ouïe était des plus attentives…

Ensuite, la musique est aussi un mode de communication. Le chef d’orchestre en dirigeant ses musiciens souhaite nous émerveiller devant le travail de son orchestre. Notamment, il veut nous transporter dans nos émotions. Ce fut le cas pour plusieurs d’entre nous. Il a su exercer son pouvoir afin de nous faire imaginer une scène selon les nuances.

Dans la deuxième partie du concert, nous avons pu voir à l’œuvre la virtuosité du célèbre violoncelliste Gautier Capuçon dans une interprétation du « Concerto pour violoncelle et orchestre » de Dvorak. Son arrivée a été acclamée puisqu’il est l’un des musiciens les plus en vogue du moment. En effet, en voyant son interprétation, je pouvais constater qu’il vivait complètement sa musique. La première impression que l’on pouvait se faire de ce musicien, était qu’il semblait intimidé devant tant de monde, mais également amusé car il aimait jeter un coup d’œil à ses compagnons lorsqu’il ne jouait pas. Malgré tout, lorsqu’il commençait à jouer, on pouvait voir qu’il était très expressif dans ses gestes. Il pouvait tout aussi bien faire des gestes très amples lorsque la musique était plus douce que l’inverse, il jouait d’une manière très vive lorsque le rythme était plus rapide. J’ai trouvé sa prestation incroyable. Seul son vibrato m’a un peu gêné car je le trouvais trop excessif. Néanmoins, c’est ce qui fait sa particularité, puisque tout comme J. Schiffman, il « vivait la musique ». J’appréciais le regarder jouer, le voir bouger si rapidement ses doigts. J’ai pu également remarquer sa complicité avec le chef d’orchestre. En effet, ces deux hommes semblaient comme deux petits garçons qui s’amusaient pleinement lors de ce concert. Ils avaient souvent des regards complices qui traduisaient leur affinité. Ainsi, « lorsque vous dirigez, avez-vous toujours conscience de ce que vous faites ? » J. Schiffman était donc totalement conscient de ce qu’il faisait, il était ravi de la présence de G. Capuçon et on pouvait le ressentir. La musique est aussi un moment de complicité que peut avoir les musiciens entre eux. C’est un moment agréable que l’on aime passer à jouer ou à écouter.

A la fin du concert, tout le monde a bien évidemment acclamé les musiciens mais plus spécialement les deux principales personnes de l’orchestre : Jonathan Schiffman et Gautier Capuçon. Tout deux arpentaient de grands sourires, ravis de leur succès. Nous avons eu la possibilité d’obtenir une dédicace du violoncelliste qui s’est révélé être une personne tout à fait aimable et particulièrement appréciée de son public.

En conclusion, je citerai Platon qui dit : « La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée » car c’est également ce que j’ai ressenti lors du concert. La musique que j’ai écoutée ce jour là m’a transporté ‘au dessus de tout’ tant bien que la musique m’a touchée.

Cette sortie fut une expérience parfaitement plaisante que je n’hésiterais pas à renouveler ! Je n’ai pas du tout été déçue quant à la prestation des musiciens, que du chef d’orchestre que j’avais particulièrement hâte de voir.



http://photos.cityvox.com/photos_grand/54/4/197686.jpg Nous irons à l’Opéra vendredi 13 mars à 14 heures.

Opéra en un acte et quatre tableaux
Livret de Christian Wasselin
Musique de Gérard Condé


L’ opéra Les Orages Désirés est avant tout issu d’une passion celle de
Christian Wasselin et Gérard Condé pour le grand Berlioz. Au fil des
quatre tableaux et d’un texte dont la langue imagée n’exclut pas la
solidité dramatique, se livre à nous le destin du jeune Hector. Epris
d’Estelle à qui il n’ose avouer son amour, il fait le choix de devenir
musicien afin de magnifier le sentiment douloureux qu’il éprouve.
D’une curiosité et d’une sensibilité exaltées, l’adolescent porte déjà en
lui toutes les passions qui marqueront ses créations musicales.
Entièrement originale, la musique s’autorise tout de même quelques
clins d’oeil à l’oeuvre de Berlioz lui-même et au répertoire que ce
dernier pouvait connaître alors qu’il était jeune, notamment celui
du XVIIIème siècle. Gérard Condé nous offre des harmonies denses,
inspirées par le romantisme, mais illuminées par une tonalité majeure,
soutenant de belles mélodies d’une plasticité rare et colorée.
Direction musicale : Jean-Luc Tingaud
Mise en scène : Sugeeta Fribourg
Scénographie / Costumes : Isabelle huchet
Lumières : Eric Deforge
Berlioz : Anne Rodier
Nancy : Anne Lecoutour
La Mère : nathalie Espalier
Estelle : Txelin Victorès Benavente
Le Père : Florian Westphal
Le Colonel Marmion : Jean Goyetche
Corsino : Jean-Michel Caune
Orchestre Lyrique de Région
Avignon-Provence

En co-production avec
le Grand Théâtre de Reims



C’est certainement cette citation de Schopenhauer (1788-1860) qui inspire les élèves apprentis philosophes un soir de première à l’Opéra d’Avignon.

Point d’orgue au travail de réflexion mené d’une façon intéressée sur les rapports entre musique et philosophie, le concert montre que la musique reste un objet tout à fait particulier, puisque c’est un art qui donne beaucoup à penser, mais beaucoup à ressentir aussi, tout en n’utilisant pas le langage et encore moins le concept. Nous voilà donc transportés à la fin du baroque (Haydn), à l’époque romantique (Brahms) puis moderne (Dvorak), sans pouvoir cerner quelque concept proprement philosophique. On comprend que l’on puisse mettre la musique au-dessus du langage ordinaire, et même au rang de la métaphysique comme l’affirme par exemple Schopenhauer.

La thèse générale de la pensée de cet auteur qui influencera Nietzsche, est que le monde est VOLONTÉ et se dégrade en REPRÉSENTATION. Or la musique, bien plus que tout autre forme d’art, est capable d’exprimer ce qui EST véritablement, elle est l’expression la plus proche de la volonté. L’architecture musicale épouse en quelque sorte le monde de la matière, imperceptible dans la note la plus basse, elle correspond aux degrés de l’être comme par exemple les voix moyennes pour le monde animal et végétal, les voix les plus aiguës pour la volonté consciente de soi de l’homme… Si la musique est placée au sommet de la hiérarchie des arts par Schopenhauer, c’est qu’elle est l’expression métaphysique la plus immédiate, au dessus même du langage, du concept, du discours raisonné. La musique n’a plus comme chez Hegel, cette place intermédiaire qui devrait être dépassé par la vérité philosophique. La musique est plus expressive que le langage, comme si elle pouvait se passer de ses exécutants, et peut-être des spectateurs ? Cependant, cela n’a pas de sens de parler de musique sans l’homme qui l’exécute (« Le musicien nous révèle l’âme du monde« ), pas davantage peut on parler de musique sans l’homme qui l’écoute (par delà sa particularité) : la musique est toujours un art pour autrui, proprement humain, d’où l’insistance sur les phénomènes vocaux :

« La mélodie, la voix chantante représente le jeu de la volonté raisonnable […] Elle nous dit son histoire la plus secrète, elle peint chaque mouvement, chaque élan, chaque action de la volonté, tout ce qui est enveloppé par la raison sous ce concept négatif si vaste qu’on nomme le sentiment, tout ce qui refuse d’être intégré  sous les abstractions de l’idée. » Le monde comme volonté et comme représentation.

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0péra théâtre d’Avignon, concert symphonique du 6 février 2009, élèves de TS

Faire et non pas subir, tel est le fond de l’agréable. Mais parce que les sucreries donnent un petit plaisir sans qu’on ait autre chose à faire qu’à les laisser fondre, beaucoup de gens voudraient goûter le bonheur de la même manière, et sont bien trompés. On reçoit peu de plaisir de la musique si l’on se borne à l’entendre et si on ne chantait point du tout, ce qui faisait dire à un homme ingénieux qu’il goûtait la musique par la gorge, et non point par l’oreille. Même le plaisir qui vient des beaux dessins est un plaisir de repos, et qui n’occuperait pas assez, si l’on ne barbouillait soi-même, ou si l’on ne se faisait une collection ; Ce n’est plus seulement juger, c’est rechercher et conquérir. Les hommes vont au spectacle et s’y ennuient plus qui ne veulent l’avouer ; il faudrait inventer, ou tout au moins jouer, ce qui est encore inventer. Chacun a souvenir de ces comédies de société, où les acteurs ont tout le plaisir. Je me souviens de ces heureuses semaines où je ne pensais qu’à un théâtre de marionnettes ; Mais il faut dire que je taillais l’usurier, le militaire, l’ingénue et la vieillie femmes dans des racines avec mon couteau, d’autres les habillaient ; je ne su rien des spectateurs ; La critique leur était laissée, plaisir maigre, mais encore plaisir par le peu qu’ils inventaient. Ceux qui jouent aux cartes inventent continuellement et modifient le cours mécanique des évènements. Ne demandez pas à celui qui ne sait point jouer s’il aime le jeu. La politique n’ennuie point dès que l’on sait le jeu ; mais il faut l’apprendre. Ainsi en toutes choses, il faut apprendre à être heureux.

On dit que le bonheur nous fuit toujours. Cela est vrai du bonheur reçu, parce qu’il n’y a point de bonheur reçu. Mais le bonheur que l’on se fait ne trompe point. C’est apprendre, et l’on apprend toujours. Plus on sait, et plus on est capable d’apprendre. D’où le plaisir d’être latiniste, qui n’a point de fin, mais qui plutôt s’augmente par le progrès. Le plaisir d’être musicien est le même. Et Aristote dit cette chose étonnante, que le vrai musicien est celui qui se plait à la musique, et le vrai politique celui qui se plait à la politique. »Les plaisirs, dit-il, sont les signes des puissances ». Cette parole retentit par la perfection des termes qui nous emportent hors de la doctrine et si l’on veut comprendre cet étonnant génie, tant de fois et si vainement renié, c’est ici qu’il faut regarder. Le signe du progrès véritable en toute action est le plaisir qu’on sait y prendre. D’où l’on voit que le travail est la seule chose délicieuse, et qui suffit. J’entends travail libre, effet de puissance à la fois source de puissance. Encore une fois, non point subir, mais agir […]  Toutefois il y a grande rumeur de tous contre ces bonheurs qui coûtent tant de peine et toujours par la funeste idée d’un bonheur reçu que l’on goûterait. Car c’est la peine qui est bonne, comme Diogène dirait ; Mais l’esprit ne se plait point à porter cette contradiction ; il faut qu’il la surmonte et, encore une fois, qu’il fasse plaisir de réflexion de cette peine là.                                                                                          Alain

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http://malekzad.com/liszt.jpgF. Liszt

Il faut savoir que la philosophie de Hegel est un système fortement structuré où l’art a sa place dans une dialectique de l’Esprit. L’art n’est que le premier moment de ce long processus vers l’Esprit absolu ; moment nécessaire mais destiné à être dépassé et conservé (Aufhebung) par la religion puis la philosophie. Dans cette dialectique, la musique n’a pas de place privilégiée elle n’a pas atteint le stade de la conscience purement réflexive de soi.

Le second point important de la philosophie esthétique de Hegel est que les arts se hiérarchisent selon s’ils sont composés davantage de matière ou d’esprit. Le moins digne des arts, le plus lourd en matière est l’architecture : le plus élevé, celui qui est fait d’une matière la plus subtile (les mots) est la poésie. Quant à la musique, Hegel la place entre peinture et poésie :

« Lors donc que le texte, en tant qu’œuvre d’art poétique, présente par lui – même une valeur indépendante, il ne peut attendre de la musique qu’un appui très léger, comme c’était le cas des chœurs du drame antique où la musique ne jouait que le rôle subordonné d’un simple accompagnement. Si c’est, au contraire la musique qui se présente avec des prétentions à une valeur indépendante, c’est le texte qui, dans son exécution poétique, doit être plus superficiel et s’en tenir à l’expression de sentiments et de représentations tout à fait généraux. Les élaborations poétiques de pensées profondes sont aussi peu compatibles avec un bon texte musical que les descriptions d’objets extérieurs et la poésie descriptive en général. Des lieder, des textes d’opéra, des textes d’oratorios, etc., peuvent ainsi, au point de vue purement poétique, être maigres et d’une certaine médiocrité ; pour que le musicien ait toute liberté d’action, le poète ne doit pas chercher à se faire admirer » HEGEL. Esthétique. III

La seule spécificité de la musique est qu’elle se déploie dans le temps, elle représente en ce sens davantage la vie de l’âme :

« le temps du son est en même temps celui du sujet, le son pénètre déjà le Soi en vertu de ce fondement, s’empare de lui dans son existence la plus simple, et, par le mouvement temporel et son rythme, met le Je en mouvement » (Hegel, Esth., t. III, p. 143).

Le musicien, pour sa part,

« ne fait assurément pas […] abstraction de tout contenu, mais trouve celui-ci en un texte qu’il met en musique, ou, avec déjà plus d’indépendance, fait revêtir à une disposition d’esprit quelconque la forme d’un thème musical, auquel il donne ensuite une plus ample configuration ; mais la région véritable de ses compositions reste l’intériorité sur son versant formel, la pure résonance des sons, et son immersion dans le contenu, au lieu d’une image extérieure, devient bien plutôt une retraite dans sa propre liberté intérieure, une libre déambulation en soi-même, et même dans maint domaine musical, une manière de s’assurer que, comme artiste, il est bien libre à l’égard du contenu »

Enfin, on peut dire que le plaisir de la musique consiste dans l’émotion provoquée par le rythme de l’œuvre, mais aussi par le contenu objectif et subjectif qui accompagne la réconciliation de l’âme avec elle-même. C’est le sentiment de liberté qui est éprouvé dans l’audition musicale que constitue « une libre conciliation universelle avec soi-même ». Hegel va plus loin que Kant, la musique n’est pas seulement une sensation pure mais acquiert une veritable dimension spirituelle. La structure temporelle de la musique, le rythme comme forme libre est le support d’une expérience esthétique par laquelle s’éprouve la liberté des sujets percevant.

« un morceau de musique est libre […] de vagabonder arbitrairement à partir de chaque point en des digressions plus ou moins longues, de balancer de côté et d’autre, de s’arrêter capricieusement, de faire surgir tel ou tel élément et de le laisser s’évanouir dans le flot continu des sons »

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Dans la critique de la faculté de juger, Kant analyse le jugement de type « c’est beau » et le jugement non moins important en esthétique du sublime :

« Est beau, ce qui plaît universellement sans concept« 

« Le sublime est ce qui est grand au-delà de toute comparaison. »

Kant entend alors classer les différentes formes d’art selon leur valeur respective. Après la poésie, Kant affirme qu’il rangerait  » s’il s’agit de l’attrait et du mouvement de l’âme, l’art qui se rapproche le plus de la poésie et des arts du langage, et qui peut très naturellement s’y associer, autrement dit : la musique «  § 26

Cependant la musique est pour lui une activité « purement sensible » et un retournement s’opère en faveur des arts dits visuels si on choisit un autre critère que l’aspect verbal pour classer la musique parmi les beaux-arts : la musique est jugée « sans reste pour la réflexion », elle est ce qui dérange le philosophe lorsque qu’elle vient de chez les voisins !  Bien sûr, juger la musique à l’aulne de la connaissance, cela ne veut pas dire qu’elle ne demande aucune connaissance intellectuelle ou théorique, comme pour la composition qui demande parfois autant que la poésie. Mais la musique pour celui qui la perçoit, reste chez Kant du coté des sentiments, procurant plus de « jouissance » que de « culture ».

« [La musique] produit une agréable jouissance personnelle. En revanche, si l’on estime la valeur des beaux-arts d’après la culture qu’ils procurent à l’âme, et si l’on prend pour critère l’extension des facultés qui doivent coïncider dans le jugement pour produire des connaissances, la musique sera reléguée au dernier rang des beaux-arts […]. De ce point de vue, les arts de l’image la dépassent largement. […] D’autre part, on peut imputer à la musique un certain manque d’urbanité, car […] ses effets dépassent la limite qu’on voudrait leur assigner (et s’étendent jusqu’au voisinage), et elle s’impose en quelque sorte, portant préjudice à ceux qui n’appartiennent pas à la société de musique ; ce qui n’est pas le cas des arts qui s’adressent à l’œil, puisqu’on peut toujours détourner son regard […]. Ceux qui ont recommandé qu’on chante des cantiques à l’occasion des dévotions domestiques n’ont pas réfléchi à la pénible incommodité que ces exercices bruyants font subir au public… ».

Kant, Critique de la faculté de juger, § 53

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Photo V. Vallet

Nous, Terminale Bio 1, avons été invités à écouter la première partie de l’intervention de Jonathan Schiffman. Cela fût très divertissant dû aux anecdotes racontées, mais aussi très enrichissant car nous avons beaucoup appris du rôle d’un chef au sein d’un orchestre. De même, au niveau du chapitre philosophique sur la Culture, pour lequel nous prenons souvent comme exemple des arts visuels. Donc le fait de parler musique nous ouvre la réfléxion. Il y a eu un réel échange entre Jonathan Shiffman et nous car il nous a fait beaucoup participer à des petites animations musicales pédagogiques.

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Photo V. Vallet

Projet musique et philosophie : rencontre avec Jonathan Schiffman

Mardi 26 Janvier 2009, nous avons eu l’honneur de recevoir la visite du célèbre chef d’orchestre américain qui dirige l’orchestre d’ Avignon depuis un an et demi, Jonathan Schiffman.

Ce fut l’occasion d’élargir nos connaissances quant à la musique classique, et ainsi de mieux comprendre la fonction de son métier. En cours, nous avions déjà abordé l’ambiguïté du lien entre les deux disciplines  (philosophie, musique) ; dès lors, le dialogue qui s’entama nous permis de partager nos interrogations, et d’entrevoir de potentielles réponses…

Entre l’histoire de la musique et celle de ses anciens maîtres, chefs d’orchestres à forte personnalité et qualifiés dans l’opinion publique de « dictateurs », M. Schiffman nous dévoila quelques détails de son parcours atypique. Le hasard lui fit ainsi prendre la direction d’un des orchestres de son université, c’est là que sa passion naquît : sa vocation serait d’être alors chef d’orchestre. Très ouvert du fait de sa « jeunesse » relative dans le métier, il répondit avec prudence à nos demandes, ne voulant pas prendre position trop radicalement.

Une séance d’apprentissage technique improvisée fut organisée, initiant les plus récalcitrants à la gestuelle fluide et mystérieuse d’un chef. Tout de suite plus à l’aise, M.Schiffman pût enfin répondre à nos questions, par exemple celles sur la nature de la musique ou celle de l’œuvre musicale, de l’influence de son humeur sur ses compositions en passant par le langage de la musique ou le bonheur quotidien, la joie que peut apporter la musique au monde.

Ainsi, pour lui, la définition d’une œuvre d’art, et notamment celle d’œuvre musicale reste « floue », très subjective. Elle dépend du point de vue, des goûts personnels, du contexte historique (il évoqua ainsi l’œuvre 4min 33seconds de John Cage, seulement constituée d’un silence, considérée comme une bizarrerie par certains, comme une révolution par d’autre dans les années 60 … )    Mais il privilégie avant toute chose, avant tout jugement, le besoin d’éclectisme musical, que ce soit des morceaux classique comme ceux de Gustav Mahler ( un de ces compositeurs préféré ) ou la musique pop, le rock’n roll… . De là, il parla des différences entre les instruments, tous uniques à leur façon, et dont le chef a besoin d’avoir une maîtrise relative (en plus d’un instrument d’origine pour lequel il a dû avoir un très bon niveau ) pour imaginer et comprendre l’interprétation de chacun. Le chef d’orchestre peut alors nous apparaître comme une sorte de « génie » ou de magicien de la musique sachant cela …  Non seulement chaque instrument a son propre langage, mais il définit aussi chaque sorte de musique comme une langue à part, un langage partagé que l’on doit apprendre si on veut le comprendre.

Les émotions, dans son métier de compositeur mais aussi de chef, jouent un grand rôle. A l’écoute comme lors d’une interprétation, M. Schiffman explique que pour lui c’est un moyen de faire partager des émotions très fortes, tel un réel échange dans sa façon de jouer, à travers son humeur, ses sentiments sur l’instant. Celles-ci influencent d’une manière particulière sa capacité de création artistique : le chef est donc avant tout un homme sensible. Alors que pour certains compositeurs la création est difficile, corrigée et revue de nombreuses fois, il préfère créer de manière spontanée, sans pour autant délaisser un travail de fond essentiel : l’inspiration est la source principale de la création musicale, mais elle nécessite un encadrement, comme dans tout travail artistique.

Entre le rappel de sa toute première œuvre et de son expérience dans notre région, M. Schiffman exposa  sa vision de la musique, une discipline universelle, capable de toucher chaque être. Ainsi selon lui, il n’y a pas de frontière musicale, tout dépend de notre désir de diversité, aussi bien pour les chefs d’orchestres, qui éprouvent le besoin de changer de formation de temps en temps, mais précisant bien que chacun des ensembles est unique. La musique a alors un certain pouvoir, créatrice de joie : il souligna ainsi le fait qu’elle soit essentielle pour certains afin d’atteindre le bonheur, mais elle n’est pas essentielle pour survivre comme le sont l’eau ou le sommeil… Mais qu’est-ce donc que la musique alors ? Serait-ce chaque bruit ou un assemblage réfléchit de sons ? Là encore, pas de réponse franche, tranchée mais toujours la certitude que cela dépend du point de vue et de la définition que l’on donne à la musique et au bruit.

Ainsi, après avoir captivé l’ensemble de l’auditoire, il réussit à persuader la plupart d’entre nous du pouvoir mystique de la musique dans son ensemble. Sa vision sans frontières d’une musique libre et d’une diversité infinie dans la création artistique entrouvre l’idéal d’un bonheur accessible par la musique…

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http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/98/Rameau_par_Aved.jpg/250px-Rameau_par_Aved.jpg « Pour votre question, savoir si on peut établir la raison du beau, c’est tout de même que ce que vous demandiez auparavant, pourquoi un son est plus agréable que l’autre, sinon que le mot beau semble plus particulièrement se rapporter au sens de la vue. Mais généralement, ni le beau ni l’agréable ne signifient rien qu’un rapport de votre jugement à l’objet ; et parce que les jugements des hommes sont si différents, on ne peut dire que le beau ni l’agréable aient aucune mesure déterminée. Et je ne le saurais mieux expliquer, que j’ai fait autrefois, en ma Musique ; je mettrai ici les mêmes mots, parce que j’ai le livre entre les mains « Entre les objets d’un sens, le plus agréable à l’esprit n’est pas celui qui est perçu avec le plus de facilité, ni celui qui est perçu avec le plus de difficulté. C’est celui dont la perception n’est pas assez facile pour combler l’inclination naturelle par laquelle les sens se portent vers leurs objets, et n’est pas assez difficile pour fatiguer le sens. » J’expliquais « ce qui est perçu facilement ou difficilement par le sens » comme, par exemple, les compartiments d’un parterre qui ne consisteront qu’en une ou deux sortes de figures, arrangées toujours de même façon, se comprendront bien plus aisément que s’il y en avait dix ou douze, et arrangés diversement ; mais ce n’est pas à dire qu’on puisse nommer absolument l’un plus beau que l’autre mais, selon la fantaisie des uns, celui de trois sortes de figures sera le plus beau, selon celle des autres, celui de quatre, ou de cinq, etc. Mais ce qui plaira à plus de gens, pourra être nommé simplement le plus beau, ce qui ne saurait être déterminé ». DESCARTES

Descartes hérite de la longue collaboration entre musique et philosophie, collaboration due essentiellement au lien entre musique et mathématique. Cependant, au XVII° siècle, la musique ne se confond plus avec les mathématiques. C’est plutôt la mathématisation de la physique qui va rapprocher la musique de cette dernière. L’œuvre de Descartes semble préparer un siècle en avance, la fondation de l’acoustique. En se détachant des mathématiques, la musique va s’autoriser une théorie propre et constituer une réflexion sur les sons autonome. Cette séparation interroge alors la philosophie qui suit de près la mise en place de nouvelles sciences. En outre, le problème métaphysique de l’union de l’âme et du corps va rejaillir par les théories musicales qui instaurent la question des passions esthétiques et leur double acoustique.

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