Mai 2008

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Le philosophe faisant la lecture du système planétaire. Peinture de Joseph Wright, 1766, exposée au Derby Museum and Art Gallery de Derby (UK).

 


L’observation scientifique est toujours une observation polémique, elle confirme ou infirme une thèse antérieure, un schéma préalable, un plan d’observation ; elle montre en démontrant ; elle hiérarchise les apparences ; elle transcende l’immédiat ; elle reconstruit le réel après avoir reconstruit ses schémas.
Naturellement, dès qu’on passe de l’observation à l’expérimentation, le caractère polémique de la connaissance devient plus net encore. Alors il faut que le phénomène soit trié, filtré, épuré, coulé dans le moule des instruments, produit sur le plan des instruments. Or les instruments ne sont que des théories matérialisées. Il en sort des phénomènes qui portent de toutes parts la marque théorique.
Gaston Bachelard, Le nouvel esprit scientifique (1934), P.U.F., 1971

 

 

AVRIL 2008

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« Il est une passion qui n’a pas de nom, mais dont le signe est cette distorsion du visage que nous appelons rire… Mais à quoi nous pensons et de quoi nous triomphons quand nous rions n’a encore été déclaré par aucun philosophe. » Thomas Hobbes

MARS 2008

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ça se passe en mars…

Les sujets !

Sujet 1 : Peut-on apprendre à penser ? (sections L/S/ES)

Sujet 2 : Les mots nous séparent-ils de la réalité ? (sections L/ES)

Etre libres, est-ce faire ce qui nous plaît ? (section S)

Sujet 3 : Expliquer le texte suivant : (sections S/ES)

L'image “http://tbn0.google.com/images?q=tbn:zrCDYof4FsTd7M:http://www.sagecraft.com/puppetry/performance/ltg/guignol.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.“Il y a un défaut de l’esprit que les Grecs ont désigné sous le nom d’Amathia, indocilité*, ou difficulté d’apprendre et de s’instruire ; cette disposition paraît venir de la fausse opinion où l’on est que l’on connaît déjà la vérité sur l’objet dont il s’agit, car il est certain qu’il y a moins d’inégalité de capacité entre les hommes, que d’inégalité d’évidence entre ce qu’enseignent les mathématiciens et ce qui se trouve dans les autres livres. Si donc les esprits des hommes étaient comme un papier blanc ou comme une table rase , ils seraient également disposés à reconnaître la vérité de tout ce qui leur serait présenté suivant une méthode convenable et par de bons raisonnements ; mais lorsqu’ils ont une fois acquiescé à des opinions fausses et les ont authentiquement enregistrées dans leurs esprits, il est tout aussi impossible de leur parler intelligiblement que d’écrire lisiblement sur un papier déjà barbouillé d’écriture. Ainsi la cause immédiate de l’indocilité est le préjugé, et la cause du préjugé est une opinion fausse de notre propre savoir.”

*anglais indocibility : désigne chez une personne le fait d’être réfractaire à tout enseignement

Semaine de la presse du 17 au 22

“Le journal du matin est la prière de l’homme moderne”

Hegel


 

Texte pour réfléchir sur le “on” que représente le lecteur dans ses prises d’informations comme dans son existence quotidienne :

L'image “http://tbn0.google.com/images?q=tbn:3TFZI4ADl5OSgM:http://www.unil.ch/webdav/site/acidul/shared/Images_Photos/journaliste.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.“Cette distantialité inhérente à l’être-avec implique que le Dasein* se tient, en tant qu’être-en-compagnie quotidien, sous l’emprise des autres Il n’est pas lui-même; l’être, les autres le lui ont confisqué. Le bon plaisir des autres dispose des possibilités d’être quotidiennes du Dasein. Par là ces autres ne sont pas des autres déterminés. Au contraire, chaque autre peut en tenir lieu. La seule chose décisive en pareil cas est que la domination des autres se remarque si peu que, sans s’en rendre compte, le Dasein en tant qu’être-avec l’a déjà reprise à son compte. On fait soi-même partie des autres et on renforce leur puissance. Les autres, comme on les appelle pour camoufler l’essentielle appartenance à eux qui nous est propre, sont ceux qui, dans l’être-en-compagnie quotidien, d’abord et le plus souvent, sont là. Le qui, ce n’est ni celui-ci, ni celui-là, ni nous autres, ni quelques uns, ni la somme de tous. Le qui est le neutre, le on

 

Dans l’usage des moyens publics de transport en commun et dans le recours à des organes d’information (journal), chaque autre équivaut l’autre. Cet être-en-compagnie fond complètement le Dasein qui m’est propre dans le genre d’être des autres à tel point que les autres s’effacent à force d’être indifférenciés et anodins. C’est ainsi, sans attirer l’attention, que le on étend imperceptiblement la dictature qui porte sa marque. Nous nous réjouissons et nous nous amusons comme on se réjouit ; nous lisons, voyons et jugeons en matière de littérature et d’art comme on voit et juge; mais nous nous retirons aussi de la grande masse comme on s’en retire; nous trouvons révoltant ce que l’on trouve révoltant. Le on qui n’est rien de déterminé et que tous sont, encore que pas à titre de somme, prescrit le genre d’être à a la quotidienneté.

 

Le on a lui-même ses propres manières d’être. La tendance de l’être-avec que nous avons nommé la distantialité repose sur l’être-en-compagnie qui comme tel est préoccupé par l’être-dans-la-moyenne…

 

Cet être-dans-la-moyenne, à l’intérieur duquel est tout tracé d’avance jusqu’où il est possible et permis de se risquer, surveille toute exception tendant à se faire jour. Toute primauté est sourdement ravalée. Tout ce qui est original est terni du jour au lendemain comme archi-connu. Tout ce qui a été enlevé de haute lutte passe dans n’importe quelle main. Tout secret perd sa force. Le souci d’être-dans-la-moyenne révèle une autre tendance essentielle au Dasein que nous appelons le nivellement de toutes les possibilités d’être…

 

Chacun est l’autre, aucun n’est lui-même. Le on avec lequel la question de savoir qui est le Dasein quotidien trouve sa réponse, c’est le personne à qui tout Dasein, à peine s’est-il mêlé aux autres s’est chaque fois déjà livré”.

Heidegger Etre et Temps, Gallimard, p. 169-171.

*Dasein, mot allemand signifiant au sens propre être là ou “être le là” comme le propose Heidegger lui-même, ce qui en français est peu éclairant ! Il est difficile aussi de traduire le mot par existence, qui en allemand se dit existenz, et désigne la réalité humaine. “L’essence du Dasein réside dans son existence” dit encore Heidegger, c’est à dire dans son dépassement ; Le Dasein, difficilement traduisible, est le lieu de la compréhension de l’Etre.

 

 

 

Printemps des poètes du 3 au 16

L'image “http://tbn0.google.com/images?q=tbn:eIu4O4f879GpnM:http://motsetmauxdemiche.blog50.com/images/medium_Le_Nu_Perdu_Rene_Char_614813.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs. “La science ne peut fournir à l’homme dévasté qu’un phare aveugle, une âme de détresse, des outils sans légende.

Au plus dément : le sifflet des manoeuvres.”

René Char, le nu perdu

 

Examen blanc du 10 au 14

L'image “http://silverfox.free.fr/shadok/devise09.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Brève thérapie à l’usage des élèves qui présentent un vice très dangereux pour la réussite de leurs épreuves : parler plus que de raison…

[0] SUR LE BAVARDAGE.

[1] C’est pour la philosophie une cure difficile à entreprendre et à mener à bonne fin que celle du bavardage. Le moyen de se guérir de cette maladie c’est d’écouter.

Or les bavards n’écoutent jamais. Ils parlent toujours ; et le premier mal de leur intempérance de langue, c’est qu’elle les empêche de rien entendre. Leur surdité est volontaire. Ils ont l’intention, je pense, de protester ainsi contre la nature, qui ne nous a donné qu’une seule langue en même temps qu’elle nous a pourvus de deux oreilles. Si donc Euripide a eu raison de dire à un auditeur peu intelligent :

« Je ne saurais remplir ton cerveau toujours vide,
Ni verser la raison dans une âme stupide »,

on dirait plus judicieusement encore au bavard, ou plutôt à propos du bavard :

« Je ne saurais remplir oreille toujours vide,
Ni verser la raison dans une âme stupide ».

Disons mieux : « ni verser des paroles dans les oreilles d’un homme qui parle sans être écouté et qui n’écoute pas quand on lui parle. »

Si par hasard il prête un instant son attention, ce n’est qu’un mouvement de reflux : car il va bientôt redonner au centuple ce qu’il a reçu.

Victor Bétaulaud, Œuvres complètes de Plutarque - Œuvres morales, t. I , Paris, Hachette, 1870

FEVRIER 2008

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Pour les autres, amoureux, rendez-vous avec Rousseau qui vous explique pourquoi vous vous épanchez à la Saint-Valentin :

Là se formèrent les premiers liens des familles, là furent les premiers rendez-vous des deux sexes. Les jeunes filles venaient chercher de l’eau pour le ménage, les jeunes hommes venaient abreuver leurs troupeaux. Là, des yeux accoutumés aux mêmes objets dès l’enfance commencèrent d’en voir de plus doux. Le cœur s’émut à ces nouveaux objets, un attrait inconnu le rendit moins sauvage, il sentit le plaisir de n’être pas seul. L’eau devint insensiblement plus nécessaire, le bétail eut soif plus souvent: on arrivait en hâte, et l’on partait à regret. Dans cet âge heureux où rien ne marquait les heures, rien n’obligeait à les compter: le temps n’avait d’autre mesure que l’amusement et l’ennui. Sous de vieux chênes, vainqueurs des ans, une ardente jeunesse oubliait par degrés sa férocité: on s’apprivoisait peu à peu les uns avec les autres; en s’efforçant de se faire entendre, on apprit à s’expliquer. Là se firent les premières fêtes: les pieds bondissaient de joie, le geste empressé ne suffisait plus, la voix l’accompagnait d’accens passionnés; le plaisir et le désir, confondus ensemble, se faisaient sentir à la fois: là fut enfin le vrai berceau des peuples; et du pur cristal des fontaines sortirent les premiers feux de l’amour.

Rousseau, Essai sur l’origine des langues, chapitre IX

http://www.antiques-materiaux.com/fontaines/images/fontaine-femmes-verseuses-eau1.jpg

JANVIER 2008

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“Le langage est la maison de l’être”, Heidegger

En quoi le langage est-il le propre de l’homme ?

Notre pensée, pour s’exprimer passe-t-elle nécessairement par le langage ?

DECEMBRE 2007

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“J’ai nommé psychologique le deuxième facteur (de la croyance à l’irrationnel). J’entends par là le penchant général des êtres humains à la crédulité et à la croyance aux miracles. Au tout premier début, quand la vie nous impose sa sévère discipline, une résistance s’éveille en nous contre l’inexorabilité et la monotonie des lois de la pensée et contre les exigences de l’épreuve de la réalité. La raison devient l’ennemi qui nous prive d’une foule de possibilités de plaisir. On découvre le plaisir de se soustraire à elle au moins temporairement et de s’abandonner aux séductions de l’absurde. L’écolier se divertit en déformant les mots, l’érudit se moque de ses activités après un congrès scientifique, même un homme sérieux jouit des jeux du mot d’esprit”.

S. FREUD, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, tr. R.-M. Zeitlin, Paris, Galllimard, 2000, p. 48.

Jérôme Bosch, la nef des fous.

La pauvre mère, qui n’avait pas cru que son fils passerait si promptement des menaces aux actions, en se sentant frapper, se mit à crier de toute sa force au secours ; et jusqu’à ce que les voisins fussent accourus, Abou-Hassan ne cessait de frapper, en lui demandant à chaque coup : « Suis-je commandeur des croyants ? » À quoi la mère répondait toujours ces tendres paroles : « Vous êtes mon fils. »
La fureur d’Abou-Hassan commençait un peu à se ralentir quand les voisins arrivèrent dans sa chambre. Le premier qui se présenta se mit aussitôt entre sa mère et lui, et, après lui avoir arraché son bâton de la main : « Que faites-vous donc, Abou-Hassan ? lui dit-il. Avez-vous perdu la crainte de Dieu et la raison ? Jamais un fils bien né comme vous a-t-il osé lever la main sur sa mère ? et n’avez-vous point de honte de maltraiter ainsi la vôtre, elle qui vous aime si tendrement ? “
Abou-Hassan, encore tout plein de sa fureur, regarda celui qui lui parlait sans lui rien répondre, et en jetant en même temps ses yeux égarés sur chacun des autres voisins qui l’accompagnaient : « Quel est cet Abou-Hassan dont vous parlez ? leur demanda-t-il. Est-ce moi que vous appelez de ce nom ? »
Cette demande déconcerta un peu les voisins. « Comment ! repartit celui qui venait de lui parler, vous ne reconnaissez donc pas la femme que voilà pour celle qui vous a élevé et avec qui nous vous avons toujours vu demeurer, en un mot pour votre mère ? – Vous êtes des impertinents, répliqua Abou-Hassan ; je ne la connais pas, ni vous non plus, et je ne veux pas vous connaître. Je ne suis pas Abou-Hassan, je suis le commandeur des croyants, et si vous l’ignorez, je vous le ferai apprendre à vos dépens. »
À ce discours d’Abou-Hassan, les voisins ne doutèrent plus de l’aliénation de son esprit, et pour empêcher qu’il ne se portât à des excès semblables à ceux qu’il venait de commettre contre sa mère, ils se saisirent de sa personne malgré sa résistance, et ils le lièrent de manière qu’ils lui ôtèrent l’usage des bras, des mains et des pieds. En cet état et hors d’apparence de pouvoir nuire, ils ne jugèrent pas cependant à propos de le laisser seul avec sa mère. Deux de la compagnie se détachèrent et allèrent en diligence à l’hôpital des fous avertir le concierge de ce qui se passait. Il y vint aussitôt avec les voisins, accompagné d’un bon nombre de ses gens, chargés de chaînes, de menottes et d’un nerf de bœuf.
À leur arrivée, Abou-Hassan, qui ne s’attendait à rien moins qu’à un appareil si affreux, fit de grands efforts pour se débarrasser ; mais le concierge, qui s’était fait donner le nerf de bœuf, le mit bientôt à la raison par deux ou trois coups bien appliqués qu’il lui en déchargea sur les épaules. Ce traitement fut si sensible à Abou-Hassan qu’il se contint, et que le concierge et ses gens firent de lui ce qu’ils voulurent. Ils le chargèrent de chaînes et lui appliquèrent les menottes et les entraves, et quand ils eurent achevé, ils le tirèrent hors de chez lui et le conduisirent à l’hôpital des fous.
Abou-Hassan ne fut pas plutôt dans la rue qu’il se trouva environné d’une grande foule de peuple. L’un lui donnait un coup de poing, un autre un soufflet, et d’autres le chargeaient d’injures, en le traitant de fou, d’insensé et d’extravagant.
À tous ces mauvais traitements : « Il n’y a, disait-il, de grandeur et de force qu’en Dieu très-haut et tout-puissant. On veut que je sois fou, quoique je sois dans mon bon sens : je souffre cette injure et toutes ces indignités pour l’amour de Dieu. »
Abou-Hassan fut conduit de cette manière jusqu’à l’hôpital des fous. On l’y logea et on l’attacha dans une cage de fer, et avant de l’y enfermer, le concierge, endurci à cette terrible exécution, le régala sans pitié de cinquante coups de nerf de bœuf sur les épaules et sur le dos, et continua plus de trois semaines à lui faire le même régal chaque jour, en lui répétant ces mêmes mots chaque fois : « Reviens en ton bon sens, et dis si tu es encore le commandeur des croyants.
« – Je n’ai pas besoin de ton conseil, répondait Abou-Hassan ; je ne suis pas fou ; mais si j’avais à le devenir, rien ne serait plus capable de me jeter dans une si grande disgrâce que les coups dont tu m’assommes. »
Cependant la mère d’Abou-Hassan venait voir son fils réglément chaque jour, et elle ne pouvait retenir ses larmes en voyant diminuer de jour en jour son embonpoint et ses forces, et en l’entendant se plaindre et soupirer des douleurs qu’il souffrait. En effet, il avait les épaules, le dos et les côtes noircis et meurtris, et il ne savait de quel côté se tourner pour trouver du repos. La peau lui changea même plus d’une fois pendant le temps qu’il fut retenu dans cette effroyable demeure. Sa mère voulait lui parler pour le consoler et pour tâcher de sonder s’il était toujours dans la même situation d’esprit sur sa prétendue dignité de calife et de commandeur des croyants. Mais toutes les fois qu’elle ouvrait la bouche pour lui en toucher quelque chose, il la rebutait avec tant de furie qu’elle était contrainte de le laisser et de s’en retourner inconsolable de le voir dans une si grande opiniâtreté.
Les idées fortes et sensibles que Abou-Hassan avait conservées dans son esprit de s’être vu revêtu de l’habillement de calife, d’en avoir fait effectivement les fonctions, d’avoir usé de son autorité, d’avoir été obéi et traité véritablement en calife, et qui l’avaient persuadé à son réveil qu’il l’était véritablement et l’avaient fait persister si longtemps dans cette erreur, commencèrent insensiblement à s’effacer de son esprit
« Si j’étais calife et commandeur des croyants, se disait-il quelquefois à lui-même, pourquoi me serais-je trouvé chez moi en me réveillant et revêtu de mon habit ordinaire ? Pourquoi ne me serais-je pas vu environné du chef des eunuques, de tant d’autres eunuques et d’une si grosse foule de belles dames ? Pourquoi le grand vizir Giafar, que j’ai vu à mes pieds, tant d’émirs, tant de gouverneurs de province et tant d’autres officiers dont je me suis vu environné, m’auraient-ils abandonné ? Il y a longtemps, sans doute, qu’ils m’auraient délivré de l’état pitoyable où je suis si j’avais quelque autorité sur eux. Tout cela n’a été, qu’un songe, et je ne dois pas faire difficulté de le croire. J’ai commandé, il est vrai, au juge de police de châtier l’iman et les quatre vieillards de son conseil ; j’ai ordonné au grand vizir Giafar de porter mille pièces d’or à ma mère, et mes ordres ont été exécutés. Cela m’arrête, et je n’y comprends rien. Mais combien de choses y a-t-il que je ne comprends pas et que je ne comprendrai jamais ! Je m’en remets donc entre les mains de Dieu, qui sait et qui connaît tout. »

Les mille et une nuits Tome III

Erasme. Eloge de la folie
C’est la folie qui parle
Les gens de ce monde tiennent sur moi bien des propos, et je sais tout le mal qu’on entend dire de la Folie, même chez les fous. C’est pourtant moi, et moi seule, qui réjouis les Dieux et les hommes. Aujourd’hui même, la preuve en est faite largement, puisqu’il m’a suffi de paraître devant ce nombreux auditoire pour mettre dans tous les yeux la plus étincelante gaîté. Tout de suite, votre visage s’est tendu vers moi et votre aimable rire m’a applaudie joyeusement. Tous, tant que vous êtes, je vous vois, ivres du nectar des dieux d’Homère, mêlé toutefois d’un peu de népenthès, alors qu’il y a un instant vous étiez assis, soucieux et tristes, comme des échappés de l’antre de Trophonius. Quand le beau soleil révèle à la terre sa face dorée, ou quand, après l’âpre hiver, le doux printemps revient et souffle les zéphyrs, tout change d’aspect dans la nature, tout se rajeunit de couleurs nouvelles; de même, dès que vous m’avez vue, votre physionomie s’est transformée. Ce que des rhéteurs, d’ailleurs considérables, n’obtiennent par leurs discours qu’à grand effort de préparations, c’est-à-dire chasser des âmes l’ennui, pour y réussir je n’ai eu qu’à me montrer.

NOVEMBRE 2007

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“Pour connaître les réponses, il faut vivre les questions” Rainer Maria RILKE”

Le philosophe ne dit pas qu’un dépassement final des contradictions humaines soit possible et que l’homme total nous attende dans l’avenir: comme tout le monde, il n’en sait rien. Il dit, - et c’est tout autre chose, - que le monde commence, que nous n’avons pas à juger de son avenir par ce qu’a été son passé, que l’idée d’un destin dans les choses n’est pas une idée, mais un vertige, que nos rapports avec la nature ne sont pas fixés une fois pour toutes, que personne ne peut savoir ce que la liberté peut faire, ni imaginer ce que seraient les moeurs et les rapports humains dans une civilisation qui ne serait plus hantée par la compétition et la nécessité. Il ne met son espoir dans aucun destin, même favorable, mais justement dans ce qui en nous n’est pas destin, dans la contingence de notre histoire, et c’est sa négation qui est position. Faut-il même dire que le philosophe est humaniste ? Non, si l’on entend par homme un principe explicatif qu’il s’agirait de substituer à d’autres. On n’explique rien par l’homme, puisqu’il n’est pas une force, mais une faiblesse au coeur de l’être, un facteur cosmologique, mais le lieu où tous les facteurs cosmologiques, par une mutation qui n’est jamais finie, changent de sens et deviennent histoire. […]
La philosophie nous éveille à ce que l’existence du monde et la nôtre ont de problématique en soi, à tel point que nous soyons à jamais guéris de chercher, comme disait Bergson, une solution dans le cahier du maître ».

M. Merleau-Ponty, Éloge de la philosophie (1953), Éd. Gallimard, 1967, pp. 52-53.

OCTOBRE 2007

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Dans la glorification du «travail», dans les infatigables discours sur la «bénédiction» du travail, je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd’hui, à la vue du travail — on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir —, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême.Nietzsche, Aurore, livre troisième ; aphorisme 173.

Pourquoi nous n’avons pas lu en classe la lettre à Guy Moquet.
HOMMAGE.
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SEPTEMBRE 2007

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” Eh mais, Critias! tu me parles comme si je prétendais connaître les choses sur lesquelles je pose des questions, (or) j’examine avec toi les problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentent, parce que je n’en connais pas la solution. “ Platon.
Nouveau forum en anglais !

Dans le cadre d’un échange avec un lycée aux Etats -Unis nous proposons un forum de discussion philosophique. Nous pouvons aller sur le site :

http://www.nicenet.org

username : Philosophy Fall 07

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