Cinéma et philosophie
26 mai 2008 Non classé 0 commentaire
Vous trouverez un texte de Maurice Merleau- Ponty (1908-1961) dans la rubrique art / cinéma et philosophie

Vous trouverez un texte de Maurice Merleau- Ponty (1908-1961) dans la rubrique art / cinéma et philosophie
L’aventure du vivant continue !
![]()
Héraclès et l’Hydre de Lerne, amphore attique à figures noires, v. 540-530 av. J.-C., musée du Louvre
La collaboration entre Monsieur Mauchamp et la classe de terminale nous permet de suivre le fil de sa pensée au lien suivant :http://lewebpedagogique.com/philoflo/
science-et-philosophie-ce-qui-nous-tient-lieu-de-conscience-en-terminale/le-vivant/
Pour l’image l’hydre de Lerne voir l’Etat

Rahan, fils des Âges Farouches
“On est fataliste et à chaque instant on parle, on pense, on écrit comme si l’on persévérait dans le préjugé de la liberté, préjugé dont on a été bercé, qui a institué la langue vulgaire qu’on a balbutié et dont on continue de se servir sans s’apercevoir qu’elle ne convient plus à nos opinions. On est devenu philosophe dans ses systèmes et l’on reste peuple dans son propos.“
Réfutation d’Helvétius .
Souvenez-vous… Rahan fait tourner son couteau pour savoir quelle direction prendre ! Est-ce le hasard, est-ce le destin qui le guide ?
On trouvera une analyse des mots déterminisme, fatalisme, destin, à la page “Diderot et Jacques”, à propos du livre Jacques Le fataliste, quelques éclaircissements philosophiques. Travail à suivre…
http://lewebpedagogique.com/philoflo/diderot-et-jacques/

SOCRATE : Ainsi l’ignorant parlant devant des ignorants
sera plus propre à persuader que le savant,
si l’orateur est plus propre à persuader que le médecin.
N’est-ce pas ce qui résulte de là, ou vois-tu une autre conséquence ?
GORGIAS : La conséquence est forcée, en ce cas du moins.
Suite du texte de Jean Mauchamp, rubrique *le vivant
http://lewebpedagogique.com/philoflo/science-et-philosophie-
ce-qui-nous-tient-lieu-de-conscience-en-terminale/le-vivant/
Intervention de Jean Mauchamp le 13 mai 14 à 16 heures
Max Ernst
“La nature c’est tout ce qui est en nous par hérédité biologique ; la culture, c’est au contraire, tout ce que nous tenons de la tradition externe.” Le point d’articulation entre nature et culture serait la règle de l’interdit de l”inceste qui est relative (se manifeste de manière différente selon le degré de parenté) , mais aussi universelle (présente dans toute société)
Cette règle est comme le négatif (au sens photographique) de l’échange (le don d’une femme de sa famille en échange d’une autre) sans lequel la société n’existerait pas.
Il existe bien une diversité des cultures mais aucune distinction qui rejetterait certaines formes vers une nature primitive : Lévi-Strauss permet de condamner l‘ethnocentrisme, forme insidieuse de racisme qui affirme la supériorité d’une culture sur une autre. La pensée sauvage, pour reprendre un titre de son oeuvre, n’est pas primitive au sens de l’élémentaire et de l’irrationnel, mais différente de la nôtre.
Aucune analyse réelle ne permet de saisir le point du passage entre les faits de nature et les faits de culture, et le mécanisme de leur articulation. Mais la discussion ne nous a pas seulement apporté ce résultat négatif, elle nous a fourni, avec la présence ou l’absence de la règle dans les comportements soustraits aux déterminations instinctives, le critérium le plus valable des attitudes sociales. Partout où la règle se manifeste, nous savons avec certitude être à l’age de la culture. Symétriquement, il est aisé de reconnaître dans l’universel le critérium de la nature. Car ce qui est constant chez tous les hommes échappe nécessairement au domaine des coutumes, des techniques et des institutions par lesquelles leurs groupes se différencient et s’opposent. À défaut d’analyse réelle, le double critérium de la norme et de l’universalité apporte le principe d’une analyse idéale, qui peut permettre - au moins dans certains cas et dans de certaines limites - d’isoler les éléments naturels des éléments culturels qui interviennent dans les synthèses de l’ordre le plus complexe. Posons donc que tout ce qui est astreint à une norme appartient à la culture et présente les attributs du relatif et du particulier.Les Structures élémentaires de la parenté,
P.U.F. 1949, p. 8-9.
Cette diversité des cultures peut être observée et étudiée, c’est le travail de terrain de l’ethnographe, mais elle permet aussi d’élaborer une théorie, au delà de la relativité, de toute société en général. Un modèle universel nous permet de comprendre le fonctionnement de toute société : il consiste à dégager des structures fondamentales de l’organisation sociale.
Lévi-Strauss va s’inspirer de la linguistique de Ferdinand De Saussure (voir cours le langage) qui avait dégagé des structures, malgré la diversité des langues, en définissant le langage comme “un système de signes”. Cette approche structurale permet d’affirmer qu’une société, comme une langue n’est pas un ensemble d’éléments isolés mais de relations qui ont une certaine logique interne. Il y a une cohérence entre les membres d’une société, même si ses acteurs n’en sont pas toujours conscients.
L’objet des sciences humaines n’est pas l’homme mais des systèmes culturels : “Nous croyons que le but dernier des sciences humaines n’est pas de constituer l’homme, mais de le dissoudre.” Le structuralisme vise à dénoncer un certain humanisme (celui de Descartes en particulier qui détermine le choix de la pensée occidentale : “se rendre maître et possesseur de la nature”). Supposer l’homme seigneur du vivant par ses choix scientifiques et techniques, c’est l’origine de l’ethnocentrisme et de toutes ses dérives (colonialisme, génocides, destruction même de la nature…)
| L’attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu’elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés jans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. “Habitudes de sauvages cela n’est pas de chez nous “, ” on ne devrait pas permettre cela “, etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l’Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare ; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or derrière ces épithètes se dissimule un même jugement : il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l’inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain ; et sauvage, qui veut dire ” de la forêt “, évoque aussi un genre de vie animale, par opposition à la culture humaine. Dans les deux cas, on refuse d’admettre le fait même de la diversité culturelle ; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit. [...] Ainsi se réalisent de curieuses situations où deux interlocuteurs se donnent cruellement la réplique. Dans les Grandes Antilles, quelques années après la découverte de l’Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d’enquête pour rechercher si les indigènes possédaient ou non une âme, ces derniers s’employaient à immerger des blancs prisonniers afin de vérifier par une surveillance prolongée si leur cadavre était ou non, sujet à la putréfaction.Cette anecdote à la fois baroque et tragique illustre bien le paradoxe du relativisme culturel (que nous retrouverons ailleurs sous d’autres formes) : c’est dans la mesure même où l’on prétend établir une discrimination entre les cultures et les coutumes que l’on s’identifie le plus complètement avec celles qu’on essaye de nier. En refusant l’humanité à ceux qui apparaissent comme les plus “sauvages” ou ” barbares ” de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie.Race et Histoire, Unesco, 1952, pp. 19 sq. |
Il s’agit de relativiser l’histoire de l’occident en montrant que l’histoire cumulative n’est ni le privilège d’une seule région du globe, ni d’une époque (la modernité). il faut penser l’histoire à l’échelle de l’humanité sans prendre comme critère le progrès technique (le faux évolutionnisme). Aujourd’hui le relativisme culturel est plus largement admis, mais il faut se replacer dans le contexte des premières exploration des peuples dits “primitifs” pour comprendre l’enjeu de cette notion d’histoire. Des peuples sans écriture ou sans machinisme étaient considérés comme hors de l’histoire et dotés d’un système de pensée archaïque. L’ethnologue insiste sur le fait que les sociétés ne se développent pas selon un progrès continu et homogène. Toute race a une histoire ou plus, la race la race est l’histoire.
Encore une fois, tout cela ne vise pas à nier la réalité d’un progrès de l’humanité, mais nous invite à le concevoir avec plus de prudence. Le développement des connaissances préhistoriques et archéologiques tend à étaler dans l’espace des formes de civilisation que nous étions portés à imaginer comme échelonnées dans le temps. Cela signifie deux choses: d’abord que le “progrès” (si ce terme convient encore pour désigner une réalité différente de celle à laquelle on l’avait d’abord appliqué) n’est ni nécessaire, ni continu; il procède par sauts, par bonds, ou, comme diraient les biologistes, par mutations. Ces sauts et ces bonds ne consistent pas à aller toujours plus loin dans la même direction; ils s’accompagnent de changements d’orientation, un peu à la manière du cavalier des échecs qui a toujours à sa disposition plusieurs progressions mais jamais dans le même sens. L’humanité en progrès ne ressemble guère à un personnage gravissant un escalier, ajoutant par chacun de ses mouvements une marche nouvelle à toutes celles dont la conquête lui est acquise; elle évoque plutôt le joueur dont la chance est répartie sur plusieurs dés et qui, chaque fois qu’il les jette, les voit s’éparpiller sur le tapis, amenant autant de comptes différents. Ce que l’on gagne sur l’un, on est toujours exposé à le perdre sur l’autre, et c’est seulement de temps à autre que l’histoire est cumulative, c’est-à-dire que les comptes s’additionnent pour former une combinaison favorable.
Race et histoire, ch. 5, Gonthier, 1952, pp. 38-39
L’homme est un animal symbolique c’est-à-dire capable de donner du sens dès l’apparition du langage, capable d’échanger par des paroles, des actes, des signes multiples un ensemble de significations. Mais il y a toujours un surplus de significations qui ne se dit pas par le seul code de la parole (des “signifiants flottants”) ; cet excès de signifiant est, dit Lévi-Strauss, “le gage de tout art, de toute poésie, toute invention mythique et esthétique”
En ce sens, on pourrait discuter du fait que l’art appartient à la sphère de l’échange (objet de réception et de demande), en tant que forme de culture. Mais sans doute l’art excède -t-il la définition d’un système de signes qui articulent un sens. L’art n’est pas un langage… Laissons tout de même la parole à Claude Lévi-Strauss pour comprendre sa volonté de construire un système conceptuel colossal par un travail minutieux d’élaboration des oeuvres d’art mythes, de l’histoire, des récits littéraires et de tous les signes anthropologiques qui relèvent d’une humanité commune.
«Parvenu au soir de ma carrière, la dernière image que me laissent les mythes et, à travers eux, ce mythe suprême que raconte l’histoire de l’humanité , l’histoire aussi de l’univers au sein de laquelle l’autre se déroule, rejoint donc l’intuition qui (…) me faisait rechercher dans les phases d’un coucher de soleil (…) le modèle des faits que j’allais étudier plus tard et des problèmes qu’il me faudrait résoudre sur la mythologie: vaste et complexe édifice, lui aussi irisé de mille teintes, qui se déploie sous le regard de l’analyste, s’épanouit lentement et se referme pour s’abîmer au loin comme s’il n’avait jamais existé. Cette image n’est-elle pas celle de l’humanité même et, par delà l’humanité, de toutes les manifestations de la vie: oiseaux, papillons, coquillages et autres animaux, plantes avec leurs fleurs, dont l’évolution développe et diversifie les formes, mais toujours pour qu’elles s’abolissent et qu’à la fin, de la nature de la vie de l’homme, de tous ces ouvrages subtils et raffinés que sont les langues, les institutions sociales, les coutumes, les chefs-d’oeuvre de l’art et les mythes, quand ils auront tiré leurs derniers feux d’artifice, rien ne subsiste?»
Mythologiques, L’homme Nu
Les élèves des classes terminale ECO 1 et S2 composeront leur dernier exercice de philosophie (préparatoire à l’examen du 16 juin 2008) vendredi 9 mai (8 à 10 heures : eco / 14 à 18 heures : s)
Réviser l’ensemble du programme, jusqu’au dernier cours inclus (droit, justice politique) : Méthode + textes + vocabulaire.


En guise de “punition” pour le geste inconsidéré d’un élève de première S, nous lui suggérons le travail suivant, entre autre pour le faire réfléchir, en commun, à l’idée de vie privée. Cet élève a en effet dérobé (et conservé à son domicile) un portable ne lui appartenant pas ; il s’est certainement amusé avec cet objet personnel. Chacun pourra donc s’interroger sur le sujet :
« Il se faut réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude », écrivait Montaigne dans ses Essais. Pensez-vous que l’intrusion vers ce qui revêt un caractère personnel est une atteinte à la vie privée ? Justifiez votre réponse par des exemples précis.
Giorgio de Chirico, Mystère et mélancolie d’une rue, 1914
Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. (…)
Si je me demande à quoi juger que telle question est plus pressante que telle autre, je réponds que c’est aux actions qu’elle engage. Je n’ai jamais vu personne mourir pour l’argument ontologique. Galilée, qui tenait une vérité scientifique d’importance, l’abjura le plus aisément du monde dès qu’elle mit sa vie en péril. Dans un certain sens, il fit bien. Cette vérité ne valait pas le bûcher. Qui de la Terre ou du Soleil tourne autour de l’autre, cela est profondément indifférent. Pour tout dire, c’est une question futile. En revanche, je vois que beaucoup de gens meurent parce qu’ils estiment que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. J’en vois d’autres qui se font paradoxalement tuer pour les idées ou les illusions qui leur donnent une raison de vivre (ce qu’on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir). Je juge donc que le sens de la vie est la plus pressante des questions.
Albert Camus, Le mythe de Sisyphe
Germaine Tillon est décédée le 19 avril à l’âge de 101 ans. Cette femme pionnière de l’ethnologie, résistante et opposée à la torture en Algérie est une figure incontournable de la pensée actuelle. Un exemple d’initiation à sa pensée est possible grâce à cette vidéo de 2002 :
http://sites.univ-provence.fr/webtv/?x=germaine_tillion_conscience_siecle
Héros ou anti-héros.
![]()
« Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça
s’est passé. »
Incipit du roman de Jonathan Litell,
Les Bienveillantes
Goya, El dos tres Mayo, 1808
http://lewebpedagogique.com/philoflo/larmee-des-ombres/
On peut réfléchir à partir du film l’armée des ombres de Melville, sur l’attitude des hommes et femmes de la résistance, mais aussi sur une certaine tendance à l’héroïsation d’une part et la banalisation du mal d’autre part. Est-ce le fait de catégoriser les bourreaux et les héros ? Plus précisément, sommes nous sans conteste dans l’une de ces catégories ?
Le narrateur du roman les bienveillantes postule un pacte pervers entre lui-même, son lecteur et le narrateur complaisant (Maximilien Aue, un officier SS pervers, homosexuel et incestueux, dont le roman décrit le parcours criminel monstrueux, en Ukraine , en Crimée, etc.)
« Je devine votre pensée : Voilà un bien méchant homme, vous dites-vous, un homme mauvais, bref un sale type sous tous les rapports(…). Mais vous devriez quand même pouvoir vous dire que ce que j’ai fait, vous l’auriez fait aussi.(…)Je pense qu’il m’est permis de conclure comme un fait établi par l’histoire moderne que tout le monde, ou presque, dans un ensemble de circonstances donné, fait ce qu’on lui dit ; et, excusez-moi, il y a peu de chances que vous soyez l’exception, pas plus que moi.(…) gardez toujours cette pensée à l’esprit : vous avez peut-être eu plus de chance que moi, mais vous n’êtes pas meilleur. Car si vous avez l’arrogance de penser l’être, là commence le danger. (…) »
Ce qui est juste c’est que nous l’aurions fait aussi, en raison de circonstances, d’influences ou d’obéissance à un système. Ce qui est pernicieux, c’est que dans la réalité effective, certains hommes ont désobéi, certains caractères ont échappé à une responsabilité collective. On a bien souligné le fait que dans l’armée des ombres les résistants sont volontairement exempts de toute analyse psychologique ou individuelle. Ces hommes et femmes cependant savaient ce qu’ils faisaient sans pour autant être prédisposés à le faire. De même ce sont des individus qui ont rendu les horreurs de la guerre possible malgré la conscience de leur capacité à le faire.
Il y a eu pendant l’occupation des milliers d’actes de résistance qui ne font pas échapper leurs acteurs à l’humanité commune : Ce sont des gens ordinaires. Mais cela ne doit pas nous faire oublier la collaboration passive ou active d’allemands ou de Français ordinaires à l’extermination des juifs.
A l’occasion du procès d’Eichmann, Hannah Arendt * élabore le concept de « banalité du mal » comme une capacité ordinaire d’une humanité ordinaire. Eichmann apparaît comme un petit homme « banal », insignifiant dans une histoire où sont mises en cause les complicités , les coopérations de toutes les couches de la population de l’Allemagne et des pays occupés. Eichmann n’est pas démoniaque, il n’a pas la volonté de faire le mal comme le héros de Shakespeare Richard III (« Je suis résolu à être un méchant ») pour accéder au pouvoir ou César Borgia, le Prince de Machiavel par excellence qui ruse et use de tous les moyens pour maintenir sa puissance et la stabilité de son État. Celui qui incarne l’absence de pensée plutôt que la volonté de faire du mal est malfaisant tout autant que vulnérable. C’est sans doute là le danger du héros du monde moderne. La représentation traditionnelle nous décrivait des hommes malveillants ayant la volonté de faire le mal. Aujourd’hui la banalisation du mal (« nous sommes tous les mêmes » écrit J. Littell dans les Bienveillantes) montre que les catégories sont fluctuantes : on banalise le mal comme le bien car c’est l’humanité commune qui représente ces notions.
Ce constat ne peut que nous conduire à un acte de vigilance envers deux types de comportement qui semblent extrêmes voire incompréhensibles. Deux passions opposées (comme dans le texte étudié de Hume), dont nous croyons tous vouloir choisir la première s’il nous était donné de revivre dans les mêmes circonstances :
D’un coté le comportement qui nous semble être un modèle de vertu, d’altruisme : les Résistants et les Justes qui ont combattu le nazisme ou sauvé des Juifs pendant la guerre.
D’un autre coté certains criminels, qui ont comparu au procès de Nuremberg par exemple, et avaient pour seul alibi pernicieux l’obéissance aux ordres ou à la contrainte extérieure. N’oublions pas que non seulement le peuple allemand a succombé rapidement au nazisme mais qu’Hitler a été idolâtré jusqu’en 1942. C’est le consentement des gens ordinaires comme celui des grands esprits qui fait des hommes banals des « marionnettes » ; ce n’est pas le mal qui est banal, ce sont les hommes qui le mettent en œuvre qui sont vulnérables.
Nous ne sommes pas si sûr de ne pas être des bourreaux en puissances. Nous sommes donc amenés à faire face à chaque circonstance historique au nom d’une humanité commune.
*Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (Gallimard, 1966 ; Folio Gallimard, 1991
.