Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux prises les hommes entre eux, la recherche de l’origine de ce conflit, la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de l’opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l’invention d’une norme , de même que nous avons inventé la balance pour la détermination du poids, ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et ce qui est tordu ? Est-ce là le point de départ de la philosophie : est juste tout ce qui paraît tel à chacun ? Et comment est-il possible que les opinions qui se contredisent soient justes ? Par conséquent, non pas toutes. Mais celles qui nous paraissent à nous justes ? Pourquoi à nous plutôt qu’aux Syriens, plutôt qu’aux Égyptiens ? Plutôt que celles qui paraissent telles à moi ou à un tel ? Pas plus les unes que les autres. Donc l’opinion de chacun n’est pas suffisante pour déterminer la vérité. Nous ne nous contentons pas non plus quand il s’agit de poids ou de mesure de la simple apparence, mais nous avons inventé une norme pour ces différents cas. Et dans le cas présent, n’y a-t-il donc aucune norme supérieure à l’opinion ? Et comment est-il possible qu’il n’y ait aucun moyen de déterminer et de découvrir ce qu’il y a pour les hommes de plus nécessaire ? Il y a donc une norme. Alors, pourquoi ne pas la chercher et ne pas la trouver, et après l’avoir trouvée, pourquoi ne pas nous en servir par la suite rigoureusement, sans nous en écarter d’un pouce ? EPICTETE
Correction du texte :
> Question à laquelle l’auteur répond dans le texte : Y a-t-il une instance supérieure aux diverses opinions, c’est à dire une norme qui nous permette de juger toute parole et par la même d’accéder à la vérité.
Il répond : cette norme est nécessaire car elle garantit l’universalité du savoir. En effet, les hommes peuvent se référer à cette norme pour s’assurer de la valeur de leur pensée, de leurs idées, et échapper ainsi aux conflits d’opinions. Il affirme la nécessité de cette norme qui constitue la tâche du philosophe. Le problème est de définir ce principe supérieur à la simple opinion et de montrer son intérêt relativement à la vérité.
> Plan du texte :
I- “De voici le point de départ de la philosophie… ce qui est tordu” ======> la critique de l’opinion : elle est source de conflit, elle est insuffisante
1/ La notion de norme pour remplacer l’opinion
2/ Le jugement juste par des images physiques (la balance, le cordeau)
II- L’échec de l’opinion : ” est cela le point de départ… déterminer la vérité “
1/ La contradiction culturelle des opinions
2/La multiplicité rend la vérité impossible
III- “Nous ne nous contentons pas… jusqu’à la fin”======> existence et nécessité de la norme
1/ Un degré de jugement supérieur et fiable : la norme est immuable et universelle
2/ La norme est la raison propre à chacun
Conclusion :
Ce qui s’oppose à la diversité des opinions, c’est une pensée rationnelle, c’est a dire un discours (LOGOS) bien pesé, c’est à dire évalué et rigoureusement vérifié. “Quelle est la rectitude de la pensée”, suppose de définir la règle qui nous permet de mesurer la justesse de nos idées.
L’intérêt est également le rejet de toute opinion. Chacune revendique sa propre vérité. Cependant, l’opinion est incapable de déterminer le vrai.
Remarques :
- (I/) Le point de départ de la philosophie consiste en un conflit, c’est à dire se battre contre toute forme d’opinion. Il s’agit de rejeter le simple avis, la croyance, le préjugé, ou toute forme d’idée qui illusionne et nous laisse seul, prisonnier de nos certitudes, de nos convictions.
- L’image de la balance permet de comprendre l’action de penser. La balance sert à peser, c’est l’étymologie du verbe latin “pensare”. Toute pensée rationnelle est issue d’une pesée, d’une évaluation, d’une vérification.
- Le cordeau permet de juger la droiture d’un objet, comme la norme permet de juger la droiture de nos idées. Là encore, c’est l’absence d’illusion, de croyance, qui nous permet de déterminer la vérité.
- (II/) La remise en question de l’opinion se fait par deux critiques : elle n’est pas universelle comme le montre une suite de questions. Elle n’est pas valide, comme le montre l’image de la variation. Cela ne résout pas le problème qui consiste à se débarrasser de l’opinion. Il ne faut pas seulement les dénoncer, il faut les dépasser pour déterminer la vérité. Il faut se placer systématiquement sur le chemin méthodique de la vérité et tourner le dos à toute opinion.
- (III/) Epictète renvoie à nouveau à l’expérience de poids et de mesure : on ne juge pas à l’œil nu, on a besoin d’un instrument. De même pour l’opinion, il faut trouver un instrument d’évaluation. Il ne faut donc pas se contenter des apparences sensibles, mais s’élever au niveau d’une représentation rationnelle et universelle. Le recours à la norme est à la fois une nécessité philosophique et la garantie de la vérité. D’où la nécessité lorsque l’on a dépassé l’opinion, de rechercher par l’usage de sa propre raison la vérité.
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