girodet-combat-comp1Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux prises les hommes entre eux, la recherche de l’origine de ce conflit, la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de l’opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l’invention d’une norme , de même que nous avons inventé la balance pour la détermination du poids, ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et ce qui est tordu ? Est-ce là le point de départ de la philosophie : est juste tout ce qui paraît tel à chacun ? Et comment est-il possible que les opinions qui se contredisent soient justes ? Par conséquent, non pas toutes. Mais celles qui nous paraissent à nous justes ? Pourquoi à nous plutôt qu’aux Syriens, plutôt qu’aux Égyptiens ? Plutôt que celles qui paraissent telles à moi ou à un tel ? Pas plus les unes que les autres. Donc l’opinion de chacun n’est pas suffisante pour déterminer la vérité. Nous ne nous contentons pas non plus quand il s’agit de poids ou de mesure de la simple apparence, mais nous avons inventé une norme pour ces différents cas. Et dans le cas présent, n’y a-t-il donc aucune norme supérieure à l’opinion ? Et comment est-il possible qu’il n’y ait aucun moyen de déterminer et de découvrir ce qu’il y a pour les hommes de plus nécessaire ? Il y a donc une norme. Alors, pourquoi ne pas la chercher et ne pas la trouver, et après l’avoir trouvée, pourquoi ne pas nous en servir par la suite rigoureusement, sans nous en écarter d’un pouce ?     EPICTETE

Correction du texte :

> Question à laquelle l’auteur répond dans le texte : Y a-t-il une instance supérieure aux diverses opinions, c’est à dire une norme qui nous permette de juger toute parole et par la même d’accéder à la vérité.

Il répond : cette norme est nécessaire car elle garantit l’universalité du savoir. En effet, les hommes peuvent se référer à cette norme pour s’assurer de la valeur de leur pensée, de leurs idées, et échapper ainsi aux conflits d’opinions. Il affirme la nécessité de cette norme qui constitue la tâche du philosophe. Le problème est de définir ce principe supérieur à la simple opinion et de montrer son intérêt relativement à la vérité.

> Plan du texte :

I- « De voici le point de départ de la philosophie… ce qui est tordu » ======> la critique de l’opinion : elle est source de conflit, elle est insuffisante

1/ La notion de norme pour remplacer l’opinion

2/ Le jugement juste par des images physiques (la balance, le cordeau)

II- L’échec de l’opinion :  » est cela le point de départ… déterminer la vérité « 

1/ La contradiction culturelle des opinions

2/La multiplicité rend la vérité impossible

III- « Nous ne nous contentons pas… jusqu’à la fin »======> existence et nécessité de la norme

1/ Un degré de jugement supérieur et fiable : la norme est immuable et universelle

2/ La norme est la raison propre à chacun

Conclusion :

Ce qui s’oppose à la diversité des opinions, c’est une pensée rationnelle, c’est a dire un discours (LOGOS) bien pesé, c’est à dire évalué et rigoureusement vérifié. « Quelle est la rectitude de la pensée », suppose de définir la règle qui nous permet de mesurer la justesse de nos idées.

L’intérêt est également le rejet de toute opinion. Chacune revendique sa propre vérité. Cependant, l’opinion est incapable de déterminer le vrai.

Remarques :

– (I/) Le point de départ de la philosophie consiste en un conflit, c’est à dire se battre contre toute forme d’opinion. Il s’agit de rejeter le simple avis, la croyance, le préjugé, ou toute forme d’idée qui illusionne et nous laisse seul, prisonnier de nos certitudes, de nos convictions.

– L’image de la balance permet de comprendre l’action de penser. La balance sert à peser, c’est l’étymologie du verbe latin « pensare ». Toute pensée  rationnelle est issue d’une pesée, d’une évaluation, d’une vérification.

– Le cordeau permet de juger la droiture d’un objet, comme la norme permet de juger la droiture de nos idées. Là encore, c’est l’absence d’illusion, de croyance, qui nous permet de déterminer la vérité.

– (II/) La remise en question de l’opinion se fait par deux critiques : elle n’est pas universelle comme le montre une suite de questions. Elle n’est pas valide, comme le montre l’image de la variation. Cela ne résout pas le problème qui consiste à se débarrasser de l’opinion. Il ne faut pas seulement les dénoncer, il faut les dépasser pour déterminer la vérité. Il faut se placer systématiquement sur le chemin méthodique de la vérité et tourner le dos à toute opinion.

– (III/) Epictète renvoie à nouveau à l’expérience de poids et de mesure : on ne juge pas à l’œil nu, on a besoin d’un instrument. De même pour l’opinion, il faut trouver un instrument d’évaluation. Il ne faut donc pas se contenter des apparences sensibles, mais s’élever au niveau d’une représentation rationnelle et universelle. Le recours à la norme est à la fois une nécessité philosophique et la garantie de la vérité. D’où la nécessité lorsque l’on a dépassé l’opinion, de rechercher par l’usage de sa propre raison la vérité.









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Socrate et Xanthippe, gravure de Van Veen, Anvers, 1612.

L’apologie de Socrate c’est la défense du philosophe. Au delà du procès de Socrate nous trouvons une explication philosophique. Une difficulté de ce texte, c’est qu’il est encore littéraire, qu’il fait référence à des mythes, et plus précisément que l’accusé explique qu’il a reçu une mission d’une divinité. Socrate raconte que Khairéphon, un personnage de confiance est allé demander à la Pythie, s’il y avait un homme plus sage que Socrate.

« Y a-t-il un homme plus sage que Socrate ? » est l’idée générale du texte. A cette question, Socrate lui-même répond par la négative, à la suite d’une enquête. En effet, il va examiner dans la cité des hommes connus pour leur sagesse. Les hommes d’Etats, les poètes et les devins, et les artisans. Socrate affirme non seulement qu’il n’y a pas d’homme plus sage que lui mais aussi que la sagesse est inversement proportionnelle à la réputation.

Le problème est la définition de la sagesse (sophia au sens grec). Ce mot a un double sens, il signifie d’une part le savoir, la connaissance et d’autre part, le savoir-faire. Il faut donc que Socrate trouve un homme qui satisfasse à ces deux exigences, qui soit à la fois savant et habile. Qu’est-ce que la sagesse ? On pense généralement opposer, le savoir à l’ignorance, ici Socrate l’oppose à la croyance. Celui qui est sage, est celui qui recherche le savoir (il enquête auprès des autres hommes), et non celui qui croit être sage. Ce dernier est dans l’illusion dont on se doute qu’elle est l’ennemie du philosophe.

Plan du texte :

I ) Les hommes d’Etats :

a) La réputation :

Socrate va les voir volontairement car on exige d’eux qu’ils soient à la fois savants et habiles pour traiter des affaires de la cité. Ces hommes ce sont eux mêmes proposés pour représenter la cité ( naissance de la Démocratie ). « L’Homme est un animal politique » affirme Aristote, ce qui signifie que l’homme qui a la charge de la cité ( polis ) représente aussi l’humanité.

b) Inimitié et ruine d’une carrière :

Socrate devant l’assemblée du peuple « examine cet homme à fond » c’est à dire qu’il l’interroge sur ses prétendues compétences et sur ses savoirs. Par ses questions Socrate conduit l’homme à se contredire lui même : c’est l’ironie.

c) « Je suis plus sage que lui » :

Ni l’un ni l’autre ne possède la sagesse, la seule supériorité de Socrate c’est qu’il ne prétend pas la posséder. Cette formule est paradoxale car ni l’un ni l’autre ne sait rien de vrai mais l’un ignore ( je sais que je ne sais pas ) alors que l’autre croit savoir. L’ignorance de Socrate est celle qu’il met en route pour chercher le savoir. L’homme politique, obligé d’avouer son ignorance, sa prétention, voit son pouvoir destitué, défait.

II ) Les poètes et les devins :

a) La réputation :

Ce sont les représentants des idées intellectuelles et culturelles. Les poètes sont réputés pour leur talent oratoire et pour leur rhétorique. Les devins prétendent tirer leur savoir des dieux, ils ont un pouvoir spirituel. Les deux ont un rapport étroit avec la parole, ils utilisent un discours convainquant.

b) L’accusation :

Certains poètes présents a l’assemblée du peuple qui condamne Socrate. Il leur reproche essentiellement de ne pas savoir élucider leur propos, de ne pas savoir expliquer leur poèmes, de parler pour ne rien dire. D’une part leurs paroles n’ont aucun sens, d’autre part ils parlent de choses qui n’existent pas. Ils sont tout de même un peu plus sages que les hommes d’Etats dans la mesure où ils ont un savoir faire : savoir construire des poèmes, des discours.

c) Poètes et philosophes :

Le poète se réclame d’un discours inspiré, mais il est incapable de le justifier, le sens de ses paroles lui échappe. Il utilise des images alors que le philosophe privilégie le concept.

Le texte est ici:

http://lewebpedagogique.com/philoflo/2008/09/17/qui-est-le-plus-sage/



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Détail de La mort de Socrate, par Louis David, 1787

Au terme de l’analyse, il reste la conscience de l’ignorance socratique : savoir que l’on ne sait rien, c’est pressentir le vrai savoir, telle est la mise en route philosophique. L’oracle veut signifier que les hommes manquent de sagesse parce qu’ils ne la cherchent pas. C’est en ce sens que Socrate est le plus savant. Il enquête, il continue son interrogation auprès des hommes.

Son ironie est piquante : on l’appelait le « taon » parce qu’il stimulait ses interlocuteurs.

Son ironie paralyse : on l’appelait le poisson-torpille, parce qu’il laissait sans voix les plus prétentieux. Ainsi a t il provoqué la haine et la calomnie. Mais il préfère se défendre plutôt que les expédients qui prolongeraient sa vie. Socrate boit la Ciguë en choisissant la justification philosophique de se soumettre à une injustice. (« Il vaut mieux subir une injustice plutôt que la commettre »).

Quelques citations :

Maurice Merleau-Ponty —> (tiré de Eloge de la Philosophie)

« La vie et la mort de Socrate sont l’histoire des rapports difficiles que le philosophe entretient avec les dieux de la cité, c’est à dire avec les autres hommes et avec l’absolu figé dont ils lui tendent l’image. »

« Si le philosophe était un révolté, il choquerait moins car enfin chacun sait à part soi que le monde comme il va est inacceptable. »

« L’ironie de Socrate, c’est une relation distante mais vraie avec autrui, elle exprime ce fait fondamental que chacun n’est que soi et cependant se reconnaît dans l’autre, elle essaie de délier l’un et l’autre pour la liberté. »

F. Nietzsche, le crépuscule des idoles, le problème de Socrate

De tout temps les sages ont porté le même jugement sur la vie : elle ne vaut rien… Toujours et partout on a entendu sortir de leur bouche la même parole, – une parole pleine de doute, pleine de mélancolie, pleine de fatigue de la vie, pleine de résistance contre la vie. Socrate lui-même a dit en mourant : « Vivre – c’est être longtemps malade : je dois un coq à Esculape libérateur. » Même Socrate en avait assez. – Qu’est-ce que cela démontre ? Qu’est-ce que cela montre ? – Autrefois on aurait dit (- oh! on l’a dit, et assez haut, et nos pessimistes en tête !) : « Il faut bien qu’il y ait là-dedans quelque chose de vrai ! Le consensus sapientium démontre la vérité. » – Parlons-nous ainsi, aujourd’hui encore ? le pouvons-nous ? « Il faut en tous les cas qu’il y ait ici quelque chose de malade », – voilà notre réponse : ces sages parmi les sages de tous les temps, il faudrait d’abord les voir de près ! Peut-être n’étaient-ils plus, tant qu’ils sont, fermes sur leurs jambes, peut-être étaient-ils en retard, chancelants, décadents peut-être ? La sagesse paraissait-elle peut-être sur la terre comme un corbeau, qu’une petite odeur de charogne enthousiaste ?…

Le teste est ici :

http://lewebpedagogique.com/philoflo/2008/09/17/qui-est-le-plus-sage/


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Du génie !

Tel était Diogène, philosophe cynique (-412/-423 av. J.-C.), surnommé aussi philosophe aux pieds nus.

Contemporain de Platon, Diogène est connu dans l’imagerie populaire comme le philosophe qui habitait un tonneau et se promenait dans Athènes en plein jour, une lanterne à la main et cherchant un homme… Avec le temps, le cynisme a pris une connotation péjorative de mépris et de dénigrement d’autrui, qualifiant tous ceux qui, par peur de leur propre médiocrité, rabaissent systématiquement autrui.
Rien de cela dans le cynisme philosophique. L’ironie n’a qu’un seul but : dégonfler la baudruche toujours renaissante de la vanité humaine. Et j’ajouterai pour ma part que cette baudruche, il faut de préférence la dégonfler chez soi avant de prétendre la dégonfler chez autrui…

Vagabond, clochard, on connait peu de choses de sa vie mais on lui attribue beaucoup de propos ou d’idées qui lui valurent la figure de marginal ou de fou ! voici un florilège de ces propos

Ce « Socrate en délire », comme l’appelle Platon, marche pieds nus en toute saison, dort sous les portiques des temples et a pour demeure habituelle un tonneau (en fait une jarre à grains, car le tonneau n’existait pas encore!).
Il aperçoit un jour un enfant buvant dans le creux de sa main, à une fontaine :  «Cet enfant m’apprend, s’écrie-t-il, que je conserve encore du superflu», et aussitôt il brise son écuelle.
Assistant à une leçon de Zénon d’Élée, qui niait le mouvement, il se lève et pour lui répondre, se met à gambader.
Diogène professe un profond dédain pour le genre humain.
Ainsi, Socrate le rencontrant un jour dans une rue d’Athènes, vers midi, une lanterne allumée à la main, marchant dans la foule sous un soleil éblouissant, lui demande : « Que cherches-tu, Diogène, avec ta lanterne, en plein jour ? » «Un homme, répondit-il, un homme véritable, qui ait de la superbe !»
A Athènes, on appelait Diogène « Diogène-le-chien » car il léchait le visage de ceux qui lui offraient à manger, aboyait contre ceux qui ne lui donnaient rien et mordait ceux qui l’insultaient.
Au cours d’un banquet, des convives éméchés lancèrent à Diogène des os comme à un chien. En guise de réponse, il se contenta d’aller pisser sur eux, levant la jambe, comme un toutou…
Un vieux grigou avait placardé cette inscription sur sa maison : «Que rien de mauvais n’entre ici!» «Mais le propriétaire de la maison, demanda Diogène, par où donc entrera-t-il ?»
Comme il avait une réponse originale à tout, chacun en profitait pour lui poser les questions les plus saugrenues. Ainsi, à un marchand de vin qui lui demandait quel vin il préférait, Diogène répondit : «Celui des autres, le tien par exemple !»
A ceux qui lui disaient : «Tu es vieux, repose-toi», Diogène répliquait : «Pourquoi donc ? Si, au stade, je courais le marathon, devrais-je me reposer tout près du but plutôt que de bander davantage mes muscles pour achever la course ?»
A un philosophe qui affirmait que «Vivre est un mal», Diogène rétorqua: «Non, c’est mal vivre qui est mal !»
Quelqu’un demanda à Diogène à quelle heure il prenait ses repas. Le philosophe répondit  : «Quand on est riche on mange quand on veut. Quand on est pauvre, quand on peut.»
Comme on lui demandait si les sages mangeaient des gâteaux, il répondit : «Pourquoi ne mangeraient-ils pas de tout comme tout le monde ?»
Voyant dans les rues de Mégare, en plein hiver, des béliers portant une épaisse toison et des enfants jouer tout nus, il en conclut que, «dans cette cité, il valait mieux être un mouton qu’un enfant».
Comme un philosophe qui venait de se faire gifler par un élève mécontent lui demandait que faire dans un pareil cas, il lui répondit : «Enseigner la sagesse c’est faire la guerre aux sots, alors mets un casque quand tu pérores !»
Un jour, dans la rue, il croisa un homme portant une longue poutre qui le heurta de plein fouet. L’ouvrier lui cria « Attention », mais un peu tard. Diogène lui demanda alors posément, sans se fâcher, s’il avait l’intention de le frapper une seconde fois.
Quand on lui reprochait de fréquenter les maisons closes, il disait : «Le soleil va bien dans les latrines, et pourtant il ne s’y souille pas!»
Quelqu’un lui dit: «Tu ne sais rien, tu ne fais rien et tu te dis philosophe.» «Mais, rétorqua-t-il aimablement, simuler la sagesse, c’est encore faire de la philosophie !.»
Un homme lui amena un jour son enfant, et le présenta comme très intelligent et d’excellentes mœurs. «Il n’a donc pas besoin de moi, répondit-il.»
Il dit encore à un jeune homme qui méprisait son père : «N’as-tu pas honte de mépriser celui grâce à qui tu as le pouvoir de mépriser?»
On lui reprocha un jour d’aller boire au cabaret : «Je vais bien chez le barbier pour me faire tondre», dit-il.
Quand il a vraiment trop faim et plus rien à se mettre sous la dent notre philosophe n’éprouve pas la moindre honte à tendre la main, à vitupérer les pingres, proclamant «Tout est à tout le monde.» Il prétend que celui qui lui fait l’aumône, ne fait que lui rendre un peu de ce qui lui appartient. Pour obtenir à manger, Diogène ne s’abaisse devant personne, houspillant les passants de sa gouaille.
«Eh toi, le gros cochon qui détournes le regard, tu m’entends ? Oui, toi, la honteuse, qui bouffes ton gâteau en douce, vas-tu me donner quelques miettes pour que je mange ? Au lieu de t’empiffrer et d’enfler ta barrique, nourris-moi avant de crever comme une baudruche ! Tu entends ?» L’autre passe son chemin, accélérant son pas, sans tourner la tête.
Lorsque Diogène reconnaît dans la foule un avare qui souvent lui a promis quelques pièces, toujours pour le lendemain, il l’apostrophe : «Hé, mon ami, c’est pour ma pitance que je veux tes sous, pas pour ma sépulture ! Si tu attends trop longtemps, tes pièces serviront à m’enterrer !»
Quelques passants rient. Rares sont ceux qui donnent. Les heures passent. Les plus généreux jettent à Diogène un bout de pain ou quelques olives. Il reste souvent seul avec sa faim, la main tendue et son bouquet d’invectives aux lèvres.
Un jour, il demandait l’aumône à une statue. Comme on l’interrogeait sur la raison qui le poussait à agir ainsi : «Je m’exerce, dit-il, à essuyer des échecs».
Demandant l’aumône à un passant, il lui dit : «Si tu as déjà donné à quelqu’un, donne-moi également ton obole. Si tu n’as encore rien donné à personne, commence par moi».
Comme on lui demandait pourquoi les gens faisaient l’aumône aux mendiants et non aux philosophes, il répondit : «Parce qu’ils craignent de devenir un jour boiteux et aveugles, mais ne craignent pas de devenir philosophe».
A Corinthe, Alexandre-le-Grand à qui l’on présentait le célèbre clochard-philosophe, lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai ». Diogène lui répondit du tac au tac: «Ôte-toi de mon soleil».
Le même Alexandre avoua un jour : « Si je n’étais Alexandre, je voudrais être Diogène ».


http://hdelboy.club.fr/musique.jpgAujourd’hui l’éducation se compose ordinairement de quatre parties distinctes : les lettres, la gymnastique, la musique et parfois le dessin ; la première et la dernière, comme d’une utilité aussi positive que variée dans la vie entière; la seconde, comme propre à former le courage. Quant à la musique, on élève des doutes sur son utilité. Ordinairement on la regarde comme un objet de simple agrément ; mais les anciens en avaient fait une partie nécessaire de l’éducation, persuadés que la nature elle-même, comme je l’ai dit si souvent, nous demande non pas seulement un louable emploi de notre activité, mais aussi un noble emploi de nos loisirs. La nature, pour le dire encore une fois; la nature est le principe de tout.

http://www.theatrons.com/illustrations/theatre-grec.jpgNos pères n’ont donc point admis la musique dans l’éducation à titre de besoin, car elle n’en est point un (…)Car si, selon eux, il est un délassement digne d’un homme libre, c’est la musique. Homère est du même avis, quand il fait dire à l’un de ses héros :
Convions au festin un chantre harmonieux ;
ou quand il dit de quelques autres de ses personnages, qu’ils appellent :
Le chantre dont la voix saura tous les charmer ;
et ailleurs, Ulysse dit que le plus doux des plaisirs pour les hommes, quand ils se livrent à la joie,
C’est d’entendre, au festin où tous se sont rangés,
Les accents du poète….

Aristote affirme que la musique procure du plaisir et qu’elle doit également faire partie de l’éducation, car il vaut mieux avoir soi même la connaissance de ce qui nous offre un loisir agréable.

D’autre part, la musique a une  influence morale sur notre sensibilité. Elle peut modifier les passions, elle peut même transformer ou réformer les mœurs d’un peuple. Dans la Grèce antique la musique va toujours de pair avec la poésie. Le célèbre texte la poétique d’Aristote traitre des « arts d’imitation », tout en donnant un sens nouveau à cette « mimésis » que Platon condamnait. Aristote en fait le fondement même de la création, car cette imitation n’est pas une copie de la réalité sensible mais une réalité à l’œuvre. La musique, comme la poésie, est une re-création de la réalité, une « métaphore » au sens d’un transfert de sens du monde. Aristote ne traite pas de la spécificité de l’art musical mais oppose deux modes « phrygien » et « dorien » qui correspondent à une musique d’esclaves (des courtisanes, joueuses de flûtes, musique du peuple) et à une musique d’hommes libres qui n’a pas pour but de détendre l’âme du travailleur épuisé mais d’être une activité vraiment libérale. Cette musique est dotée de riches idées, ayant en particulier un sens moral.

Deux textes d’Aristote « tombés » au baccalauréat

La tendance à l’imitation est instinctive chez l’homme et dès l’enfance. Sur ce point il se distingue de tous les autres êtres, par son aptitude très développée à l’imitation. C’est par l’imitation qu’il acquiert ses premières connaissances, c’est par elle que tous éprouvent du plaisir. La preuve en est visiblement fournie par les faits : des objets réels que nous ne pouvons pas regarder sans éprouver du déplaisir, nous en contemplons avec plaisir l’image la plus fidèle ; c’est le cas des bêtes sauvages les plus repoussantes et des cadavres. La cause en est que l’acquisition d’une connaissance ravit non seulement le philosophe, mais tous les humains même s’ils ne goûtent pas longtemps cette satisfaction. Ils ont du plaisir à regarder ces images, dont la vue d’abord les instruit et les fait raisonner sur chacune. S’il arrive qu’ils n’aient pas encore vu l’objet représenté, ce n’est pas l’imitation qui produit le plaisir, mais la parfaite exécution, ou la couleur ou une autre cause du même ordre Comme la tendance à l’imitation nous est naturelle, ainsi que le goût de l’harmonie et du rythme (…), à l’origine les hommes les plus aptes par leur nature à ces exercices ont donné peu à peu naissance à la poésie par leurs improvisations.

Le loisir, en revanche, semble contenir en lui-même le plaisir, le bonheur et la félicité de vivre. Mais ce bonheur n’appartient pas aux gens occupés, mais seulement à ceux qui mènent une vie de loisir : car l’homme occupé travaille en vue de quelque fin, envisagée comme n’étant pas encore en sa possession, alors que le bonheur est une fin, laquelle, au jugement de tous les hommes, s’accompagne toujours de plaisir et non de peine. […] On voit ainsi clairement que certaines matières doivent être apprises et entrer dans un programme d’éducation en vue de mener la vie de loisir, et que ces connaissances et ces disciplines sont des fins en elles-mêmes, tandis que celles qui préparent à la vie active doivent être regardées comme de pure nécessité et comme des moyens en vue d’autres choses. Et c’est pourquoi nos pères ont fait une place à la musique dans l’éducation, non pas comme une chose nécessaire (elle ne l’est nullement), ni comme une chose utile (à la façon dont la grammaire est utile pour gagner de l’argent, pour diriger une maison, pour acquérir des connaissances et pour exercer de multiples activités dans l’État, ou encore à la façon dont le dessin est réputé utile pour mieux juger les oeuvres des artistes), ni non plus, comme la gymnastique, en vue de nous procurer santé et vigueur (car nous ne voyons aucun de ces deux avantages provenir de la musique) ; reste donc que la musique sert à mener la vie de loisir, ce qui est la raison manifeste de son introduction, car on la place au rang d’un passe-temps qu’on estime convenir à des hommes libres. […] On voit donc qu’il existe une forme d’éducation dans laquelle les parents sont tenus d’élever leurs fils, non pas comme étant utile ou nécessaire, mais comme libérale et noble.

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http://www.ecoles.cfwb.be/argattidegamond/cartable%20musical/Antiquit%C3%A9/Images,%20sons/appolon_spondi.jpg« Si la musique est la partie maîtresse de l’éducation, n’est-ce pas, Glaucon, parce que le rythme et l’harmonie sont particulièrement propres à pénétrer dans l’âme et à la toucher fortement […] ? En les recueillant joyeusement dans son âme pour en faire sa nourriture et devenir un honnête homme, on blâme justement les vices, on les hait dès l’enfance, avant de pouvoir s’en rendre compte par la raison, et quand la raison vient, on l’embrasse et on la reconnaît comme une parente avec d’autant plus de tendresse qu’on a été nourri dans la musique. »
Platon, République, III, 401 c-402 a

Platon est considéré comme l’un des pères fondateurs de la philosophie, il faut l’inscrire dans la tradition et la culture grecque pour comprendre ce qu’il dit de la musique. Il distingue la musique des autres arts qui ne sont que des pâles reflets, des imitations de la nature. Curieusement la musique a sa place dans l’éducation (païdéia) aux cotés de la gymnastique. Dans les deux cas, il s’agit d’habituer l’enfant à l’ordre, à la mesure qui ne sont pas des qualités naturelles. Une des fonctions de cet entrainement est de développer le thumos (le cœur) par exemple en l’habituant à devenir amical plutôt qu’agressif envers les philoi (amis, parents, proches).

Le modèle de la musique est pour Platon, on pourrait dire « classique » puisque c’est celle de l’Égypte, qui a conservé les hymnes des fêtes depuis dix mille ans ! Il s’agit pour Platon de ne pas céder aux tentations de l’apparence et de la frivolité que pourraient amener les musiques nouvelles. Il s’agit aussi d’échapper à la subjectivité des modes et à donner aux élèves la seule nourriture de l’esprit convenable : les idées, fixes et éternelles, les essences que l’on peut atteindre par les mathématiques et la dialectique. L’ordre, la mesure, la symétrie et la délimitation sont des notions qui aident le thumos à désirer et à prendre plaisir à ce qui est noble. Elles ne procurent pas seulement un plaisir esthétique (des sens) mais préparent à découvrir les réalités véritables. L’objet des désirs d’une personne vertueuse est le kalon, ce qui est à la fois noble et beau.

Une fois que la raison est formée, le jeune athénien devra passer à des occupations sérieuses, les mathématiques et la dialectique (philosophie). Il s’agit bien d’éducation, et Platon n’accorde pas de grande importance aux musiciens : ils seront chassés de la cité idéale ou bien assignés à des tâches ingrates.  Mais il s’agit d’une « mauvaise » musique, celle qui déchaîne les forces sauvages et incontrôlables des passions. Platon l’associe aux harmonies ioniennes qu’il décrit comme orgiaques ou plaintives et lui préfère celle dont l’artiste a réalisé l’harmonie entre les éléments contraires de sa nature humaine : raison, désirs et passions. Ainsi, le beau est en accord avec le bien. Cette musique repose sur des règles d’harmonie simples, des rythmes réguliers comme les modes doriens ou phrygiens ; mais tout cela reste peu connu aujourd’hui…

Quelques références :

République, livres III,242 c, 398 b, livre VII, 530d, livre X 617-618

Les lois, livre II 654,667, livre VII,802

Lachès,188d,

le banquet,215c

Théétète,154d

Timée,47cd

http://www.ecoles.cfwb.be/argattidegamond/cartable%20musical/Antiquit%C3%A9/Images,%20sons/Lyre.jpgLorsque j’entends parler de la vertu ou de la science à un homme digne en effet d’être homme, et qui sait se tenir à la hauteur de ses discours, alors c’est pour moi un charme inexprimable, quand je songe que celui qui parle, et les propos qu’il tient, sont entre eux dans une convenance et une harmonie parfaite. Cet homme m’offre l’image d’un concert sublime qu’il ne tire ni de la lyre ni d’aucun autre instrument, mais de sa vie toute entière montée sur le ton le plus pur ; et dans l’harmonieux accord de ses actions et de ses discours, je ne reconnais ni le ton Ionien, ni le Phrygien ni celui de Lydie, mais le ton Dorien, le seul qui soit vraiment grec. Dès qu’il ouvre la bouche, c’est une jouissance pour moi, et l’on dirait à me voir que je suis fou de discours, tant je saisis avidement toutes ses paroles. Lachès

http://helios.fltr.ucl.ac.be/fillon/socrate/imagesTibicen2.jpg L’image ci-contre représente un satyre joueur de flûte (Musée du Capitole, Palais des Conservateurs, Collection Borghese, 2001).

Alcibiade fait le portrait de Socrate : « Mais je ne suis pas joueur de flûte, diras-tu. Si, tu l’es, et beaucoup plus merveilleux que Marsyas. (215c) Il charmait les hommes par l’effet des sons que sa bouche tirait des instruments, et on les charme encore quand on joue ses mélodies ; car les airs que jouait Olympos sont, suivant moi, de Marsyas, son maître ; en tout cas, qu’ils soient joués par un grand artiste ou par une méchante joueuse de flûte, ces airs ont seuls le pouvoir d’enchanter les cœurs, et, parce qu’ils sont divins, ils font reconnaître ceux qui ont besoin des dieux et des initiations. La seule différence qu’il y ait entre vous, c’est que tu en fais tout autant sans instruments, par de simples paroles » . Le banquet (215d)

Marsyas est un satyre qui passe pour l’inventeur de la flûte à deux tuyaux . Il est d’origine phrygienne, son nom est celui de la rivière affluent du Méandre en Asie Mineure. Il se serait emparé de la flûte jetée dans le fleuve par la déesse Athéna : celle-ci s’était aperçue -en se mirant dans le fleuve- que jouer de cet instrument lui déformait le visage. Marsyas aurait défié Apollon lui-même dans un concours musical. Vainqueur (à la lyre), Apollon l’aurait écorché vif : de son sang et de ses larmes naquit la rivière éponyme.

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Fresque effectuée par Pascal Elodie, élève de terminale STLchimie.

Nous sommes au commencement de la philosophie, ce passage entre mythe et raison, à l’aube du progrès scientifique, de la démocratie, des échanges maritimes,des remises en question de la religion privée et du mysticisme. Période que les historiens appellent « le miracle grec. »

Les muses, nous en avons une image plus ou moins distincte, en particulier par Hésiode qui fixe leur nombre à neuf et leur donne leurs noms.

Pour commencer, chantons les Muses Héliconiennes, reines de I’Hélicon, la grande et divine montagne.

Souvent, autour de la source aux eaux sombres et de l’autel du très puissant fils de Cronos, elles dansent de leurs pieds délicats.

Souvent aussi, après avoir lavé leur tendre corps à l’eau du Parnasse ou de l’Hippocrène ou de l’Olmée divin, elles ont, au sommet de l’Hélicon,

formé des choeurs, beaux et charmants, où ont voltigé leurs pas. Théogonie vers 1 à 103

Elles ont un rôle dans la mythologie, par exemple chez Homère, médiatrices entre les dieux et les hommes, elles permettent de donner une interprétation au monde.

Platon fait de la muse l’inspiratrice entre le dieu et le spectateur ou auditeur par l’intermédiaire du poète ou rhapsode ou acteur. Dans son texte sur les poètes intitulé Ion il explique que le poète « interpréte des dieux » est comme possédé, transi lorsqu’il est poussé par la muse (534c)

Retrouvez le texte de Platon : http://lewebpedagogique.com/philoflo/lart/le-poete/

« J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ». Rimbaud

Les poètes de la Pléiade, du romantisme, du surréalisme et même de la poésie contemporaine reprendront cette idée d’une inspiration sans laquelle il ne peut y avoir d’authentique création.

La muse n’est pas seulement inspiratrice d’un souffle divin. Elle commande toute une exécution, elle exige une technique pour l’œuvre crée. C’est ce que Platon nomme stochastein (la stochastique) qui consiste à viser et à atteindre son but au javelot. Avec mesure et justesse, c’est le « jeter juste » comme lorsque l’on dit d’un peintre qui a « trouvé le ton juste ». La Muse, inspire et donne aussi la force. Dans les poèmes grecs, on trouve souvent au coté des muses la figure d’Apollon, « guide-lance » ou « guide-chœur » comme dans ces vers de Pindare (ode de la Victoire pour les vainqueurs des jeux de Delphes) :

« Lyre d’or, d’Apollon et des Muses Violettes-bouclées

Commune possession ! O toi qu’écoute

La marche, début de la fête,

Obéissent les chanteurs à tes signes

Quand des préludes guide-chœurs

tu fais vibrer l’attaque tournoyante. »


Nous retrouvons les trois composantes complémentaires : la lyre, Apollon, et les Muses, « commune possession » dans le célèbre tableau de Nicolas Poussin, l’inspiration poétique.

http://17emesiecle.free.fr/images/Poete.jpg

Le personnage au centre qui tient la lyre est Apollon, dieu de la beauté, des arts, de l’amour. La jeune fille à sa gauche est la muse Calliope, à sa droite, le poète, les yeux levés vers le ciel. La lyre, rapprochée de l’arc dans le poème de Pindare, vise la beauté, l’idée d’une beauté qui s’incarne dans le poème et donne la sureté à l’archer et du plaisir à l’homme qui l’entend. Ainsi remontons nous la chaine « de l’amateur au poète, du poète à la muse,de la muse à la divinité, et à la Beauté ».

La figure des muses va se transformer au fil des siècles au rythme de l’image de la poésie mais aussi celle de la condition féminine. Citons seulement Baudelaire pour quelques figures de la muse au XIX° siècle

Ma pauvre muse, hélas ! qu’as-tu donc ce matin ?
Tes yeux creus sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l’horreur, froides et taciturnes.
Baudelaire (Charles), Les Fleurs du Mal (1857), VII, La muse malade

Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?
Baudelaire (Charles), Les Fleurs du Mal (1857), VIII, La muse vénale

… sa chère, sa délicieuse, son exécrable femme, son inévitable et impitoyable Muse
Baudelaire (Charles), Petits poèmes en prose (18), XLIII, Le galant tireur

… Arrière la muse académique ! Je n’ai que faire de cette vieille bégueule. J’invoque la muse familière, la citadine, la vivante, pour qu’elle m’aide à chanter les bons chiens, les pauvres chiens, les chiens crottés, ceux-là que chacun écarte, comme pestiférés et pouilleux, excepté le pauvre dont ils sont les associés, et le poète qui les regarde d’un œil fraternel.
Baudelaire (Charles), Petits poèmes en prose (18), L, Les bons chiens

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Minerve (équivalent d’Athéna chez les romains) est la déesse grecque de la sagesse (sophia : la science, le savoir et le savoir faire). Elle était toujours représentée par une chouette, devenue symbole de la philosophie.  » Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que la chouette de Minerve prend son envol » écrit le philosophe Hegel (XIX°) Deux interprétations sont possibles de cette célèbre phrase :

Le jour représente le monde de l’action, les activités quotidiennes et ordinaires des hommes ; la nuit, c’est le temps de la réflexion, de la patience aussi, d’un temps suspendu qui n’est pas celui des affaires. La philosophie serait donc, comme l’affirmait Aristote sans aucune fin utilitaire ni intérêt étranger à elle même. Elle s’inscrit dans le temps du recul, de la réflexion.

D’autre part, le crépuscule où la chouette prend son envol serait le moment où l’Esprit prend conscience de ses propres limites et révèle, par la dialectique des sciences et de la philosophie, qu’il est une structure rationnelle capable de surmonter les contradictions du monde tel qu’il est.

http://images.chapitre.com/ima0/big1/137/5678137.jpgAthéna

Voici le texte de Hegel

 » Pour dire encore un mot sur la prétention d’enseigner comment doit être le monde, nous remarquons qu’en tout cas, la philosophie vient toujours trop tard. En tant que pensée du monde, elle apparaît seulement lorsque la réalité a accompli et terminé son processus de formation. Ce que le concept enseigne, l’histoire le montre avec la même nécessité : c’est dans la maturité des êtres que l’idéal apparaît en face du réel (Wirklichkeit) et après avoir saisi le monde dans sa substance le reconstruit dans la forme d’un empire intellectuel. Lorsque la philosophie peint sa grisaille dans la grisaille, une manifestation de la vie achève de vieillir. On ne peut le rajeunir avec du gris sur le gris, mais seulement la connaître. Ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son envol. « 

G.W.F. Hegel, Principes de la philosophie du droit, 1821.

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http://www.etoile-des-enfants.ch/transit-venus/images/hipparque-nicee.jpg Hipparque, astronome grec du IIème siècle avant JC

« Ce fut l’étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, ce furent les difficultés les plus apparentes qui les frappèrent, puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils cherchèrent à résoudre des problèmes plus importants, tels les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des étoiles, enfin la genèse de l’univers. Apercevoir une difficulté et s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance (et c’est pourquoi aimer les mythes est, en quelque manière se montrer philosophe, car le mythe est composé de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu’ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire. Ce qui s’est passé en réalité en fournit la preuve : presque tous les arts qui s’appliquent aux nécessités, et ceux qui s’intéressent au bien-être et à l’agrément de la vie, étaient déjà connus, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Il est donc évident que nous n’avons en vue, dans la philosophie, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons homme libre celui qui est à lui-même sa fin et n’existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit libre, car seule elle est à elle-même sa propre fin. »

Aristote, Métaphysique A

Éléments de correction pour ce texte.

Idée générale et argumentation.

Aristote s’interroge sur la définition de la philosophie. D’une part il détermine l’origine, d’autre part la finalité de cette discipline qu’il place au rang des sciences et dont la spécificité est d’être libérale. Peut-on définir par le désintérêt une science qui a pour but la recherche de la vérité ? L’enjeu est de comprendre l’unité d’une démarche de pensée au-delà d’un simple événement historique (l’origine n’est pas le commencement de la philosophie)

I. Origine de la philosophie : « Ce fut l’étonnement…genèse de l’univers ». Cette origine est d’abord définie par les objets d’étude ou plus précisément d’étonnement. Sur quoi porte cet étonnement ? Du plus proche au plus lointain objet de cette curiosité.

  • Ce qui nous entoure , c’est la nature, phusis en grec ; c’est cette nature que l’homme cherche à comprendre et à maitriser pour vivre (domaine des besoins). Les premiers penseurs à l’origine de la philosophie sont des physiciens (Thalès par exemple)
  • Des problèmes plus importants tels « les phénomènes de la lune , ceux du Soleil et des étoiles ». L’étude la nature se détache des explications surnaturelles grâce à l’observation et au raisonnement? Cela permet d’étendre l’objet d’étude à des phènomènes de moins en moins visibles, les astres deviennent objet de science physique.
  • L’interrogation, le questionnement va plus loin que ce que l’on voit à l’œil nu ou avec une lunette d’astronomie, lorsque les hommes ont satisfait la sphère des besoins immédiats, ils s’interrogent « enfin sur la genèse de l’univers ». rappelons l’origine du mot métaphysique, non pas encore le sur-naturel mais ce qui vient à coté, après la physique (nature). La question de la genèse est celle du pourquoi, pourquoi y a t-til un monde dans la mesure où les réponses de la mythologie, de la religion, des pensées irrationnelles ne satisfont plus.

2. L’étonnement « Apercevoir une difficulté…aucun intérêt étranger ». Définir l’étonnement permet de comprendre l’origine de la philosophie. Cette origine n’est pas seulement historique mais définit une démarche de tout apprenti philosophe.

  • Face à une difficulté, le philosophe s’interroge. Il n’est pas passif et ne se contente pas d’observer le monde. Pour lui, le monde ne va pas de soi, il pose problème. La condition d’entrer en philosophie est la reconnaissance de son ignorance. Cette modeste attitude montre la nécessité de se débarrasser de préjugés, opinion, en particulier de toute croyance. Celui qui croit savoir, ne philosophe pas (voir l’attitude de Socrate dans l’apologie)
  • L’amour des mythes. Cette parenthèse est difficile à comprendre lorsque l’on connait la rupture historique entre mythe et raison ‘les historiens parlent du « miracle grec ». Mais c’est « en quelque sorte, d’une certaine manière seulement se montrer philosophe que d’aimer les mythes : c’est seulement si l’on se réfère à l’étymologie du mythe : le mot, ce qui effraie, frappe de stupeur, laisse bouche bée. C’est cette attitude que le philosophe adopte qui peut être comparée à l’effroi du mot magique, merveilleux, mystérieux.
  • Aucune fin utilitaire. La philosophie se distingue des autres disciplines en ce qu’elle ne poursuit rien d’autre qu’elle même. comme si elle arrivait après les questions urgentes (les réponses aux besoins en particulier matériels).

3. La philosophie est un loisir « Mais, de même que nous appelons…fin ». La définition de la philosophie la place au rang de science car c’est le dommaine de la connaissance qui est en jeu. C’est la verité quecherche le philosophe en s’enterrogeant sur différents objets à connaitre. Ce désir de savoir n’a cependant d’autre but que lui-même.

  • L’analogie avec l’homme libre permet d’expliquer ce qu’est une activité libérale. C’est l’absence d’intérêt étranger et de lien à tout autre  qui donne le sens à la liberté humaine. L’homme libre est acteur et non passif, il est auteur de sa vie et non marionnette de quelque être suprême ou extérieur? De même la philosophie recèle en elle même sa propre justification d’être ce qu’elle est.
  • La philosophie est amour de la sagesse, c’est -à -dire amour du savoir, elle ne vise pas autre chose que la connaissance (activité contemplative ou intellectuelle qui n’a aucune autre raison qu’elle même. Elle ne sert à rien ! qu’à aimer le savoir.
  • La philosophie suppose du loisir, du temps libre où l’esprit ne soit pas accaparé par des tâches matérielle. Ce n’est pas une occupation pour les esclaves pris par les nécessités de subsister.


En 399 avant J.-C. Socrate est condamné à mort. Son disciple Platon relate les faits de l’accusation dans le dialogue intitulé “apologie de Socrate.” Mais c’est surtout sa défense qu’il entreprend en mettant en scène Socrate le jour de son procès. Ce dernier n’a aucun souci personnel ni désir de gloire, ce qui  l’intéresse n’est pas l’étroitesse de sa personne mais le bien commun. Toute sa vie, il s’est interrogé avec modestie sur les vertus d’un citoyen sans ne jamais prétendre lui-même en posséder aucune. Ainsi, la vertu morale, pas plus que la science n’est une possession ; c’est plutôt une recherche,  une quête comme il l’indique lui-même de manière métaphorique en enquêtant sur ce que l’on nomme SAGESSE (sophia). Contre la prétention des sophistes, des savants ou des hommes politiques, Socrate oppose sa modestie de son ignorance véritable. Ce qui s’oppose aux savoirs faux ou aux faux savoirs (illusions) c’est l’ignorance. Contre toute prétention, Socrate cherche le vrai, le désire : c’est la démarche même de la philosophie.

[21b] Considérez bien, Athéniens, pourquoi je vous dis toutes ces choses, c’est uniquement pour vous faire voir d’où viennent les bruits qu’on a fait courir contre moi.

Quand je sus la réponse de l’oracle, je me dis en moi-même : que veut dire le dieu ? Quel sens cachent ses paroles ? Car je sais bien qu’il n’y a en moi aucune sagesse, ni petite ni grande; Que veut-il donc dire, en me déclarant le plus sage des hommes ? Car enfin il ne ment point; un dieu ne saurait mentir. Je fus longtemps dans une extrême perplexité sur le sens de l’oracle, jusqu’à ce qu’enfin, après bien des incertitudes, je pris le parti que vous allez entendre pour

[21c] connaître l’intention du dieu. J’allai chez un de nos concitoyens, qui passe pour un des plus sages de la ville; et j’espérais que là, mieux qu’ailleurs, je pourrais confondre l’oracle, et lui dire : Tu as déclaré que je suis le plus sage des hommes, et celui-ci est plus sage que moi. Examinant donc cet homme, dont je n’ai que faire de vous dire le nom, il suffit que c’était un de nos plus grands politiques, et m’entretenant avec lui, je trouvai qu’il passait pour sage aux yeux de tout le monde, surtout aux siens, et qu’il ne l’était point. Après cette découverte, je m’efforçai de lui faire voir qu’il n’était nullement ce qu’il croyait être ; et voilà déjà ce qui me rendit odieux

[21d]  à cet homme et à tous ses amis, qui assistaient à notre conversation. Quand je l’eus quitté, je raisonnai ainsi en moi-même : Je suis plus sage que cet homme. Il peut bien se faire que ni lui ni moi ne sachions rien de fort merveilleux; mais il y a cette différence que lui , il croit savoir, quoiqu’il ne sache rien; et que moi, si je me sais rien, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc qu’en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir

[21e]  ce que je ne sais point. De là, j’allai chez un autre, qui passait encore pour plus sage que le premier; je trouvai la même chose, et je-me fis là de nouveaux ennemis. Cependant je ne me rebutai point; je sentais bien quelles haines j’assemblais sur moi; j’en étais affligé, effrayé même: Malgré cela, je crus que je devais préférer à toutes choses la voix du dieu, et, pour en trouver le véritable sens, aller de porte en porte chez tous ceux

[22a]  qui avaient le plus de réputation; et je vous jure, Athéniens, car il faut vous dire la vérité, que voici le résultat que me laissèrent mes recherches: Ceux qu’on vantait le plus me satisfirent le moins, et ceux dont on n’avait aucune opinion, je les trouvai  beaucoup plus près de la sagesse. Mais il faut achever de vous raconter mes courses et les travaux que j’entrepris. Pour m’assurer de la vérité de l’oracle. Après les politiques, je m’adressai

[22b] aux poètes tant à ceux qui font des tragédies, qu’aux poètes dithyrambiques et autres, ne doutant point que je ne prisse là sur le fait mon ignorance et leur supériorité. Prenant ceux de leurs ouvrages qui me paraissaient travaillés avec le plus de soin, je leur demandai ce qu’ils avaient voulu dire, désirant m’instruire dans leur entretien. J’ai honte, Athéniens, de vous dire la vérité; mais il faut pourtant vous la dire. De tous ceux qui étaient là présents, il n’y en avait presque pas un qui ne fut capable de rendre compte de ces poèmes mieux que ceux qui les avaient faits. Je reconnus donc bientôt que ce n’est pas la raison qui, dirige le poète, mais une sorte d’inspiration naturelle,

[22c] un enthousiasme semblable à celui qui transporte le prophète et le devin, qui disent tous de fort belles choses, mais sans rien comprendre, à ce qu’ils disent. Les poètes me parurent dans Je même cas, et je m’aperçus en même temps qu’à cause de leur talent pour la poésie, ils se croyaient sur tout le reste les plus sages des hommes; ce qu’ils n’étaient en aucune manière. Je les quittai donc, persuadé que j’étais au-dessus d’eux, par le même endroit qui m’avait mis au-dessus des politiques.

[22d]  Des poètes, je passai aux artistes. J’avais la con-science de n’entendre rien aux arts, et j’étais bien persuadé que les artistes possédaient mille secrets admirables, en quoi je ne me trompais point. Ils savaient bien des choses que j’ignorais ; et en cela ils étaient beaucoup plus habiles que moi.. Mais, Athéniens, les plus habiles me parurent tomber dans les mêmes défauts que les poètes; il n’y en avait pas un qui, parce qu’il excellait, dans son art, ne crut très-bien savoir les choses les plus importantes, et cette folle présomption

[22e] gâtait leur habileté; de sorte que, me mettant à la place de l’oracle, et me demandant à moi-même lequel j’aimerais mieux ou d’être tel que je suis, sans leur habileté et aussi sans leur ignorance; ou d’avoir leurs avantages avec leurs défauts; je me répondis à moi-même et à l’oracle : J’aime mieux être comme je suis. Ce sont ces recherchés, Athéniens, qui ont excité contre

[23a]  moi tant d’inimitiés dangereuses; de là toutes les calomnies répandues sur mon compte, et ma réputation de sage; car tous ceux qui m’entendent croient que je sais toutes les choses sur lesquelles je démasque l’ignorance des autres.

A très bientôt pour l’explication corrigée !