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Ébauche de corrigé

La technique s’oppose-t-elle à la nature ?

Introduction :

La technique (technè) est un savoir faire, une production ou fabrication proprement humaine qui se distingue de la nature (phusis) ou qui s’ajoute à celle-ci comme l’artificiel s’ajoute à ce qui se produit naturellement. La technique est produite selon des règles, elle a une finalité particulière dans ses différentes manifestations (objets d’art ou d’artisanat, industriels, robotique, et jusqu’à l’informatique aujourd’hui). On nous interroge ici sur le lien particulier qu’elle entretient avec la nature, un lien d’opposition qui pose problème dans la mesure où la technique est produite par l’homme qui appartient, en tant que vivant à la nature et porte la responsabilité de sa transformation. On peut donc se demander si l’opposition entre technique et nature est fondée et s’interroger sur l’ambivalence de l’indéniable progrès technique face à un environnement de plus en plus maîtrisé.

Plan possible :

  1. L’opposition technique et nature : Les homme humanisent la nature, transforment l’environnement en monde humain.

    a) Par le travail, les hommes se distinguent des autres vivants. La production humaine n’est pas le prolongement de l’instinct mais c’est une activité qui devient propre à l’homme par le développement technique. La production humaine transforme le milieu pour le façonner et le mettre au service des besoins vitaux. L’homme appartient à la nature, il n’est pas dit Spinoza « un empire dans un empire », il doit subvenir à ses besoins naturels.

    b) Par l’histoire, l’homme est capable de construire son avenir en s’appuyant sur les acquis du passé? ll constitue un progrès en dehors de l’évolution et de l’immédiateté de sa présence au monde. Or, la technique est une forme de la culture qui se transmet, s’enseigne d’un groupe à l’autre comme un véritable apprentissage cumulatif (quantité et qualité).

    c) La réflexion et la volonté, l’imagination et la créativité permettent d’opposer l’activité instinctive des animaux à la fabrication de l’artificiel proprement humaine. C’est ce que Rousseau nomme la « perfectibilité », la faculté de se perfectionner. Toutefois, elle n’est pas toujours pour le meilleur, ni pour la nature, ni pour l’homme qui en use.

  2. L’ambivalence du progrès technique

    a) Le mythe de Prométhée raconté par Platon dans le dialogue Protagoras montre que le vol du feu aux dieux de l’olympe est une nécessité pour l’homme nu, qui, contrairement aux autres animaux n’a pas reçu de don particulier et risque de disparaître en raison de sa fragilité. Ce feu symbolise l’entrée mythique et paradoxale dans le progrès : il va en effet donner l’impulsion au développement technique (agriculture, armes, outils) et en même temps il garantit un équilibre naturel pour la survie de toutes les espèces.

    b) La technique est liée aux besoins naturels, ce sont eux qui la suscitent. Rousseau remarque que le besoin rend les hommes actifs et inventifs et les ethnologues comme Claude Lévi-Strauss souligne le fait qu’il n’y a pas de société sans technique. C’est un fait humain universel qui répond aux besoins de la vie et de la survie.

    c) Le progrès technique peut développer des effets négatifs pour la nature mais l’homme a la capacité de lui assigner des fins. La question est de savoir si la technique est un moyen pour maitriser la nature (comme l’affirme Descartes pour s’en rendre « comme maître et possesseur ») et si les hommes ont les capacités d’en contrôler les effets par leur intelligence et leur volonté.

Conclusion :

La technique a un rôle vital pour l’homme, c’est-à-dire pour un être vivant appartenant à la nature.  Il ne s’agit pas de dénoncer les méfaits du progrès et « de marcher à quatre pattes » comme le disait ironiquement Voltaire à Rousseau qui se faisait défenseur de la nature. Le développement des sciences a permis d’augmenter la puissance de la technique et en ce sens le pouvoir est inséparable du savoir.  Mais la technique n’a pas qu’une fonction économique, elle est essentielle pour établir une société. Toutefois, il faut souligner le danger de rendre la technique autonome : elle requiert elle même une soumission à l’éthique et au politique pour ne pas s’opposer de manière violente et destructrice à la nature.



De nouveaux sujets  pour s’exercer (Amérique du nord)

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Pour vos révisions du bac plusieurs articles dans la rubrique « catégorie » (en bas à gauche), la méthodologie et des textes dans les « pages »



Désir.

« Philosopher, c’est désirer la vérité. » Platon

« Il faut parvenir à penser que parmi les désirs certains sont naturels d’autre sont vains. » Épicure

« Mais qui dit si et comment il faut regarder la femme d’un autre ? c’est la volonté réfléchie. » Epictète

« Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde. » Descartes – (maxime : règle de conduite).

« Le désir est l’essence de l’homme. » Spinoza

Les règles de la méthode de Descartes :

– « Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle.

– De diviser chacune des difficultés que j’examinerais

– De conduire par ordre mes pensées

– De faire partout des dénombrement si entier et des revues si générales que je fusse assurer de ne rien omettre ». ( Les longues chaînes de raison )

Le vivant.

« Pour montrer que la nature n’a pas de fin qui lui soit prescrite et que toutes les cause finales ne sont que des fictions humaines, il n’est pas besoin de beaucoup. » […] (Ceux qui soutiennent la doctrine du finalisme)  » ne cesserons de demander les causes des causes jusqu’à ce que tu te réfugies dans la volonté de Dieu c’est à dire dans l’asile de l’ignorance ». Spinoza

La matière et l’esprit.

« La substance de l’esprit et de l’âme est matérielle. »

« L’esprit pâtit avec le corps. » Lucrèce

« L’étendue en longueur, largeur et profondeur, constitue la nature de la substance corporelle et la pensée constitue la nature de la substance qui pense. » Descartes

 » L’âme disparue il n’y a plus d’animal. » Aristote

La vérité.

 » Lui croit savoir quelque chose alors qu’il ne le sait pas, tandis que moi comme je n’ai pas ce savoir je ne crois pas non plus l’avoir. » Platon

 » Je ne dois pas moins soigneusement m’empêcher de donner créance, aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables, qu’à celle qui nous paraissent manifestement être fausses. » Descartes (à propos du doute)

 » L’opinion a, en droit, toujours tord. » Bachelard



L’art

« L’art se distingue de la nature comme faire (facere) d’agir… A vrai dire on ne devrait nommer art que le produit de la liberté, c’est à dire d’un vouloir qui fonde ses actes sur la raison. » Kant. (Comprendre que le travail des abeilles n’est pas une œuvre d’art)

« L’art d’imiter est donc bien éloigné du vrai, et, s’il peut tout exécuter, c’est, semble-t-il, qu’il ne touche qu’une petite partie de chaque chose, et cette partie n’est qu’un fantôme. » Platon La République, X.

« D’une façon générale, il faut dire que l’art, quand il se borne à imiter, ne peut rivaliser avec la nature, et qu’il ressemble à un ver qui s’efforce en rampant d’imiter un éléphant ». Hegel, Esthétique.

« Le goût est la faculté de juger d’un objet ou d’une représentation par une satisfaction dégagée de tout intérêt… »

« Le beau est ce qui est représenté, sans concept, comme l’objet d’une satisfaction universelle… »

« Lorsque je donne une chose pour belle, j’exige des autres le même sentiment; je ne juge pas seulement pour moi, mais pour tout le monde, je parle de la beauté comme si c’était une qualité des choses, je dis que la chose est belle… « 


« La beauté est la forme de la finalité d’un objet, en tant qu’elle est perçue sans représentation d’une fin. » Kant, Critique du jugement.

La conscience et l’inconscient psychique

« … cette proposition: je suis, j’existe est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit » Descartes, Méditations métaphysiques,Méditation seconde.

« La nature m’enseigne aussi, par ces sentiments de douleur, de faim, de soif… que je ne suis pas seulement logé dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire mais, outre cela, que je lui suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui. » Descartes,Méditation sixième.

« Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous même; c’est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir, est la même chose ici que penser. » Descartes, Principes de la philosophie.

« Qu’est-ce qu’une chose qui pense? C’est à dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. » Descartes, Deuxième méditation.

« Le fait que l’homme puisse avoir le Je dans sa représentation, l’élève infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivant sur la terre. Par là, il est une personne et, grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui arriver, il est une seule et même personne, c’est à dire un être entièrement différent, par le rang et la dignité de choses telles que les animaux sans raison… » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique.

« Le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations. » Kant , Critique de la Raison pure.

« Tout état de conscience en général est en lui-même, conscience de quelque chose… Par conséquent, il faudra élargir le contenu de l’ego cogito transcendantal, lui ajouter un élément nouveau et dire que tout cogito ou encore tout état de conscience « vise » quelque chose et, qu’il porte en lui-même, en tant « visé » ( en tant qu’objet d’une intention), son cogitatum (= objet de pensée) respectif. » Husserl, Méditations cartésiennes, Vrin, page 28.

« L’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime, et …. nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. »

« Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. » Freud, Introduction à la psychanalyse, Payot, page 266.

Le droit, la justice, l’État

« Par Droit et Institution de la Nature, je n’entends autre chose que les règles de la nature de chaque individu, règles suivant lesquelles nous concevons chaque être comme déterminé à exister et à se comporter d’une certaine manière; » Spinoza, Traité théologico-politique. 1670.

« Il est évident qu’il est parfaitement censé et parfois même nécessaire de parler de lois… injustes. En passant de tels jugements, nous impliquons qu’il y a un étalon du juste et de l’injuste qui est indépendant du Droit positif et lui est supérieur: un étalon grâce auquel nous sommes capables de juger le droit positif ». Léo Strauss, Droit naturel et histoire.

« Mais la nature elle même, selon moi, nous prouve qu’en bonne justice, celui qui vaut plus doit l’emporter sur celui qui vaut moins, le capable sur l’incapable. » Platon, Gorgias, (C’est Calliclès, un sophiste, qui parle).

« Convenons donc que la force ne fait pas le droit et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes. » Rousseau, du Contrat social.

« Se dessaisir de son droit sur une chose, c’est se dépouiller de la liberté d’empêcher autrui de profiter de son propre droit sur la même chose… La transmission mutuelle du droit est ce qu’on nomme contrat. » Hobbes, Léviathan.

Déclaration de 1789.
-Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit.
-Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.
-La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.

« Je dis donc que la souveraineté, n’étant que l’exercice de la volonté générale, ne peut jamais s’aliéner, et que le souverain qui n’est qu’un être collectif, ne peut être représenté que par lui même. » Rousseau, Du contrat social.

« En vérité le but de l’État c’est la liberté ». Spinoza, Traité théologico-politique, 20.
– Dans cet État, en effet, nul ne transfère son droit naturel à un autre de telle sorte qu’il n’est plus ensuite à être consulté, il le transfère à la majorité de la Société dont lui même fait partie; et dans ces conditions tous demeurent égaux. » Spinoza,
Traité théologico-politique, 20.

« Hors de la société, chacun a tellement droit sur toute chose qu’il ne s’en peut prévaloir et n’a la possession d’aucune; mais dans La République, chacun jouit paisiblement de son droit particulier. ». Hobbes, Le citoyen.

« Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas; il a des chefs et non pas des maîtres; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois et c’est par la force des Lois qu’il n’obéit pas aux hommes ». Rousseau, Lettres écrites de la Montagne, huitième.

« Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct » … Rousseau, Du contrat social.

« Les maux ne cesseront pas pour les humains avant que la race des purs et authentiques philosophes n’arrive au pouvoir ou que les chefs des cités, par une grâce divine, ne se mettent à philosopher véritablement. » Platon, Lettre VII.
« Maintenant si nous disions que nous avons trouvé ce qu’est l’homme juste, la cité juste, et en quoi consiste la justice dans l’un et dans l’autre, nous ne passerions pas, je pense, pour nous tromper beaucoup. »  Platon, La République, IV

« Les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, c’est à dire comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen, quelque chose qui, par suite, limite d’autant toute faculté d’agir comme bon nous semble (et qui est un objet de respect). » Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs

« La justice et l’injustice entendues en toute rigueur, ne sauraient se concevoir que dans un État. » Spinoza, Traité politique, II §23.

« Il existe deux manières d’obtenir ce pouvoir souverain. La première est la force naturelle… l’autre manière apparaît quand les hommes s’entendent entre eux pour se soumettre à tel homme ou à telle assemblée, volontairement, parce qu’ils leur font confiance pour les protéger contre tous les autres. Dans ce deuxième cas, on peut parler de République politique politique ou de République d’institution. » Hobbes, Leviathan, chapitre XII.

« Le pouvoir veut de l’ordre, le savoir lui en donne. » M. Serres, Hermès, IV

La liberté et le bonheur

« La Nature commande à tout animal et la bête obéit. l’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister, et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme .» Rousseau

« l’homme est né libre, et partout il est dans les fers » Rousseau

« Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Il n’y a nul dédommagement possibles pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme, et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter cette liberté à sa volonté . » Rousseau


« L’homme libre, c’est à dire qui vit selon le seul commandement de la Raison. » Spinoza

« Conçois-tu maintenant que quelqu’un puisse être supérieur au sage, qui a sur les dieux des opinions pieuses, qui ne craint pas la mort, qui est arrivé à comprendre quel est le but de la nature, qui sait que le souverain bien est à notre portée et facile… » Épicure, Lettre à Ménécée.

« Le Sage, au contraire, considéré en cette qualité, ne connaît guère le trouble intérieur, mais ayant, par une certaine nécessité éternelle conscience de lui même, de Dieu et des choses, ne cesse jamais d’être et possède le vrai contentement. » Spinoza, Ethique V° partie, Scolie prop. XLI

« Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il veut et il désire… Le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination. » Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, deuxième section.

« Une hirondelle ne fait pas le printemps, non plus qu’une seule journée de soleil; de même ce n’est ni un seul jour ni un court intervalle de temps qui font la félicité et le bonheur. » Aristote, Éthique de Nicomaque, I, VII, 16

à suivre… à compléter aussi avec vos révisions des cours et vos manuels…merci de publier pour tous !



Nos citations par thème :

La culture

« La nature c’est tout ce qui vient de l’hérédité biologique, la culture c’est tout ce que l’on acquiert par héritage. » Claude Levi-Strauss.

« La discipline transforme l’animalité en humanité. » Kant.

« Il y a une qualité très spécifique qui distingue les hommes des animaux : c’est la faculté de se perfectionner. » J.J Rousseau

« Est beau ce qu’il plaît universellement sans concept. » Kant

« En droit on ne devrait appeler art que la production par liberté. » Kant

« Prométhée dérobe au Dieu son art de manier le feu et il en fait présent a l’homme. » Platon

« La prohibition de l’inceste comme l’ exogamie qui en est son expression sociale élargie , est une règle de réciprocité » Levi-Strauss

La vérité

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » Descartes

« L’homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant » Pascal

« L’opinion a, en droit, toujours tord » Bachelard

« Il est donc nécessaire qu’il y ait une raison universelle qui m’éclaire…(préférer son cheval a son cocher : ) ce sont des raisons qui, dans le fond, ne sont pas raisonnables » Malebranche

« Penser c’est dire NON » Alain

La liberté

« Il vaut mieux changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » Descartes

« Le plus bas degré de la liberté » est la liberté d’indifférence Descartes

« Ce n’est pas tant des événements que j’ai curiosité que de moi-même. Tel se croit capable de tout qui, devant que d’agir, recule… » Gide, les caves du Vatican

« Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés. » Spinoza, Ethique

« Il n’y a point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois. » Rousseau

« La liberté consiste à vouloir que les choses arrivent à vouloir que les choses arrivent non comme il te plaît mais comme elles arrivent ». Epictète



Voici un texte de Kant qui explique la nécessité de travailler en philosophie au risque  de se prendre pour « un grand seigneur » à la veille des examens…

« C’est que non seulement la paresse naturelle, mais aussi la présomption des hommes (liberté mal entendue), font que ceux qui ont de quoi vivre, que ce soit largement ou chichement, se prennent pour des seigneurs quand ils se comparent aux gens qui doivent travailler pour vivre. -L’Arabe ou le Mongol dédaigne le citadin et se prend pour un seigneur en se comparant à lui, car vagabonder au désert avec ses chevaux et ses moutons est plutôt du divertissement que du travail. C’est une malédiction que le Toungouse des bois entend jeter à son frère quand il lui dit: « Puisses-tu élever ton propre troupeau comme le Buriate ! » Le frère renchérit sur l’imprécation en disant: « Puisses-tu labourer la terre comme le Russe » Ce dernier dira peut-être selon sa façon de penser : « Puisses-tu être assis à une machine à tisser comme l’Allemand ! »- En un mot, tous se prennent pour des seigneurs dans la mesure où ils se croient dispensés de travailler ; et suivant ce principe on est récemment allé si loin dans cette voie que voici que s’annonce de façon ouverte et déclarée une prétendue philosophie pour laquelle point n’est besoin de travailler; il suffit de prêter l’oreille à l’oracle au-dedans de soi-même et d’en faire son profit pour s’assurer l’entière possession de toute la sagesse qu’on peut attendre de la philosophie ; et cela sur un ton qui montre que ses tenants entendent bien ne pas être mis au rang de ceux qui sur le mode scolaire s’estiment tenus de progresser lentement et prudemment de la critique de leur faculté de connaître à la connaissance dogmatique, mais que – sur le mode génial – ils se font fort d’effectuer d’un seul regard pénétrant sur leur intérieur tout ce qu’un travail appliqué peut jamais procurer et bien davantage encore. Des sciences qui exigent du travail, comme les mathématiques, la science de la nature, l’histoire ancienne, la philosophie, etc. beaucoup peuvent bien s’enorgueillir de façon pédante ; mais il est réservé au philosophe de l’intuition de jouer les grands seigneurs, lui dont la démonstration n’a pas à gravir la pente par le travail herculéen de la connaissance de soi, mais à qui une gratuite apothéose permet en son survol de la dispenser d’en haut : car il y parle de sa propre autorité et, de ce fait, il n’est tenu de rendre raison à personne. (…)
Au fond, c’est bien toute philosophie qui est prosaïque, et proposer aujourd’hui de se remettre à philosopher poétiquement pourrait bien passer pour proposer au boutiquier de ne plus écrire désormais ses livres de compte en prose, mais en vers.
Impossible de philosopher sans un travail scolaire et prosaïque. « 

Kant, D’un ton grand seigneur adopté en philosophie



Oskar Kokoschka, 1925, Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de la Ville de Liège, Belgien, © Fondation Oskar Kokoschka / VBK, Wien, 2008

Rappel du sujet :

“On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire des esclavages, et la liberté n’est que celle qu’a celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait cependant pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave, inutile à lui-même ; au contraire, dans un État et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple, non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave, inutile en tout à lui-même, mais un sujet. Ainsi, cet État est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite Raison, car dans cet État, chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre son entier consentement sous la conduite de la Raison.”

Spinoza


Questions
1 – Dégagez l’idée directrice et les articulations du texte.
2 – Expliquez :
a) “être captif de son plaisir […]est le pire des esclavages” ;
b) “vit sous la seule conduite de la Raison”.
c) “esclave”, “sujet”.
3 – Obéir aux lois est-ce être libre ?

Bac blanc de philosophie du lycée René char d’Avignon session 2009.


1/ Dans ce texte, Spinoza dresse la définition de la liberté et de l’esclavage. En effet, pour lui la liberté n’est pas le fait d’agir selon son bon plaisir mais d’agir avec raison et l’esclavage ne consiste pas en la réalisation d’une action sous le commandement d’une personne mais la réalisation d’une action pour le seul profit de la personne qui la ordonnée. L’auteur met en évidence le fait qu’un homme peut-être tout aussi bien esclave de ses désirs que d’une personne qui le commande. Et qu’au contraire, un homme peut rester libre tout en obéissant et en agissant selon des lois fondées sur la Raison. Ainsi, nous pouvons dégager la définition de la liberté, pour l’auteur, qui est le fait d’agir avec raison, même si cela implique d’obéir à certaines personnes ou lois, tant que le fruit de nos actions profite à tout un peuple. De même, la définition de l’esclavage, pour l’auteur, est le fait d’agir avec déraison, c’est-à-dire pour son seul plaisir et ses propres désirs ou d’agir sous la commande d’une personne et que nos actes ne profite qu’à la personne qui en a donné l’ordre.

Le texte peut être séparé en deux parties :

La première, de la ligne 1 à la ligne 8 qui met en évidence le fait que l’homme peut être tout aussi bien esclave d’une personne que de lui-même. En effet, un homme peut être dirigé et agir pour quelqu’un, obéir aux commandements d’une personne qui ne cherche que son propre intérêt et qui pour se faire commande d’autres personnes qui dans ces conditions sont des esclaves. Mais un homme peut aussi être son propre esclave. En effet, lorsque le plaisir prend le dessus sur la raison et qu’un homme n’agit plus selon sa raison mais selon ses envies alors ces actes ne sont utiles que pour son propre intérêt, que leur seul but est de satisfaire les envies et le plaisir d’une personne et n’ont pas d’utilité réelle. Dans ce cas là, l’homme est esclave de ses plaisirs et donc de lui-même.

La deuxième et dernière partie, de la ligne 8 à la fin du texte met en évidence que l’homme libre est l’homme de raison. En effet, même si au premier abord obéir à des lois ou à des personnes semble ôter la liberté, cela n’est point si les lois sont fondées sur la Raison et les actes réalisés pour le bien de tous. De plus, un homme est libre lorsqu’il peut vivre comme il le souhaite mais toujours comme guide la raison, car c’est elle qui sait lorsqu’il est nécessaire, se plier aux lois pour le bien et l’intérêt de tous.

2/a) Dans le sens commun un captif est une personne qui ne peut plus partir d’un endroit (un prisonnier), le plaisir est relatif aux envies, aux sentiments et n’est donc pas quelque chose de raisonné, et l’esclavage est la perte de la liberté par la réalisation d’actes qui ne sont pas de notre’ propre volonté et ne nous sont pas utiles. Dans cette phrase, l’auteur veut mettre en évidence le fait qu’un homme est prisonnier de ses envies, lorsqu’il ne peut plus s’empêcher d’agir dans le but de satisfaire son plaisir, il n’est plus libre de ses actes et devient esclave de ses envies, de son plaisir, de lui-même. Nous pouvons prendre l’exemple d’un toxicomane qui est prisonnier de son addiction à la drogue et qui n’agit que dans le seul but de s’en procurer pour satisfaire son manque, il est donc esclave de sa dépendance à la drogue qui lui procure du plaisir.

b) Dans le sens commun la conduite est le comportement et la raison tout ce qui est réfléchi et prouvé : ce qui est vrai. Dans le contexte, le sens de conduite est la direction, le guide. Ainsi, dans cette phrase l’auteur cherche à mettre en évidence le fait que pour vivre libre, la seule chose qui doit guider un homme est la Raison. C’est-à-dire que l’homme doit toujours se référer à des choses prouvées comme vraies, telles que les lois, et agir avec réflexion. Il ne doit pas se laisser guider par ses intérêts, qui lui empêchent de voir la vérité et par conséquent d’être libre.

c) Le sens commun du mot esclave est une personne ayant perdu sa liberté et travaillant pour un maître, un sujet est une personne qui obéit aux lois d’un souverain. Pour l’auteur, un esclave est quelqu’un qui n’est libre de ses actes car il est obligé de réaliser quelque chose dont l’utilité n’est que pour celui qui en donne l’ordre ou bien quelqu’un dont les actes sont dictés par la recherche su plaisir et qui de se fait n’agit que dans son propre intérêt et n’est plus libre de ses actes. Alors qu’un sujet pour l’auteur est une personne qui vit comme elle le souhaite mais qui est toujours guidée par la raison. De ce fait, elle respecte des lois et agit sous le commandement de quelqu’un et que le fruit de son action sera utile à tout le monde. Un sujet est donc un homme libre guidé par la raison.

3/ Les lois sont le cadre d’une société. Elles permettent ou interdisent certaines actions. De ce fait, on peut considérer qu’elles privent de liberté ceux qui les respectent. Cependant, les lois sont été créées dans le but que tous les membres d’une société se respectent et vivent en bonne intelligence. De plus, notre liberté s’arrête là où commence celle des autres. Et les lois sont faites pour préserver au maximum les libertés de chacun tant qu’elles ne nuisent pas à une autre personne. Donc le problème qui se pose à nous est le suivant : faut-il perdre certaines libertés en respectant les lois pour pouvoir en conserver le plus possible ? Pour répondre à cette interrogation nous développerons deux axes, le premier qui traitera de la liberté en société et le second de l’obéissance aux lois.

La liberté est considérée communément par le fait de pouvoir faire ce que bon nous semble quand nous le décidons. Seulement, comme nous la démontré dans le texte précédant Spinoza, ce n’est pas le cas. La liberté est réellement le fait de pouvoir décider des ses actes, et que ces actes soient guidés par la raison, utiles au plus grand nombre et nuisibles au plus petit.

De ce fait, chaque membre d’une société doit se plier à des lois. Lorsque ces lois sont fondées sur la Raison, elles sont profitables au plus grand nombre et doivent être appliquées même si elles privent certaines personnes d’une petite part de leur liberté. Car la liberté de certains prive d’autres personnes de la leur.

Ainsi, obéir aux lois n’est certes pas être totalement libre mais y contribue. Lorsque l’on vit en société, c’est-à-dire avec d’autres personnes, il faut trouver un équilibre entre la liberté des uns et la liberté des autres, car chaque personne à se propre définition de la liberté. Ainsi, certaines personnes font des choses qui ne plaisent pas à d’autres et vis et versa. Et, le but des lois est de préserver un équilibre entre les gens pour que la liberté de certains ne gène pas celles des autres. Les lois sont donc un gage d’équilibre des libertés entre chaque membre d’une société. Et les respecter ne signifie ni être totalement libre, ni être esclave.

Julia Ferretti, TSTLbio



Rappel de la méthode de dissertation

(et la dernière question sur un texte pour les séries technologiques)

Introduction

Définir tous les mots du sujet : par exemple chercher les contraires, les mots voisins, les mots de la même famille…attention aux synonymes. Confronter les mots entre eux, chercher leurs liens, leurs points communs, leurs différences… S’empêcher de répondre à la question.

Montrer en quoi la question est mal posée, le sujet pose problème dans sa formulation :

– elle contredit une opinion acceptée par le sens commun

– elle interroge la thèse d’un auteur

– elle met en jeu des notions mal définies

– elle concerne des domaines étrangers l’un à l’autre (ex. religion et philosophie, art et science)

– elle admet une réponse évidente, immédiate et précipitée ( pré-jugé)

Annoncer clairement le problème

Trouver les sous-entendus et les enjeux ou intérêts de ce problème, ex . :

-pour la connaissance, le savoir

-pour l’action, la morale

-pour la culture (histoire, art)

-pour l’anthropologie (définition de l’homme)

-pour soi, lecteur ayant à réfléchir sur cette question précise.

Annoncer les grandes parties de son plan

Récapitulatif d’une introduction :

Analyse du sujet

Problématique

Intérêt

Annonce du plan

Développement :

On conseille deux parties pour éviter le fameux thèse antithèse synthèse (oui, non, bof) qui cumule le défaut de la contradiction et celui du relativisme.

  1. Thèse
  2. Limite (s) de dette thèse, ou dépassement, on va plus loin sans se contredire

Une seule idée par partie mais plusieurs arguments.

Les exemples ne prouvent rien, ils sont secondaires ; les citations (exactes et entre guillemets) ou les références viennent seulement illustrer l’argument.

Penser aux transitions qui n’ont de valeur que pour insister sur le fil conducteur (problématique) et montrer une progression de la réflexion.

Le plan se présente comme suit:

  1. Une idée
  • argument

-exemple, référence citation

  1. Une idée
  • argument

-exemple, référence citation

La conclusion

Il faut conclure sans faire d’ouverture, ni à un autre sujet, ni au thème engagé dans le devoir, ni à un jugement de valeur ; pas de conclusion apocalyptique ni d’un optimisme naïf.

Faire le point sur le problème, c’est-à-dire, expliquer où on en est de notre réflexion :

-soit le problème est résolu, on dit comment, et on donne clairement cette solution

-soit on indique les difficultés qui subsistent à la fin de notre argumentation, en montrant tout de même l’essai de résolution.

On peut terminer par l’intérêt de ce sujet, mais on évite les citations en guise de mot de la fin, comme les exclamations, les points de suspension et les questions.



http://matthieu.chevrier.free.fr/couvertures/couv101.jpg

T. STG, STLB1, STLB2, STLC

Le candidat traitera l’un des sujets au choix :

Sujet 1

A quoi reconnaît-on l’humanité en chaque homme ?

Sujet 2

Peut-on tolérer toutes les opinions ?

Sujet 3

« On pense que l’esclave est celui qui agit par commandement et l’homme libre celui qui agit selon son bon plaisir. Cela cependant n’est pas absolument vrai, car en réalité être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c’est le pire des esclavages, et la liberté n’est que celle qu’a celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. Quant à l’action par commandement, c’est-à-dire l’obéissance, elle ôte bien en quelque manière la liberté, elle ne fait cependant pas sur-le-champ un esclave, c’est la raison déterminante de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais de celui qui la commande, alors l’agent est un esclave, inutile à lui-même ; au contraire, dans un État et sous un commandement pour lesquels la loi suprême est le salut de tout le peuple, non de celui qui commande, celui qui obéit en tout au souverain ne doit pas être dit un esclave, inutile en tout à lui-même, mais un sujet. Ainsi, cet État est le plus libre, dont les lois sont fondées en droite Raison, car dans cet État, chacun, dès qu’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire vivre son entier consentement sous la conduite de la Raison. »

Spinoza


Questions
1 – Dégagez l’idée directrice et les articulations du texte.
2 – Expliquez :
a) « être captif de son plaisir […]est le pire des esclavages » ;
b) « vit sous la seule conduite de la Raison ».
c) « esclave », « sujet ».
3 – Obéir aux lois est-ce être libre ?





Peau de feuilles [Pelle di foglie], 2000
330 x 180 x 130 cm; module de Respirer l’ombre: 78 x 117 x 7 cm
Collection Centre Pompidou-Mnam, Paris
Vue de l’installation au Centre Pompidou
Ph. Cnac/Mnam/Dist. RMN; Philippe Migeat, 2000
© ADAGP, Paris 2007

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Correction bac blanc TES : Les hommes sont-ils des êtres à part dans la nature ?

Bien lire et définir les termes du sujet :

Il s’agit des hommes et non de l’individu, ce qui nous invite à nous interroger sur la notion d’espèce confrontée à d’autres êtres vivants. Les hommes, dans leur totalité ont des qualités communes. Ils constituent un genre à part et se distinguent des animaux.

Des êtres à part suppose la particularité, une place spécifique au sein de la nature, voire une place privilégiée (c’est un sous entendu mais cela n’est pas explicite). Un statut distinct n’est pas forcément exceptionnel : attention aux jugements de valeur.

Dans la nature : ne pas réduire ce mot au seul environnement, ce qui reviendrait à une comparaison entre les hommes et les autres vivants. Le mot nature a plusieurs sens. Ici dans la nature nous enjoint à ne pas oublier que l’homme est un être naturel mais aussi un être qui entretient un rapport particulier avec la nature.

S’interroger :

Existe-t-il une nature humaine spécifique ? L’homme est-il distinct par le rapport même qu’il entretient avec la nature, rapport qui selon le vœu de Descartes le rend « comme maître et possesseur de la nature ? »

Problématique :

Être à part dans la nature ne signifie pas forcément que les hommes ont une supériorité ou une place exceptionnelle. « L’homme n’est pas un empire dans un empire » affirmait Spinoza, parce qu’il n’est ni supérieur ni un simple être naturel parmi d’autres. L’homme appartient à la nature mais entretient un rapport spécifique avec elle qui pose problème : D’une part, l’existence de ce que l’on nomme la culture paraît de manière universelle le définir et le distinguer des autres vivants, d’autre part l’hégémonie qu’il s’accorde par le développement de cette même culture (en particulier techno-scientifique) met en cause sa place au sein même de la nature.

Enjeux :

Nature (déterminisme biologique) et culture (éducation, tradition, histoire)

Savoir (science) et pouvoir (technique)

Intérêt anthropologique (question qu’est-ce que l’homme ?)

Les moyens et les fins (place de l’homme, morale, liberté)

La spécificité de l’homme : la culture

  • La condition fondamentale : « l’homme est un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant » Pascal

  • La notion de groupe permet une vie sociale « l’homme est un animal politique » Aristote, cela veut dire qu’il vit dans une communauté (polis = cité) et l’organise la hiérarchise de manière rationnelle.

  • D’autres caractéristiques peuvent définir l’homme en le distinguant des animaux : le langage, le rire, le travail, l’histoire, la technique (cf. les sciences humaines)

L’homme n’est humain que par les modifications qu’il opère sur la nature

  • La nature humaine est « à part » dans la mesure où elle échappe à l’unité d’une définition : elle est négatrice du donné naturel aussi bien pour l’existentialisme que pour l’ethnologue affirmant la diversité des cultures. Ex. de l’enfant sauvage qui est indétermination ; n’ayant pas reçu de culture d’un groupe humain, il n’en est pas pour autant animal.

  • L’homme est déterminé par la nature en ce qui concerne l’hérédité biologique, les besoins, les lois physiques. Mais il élabore et transforme la nature, par exemple le besoin de manger en distinctions (le cru, le cuit, le mangeable et ce qui ne l’est pas, la façon de préparer, de consommer, etc). Son corps n’est jamais accepté de façon initiale (vêtements, bijoux, coiffures, cosmétiques, tatouages et même chirurgie). Les contraintes sont détournées par les techniques (ex. l’aviation défi aux lois de la gravité). L’animal s’adapte à son milieu, l’homme adapte son milieu.

  • Par ses instincts, l’animal est dès sa naissance tout ce qu’il peut être. L’homme est indéterminé, il est capable par sa raison, son imagination, ses désirs… de se définir pour le meilleur comme pour le pire. C’est ce que Rousseau appelle la perfectibilité. En transformant la nature qui n’est alors qu’un moyen, l’homme accède à la liberté en réalisant ses propres fins.

Une place « à part » sans privilège

  • L’homme dépend en un sens de l’environnement et des autres animaux (pour sa survie, pour sa compagnie). Il n’échappe pas aux lois du vivant, (en particulier l’évolution des espèces)

  • Quand on parle de nature il ne s’agit pas de regretter la mère nourricière, paradis caricaturé par Voltaire à propos de l’état de nature de Rousseau et d’arrêter les progrès techniques. L’humanisation universelle est à prendre en compte pour comprendre la place « à part » des hommes sans idéaliser les sociétés dites « primitives ». L’ethnologie montre en effet que ces sociétés ont bien conscience, par les pratiques magiques ou religieuses par exemple, d’occuper une place à part. Le choix des sociétés industrielles n’est qu’un choix parmi d’autres de moyens négateurs du donné naturel. D’autres nous semblent peut être plus conciliant avec le milieu.

  • La place « à part » signifie la coupure entre deux ordres distincts : la nature et les cultures des hommes. Le développement des sciences et des techniques est un choix culturel qui semble aujourd’hui entrainer une exploitation de la nature par l’homme. Mais il prend conscience du fait que sa place non seulement rompt l’équilibre naturel et son rapport à la nature mais mais aussi en danger sa propre survie. Place peu enviable : Les hommes sont les seuls capables de se supprimer.

  • La conscience fait de l’homme une personne, un être singulier capable de dire « je », et un être de dignité, seul sujet de respect : c’est ce que Kant nomme être une fin en soi. A l’inverse, les animaux, dénués de conscience ont le statut de chose, et c’est pourquoi ils sont utilisés comme des moyens, si nous leur devons des égards, nous pouvons aussi les utiliser, les consommer, les échanger ou les vendre. Enfin tout comme les choses, produites par l’action de la nature ou fabriquées par l’homme, les animaux sont déterminés quand l’homme aspire à la liberté.

Conclusion :

On ne peut pas affirmer le caractère exceptionnel de l’être humain par des critères qui le distinguent des autres êtres vivants. L’homme appartient à la nature. Mais il doit être considéré d’une autre manière que ces autres êtres dans la mesure où il connait et maitrise la nature et est le seul à posséder cette faculté réflexive sur ses savoirs et ses pouvoirs : la conscience. Cette faculté particulière permet à l’homme de savoir qu’il connait la nature, de savoir qu’il la maitrise. C’est la caractéristique d’un être conscient qui le met « à part » dans la nature, capable avons nous dit du meilleur comme du pire. A lui de « savoir pour prévoir et prévoir pour pouvoir » comme l’affirmait A. Comte. L’homme peut en effet prendre conscience de la fragilité de la nature, comme de sa propre fragilité au sein de la nature.

Textes à l’appui :

« Je pose en principe un fait peu contestable: que l’homme est l’animal qui n’accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L’homme parallèlement se nie lui-même, il s’éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l’animal n’apporte pas de réserve. Il est nécessaire encore d’accorder que les deux négations que, d’une part, l’homme fait du monde donné et, d’autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l’une ou à l’autre, de chercher si l’éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d’une mutation morale. Mais en tant qu’il y a homme, il y a d’une part travail et de l’autre négation par interdits de l’animalité de l’homme. » Georges Bataille, L’érotisme, 10/18

« On pose la question de savoir si l’homme est par nature moralement bon ou mauvais. Il n’est ni l’un ni l’autre, car l’homme par nature n’est pas du tout un être moral ; il ne devient un être moral que lorsque sa raison s’élève jusqu’aux concepts du devoir et de la loi. On peut cependant dire qu’il contient en lui-même à l’origine des impulsions menant à tous les vices, car il possède des penchants et des instincts qui le poussent d’un côté, bien que la raison le pousse du côté opposé. Il ne peut donc devenir moralement bon que par la vertu, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur lui-même, bien qu’il puisse être innocent s’il est sans passion.
La plupart des vices naissent de ce que l’état de culture fait violence à la nature et cependant notre destination en tant qu’homme est de sortir du pur état de nature où nous ne sommes que des animaux. »
Kant

«
«
Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner; faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu, au lieu qu’un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile? N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif, et que, tandis que la bête, qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme, reperdant par la vieillesse ou d’autres accidents, tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la bête même? Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir que cette faculté distinctive, et presque illimitée, est la source de tous les malheurs de l’homme; que c’est elle qui le tire, à force de temps, de cette condition originaire, dans laquelle il coulerait des jours tranquilles et innocents; que c’est elle, qui faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus, le rend à la longue le tyran de lui-même, et de la Nature. » JJ Rousseau

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