Résumé d’un article intitulé « Le papillon de Darwin » écrit par le chercheur Jean Guyon et publié dans le numéro de Sciences et Avenir hors-série d’avril-mai 2005

Les phalènes sont des papillons présents dans les îles britanniques, qui se nourrissent des lichens présents sur le bouleau. Avant la moitié du XIX ème siècle, il n’existait que des phalènes de couleur claire due à l’allèle C, que les scientifiques nomment la forme Typica. Cependant, on observe pour la première fois en 1848 des phalènes de couleur noire, due à la mutation du gène concernant la couleur du corps, créant un nouvel allèle C : c’est la forme Carbonaria .

Au cours du XXème siècle, la forme Carbonaria devient de plus en plus fréquente chez la population des phalènes. Par ailleurs, les scientifiques observent que les zones où il y a le plus de phalènes noires sont des zones industrielles alors que les phalènes claires se trouvent majoritairement dans les zones rurales.

Pour comprendre ce phénomène, le chercheur anglais Kettlewel l réalisa entre 1952 et 1953 une longue expérience sur 3000 phalènes dont certaines étaient de la forme Typica, alors que d’autres étaient de la forme Carbonaria. M. Kettlewell pesait ces phalènes sur des troncs ou des branches de couleur variable, observait à la jumelle leur capture par les oiseaux, calculait le taux de capture en fonction de la couleur et comptait chaque jour le nombre de phalènes restantes. De plus, son ami Tinbergen, futur prix Nobel pour ses travaux en éthologie, prit de nombreuses photos de cette expérience et tourna des films montrant indiscutablement que les phalènes étaient des proies privilégiées pour les oiseaux.

Le résultat de cette expérience est le suivant : la location des différentes formes Carbonaria et Typica des phalènes est due à la couleur de l’écorce des arbres sur lesquels les phalènes se posent. En effet, dans les zones proches des sites industriels, les lichens disparaissent et l’écorce se couvre de suie. Les phalènes noires sont alors avantagées car en se posant sur les arbres, leur couleur leur permet de se camoufler, elles sont ainsi moins détectables par les oiseaux. De même, la phalène de la forme Typica augmente ses chances de survie en se posant sur un bouleau dont l’écorce est claire ( ce qui se trouve en milieu rural). La forme Carbonaria est donc avantagée en milieu industriel pollué, alors que la forme Typica est avantagée en milieu rural. Il y a donc une « sélection » naturelle, le facteur sélectif étant la capacité des insectes à se protéger par camouflage de la prédation par les oiseaux. Cette expérience est donc un parfait exemple du principe de sélection naturelle théorisé par Darwin. Les individus porteurs d’allèles qui dans des conditions de milieu spécifique leur donne une plus grande probabilité de survie (reproduction) ont plus de descendants : la fréquence de ces allèles dans la population augmente. Le milieu favorise les allèles apparus aléatoirement qui confèrent un avantage aux mutants.

Cependant l’expérience de Kettlewell a été grandement contestée. Certains scientifiques pensent que les oiseaux ne sont pas les principaux prédateurs des phalènes, ou alors que la couleur noire est due à une chenille qui absorbe des sels minéraux induisant des mutations. D’autres scientifiques contestent la méthode que Kettlewell a utilisée. Basé sur la perception visuelle, il observait les papillons à travers des jumelles et sur l’étude de photographies.

Bien que cette expérience soit une démonstration directe d’un cas de sélection naturelle, les créationnistes s’appuient aujourd’hui sur les controverses de cette expérience pour nourrir leur argumentaire antiévolutionniste et anti sélectionniste.

® Les néocréationnistes ont-ils de véritables arguments ? Lesquels ?

® La Théorie de l’évolution de Darwin peut-elle expliquer tous les aspects de l’évolution ?

GAULHIAC Sylvain

Laisser une réponse :

Vous devez être connecté pour poster un commentaire...