Du goût

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Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté, le grand beau, le to kalon. Il vous répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un nègre de Guinée ; le beau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté.

Interrogez le diable ; il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes, et une queue. Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias ; il leur faut quelque chose de conforme à l’archétype du beau en essence, au to kalon.

VOLTAIRE, article beau du dictionnaire philosophique

De l’universalité

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Qu’allons nous chercher au spectacle si nous ne sommes pas en mesure de nous entendre et si nous trouvons, chez nous, si proche de nous ce qui nous ravit ? La question du goût n’est pas aussi simple que le relativisme de Monsieur Voltaire, qui à l’instar de son crapaud ne s’est peut-être pas donné la peine de s’instruire sur les coutumes étrangère qu’il dénonce avec virulence et qu’il n’est pas difficile de contredire.

De fait le crapaud préfère sa crapaude, mais a-t-il seulement le choix d’un autre objet d’amour ? Est-il seulement capable de sentiment, car enfin, la métaphore ne vaut pas un vers de Monsieur La Fontaine !

Plus grave est cet ethnocentrisme, voire racisme qui aujourd’hui serait un scandale quand on sait que les liens entre les hommes vont bien au-delà du village, du pays, des frontières, englobants « sauvages » et « barbares », « nègres » et « métèques » de tous horizons.

Relevons la faute ontologique de l’auteur qui prétend mesurer la beauté à l’aulne du to kalon : le beau. La crapaude, la négresse, la diablesse, ne seraient que des copies, des images dégradées de ce modèle universel et absolu ! Heureusement que depuis Platon, nous savons que la beauté ne réside pas dans ces pâles imitation et que le critère de ressemblance n’a aucune valeur dans nos jugements de goût ! Certes, tout un chacun affirme avec Voltaire, que « des goûts et des couleurs on ne discute pas ! » Et pourtant, ne faisons nous pas que cela ?

Que disons nous au spectacle ? à l’entracte, à la sortie ? Nous cherchons ensemble la possibilité d’un accord entre les esprits, la possibilité d’un véritable jugement de goût qui ne soit pas fondé sur un consensus social (mode, bienséance), nisur lde simples sensations comme l’agréable, le bien-être. Kant affirme que cette universalité du goût existe bien :

« En ce qui concerne l’agréable, chacun consent à ce que son jugement sur un sentiment particulier et par lequel il affirme qu’un objet lui plait, soit restreint à une seule personne. Il admet donc quand il dit : le vin des caraïbes est agréable, qu’un autre corrige l’expression et lui rappelle qu’il doit dire : il m’est agréable; il en est ainsi non seulement pour le goût de la langue, du palais et du gosier, mais aussi pour ce qui plait aux yeux et aux oreilles de chacun. Il en va tout autrement du beau. Ce serait ridicule si quelqu’un se piquant de bon goût, pensait s’en justifier en disant : cet objet (édifice que nous voyons, le concert que nous entendons, le poème que l’on soumet a notre appréciation ) est beau pour moi. Car il ne doit pas appeler beau ce qui ne plait qu’à lui. Beaucoup de choses peuvent avoir pour lui du charme et de l’agrément, il n’importe; mais quand il dit d’une chose qu’elle est belle, il attribue aux autres la même satisfaction; il ne juge pas seulement pour lui, mais au nom de tous et parle alors de la beauté comme d’une propriété des objets; il dit donc que la chose est belle et ne compte pas pour son jugement de satisfaction sur l’adhésion des autres parce qu’il a constaté qu’à diverses reprises leur jugement était d’accord avec le sien, mais il exige cette adhésion. Il blâme s’ils en jugent autrement, il leur refuse d’avoir de goût et il demande pourtant qu’ils en aient; et ainsi on peut pas dire que chacun ait son goût particulier. Cela reviendrait à dire le goût n’existe pas, c’est à dire le jugement esthétique qui pourrait à on droit prétendre à l’assentiment de tous n’existe pas. »

Kant, Critique de la faculté de juger

Serons nous en mesure de nous entendre, de partager nos goûts sur la particularité de ce spectacle de musique, danse et peinture ?

A suivre…

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