http://www.educnet.education.fr/louvre/mort/images/dets1.jpg © [Louvre.edu] – 2000 Photo Erich Lessing

Réfréner son ressentiment est nécessaire surtout à ceux […] qui s’approchent d’une table royale. […] Il faut rire à son propre deuil. La vie vaut-elle pareille contrainte ? […] Nous ne consolerons pas d’un si triste bagne, nous n’exhorterons pas à supporter la domination des bourreaux ; nous montrerons dans toute servitude une porte ouverte à la liberté.

Sénèque, De Ira, III, XV,3

Tacite texte ANNALES livre XV; LXII, LXII

Ille, interritus, poscit testamenti tabulas ; ac, denegante centurione, conversus ad amicos, quando meritis eorum referre gratiam prohiberetur, quod unum iam et tamen pulcherrimum habeat, imaginem vitae suae relinquere testatur ; cuius si memores essent, bonarum artium famam tam constantis amicitiae laturos. Simul lacrimas eorum, modo sermone, modo intentior, in modum coercentis, ad firmitudinem revocat, rogitans ubi praecepta sapientiae, ubi tot per annos meditata ratio adversum imminentia. Cui enim ignaram fuisse saevitiam Neronis ? neque aliud superesse, post matrem fratremque interfectos, quam ut educatoris praeceptorisque necem adiceret. »

Ubi haec atque talia velut in commune disseruit, complectitur uxorem, et, paululum adversus praesentem fortitudinem mollitus, rogat oratque temperaret dolori, ne aeternum susciperet, sed in contemplatione vitae per virtutem actae desiderium mariti solaciis honestis toleraret. Illa contra sibi quoque destinatam mortem adseverat manumque percussoris exposcit. Tum Seneca gloriae eius non adversus, simul amore, ne sibi unice dilectam ad iniurias relinqueret, <<Vitae, inquit, delenimenta monstraveram tibi, tu mortis decus mavis ; non invidebo exemplo. Sit huius tam fortis exitus constantia penes utrosque par, claritudinis plus in tuo fine. >>

Historique

Sénéque, 4av. J.-C. /65 ap. J.-C.

Avocat brillant, Sénèque avait été appelé ainsi que Burrus (mort en 62) par Agrippine, pour être le précepteur de Néron en 49. Malgré ses leçons, Néron lui échappe rapidement mais pendant 13 ans, précepteur et ministre il mène une vie de cour fastueuse. Mais en 62, las de son impuissance, en butte à de nombreuses jalousies, il demande à se retirer. L’empereur refuse mais Sénèque se réfugie tout de même dans une semi-retraite, se consacrant à son œuvre philosophique.

En 65, c’est la conjuration de Pison. Ce dernier avocat et noble réunit autour de lui des hommes mécontents du règne et des abus de Néron et qui veulent, pour des raisons diverses se venger de lui. Trahis auprès de Néron par l’esclave d’un conjuré qui avait compris leur projet, ils sont dénoncés par deux d’entre eux arrêtés et menacés de torture. Le nom de Sénèque est prononcé (sans preuve réelle) à la joie de Néron qui le hait etr ne demande qu’à se débarrasser de lui. (« la mort de Sénèque, de toutes la plus agréable au prince »). Sénèque reçoit l’ordre de se suicider ainsi que les écrivains Lucain et Pétrone, eux aussi compromis.

Œuvre de Sénèque

A l’origine, la philosophie n’était pas populaire à Rome, le Romain étant, par nature, attiré par les choses concrètes, de la vie quotidienne, de la vie politique ou de la guerre. la philosophie romaine ne fait vraiment son apparition qu’avec les traités philosophiques de Cicéron, rédigés à la fin de sa vie et présentant, aux hommes d’État désœuvrés sous la dictature de César, un condensé des découvertes de la sagesse grecque. C’est alors que l’enseignement de la philosophie prend tout son essor, mais c’est moins un enseignement de différents systèmes d’idées que de la façon d’appliquer ces idées dans la vie. C’est donc surtout un enseignement de préceptes moraux : la philosophie doit développer la vie intérieure, – contre laquelle les caprices du prince ne peuvent rien – (Lettres à Lucilius) , soutenir les liens affectifs à l’égard de la famille et des esclaves considérés désormais comme des « frères humains », (Lettres à Lucilius) et tenter de répondre à l’anxiété sur la destinée de l’âme après la mort.

Sénèque n’a pas de système philosophique précis ; la dialectique n’est pas son fort et ses ouvrages, les traités comme les dialogues, sont tous très mal composés. De plus, on n’est jamais dépaysé en passant d’un traité à l’autre car on retrouve à peu près toujours les mêmes développements ; à l’appui de ces développements, Sénèque va chercher son bien dans le stoïcisme, bien sûr, mais aussi dans l’épicurisme ; il ne cherche à résoudre aucun problème métaphysique ; seules la morale et son efficacité dans la vie quotidienne l’intéressent. Théoriquement on doit viser au souverain bien, c’est-à-dire la vertu (idée stoïcienne) ( De Vita beata) ; cependant, point d’intransigeance (De Vita beata) : dans la pratique, il faut se plier aux nécessités de la vie, sans en être esclave, en créant en soi la paix de l’âme, en s’élevant au-dessus des événements. Cependant Sénèque n’oublie jamais les problèmes de société : le De Beneficiis souligne le problème des rapports entre l’aristocratie et sa clientèle ; (De Beneficiis) le De Clementia, celui des rapports entre le prince et ses sujets (la notion de justice doit être compensée par la clémence). (De Clementia)

Mais le triomphe de Sénèque réside dans son rôle de directeur de conscience. Déjà dans les Dialogues (où souvent l’interlocuteur fictif cache l’absence de problématique) l’argumentation prend la plupart du temps l’allure d’une diatribe où le prédicateur interpelle son auditeur et le conduit vers un certain but : le sage est comparé à un lutteur bien exercé qui parvient à terrasser la fortune. Ainsi dans le De Tranquillitate animi, Sénèque conseille à son interlocuteur de dépasser ses incertitudes, son ennui de vivre pour arriver à un équilibre serein, au besoin en se dépensant pour le bien de l’État. De Tranquillitate animi En revanche, dans le De Breuitate uitae, il stigmatise, en bon stoïcien, la foule, qui apprend à révérer de fausses valeurs (argent, places, honneurs) (De Breuitate uitae) et il indique que le sage ne doit participer à la vie de la cité que s’il y jouit de quelque influence ; il doit essentiellement préserver l’indépendance de son être intérieur. Le De Ira nous met tous en garde contre les méfaits de la colère et indique les remèdes pour la surmonter aussi bien chez les autres qu’en soi.

Mais c’est surtout dans les Lettres à Lucilius que Sénèque pratique la direction de conscience : toute occasion, même la plus fortuite, est bonne pour amener le lecteur aux réflexions les plus hautes. En conseillant les autres, d’ailleurs, avec un sens aigu de l’observation psychologique, Sénèque donne souvent l’impression qu’il cherche à s’analyser et se guérir lui-même : c’est une méditation à deux, le philosophe et son lecteur, un entraînement commun à pratiquer une ascèse en vue de catastrophes toujours possibles (et probables sous Néron ! )

Le succès posthume de Sénèque vient d’abord d’une très bonne connaissance du cœur humain, qu’il avait appris à connaître dans la haute société de Rome ; il vient aussi de la manière dont il prodigue ses conseils de morale, son « art de vivre » (Lettres à Lucilius) : apparemment un stoïcisme austère (se détacher des biens – supporter le malheur sans émotion – affronter sereinement la mort), mais qui, dans la pratique, sait transiger avec les nécessités de la vie.

Commentaire

Deux axes sont proposés :

  1. Le stoïcisme de Sénéque et de Pauline, en conformité avec toute la philosophie stoïcienne de Sénéque.
  • les amis (si le sage désire vivre, c’est pour rendre service à ceux qu’il aime)
  • la règle de vie (l’art de bien vivre)
  • la pensée de la mort (l’art de bien mourir)
  1. L’amour de Sénèque pour sa femme Pauline
  • la vertu et la douleur
  • la consolation, maitrise des émotions
  • le modèle du suicide (grandeur du geste dans l’union des époux)

vocabulaire

Ille : celui-ci (Sénèque)

Supersum esse : rester (en plus)

interritus, a, um : non effrayé

Aliud quam ut : autre chose que de

porco,is,ere : demander

Adjicio, is,ere : ajouter

testamentum,i, n : testament

neces,is, f. : la mort

tabula,ae : tablettes (ici registre, livre)

ubi+ind : lorsque

denego,as,are : refuser

Dissero,is,ere,rui : exposer

denegante centurione : ablatif absolu

velut

converto,is,ere,verti, verrum : tourner conversus : s’étant tourné

In commune : pour l’usage général

testor,aris,ari : prendre à témoin, attester (+prop. Inf.)

Complector,eris,ti : embrasser

quando : puisque

Paululum : un peu

prohibeo,es,ere : défendre, interdire

Mollitus, a, um : amolli, attendri

referre gratiam : témoigner sa reconnaissance

Adversus : contre, à l’encontre

meritum,i : service

Formido, inis f.: la peur

relinquo,is,ere : laisser

Oro, as, are : prier de (+ subj. seul)

cujus : dont (ante vitae suae)

Tempero,as,are : maîtriser (+ dat.)

memor,oris : qui se souvient

Neu : et de ne pas (relie deux propositions au subj.)

laturos esse : de fer

Suscipio,is,ere : se charger de, assumer

ferro,es,ere,latum : obtenir

Aeternum (sous ent. dolorem)

fama,ae : réputation, renom

Actus,a,um : passé, vécu

bonae artes : les vertus

Solacuim,ii n : consolation

fructum : attr. du cod famam

Illa celle-ci (Pauline)

fructus,us m : fruit, récompense

Contra : au contarire

simul : en même temps

Adsevero, as, are : assurer (+prop. Inf.)

revoco,as,are : ramener

Exposco,is,ere : réclamer

firmitudo,inis f. : fermeté

Percussor, oris m : meurtrier

modo…modo : tantôt…tantôt

Tum : alors

sermo,onis, m. : conversation

Adversus, a, um esse : être opposé à + datif

intentus, a, um : énergique, tendu

Ne : pour ne pas + subj.

modus,i m : manière, ton

Dilectus, a,um de diligo : aimé

coerceo,es,ere : réprimer, corriger

Sibi : pour elle-même

coercentis : de celui qui réprimande

Unice : de manière unique, exceptionnelle

Rogito,as,are : demander avec insistance

Delenimentum,i, n. : charme

Ubi : où sous entend.essent

Malo, mavis, malle : préférer

Ratio, onis f. : la raison

Decus, oris, n. l’honneur

Tot ; tant

Invideo,es, ere : être jaloux + datif

Adversum +acc : contre

Exitus,us, m : mort

Immineo,es,ere : menacer

Par, paris, égal

Iminentiae : les choses qui menacent

Penes + acc. En possession de

Cui : à qui

Interque : l’un et l’autre

Fuisse : fuerat infinitif de narration

Claritudo,inis, f. : gloire, éclat

Ignarus,a,um : inconnu

Exsolvo, is,ere : ouvrir

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