Selon Kant, en toute rigueur, il ne peut y avoir de passion que d’homme à homme :
“Les passions ne sont toujours que des désirs d’hommes à hommes et non pas d’hommes à choses : pour un champ fertile, pour une vache prolifique, on peut avoir une inclination, qui, à vrai dire, est recherche du profit : mais on ne peut avoir pour eux d’affection (celle-ci consiste en une tendance à former communauté avec d’autres), encore moins de passion. [...]
Chez les simples animaux, la tendance la plus violente (par exemple la tendance sexuelle) ne prend pas le nom de passion : c’est qu’ils ne possèdent pas la raison qui seule fonde le concept de liberté et qui s’oppose à ma passion: c’est donc chez l’homme seul qu’elle surgit. Il est vrai qu’on dit des hommes qu’ils aiment certaines choses passionnément (la boisson, le jeu, la chasse) ou qu’ils haïssent passionnément (le musc ou l’alcool de vin). Mais ces différentes répulsions, on ne les appelle pas pour autant passions - car ce ne sont qu’autant d’instincts différents”.
Emmanuel Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique (1797), trad. M. Foucault, Éd. Vrin, 1979, pp. 121-122.
Pas de passion sans conscience , texte de Kant
4 octobre 2008 · Pas de commentaire
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L’animal n’a point conscience , texte d’ Alain
4 octobre 2008 · Pas de commentaire
L’animal n’éprouve  pas de passion, parce qu’il n’est pas doué de conscience, c’est-à -dire de conscience morale :
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“Les animaux, autant que l’on peut deviner, n’ont point de passions. Un animal mord ou s’enfuit selon l’occasion; je ne dirai pas qu’il connaît la colère ou la peur, car rien ne laisse soupçonner qu’il veuille résister à l’une ou à l’autre, ni qu’il se sente vaincu par l’une ou par l’autre. Or c’est aussi pour la même raison que je suppose qu’il n’a point conscience. Remarquez que ce qui se fait par l’homme sans hésitation, sans doute de soi, sans blâme de soi, est aussi sans conscience. Conscience suppose arrêt, scrupule, division ou conflit entre soi et soi. Il arrive que, dans les terreurs paniques, l’homme est emporté comme une chose. Sans hésitation, sans délibération, sans égard d’aucune sorte. Il ne sait plus alors ce qu’il fait. Mais observez les actions habituelles tant qu’elles ne rencontrent point d’obstacles, nous ne savons pas non plus ce que nous faisons. Le réveil vient toujours avec le doute; il ne s’en sépare point. De même celui qui suit la passion n’a point de passion. La colère, le désir, la peur, ne sont plus alors que des mouvements”.
Alain, Propos, 5 avril 1924, t. II, Gallimard, colt. « Bibliothèque de la Pléiade», 1970, p. 624.
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Le “Je” change tout (texte de Kant)
2 octobre 2008 · 2 commentaires
Lorsque l’enfant dit « Je », il devient une personne :
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“Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir place l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là il est une personne ; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, c’est-à -dire un être entièrement différent, par le rang et la dignité de choses comme le sont les animaux sans raison dont on peut disposer à sa guise ; et ceci même lorsqu’il ne sait pas dire Je, car il l’a dans la pensée ; ainsi toutes les langues, lorsqu’elles parlent à la première personne, doivent penser ce Je, même si elles ne l’expriment pas par un mot particulier. Car cette faculté (de penser) est l’entendement.
Il faut remarquer que l’enfant qui sait déjà parler assez correctement ne commence qu’assez tard (peut être un an après) à dire Je ; avant il parle de soi à la troisième personne (Charles veut manger, marcher, etc) ; et il semble que pour lui une lumière vienne de se lever quand il commence à dire Je ; à partir de ce jour il ne revient jamais à l’autre manière de parler. Auparavant il ne faisait que se sentir ; maintenant il se pense”.
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Kant, Anthropologie pragmatique, Vrin, trad. M. Foucault p.000
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La conscience, seul fondement de l’identité (texte de Locke)
2 octobre 2008 · 2 commentaires
En quoi l’identité personnelle consiste-t-elle ? S’il est vrai que le Moi se définit par la conscience de soi, alors je ne suis que ce que j’ai la conscience d’être ou d’avoir été ; ma personne ne s’étend pas au-delà de mes souvenirs et je ne suis pas plus ce nourrisson, que j’ai été mais dont je n’ai gardé aucun souvenir, que tel autre personnage qui n’aurait rien d’autre avec moi de commun que le nom. Mais alors l’identité personnelle, réduite à la seule conscience de soi, ne se réfère plus à aucune réalité objective, que ce soit le corps ou l’âme, qui en serait le support. C’est la notion même de sujet ou de substance (littéralement ce qui se tient dessous, ce qui soutient par exemples des propriétés ou des états de conscience), qui se trouve ici contestée.Â
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La conscience seule constitue le soi
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« Il n’y a que la conscience qui puisse unir en une même personne des existences éloignées, et non l’identité de substance. Car quelle que soit la substance, quelle que soit sa structure, il n’y a pas de personne sans conscience : (ou alors) un cadavre pourrait être une personne, aussi bien que n’importe quelle substance sans conscience.
Pourrions-nous supposer deux consciences distinctes et incommunicables faisant agir le même corps, l’une de jour et l’autre de nuit, et en sens inverse la même conscience qui ferait agir par intervalle des corps distincts ? Je me demande si, dans le premier cas, celui qui travaille de jour et celui qui travaille de nuit ne seraient pas deux personnes aussi distinctes que Socrate et Platon ; et si, dans le second cas, il n’y aurait pas une personne en deux corps différents, tout comme un homme reste le même dans des vêtements différents.
Il ne sert absolument à rien de dire que dans les cas précédents les consciences sont les mêmes ou diffèrent en fonction de substances immatérielles identiques ou différentes, qui introduiraient en même temps la conscience dans ces corps : que cela soit vrai ou faux, cela ne change rien, puisqu’il est évident que l’identité personnelle serait déterminée dans les deux cas par la conscience, qu’elle soit attachée à une substance immatérielle ou non. Si l’on accorde en effet que la substance pensante de l’homme doit être nécessairement supposée immatérielle, il n’en demeure pas moins évident que la chose pensante immatérielle peut se défaire parfois de sa conscience passée, puis la retrouver ; comme en témoigne souvent chez l’homme l’oubli des choses passées, et le fait que plusieurs fois il retrouve trace de conscience passée complètement perdue depuis vingt ans. Supposez que ces intervalles de mémoire et d’oubli alternent régulièrement jour et nuit, et vous aurez deux personnes qui auront le même Esprit immatériel, tout comme dans l’exemple précédent vous aviez deux personnes avec le même corps. Ainsi le soi n’est pas déterminé par l’identité ou la différence de substance –ce dont il ne peut être sûr- mais seulement par l’identité de conscience ».
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Locke, Essai sur l’entendement humain Livre II, chapitre 27, Trad.J.-M.Vienne Vrin, pp.536-537
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Le moi, une réalité insaissable
28 septembre 2008 · Pas de commentaire
La conscience nous donne-t-elle accès au moi?
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Apparemment rien de plus évident : c’est le même moi qui a chaud, puis froid, puis soif, puis faim etc… À la variété et à la succession des impressions répondrait la continuité d’un moi stable, sujet de toute expérience, ce moi-même censé constituer l’identité personnelle. Mais ce sujet n’est-il pas l’objet d’une simple croyance ? Pour en établir la réalité, il faudrait que j’en fasse l’expérience et que l’impression de ce moi constant soit distincte des perceptions changeantes de chaud, de froid, de plaisir ou de douleur etc…C’est en vain que Hume cherche en lui-même les traces de cette impression du moi.
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“Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre moi ; que nous sentons son existence et sa continuité d’existence ; et que nous sommes certains, plus que par l’évidence d’une démonstration, de son identité et de sa simplicité parfaite (…)
Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment sans une perception et je ne peux jamais rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer ni haïr après la dissolution de mon corps, je serais entièrement annihilé et je ne conçois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait néant.”
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Hume, Traité de la nature humaine,trad. A. Leroy, éd. Aubier, pp.342-343
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Ce que signifie penser (texte de Descartes)
28 septembre 2008 · 2 commentaires
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On confond habituellement la pensée et son résultat. On pourrait croire par exemple qu’un ordinateur “pense” , parce qu’il effectue certaines opérations impliquant une forme d’intelligence.  Ce serait oublier qu’il n’y a pas de pensée sans conscience de soi, et que tout pensée est d’abord cette expérience de soi , ce rapport de soi à soi:Â
“Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons par nous-mêmes; c’est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, sentir aussi est la même chose ici que penser. Car si je dis que je vois, ou que je marche, et que j’infère de là que je suis ; si j’entends parler de l’action qui se fait avec mes yeux ou avec mes jambes, cette conclusion n’est pas tellement infaillible, que je n’aie quelque sujet d’en douter, à cause qu’il se peut faire que je pense voir ou marcher, encore que je n’ouvre pas les yeux et que je ne bouge pas de ma place ; car cela m’arrive quelquefois en dormant, et le même pourrait peut-être arriver si je n’avais point de corps ; au lieu que si j’entends parler seulement de l’action de ma pensée ou du sentiment, c’est-à -dire de la connaissance qui est en moi, qui fait qu’il me semble que je vois ou que je marche, cette même conclusion est si absolument vraie que je n’en puis douter, à cause qu’elle se rapporte à l’âme, qui seule a la faculté de sentir ou bien de penser en quelque façon que ce soit”.
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Descartes, Principes de la philosophie, Pléiade p. 574
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Texte de Descartes :
28 septembre 2008 · Comments Off
D E S C A R T E S
“J’avais dès longtemps remarqué que, pour les moeurs, il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu’on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables, ainsi qu’il a été dit ci-dessus; mais, pour ce qu’alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu’il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse, comme absolument faux, tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s’il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma créance, qui fût entièrement indubitable. Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu’il n’y avait  aucune chose qui fût telle qu’ils nous la font imaginer. Et pour ce qu’il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes’, jugeant que j’étais sujet à faillir, autant qu’aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j’avais prises auparavant pour démonstrations. Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit, n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde  que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scru pule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais”.
René Descartes, Discours de la Méthode (1637), IV’ partie,
Éd. Hatier, coll. Classiques Hatier de la philosophie, 1999, pp. 36-37.
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Le sujet (quelques définitions)
27 septembre 2008 · Pas de commentaire
(Portrait de Emil Nolde)
CONSCIENCE/ INCONSCIENT
Conscience : (etym : latin cum-scientia, avec savoir) 1) Sens ordinaire : faculté propre à l’être humain de se représenter lui-même et de se juger 2) Philosophie : faculté de se représenter ce qui existe et de se prendre soi-même pour objet. La conscience est une forme de présence ou d’attention au monde qui est commune aux animaux et aux être humains. Mais la faculté de se prendre soi-même pour objet de réflexion, ou d’étude, est propre à l’homme. On distingue, pour plus de précision, la conscience spontanée, commune aux animaux supérieurs et à  l’homme, et la conscience réfléchie, propres aux êtres humains. Pour Descartes la conscience est l’attribut essentiel de la pensée tandis que pour Freud elle n’est liée qu’à une faible partie de notre activité mentale (voir cartésianisme et inconscient).
Perfectibilité : 1) Sens usuel : aptitude à progresser, à se perfectionner. 2) Chez Rousseau : aptitude à changer de formes, plasticité. Cette caractéristique, remarquable chez l’homme, est ambiguë. L’homme peut sans doute progresser (devenir plus savant, plus intelligent, plus sage…) mais il peut également régresser : perdre son intelligence (dans la vieillesse), sa raison (dans la folie) ou son aptitude à la compassion, du fait d’un excès de rationalité calculatrice, encouragée par les ” progrès ” de la civilisation. Rousseau est le seul philosophe des Lumières qui remette en cause la notion de “ progrès ” (au sens d’évolution nécessaire et bénéfique) de l’humanité.
Cartésianisme : 1) Sens usuel : philosophie de Descartes et de ses disciples (Malebranche, Leibniz etc..) qui place le sujet conscient au centre de la connaissance, et qui considère que la raison (le ” bon sens “) est coextensive à l’homme et le définit. 2) Avec une connotation péjorative, en particulier chez Heidegger : approche rationaliste et conquérante, fondée sur la croyance en la toute puissance de la science et des techniques rationnelles. Attitude anthropocentrique, aveugle et brutale qui peut en résulter : un cartésien rejettera tout ce que la science ne peut expliquer, l’incompréhensible, le mystère, la foi, les hiérarchies, les attachements naturels, l’enracinement, le sens de la “ terre ” etc..
Inconscient : (Etym : latin in, négatif, et consciens, de conscrire, avoir conscience 1) Adjectif : Absence de conscience, synonyme de coma ou évanouissement, ou insouciance, forme d’irresponsabilité. Substantif : Réalité psychique profonde sous-jacente à la conscience qui constitue le réservoir de nos désirs et de nos pulsions les plus obscures 1) Chez Leibniz, Maine de Biran ou Bergson : ensemble de pensées et de perceptions emmagasinées qui constituent le fond permanent et l’identité profonde de chaque être individuel 2) Chez Freud : Ensemble des pulsions et des représentations qui constituent la base essentielle de notre psychisme, mais tout en demeurant refoulé c’est-à -dire mis à l’écart de notre conscience. Freux a élaboré deux théories successives de l’inconscient. Dans la première (Première ” topique “, 1905) il divise le psychisme en trois régions ; la conscience, le préconscient (virtuellement conscient) et l’inconscient. A partir de 1920 (seconde ” topique “) Freud considère que le psychisme est en trois instances dont la genèse est progressive chez le jeune enfant. Le ça, tout d’abord, est le réservoir des pulsions ; présent dès la naissance, il est gouverné par le principe de plaisir. Le surmoi, installé dans les premiers mois de la vie,  est l’intériorisation partiellement inconsciente des interdits et des interdits parentaux. Il constitue l’instance répressive de notre psychisme. Le moi est le médiateur entre le monde extérieur, le surmoi et le ça. Désormais, l’inconscient, qui est constitué de la part de nous-mêmes qui nous détermine en grande partie à notre insu, n’est pas une région isolée de notre intimité. L’inconscient est la partie la plus importante de notre personnalité, qui gouverne non seulement le ça et le surmoi, mais également le moi. Notre esprit est donc très loin d’être présent transparentlui-même comme le croyait Descartes.
 DESIR /PASSION
Désir :  (etym : desiderium, de desiderare, ” aspirer à “, ” désirer “)
Prise de conscience d’une tendance orientée vers un objet connu ou imaginé. Cette inclination, ce penchant qui est propre à l’homme se distingue du besoin en ce qu’il enveloppe toujours l’imaginaire. C’est la raison pour laquelle le désir est en général accompagné d’un sentiment de privation, de manque, de peine. Nous avons du mal à assouvir nos désirs, car nous ne savons pas très bien ce que nous désirons, et les objets convoités, lorsqu’ils sont accessibles, ont plutôt tendance à nous décevoir. Pour Spinoza le désir tend à se confondre avec la vie. Il nomme conatus (du latin, effort, tendance, poussée vers) cet ” effort pour persévérer dans son être ” qui définit l’essence de toute chose, et que s’appelle le désir , lorsque, comme c’est le cas chez l’homme, il est accompagné de conscience.
Passion : (etym : patior, pati, ” souffrir “, ” pâtir “) Sens ordinaire a) Vive inclination pour une personne, un objet ou un idéal auquel on va consacrer toute son attention et toute son énergie, aux dépens de toute autre considération b) Etats affectifs d’une puissance telle qu’il envahit toute la vie mentale. Les passions se distribuent en sentiments positifs (affection, amour etc..) et négatifs : haine, ressentiment etc… 2) Philosophie : a) sens ancien : états affectifs qui sont ” excités dans l’âme sans le secours de la volonté ” (Descartes). Pour les philosophes rationalistes, les passions sont dangereuses, à la manière d’une maladie de l’âme d’autant plus pernicieuse que le malade ne veut pas être guéri b) Spinoza distingue les passions joyeuses et les passions tristes. Ces dernières, telles que la haine, la crainte, la honte, la pitié, qui sont par nature mauvaises, parce qu’elles qui diminuent notre ” puissance d’agir ” tendent, en outre à rendre les hommes ombrageux et inconséquents. Les passions joyeuses au contraire rapprochent les hommes. Elles ne sont dangereuses que dans leurs excès. Sens moderne : pour les romantiques, à partir de Rousseau, la passion est une structure durable de la conscience qui peut se sublimer en sentiment, en vertu. c) Chez Hegel, les passions ne sont pas les ennemies de la raison mais plutôt un matériau que l’Esprit utilise à des fins rationnelles : ” ainsi nous devons dire, écrit-il, que rien de grand dans le monde ne s’est accompli sans passion ” (La raison dans l’histoire)
Passions tristes : Expression employée par Spinoza dans l’Ethique. Les passions tristes, par opposition aux passions joyeuses, diminuent notre pouvoir d’agir. Ce sont toutes les passions que nous associons à l’idée de quelque chose qui va à l’encontre de notre ” conatus “, c’est-à -dire de notre appétit de vivre.  La haine est la passion triste fondamentale (Livre III, Proposition 13 et suivantes)
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Ce qui distingue l’homme des autres bêtes
18 septembre 2008 · Pas de commentaire
“Boire sans soif et faire l’amour en tout temps, voilà , madame, ce qui distingue l’homme des autres bêtes” Beaumarchais, Le mariage de Figaro
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La perfectibilité (Rousseau)
18 septembre 2008 · Pas de commentaire
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Comment distinguer l’homme de l’animal?
“Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner; faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu, au lieu qu’un animal est, au bout de quelques mois, ce qu’il sera toute sa vie, et son espèce, au bout de mille ans, ce qu’elle était la première année de ces mille ans. Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile? N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif, et que, tandis que la bête, qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme, reperdant par la vieillesse ou d’autres accidents, tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la bête même? Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir que cette faculté distinctive, et presque illimitée, est la source de tous les malheurs de l’homme; que c’est elle qui le tire, à force de temps, de cette condition originaire, dans laquelle il coulerait des jours tranquilles et innocents; que c’est elle, qui faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus, le rend à la longue le tyran de lui-même, et de la Nature. [...]
L’homme sauvage, livré par la nature au seul instinct, ou plutôt dédommagé de celui qui lui manque peut-être par des facultés capables d’y suppléer d’abord, et de l’élever ensuite fort au-dessus de celle-là , commencera donc par les fonctions purement animales: apercevoir et sentir sera son premier état, qui lui sera commun avec tous les animaux. Vouloir et ne pas vouloir, désirer et craindre, seront les premières et presque les seules opérations de son âme, jusqu’à ce que de nouvelles circonstances y causent de nouveaux développements”.
Jean-Jacques Rousseau, (1754), I” partie,
Éd. Hatier, col. Classiques Hatier de la philosophie, 1999, pp. 35-36.

