La philosophie au bac
Par Laurence Hansen-Love

Autrui : quelles certitudes ? (texte de Malebranche)

Lunch Cartier

Nous ne connaissons pas les autres, en tout cas pas directement, mais par simple conjecture (hypothèse hasardeuse, discutable) selon Malebranche:
« De tous les objets de notre connaissance, il ne nous reste (1 plus à examiner que les âmes des autres hommes, et que les pures intelligences : et il est manifeste que nous ne les connaissons que par conjecture. Nous ne les connaissons présentement ni en elles-mêmes, ni par leurs idées, et comme elles sont différentes de nous, il n’est pas possible que nous les connaissions par conscience. Nous conjecturons que les âmes des autres hommes sont de même espèce que la nôtre. Ce que nous sentons en nousmêmes, nous prétendons qu’ils le sentent. [...]
Je sais que deux fois deux font quatre, qu’il vaut mieux être juste que d’être riche, et je ne me trompe point de croire que les autres connaissent ces vérités aussi bien que moi. J’aime le bien et le plaisir, je hais le mal et la douleur, je veux être heureux, et je ne me trompe point de croire, que les hommes [...] ont ces inclinations. [...]
Mais, lorsque le corps a quelque part à ce qui se passe en moi, je me trompe presque toujours, si je juge des autres par moi-même. J!? sens de la chaleur ; je vois une telle grandeur, une telle couleur, je goûte une telle ou telle saveur à l’approche de certains corps : je me trompe si-je juge des autres par moi-même. Je suis sujet à certaines passions, j’ai de l’amitié ou de l’aversion pour telles ou telles choses ; et je juge que les autres me ressemblent : ma conjecture est souvent fausse. Ainsi la connaissance que nous avons des autres hommes est fort sujette à l’erreur si nous n’en jugeons que par les sentiments que nous avons de nous-mêmes ».
Malebranche, De la Recherche de la Vérité (1674), Éd. Vrin, 1965, T. 1, p. 259.

1. Malebranche vient d’examiner de quelle manière nous connaissons les différentes réalités (Dieu, les corps étendus, notre propre âme).

Image : David Lynch


Publié le 30 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Textes clés
Tags :: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

La dialectique du maître et de l’esclave (texte de Hegel)

Fight club

 Deux personnes  (« deux consciences »dit Hegel) s’affrontent dans une lutte de pur prestige. Chacun cherche la reconnaissance, c’est-à-dire veut que l’autre s’incline devant lui, admette sa valeur, renonce à la contester. Le combattant qui a été jusqu’au bout de son désir, sans faiblir devant la peur de la mort, devient le « maître » de celui qui n’a pas su faire la même preuve de sa liberté. Mais du coup, le maître est doublement lié à  son esclave ; par le désir de se faire durablement reconnaître comme libre , et par  la nécessité d’interposer, entre lui et le monde, son serviteur dont le travail lui assure les moyens de se maintenir au dessus des contingences de la vie.

    
  
   Le maître est la conscience qui est pour soi, et non plus seulement le concept de cette conscience. Mais c’est une conscience étant  pour soi, qui est maintenant en relation avec soi-même par la médiation d’une autre conscience, d’une conscience à  l’essence de laquelle il appartient d’être synthétisée avec l’être indépendant ou la choséité en général. Le maître se rapporte à ces deux moments, à une chose comme telle, l’objet du désir, et à une conscience à laquelle la choséité est l’essentiel. Le maître est : 1) comme concept de la conscience de soi, rapport immédiat de l’être-pour-soi, mais en même temps il est : 2) comme médiation ou comme être-pour-soi, qui est pour soi seulement par l’intermédiaire d’un Autre et qui, ainsi, se rapporte : a) immédiatement aux deux moments, b) médiatement à l’esclave par l’intermédiaire de l’être indépendant ; car c’est là ce qui lie l’esclave, c’est là sa chaîne dont celui-ci ne peut s’abstraire dans le combat ; et c’est pourquoi il se montra dépendant, ayant son indépendance dans la choséité. Mais le maître est la puissance qui domine cet être, car il montra dans le combat que cet être valait seulement pour lui comme une chose négative ; le maître étant cette puissance qui domine cet être. Pareillement, le maître se rapporte médiatement à la chose par l’intermédiaire de l’esclave ; l’esclave comme conscience de soi en général, se comporte négativement à l’égard de la chose et la supprime ; mais elle est en même temps indépendante pour lui, il ne peut donc par son acte de nier venir à bout de la chose et l’anéantir ; l’esclave la transforme donc par son travail. Inversement, par cette médiation le rapport immédiat devient pour le maître la pure négation de cette même chose ou la jouissance ; ce qui n’est pas exécuté par le désir est exécuté par la jouissance du maître ; en finir avec la chose ; mais le maître, qui a interposé l’esclave entre la chose et lui, se relie ainsi à la dépendance de la chose, et purement en jouit. Il abandonne le côté de l’indépendance de la chose à l’eclave, qui l’élabore.
G.W.F. Hegel, La phénoménologie de l’esprit (1806-1807), t.1, trad. J.
 Hyppolite, éd. Aubier Montaigne, 1941, pp. 161-162.

Notes:
Etre pour soi: être conscient de soi .Choséité: réalité des choses non conscientes, le monde des choses matérielles.Médiation: élément intermédiaire Etre synthétisé : etre dépassé et englobé, acquérir ainsi une réalité objective, reconnue.
 
 


Publié le 30 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Textes clés
Tags :: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Autrui, différence, racisme (éléments de vocabulaire)

silencio

Différence : (Etym  latin differentia :  » différence « ) 1) Sens ordinaire : toute relation entre deux ou plusieurs termes impliquant  leur séparation (ils ne se confondent pas) et leur distinction qualitative  (ils ne sont pas identiques en tous points)  2) Sens philosophique : la différence d’un être ou d’une chose est le caractère ou l’ensemble des caractères qui lui sont propres et la distinguent de toute autre.
Altérité : (Etym :  latin alter :  » autre « ) : 1) Caractère de ce qui est autre, par opposition à l’identité 2) Qualité essentielle de l’autre en tant qu’autre : on peut parler de l’altérité des choses en général par rapport à la conscience  ou  bien de l’altérité plus spécifique des autres hommes, d’un autre homme par rapport au moi.
Racisme : (Etym : formé à partir de 1902 à partir du mot  » race « ). Sens courant : 1) Comportement caractérisé par le rejet et le mépris des hommes et des cultures qui nous paraissent incompatibles avec notre façon d’être et de penser.  2) Théorie selon laquelle il existe une hiérarchie entre les races, ce qui fonde le droit de la race supérieure de dominer les races de moindre valeur.     Philosophie et  histoire : Pour P. A. Taguieff  (La force du préjugé) il n’y a pas un racisme, mais deux. Le racisme traditionnel, inégalitaire, justifie la domination   des races inférieures par les races supérieures au nom des intérêts de tous  à être bien gouvernés par les hommes les plus éclairés  et les plus savants.  Pour le racisme  » différentialiste « - qui insiste sur la différence de l’autre-  au contraire le représentant de l’autre culture n’est ni assimilable ni rééducable ni  » infériorisable « .   Ainsi les nazis n’ont pas voulu dominer les juifs, les homosexuels et les handicapés. Logiquement, ils ne pouvaient que les exterminer. Le racisme  » différentialiste  » est fondé sur la peur du mélange et de l’indifférentiation.
Transcendance :  (etym : latin transcendere,  » passer au-delà  »  » surpasser  » .  Sens ordinaire : caractère de ce qui échappe, de ce qui est supérieur et renvoie au «   tout autre «    Philosophie : 1)  Philosophie classique: caractère de ce qui est au-delà de toute expérience possible. La transcendance chez Pascal ou Kant renvoie à sa source supposée, c’est-à-dire un être séparé du monde et infiniment supérieur (  » Quelque chose en l’homme passe l’homme  » Pascal) 2) Phénoménologie : capacité  qu’à  la conscience de renvoyer à autre chose qu’elle-même, qu’elle ne contient pas, mais dont elle témoigne. La conscience de la temporalité est l’une des expressions de cette transcendance.  Pour Levinas, c’est le visage qui incarne et prouve la transcendance dont tout homme est le représentant et la preuve concrète.
 


Publié le 30 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Notions
Tags :: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

L’art, une perception élargie (texte de Bergson)

Klimt la mer

H. BERGSON (1859-1941)
L’artiste  nous donne accès  non pas à une représentation fantaisiste  de la réalité, mais à la réalité même . Celle-ci est beaucoup plus difficile d’accès  que nous ne pourrions le croire:

« À quoi vise l’art, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l’esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience? Le poète et le romancier qui expriment un état d’âme ne le créent certes pas de toutes pièces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n’observions en nous, jusqu’à un certain point, ce qu’ils nous disent d’autrui. Au fur et à mesure qu’ils nous parlent, des nuances d’émotion et de pensée nous apparaissent, qui pouvaient être représentés en nous depuis longtemps, mais qui demeuraient invisibles : telle l’image photographique qui n’a pas encore été plongée dans le bain où elle se révélera. Le poète est ce révélateur. Mais nulle part la fonction de l’artiste ne se montre aussi clairement que dans celui des arts qui fait la plus large place à l’imitation, je veux dire la peinture ; les grands peintres sont des hommes auxquels remonte une certaine vision des choses qui est devenue ou qui deviendra la vision de tous les hommes. Un Corot, un Turner, pour ne citer que ceux-là, ont aperçu dans la nature bien des aspects que nous ne remarquions pas. – Dira-t-on qu’ils n’ont pas vu, mais créé, qu’ils nous ont livré des produits de leur imagination, que nous adoptons leurs inventions parce qu’elles nous plaisent, et que nous nous amusons simplement à regarder la nature à travers l’image que les grands peintres nous en ont tracée ? – C’est vrai dans une certaine mesure; mais, s’il en était uniquement ainsi, pourquoi dirionsnous de certaines oeuvres – celles des maîtres – qu’elles sont vraies? Où serait la différence entre le grand art et la pure fantaisie? Approfondissons ce que nous éprouvons devant un Turner ou un Corot : nous trouverons que si nous les acceptons et les admirons, c’est que nous avions déjà perçu quelque chose de ce qu’ils nous montrent. Mais nous avions perçu sans apercevoir. C’était, pour nous, une vision brillante et évanouissante, perdue dans la foule de ces visions également brillantes, également évanouissantes, qui se recouvrent dans notre expérience comme des dissolving views et qui constituent par leur interférence réciproque, la vision pâle et décolorée que nous avons habituellement des choses. Le peintre l’a isolée ; il l’a si bien fixée sur la toile que, désormais, nous ne pourrons nous empêcher d’apercevoir dans la réalité ce qu’il y a vu lui-même ».
Henri BERGSON, Matière et Mémoire (1896), PUF, 1968, p. 148 sq.

Image: Klimt, La mer


Publié le 29 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Textes clés
Tags :: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

La perception (définition)

Perception : (etym :  latin perceptio, action de recueillir, récolte, de percipere, se saisir de, recueillir, littéralement, prendre à travers) 1)  Sens ordinaire : Action de percevoir c’est-à-dire de réunir des sensations et de  produire des images mentales correspondantes 2) Philosophie : la perception est le mode le plus immédiat de représentation du monde. Pourtant,  le monde ne nous est pas  » donné «   comme une collection de sensations qui s’imprimeraient dans notre esprit à la manière  de l’encre  répandue sur une feuille de papier par exemple. En ce qui concerne la perception humaine, on doit  admettre  qu’elle implique une activité mentale d’ordre synthétique opérée par la conscience.  Pour la philosophie idéaliste (Platon, Descartes)  la perception est une source insurmontable  d’erreurs ou, au minimum, d’approximations car notre corps ne nous fournit que des informations floues et disparates et le jugement qui en procède peut toujours être  défaillant. Les empiristes insistent au contraire sur le fait que toute notre connaissance s’enracine dans nos sens et qu’il n’y a pas de savoir  sans représentation physique et intuitive  du monde.   La question de la perception animale  a opposé par ailleurs   Descartes et Leibniz : pour le premier les animaux sont dépourvus de toute appréhension  mentale de leur environnement tandis que le second estime que l’homme et l’animal ont en partage  la perception   (les  » petites perceptions  » inconscientes leur sont communes) tandis que la conscience les sépare. Aujourd’hui les neurologues et les philosophes rejettent globalement la position cartésienne, tout en reconnaissant à quelques exceptions près que l’intentionnalité est la condition de possibilité d’une forme significative de représentation ; les animaux perçoivent le monde évidemment  mais il est très difficile de savoir s’ils en forment une sorte d’image mentale structurée  ou de vision globale comparable à celle  à laquelle un homme normal peut  prétendre :  » Le fait même d’avoir une représentation -donc des états intentionnels- n’est possible que sur un arrière plan conférant aux représentations la propriété d’être représentation de quelque chose  » (John Searle  L’intentionnalité) . Voir aussi le chapitre : La force des illusions.
Intentionnalité : terme emprunté par Husserl au psychologue Franz Brentano  qui désigne une caractéristique essentielle de la conscience :  » Le mot intentionnalité ne signifie rien d’autre que cette particularité foncière et générale qu’a la conscience d’être conscience de quelque chose  » (Husserl) Notre pensée est toujours orientée vers quelque chose : elle témoigne donc de mon insertion dans le monde. Nos  états mentaux ne sont jamais de simples reflets du réel, mais expriment toujours une orientation et une interprétation sans lesquelles  nos représentations seraient dénuées de toute signification.
 


Publié le 29 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Notions
Tags :: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Malebranche, la recherche de la vérité

Regardez la vidéo de L. Hansen-Love, professeur de philosophie en terminale.

Liens utiles :

Conultez le blog de philosophie de L. Hansen-Love, professeur de philosophie en terminale.


Publié le 29 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Vidéos
Tags :: , ,

Comment choisir son sujet de philosophie au bac ?

Comment choisir son sujet de philosophie au bac ?

Liens utiles :

Conultez le blog de philosophie de L. Hansen-Love, professeur de philosophie en terminale.


Publié le 17 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Vidéos
Tags :: , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Hegel : la conscience et les ronds dans l’ eau

ronds dans l’eauPour prendre conscience de lui-même, l’homme doit se contempler dans son propre reflet. Il doit s’ « objectiver »:

« Les choses naturelles ne sont qu’immédiatement et pour ainsi dire en un seul exemplaire, mais l’homme, en tant qu’esprit, se redouble, car d’abord il est au même titre que les choses naturelles sont, mais ensuite, et tout aussi bien, il est pour soi, se contemple, se représente lui-même, pense et n’est esprit que par cet être-pour-soi actif. L’homme obtient cette conscience de soi-même de deux manières différentes: premièrement de manière théorique11, dans la mesure où il est nécessairement amené à se rendre intérieurement conscient à lui-même, où il lui faut contempler et se représenter ce qui s’agite dans la poitrine humaine, ce qui s’active en elle et la travaille souterrainement, se contempler et se représenter lui-même de façon générale, fixer à son usage ce que la pensée trouve comme étant l’essence  (2, et ne connaître, tant dans ce qu’il a suscité à partir de soi-même que dans ce qu’il a reçu du dehors, que soi-même. Deuxièmement, l’homme devient pour soi par son activité pratique, dès lors qu’il est instinctivement porté à se produire lui-même au jour tout comme à se reconnaître lui-même dans ce qui lui est donné immédiatement et s’offre à lui extérieurement (3. Il accomplit cette fin en transformant les choses extérieures, auxquelles il appose le sceau de son intériorité et dans lesquelles il retrouve dès lors ses propres déterminations (4. L’homme agit ainsi pour enlever, en tant que sujet libre, son âpre étrangeté au monde extérieur et ne jouir dans la figure des choses que d’une réalité extérieure de soi-même. La première pulsion de l’enfant porte déjà en elle cette transformation pratique des choses extérieures; le petit garçon qui jette des cailloux dans la rivière et regarde les ronds formés à la surface de l’eau admire en eux une oeuvre, qui lui donne à voir ce qui est sien. Ce besoin passe par les manifestations les plus variées et les figures les plus diverses avant d’aboutir à ce mode de production de soimême dans les choses extérieures tel qu’il se manifeste dans l’oeuvre d’art’. Or l’homme ne procède pas seulement ainsi avec les objets extérieurs, mais tout autant avec lui-même, avec sa propre figure naturelle qu’il ne laisse pas subsister en l’état, mais qu’il modifie intentionnellement ».
Friedrich Hegel, Cours d’esthétique (1818-1829), t. I, introduction,texte établi en 1842, trad J.-P. Lefebvre et V. von Schenk, Aubier, colt. «Bibliothèque philosophique», 1995, p. 45-46.
1 « Premièrement de manière théorique» et « Deuxièmement… par son activité pratique» ne renvoient pas à une succession. Hegel examine tour à tour deux faces de la prise de conscience de soi.
2 Par un examen intérieur de soi, la pensée trouve ce qui définit essentiellement l’humain. 3 L’homme se reconnaît dans le monde extérieur en le transformant, en y mettant son empreinte.
4 L’homme «détermine»le monde extérieur en le  transformant. Il fait de ce monde un miroir de son humanité. Hegel considère également le travail comme un mode de constitution de la conscience de soi.


Publié le 15 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Textes clés
Tags :: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

L’inconscient (schéma de Freud)

shéma inconscient

Pc-cs: préconscient-conscient


Publié le 15 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Textes clés
Tags :: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Légitimité de l’hypothèse de l’inconscient selon Freud

Freud divanVoici pourquoi l’hypothèse de l’inconscient est légitime  selon Freud:

« On nous conteste de tous côtés le droit d’admettre un psychique inconscient et de travailler avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires ; aussi bien chez l’homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience […]

Tous ces actes conscient demeurent incohérents et incompréhensible si nous nous obstinons à prétendre qu’il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’actes psychiques ; mais ils s’ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d’aller au-delà de l’expérience immédiate. Et s’il s’avère de plus que  si nous pouvons fonder sur l’hypothèse de l’inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l’existence de ce dont nous avons fait l’hypothèse. L’on doit donc se ranger à l’avis que ce n’est qu’au prix d’une prétention insoutenable que l’on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive aussi être connu de la conscience ».

Métapsychologie (1915) , traduction Jean Laplanche et  J.B. Pontalis, Gallimard, Collection Idées, 1968, pp 67-67


Publié le 15 octobre 2007 par LeWebPédagogique dans Textes clés
Tags :: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,