La culture (texte de Rousseau)

 rousseau-portrait.jpg

Rousseau compare ici a nature de  l’homme à la statue  de Glaucus,  retrouvée dans la mer où elle fut immergée pendant des siècles:
« 
Et comment l’homme viendra-t-il à bout de se voir tel que l’a formé la nature, à travers tous les changements que la succession des temps et des choses a dû produire dans sa constitution originelle, et de démêler ce qu’il tient de son propre fonds d’avec ce que les circonstances et ses progrès ont ajouté ou changé à son état primitif? Semblable à la statue de Glaucus (2 que le temps, la mer et les orages avaient tellement défigurée qu’elle ressemblait moins à un dieu qu’à une bête féroce, l’âme humaine altérée au sein de la société par mille causes sans cesse renaissantes, par l’acquisition d’une multitude de connaissances et d’erreurs, par les changements arrivés à la constitution des corps, et par le choc continuel des passions, a, pour ainsi dire, changé d’apparence au point d’être presque méconnaissable; et l’on n’y retrouve plus, au lieu d’un être agissant toujours par des principes certains et invariables, au lieu de cette céleste et majestueuse simplicité dont son auteur l’avait empreinte, que le difforme contraste de la passion qui croit raisonner et de l’entendement en délire. [...]
Il est aisé de voir que c’est dans ces changements successifs de la constitution humaine qu’il faut chercher la première origine des différences qui distinguent les hommes, lesquels d’un commun aveu sont naturellement aussi égaux entre eux que l’étaient les animaux de chaque espèce, avant que diverses causes physiques eussent introduit dans quelques-unes les variétés que nous y remarquons. En effet, il n’est pas concevable que ces premiers changements, par quelque moyen qu’ils soient arrivés, aient altéré tout à la fois et de la même manière tous les individus de l’espèce; mais les uns s’étant perfectionnés ou détériorés, et ayant acquis diverses qualités bonnes ou mauvaises qui n’étaient point inhérentes à leur nature, les autres restèrent plus longtemps dans leur état originel; et telle fut parmi les hommes la première source de l’inégalité, qu’il est plus aisé de démontrer ainsi en général que d’en assigner avec précision les véritables causes. [...]
Car ce n’est pas une légère entreprise de démêler ce qu’il y a d’originaire et d’artificiel dans la nature actuelle de l’homme, et de bien connaître un état qui n’existe plus, qui n’a peut-être point existé, qui probablement n’existera jamais, et dont il est pourtant nécessaire d’avoir des notions justes pour bien juger de notre état présent ».
Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1754), Éd. Hatier,coll. Classiques Hatier de la philosophie, 1999, pp. 17-18.

2 réflexions au sujet de « La culture (texte de Rousseau) »

  1. texte magnifique de rousseau
    une statue au fond de l’océan défigurée par les éléments de l’environnement
    la statut est comparée à l’être humain environné par la société
    l’être humain originaire est inconnu cependant des strates de vie sociale se déposent sur lui : ce qui vient de la famille,de l’école, des appareils d’état .
    l’école ne dépose pas les mêmes messages à tous; certains doivent apprendre à obéir et d’autres à commander
    ainsi la culture est inégalitaire

    cf bourdieu et Althusser ;les appareils idéologiques d’état

  2. prochain article sur les appareils idéologiques d’état

Laisser un commentaire