La philosophie au bac
Par Laurence Hansen-Love

“Elire un homme bon” (bonne copie)

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looking-for-eric1Voici un exemple d’explication de texte réussie par l’un de mes élèves (Jeremy Ruellan)

 

Explication de texte

 

 

Cet extrait d’une lettre de Sénèque, philosophe stoïcien du 1  siècle  ( -4 – + 65)ap. J-C,  provient d’un recueil qui en contient 124. Elles s’adressent à son ami et poète Lucilius. Cette correspondance entre Sénèque et Lucilius constitue un véritable manuel philosophique.                                                               Sénèque, dans cet extrait, développe l’idée que chacun de nous doit trouver un guide spirituel qui garantit une vie respectable. Ce texte pourrait être une réponse possible à la question suivante : quelles sont les moyens possibles afin que notre  morale soit en harmonie avec nos actes ? Selon Sénèque, une partie de la réponse se trouverait dans le précepte qu’Epicure a exposé.  Nous étudierons tout d’abord la pensée du philosophe Sénèque puis dans un second temps celle d’Epicure à qui le premier doit beaucoup.

 

Dans le premier paragraphe, Sénèque introduit le thème qu’il développera par la suite en s’appuyant sur le précepte d’Epicure. Selon lui, nous devons choisir un « homme bon »(l.1), cette sélection est faite selon « notre affection »(l.1). En effet, cet élu sera notre référence, à l’image d’une caméra de surveillance comme nous le font penser les verbes « regardait »(l.2) et «voyait»(l.3). Cet personne désignée est comme un témoin oculaire qui serait « toujours sous nos yeux »(l.1) dans le seul but de préserver notre bonheur et d’écarter les points négatifs. Cet homme élu sera notre mentor, une sorte d’ange gardien à l’image de «Jiminy Cricket». Cependant, nous pouvons également parler d’une sorte de lien d’amitié tissé entre les deux hommes, en effet, selon Aristote l’amitié est sélective, relève d’un choix libre et d’une décision partagée de bienveillance réciproque. Dans le 1er paragraphe, la personne a été choisie avec précaution «élire »(l.1) « un homme bon »(l.1) et cette personne nommée est comme un rappel moral. Cet élu peut prendre plusieurs formes mais  sera toujours là afin de veiller au mieux sur notre conduite.

En cette fin de lettre, le philosophe revient sur une vision plus personnelle de ce modèle.Le philosophe insiste par deux fois sur la notion de sélection en employant l’impératif « choisis» aux lignes 12 puis 13. Selon Sénèque, chacun de nous doit trouver une autorité  extérieure  qui a fonction de « gardien » (l.15) ou d’« exemple » (l.15), «quelqu’un »(l.4) qui exerce de l’ascendant sur notre personne et qui nous aide à  réguler convenablement  notre vie. Cependant les critères de ce modèle choisi sont précis : cette personne pourrait être un « personnage »(l.12) considéré comme sage et modéré comme le sont, selon le philosophe, Caton ou encore Lélius; ou bien encore quelqu’un qui inspire  une haute estime, en qui on a confiance… Afin que nos habitudes « s’ajustent »(l.15), nous devons trouver un modèle, une personne qui pourrait être considérée comme notre conscience morale et en laquelle on peut trouver un confident duquel l’on tirera des précieux conseils sages et avisés. Ne devons-nous pas pour adopter une conduite irréprochable trouver un modèle proche de la perfection comme autrefois les ordres réguliers suivaient les enseignements des saints, leurs maîtres spirituels ? Le choix très personnel de cette autorité, selon Sénèque, se fera en fonction de notre plaisir, de notre attirance ou par admiration du parcours de sa « vie»(l.13). Ce choix pourrait même être influencé par la manière dont il manipule le « langage »(l.13), par l’aspect même du personnage, par sa « physionomie ». En effet c’est tout l’ensemble de l’aspect physique qui peut être considéré comme important dans le choix personnel d’un exemple. Celui-ci doit pouvoir correspondre à nos critères d’une autorité à laquelle nous allons nous identifier. Cette dernière peut être vue comme un double subjectif qui « semble »(l.12) être nous même et qui, en même temps, « reflète » nos états d’« âme »(l.13,14).                                                                      Ce double spirituel va nous aider à prendre conscience et à distinguer le bien du mal. Cette autorité extérieure, selon le choix de l’individu, peut prendre des formes diverses : la famille, la société, Dieu…Cette conscience extérieure va permettre à l’individu d’exercer une volonté de contrôle et donc de devenir maître de soi-même tout en ayant cette autorité extérieure.        

   Selon le philosophe, insistant sur ce point précis « je le répète»(l.15), nous sommes dans le « besoin »(l.15) de trouver quelqu’un qui puisse nous aider dans l’harmonisation de notre personne afin que nos « mœurs »(l.16) s’accommodent : sans aide extérieure, sommes-nous dans la capacité de veiller avec intelligence sur notre propre personne avec entente et sérénité ?    

   Sénèque finit sa lettre en employant une métaphore : la faiblesse de notre nature humaine  nous oblige à rechercher un «gardien»(l.5,15), un modèle qui en s’appuyant sur la « règle »(l.17), viendra remettre droit nos éventuels travers ainsi comme le forgeron bat le fer inconsistant sur son enclume afin de lui offrir une forme, nous sommes parfois dans la nécessité de remettre droit nos dispositions naturelles afin de donner à notre vie la meilleure forme possible. Ainsi ce qui est « tordu »(l.16) se doit d’être corrigé. Dans cette première partie, nous avons vu comment  Sénèque, philosophe stoïcien , à travers les conseils qu’il distille à son ami Lucilius, imagine une possibilité  d’amélioration de l’être en choisissant un modèle spirituel. Cependant sa proposition est-elle la seule possible ?

Sénèque cite un précepte énoncé par Epicure, nous essayerons ensemble de décrypter cet argument d’autorité. Le philosophe s’adresse à son ami, peut-être  répond-il dans cette lettre à une question de ce « cher Luccilius »(l.4) ?       

      Selon Epicure, qui a fortement influencé Sénèque, chacun de nous aurait besoin d’un « témoin»(l.6) qui se présenterait sous la forme d’ « un gardien »(l.5) ou d’ « un pédagogue »(l.5). Le mot pédagogue vient du grec paidagôgos : « qui conduit les enfants », nous sommes donc en position d’apprentissage, ce pédagogue va nous enseigner sa science, il va nous éduquer comme on le ferait avec des enfants. Quand au mot gardien, le sens retenu est certainement celui d’une personne vigilante qui défend et protège quelqu’un de faire un faux pas, de provoquer des « fautes »(l.6). L’association des deux est logique, elle trouve sa « raison »(l.5) dans le sens ou, sans un « témoin »(l.6), une « autorité »(l.7) nous pourrions « commettre »(l.6) l’irréparable. Effectivement, en choisissant un maître, en faisant preuve de respect et en suivant scrupuleusement son enseignement, on « supprime »(l.5) une grande partie de nos erreurs passées et on adopte une bonne conduite. Le gardien nous empêche de tomber du mauvais côté de la vie tandis que le pédagogue fait progresser notre pensée et nous guide. Cette conscience morale agit comme un frein, contrôlant nos pulsions. L’« âme »(l.7), principe spirituel de l’homme jugé par Dieu, doit être en mesure de trouver un modèle d’« autorité »(l.7) qui impose l’obéissance afin d’avoir une référence et afin de pouvoir mieux contrôler nos agissements. On justifie ce choix d’élire « un homme bon »(l.1),  par un sentiment qui porte à accorder une considération admirative à cette personne, en raison de la valeur qu’on lui reconnaît et à se conduire envers lui avec réserve et retenue, par une contrainte acceptée.  La notion de respect revient à plusieurs reprises,  Epicure insiste sur cette notion car il veut bien montrer que ce modèle choisi n’est pas une contrainte hiérarchique  mais un choix tout à fait logique d’une personne que nous devons « respecter »(l.9,11). Cette autorité sur notre «  âme »(l.7) atteint même notre « vie secrète »(l.8), notre for intérieur va être guidé par ce modèle, il va nous aider à élever notre vie intérieure, notre  « vie secrète ». L’ascendant de ce modèle, sa seule « présence »(l.8) même spirituelle, par la « pensée »  suffit à nous rendre « heureux »(l.8,9) et à expier nos fautes : « nous amende »(l.9).                                                                                                                                                             

 En choisissant un maître, en se mettant conforme à son enseignement, nous décidons de notre destinée raccrochée à cette autorité morale. Ce modèle choisi est influent jusque dans l’organisation de notre personne : on se met en « ordre et s’arrange »(l.10). Un « souvenir »(l.10) du modèle suffit à engendrer chez la personne  une remise en question et une amélioration de sa conduite. Sénèque termine son précepte en insistant sur le respect mutuel car en apprenant à « respecter »(l.11) et à suivre ce modèle idéologique, on s’élève de nous même et on devient « respectable »(l.11). 

Sénèque livre  au poète Lucilius à travers cet extrait sa théorie d’une bonne conduite morale :     si tu veux vivre une vie de sagesse et d’honnêteté, alors choisis-toi un gardien physique ou spirituel qui fasse autorité sur ta conduite et te garde  dans le droit chemin. Associé à la qualité de contrôle d’un gardien, un pédagogue va accompagner ta pensée et la faire progresser en t’enseignant les rudiments d’organisation de la vie. Cependant, aduler une personne et en copier sa conduite tant sur le plan moral que  physique n’est-ce pas un comportement à risque ? L’adoration aveugle d’une personne ou la croyance obstinée en ses principes ne frôle-t-elle pas la folie ? Il faut préserver la liberté de son jugement personnel, l’affranchir des principes désuets  tout en  tirant du passé une précieuse expérience.  Ainsi sa manière de vivre nécessite un juste équilibre : la connaissance acquise par la pratique et la sélection d’un « gardien » doit pouvoir aider à une bonne régulation de sa conduite. Quant au modèle idéologique, toute notre science ne saurait provenir que d’un seul. Il convient plutôt de s’inspirer de tout ce qui constitue la richesse de notre monde afin d’essayer de composer, en accord avec soi-même, une harmonie naturelle.

 

 

 


Publié le 13 octobre 2009 par hansenlove dans bonne copie
Tags :: bonheur, bonté, conscience, sagesse

“Elire un homme bon”

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looking-for-ericExpliquez le texte suivant :

 «    « Notre affection doit élire  un homme bon et le tenir toujours sous nos yeux  afin que nous vivions comme s’il nous regardait  et que nous agissions en toute chose comme s’il nous voyait »

 Ce précepte, mon cher Lucilius, c’est Epicure qui l’a énoncé ; il nous a donné un gardien et un pédagogue, et ce n’est pas sans raison : on supprime une grande partie des fautes s’il se trouve un témoin auprès de ceux qui vont les commettre. Que l’âme ait quelqu’un qu’elle respecte, dont l’autorité lui serve à rendre plus sacré jusqu’à sa vie secrète. Heureux celui dont non seulement la présence mais encore la pensée nous amende ! Heureux celui qui peut respecter quelqu’un de telle sorte qu’il se mette en ordre et s’arrange à son seul souvenir ! Qui peut respecter quelqu’un de la sorte se rendra vite respectable.

 Choisis donc Caton ; s’il te semble trop rigide, choisis Lélius  (1, personnage à l’âme plus détendue. Choisis celui dont te plaît la vie comme le langage, et jusqu’à la physionomie qui reflète son âme ; montre-le-toi toujours soit comme gardien soit comme exemple. Nous avons besoin, je le répète, de quelqu’un auquel nos moeurs s’ajustent elles-mêmes : tu ne corrigeras ce qui est tordu qu’à la règle. ».  Sénèque

  Note 1 Caton et Lélius sont de célèbres sages romains  loués pour leur sagesse pleine de modération


Publié le 13 octobre 2009 par hansenlove dans Textes clés
Tags :: bonheur, bonté, conscience morale, sagesse

Citation commentée J.S. Mill

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« Mieux vaut un homme mécontent qu’un porc satisfait » John-Stuart Mill (1806-1873) 

 Cette citation peut être exploitée dans un devoir sur le bonheur, sur la conscience, sur la condition humaine, sur le désir.  Il y a ici une comparaison entre un animal et un homme, avec  implicitement l’idée que la conscience humaine  induit  la souffrance et l’insatisfaction. Ce qui nous sépare des autres bêtes est donc  la source de notre dignité, mais aussi  la raison de notre incapacité à jouir innocemment  de tous les plaisirs de l’existence.

 

 Pour une liste de citations voyez ici :

Quiz : http://lewebpedagogique.com/quizz/2009/04/21/bac-quiz-de-philosophie-5-special-citations/

 Le quiz vous dira la bonne réponse.


Publié le 16 juin 2009 par hansenlove dans citation
Tags :: bonheur, plaisir, satisfaction

Eloge de la philosophie

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Le philosophe regarde les naufrages de la société, mais sans y participer. Tel est l’avantage non négligeable de la philosophie!

“Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d’assister du rivage à la détresse d’autrui ; non qu’on trouve si grand plaisir à regarder souffrir ; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent. Il est doux aussi d’assister aux grandes luttes de la guerre, de suivre les batailles rangées dans les plaines, sans prendre sa part du danger. Mais la plus grande douceur est d’occuper les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages, ces régions , sereines d’où s’aperçoit au loin le reste des hommes, qui errent çà et là en cherchant au hasard le chemin de la vie, qui luttent de génie ou se disputent la gloire de la naissance, qui s’épuisent en efforts de jour et de nuit pour s’élever au faîte des richesses ou s’emparer du pouvoir.

O misérables esprits des hommes, ô coeurs aveugles ! Dans quelles ténèbres, parmi quels  dangers, se consume ce peu d’instants qu’est la vie ! Comment ne pas entendre le cri de la nature, qui ne réclame rien d’autre qu’un corps exempt de douleur, un esprit heureux, libre d’inquiétude et de crainte ?

Au corps, nous voyons qu’il est peu de besoins. Tout ce qui lui épargne la douleur est aussi capable de lui procurer maintes délices. La nature n’en demande pas davantage : s’il n’y a point dans nos demeures des statues d’or, éphèbes tenant dans leur main droite des flambeaux allumés pour l’orgie nocturne ; si notre maison ne brille pas d’argent et n’éclate pas d’or; si les cithares ne résonnent pas entre les lambris dorés des grandes salles, du moins nous suffit-il, amis étendus sur un tendre gazon, au bord d’une eau courante, à l’ombre d’un grand arbre, de pouvoir à peu de frais réjouir notre corps surtout quand le temps sourit et que la saison émaille de fleurs l’herbe verte des prairies. Et puis, la brûlure des fièvres ne délivre pas plus vite notre corps, que nous nous agitions sur des tapis brodés, sur la pourpre écarlate, ou qu’il nous faille coucher sur un lit plébéien.

Puisque les trésors ne sont pour notre corps d’aucun secours, et non plus la noblesse ni la gloire royale, comment seraient-ils plus utiles à l’esprit ?

(…] Si la hantise des soucis ne cède ni au bruit des armes, ni aux cruels javelots, s’ils tourmentent avec audace rois et puissants du monde, s’ils ne respectent ni l’éclat de l’or, ni la glorieuse splendeur de la pourpre comment douter que la raison ait seule le pouvoir de les chasser, d’autant plus surtout que notre vie se débat dans les ténèbres ?”

LUCRÈCE (98-55 av. J.-C.), De la Nature, Livre II, v. 1-52, trad. H. Clouard, Garnier-Flammarion.

 


Publié le 26 février 2009 par hansenlove dans Textes clés
Tags :: besoins, bonheur, luxe, naufrage, philosophie, plaisir, superflu

Misère de l’homme sans Dieu (texte de Pascal)

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 Pour Pascal, il n’y a pas de salut en dehors de la foi :

 

 

“Les grandeurs et les misères de l’homme sont tellement visibles, qu’il faut nécessairement que la véritable religion nous enseigne et qu’il y a quelque grand principe de grandeur en l’homme, et qu’il y a un grand principe de misère. Il faut donc qu’elle nous rende raison de ces étonnantes contrariétés. Il faut que, pour rendre l’homme heureux, elle lui montre qu’il y a un Dieu; qu’on est obligé de l’aimer; que notre unique félicité est d’être en lui, et notre unique mal d’être séparé de lui; qu’elle reconnaisse que nous sommes pleins de ténèbres qui nous empêchent de le connaître et de l’aimer; et qu’ainsi nos devoirs nous obligeant d’aimer Dieu, et nos concupiscences nous en détournant, nous sommes pleins d’injustice. Il faut qu’elle nous rende raison de ces oppositions que nous avons à Dieu et à notre propre bien. Il faut qu’elle nous enseigne les remèdes à ces impuissances, et les moyens d’obtenir ces remèdes. Qu’on examine sur cela toutes les religions du monde, et qu’on voie s’il y en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse ».

Pascal, Pensées ( 1670), 430.


Publié le 1 février 2009 par hansenlove dans Textes clés
Tags :: bonheur, croire, dieu, espérance, foi, heureux, misère, religion

Le bonheur (texte de Descartes)

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 Si le bonheur est l’accord entre nos désirs et l’ordre du monde, alors mieux vaut modifier nos désirs:

 

« Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde; et plus généralement, de m’accoutumer à croire qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir’ est, au regard de nous, absolument impossible. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m’empêcher de rien désirer à l’avenir que je n’acquisse, et ainsi pour me rendre content. Car notre volonté ne se portant naturellement à désirer que les choses que notre entendement lui représente en quelque façon comme possibles, il est certain que, si nous considérons tous les biens qui sont hors de nous comme également éloignés de notre pouvoir, nous n’aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent être dus à notre naissance, lorsque nous en serons privés sans notre faute, que nous avons de ne posséder pas les royaumes de la Chine ou du Mexique; et que faisant, comme on dit, de nécessité vertu, nous ne désirerons pas davantage d’être sains, étant malades, ou d’être libres, étant en prison, que nous faisons maintenant d’avoir des corps d’une matière aussi peu corruptible que les diamants, ou des ailes pour voler comme les oiseaux. Mais j’avoue qu’il est besoin d’un long exercice, et d’une méditation souvent réitérée, pour s’accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses; et je crois que c’est principalement en ceci que consistait le secret de ces philosophes, qui ont pu autrefois se soustraire à l’empire de la fortune, et, malgré les douleurs et la pauvreté , disputer de la félicité avec leurs dieux »

 

Descartes troisième maxime  Discours de la méthode, troisième partie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 19 janvier 2009 par hansenlove dans Textes clés
Tags :: ascétisme, bonheur, désir, morale, stoïcisme, vertu

La science dans le monde moderne

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Pour tout sujet sur la science, la raison, le progrès, écoutez l’émission Répliques sur Fr Culture ici


Publié le 22 novembre 2008 par hansenlove dans Cours
Tags :: bonheur, efficacité, progrès, raison, science, techno-science

Le cinéma, septième art

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 Clément Rosset s’interroge ici sur le statut de la “réalité cinématographique”.

Il se  demande notamment à quoi tient le plaisir que procure le cinéma. Et si ce plaisir est de l’ordre du  divertissement, le cinéma peut-il être tenu pour un art?

“La similitude entre la perception quotidienne et le découpage cinématographique est si grande qu’on peut raisonnablement estimer qu’à forces égales le second finit inévitablement  - si l’on tient compte de l’impact sociologique du cinéma et du nombre d’heures passées en moyenne devant l’écran de cinéma ou de télévision – par influer sur la première : que le  choix des images réelles en vient à être conditionné par la sélection des images   cinématographiques, et qu’ainsi la vision du monde chez l’homme du XXe siècle se rapproche insensiblement de celle que lui suggère le cinéma. Le succès de la bande dessinée moderne, qui s’inspire abondamment du cinéma tant par le choix de ses cadrages que par sa conception générale de l’ordre spatio-temporel, est peut-être un signe avant-coureur de cette future osmose entre la perception du réel et la perception cinématographique.
Quoi qu’il en soit, la réalité cinématographique n’apparaît pas comme très différente de la
réalité tout court. L’une et l’autre se ressemblent de toute façon trop pour qu’on puisse chercher, dans une différence spécifique entre les deux réalités, la raison du prestige de l’une par rapport à l’autre. S’il arrive au cinéma de séduire davantage, ce n’est pas parce  qu’il présente une version améliorée et plus désirable de la réalité, mais plutôt parce qu’il présente cette réalité comme située provisoirement ailleurs, par  conséquent hors de portée du désir et de la crainte de tous les jours.
Le privilège de la réalité cinématographique n’est pas d’être autre que la réalité tout
court, mais de s’y confondre tout en bénéficiant d’une sorte d’ex-territorialité. Toujours  la même chose mais située ailleurs, en un site qu’on ne saurait atteindre ni d’où on ne  saurait être atteint soi-même : la même réalité, ou si l’on veut la réalité même,  miraculeusement tenue à distance. Cette mise à distance de la réalité est la source  principale du plaisir offert par le cinéma, lequel consiste ainsi essentiellement en une jouissance par procuration de ce qui apparaît sur l’écran, soit une participation sans aucun engagement personnel à ce qui s’y montre de plaisant ou d’horrible. Car bonheur et malheur sont ici également désirables, et pour la même raison, dès lors qu’on est assuré qu’ils ne sont pas présentement notre affaire : il est aussi plaisant de voir d’un peu loin le bonheur dont on est privé que de voir, toujours d’un peu loin, le malheur auquel on échappe. Et le  cinéma excelle à satisfaire ces deux appétits apparemment contradictoires, quoique, en fait,  complémentaires. Il nous offre, à volonté, tout ce dont la réalité nous prive alors qu’elle  l’accorde à d’autres et pourrait éventuellement l’accorder à nous-mêmes : buffet dressé par  le meilleur traiteur, maison à la décoration soignée et à la tenue impeccable, femme incomparablement belle et séduisante”.

Propos sur le cinéma PUF, 2001



Publié le 12 novembre 2008 par hansenlove dans Textes clés
Tags :: art, bonheur, cinéma, illusion, représentation

L’éternel retour (texte de Nietzsche)

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 Admettons que nous soyons destinés à revivre éternellement ce que nous vivons aujourd’hui : que penserions-nous de cette perspective? De notre réponse dépendra  notre présent.

“Et si un jour ou une nuit, un démon se glissait furtivement dans ta plus solitaire solitude et te disait: «Cette vie, telle que tu la vis et l’a vécue, il te faudra la vivre encore une fois et encore d’innombrables fois; et elle ne comportera rien de nouveau, au contraire, chaque douleur et chaque  plaisir et chaque pensée et soupir et tout ce qu’il y a dans ta vie d’indiciblement petit et grand doit pour toi revenir, et tout suivant la même succession et le même enchaînement – et également cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et également cet instant et moi-même. Un éternel sablier de l’existence est sans cesse renversé, et toi avec lui, poussière des  poussières! » – Ne te jetterais-tu pas par terre en grinçant des dents et en maudissant le démon qui parla ainsi ? Ou bien as-tu vécu une fois un instant formidable où tu lui répondrais: « Tu es un dieu et jamais je n’entendis rien de plus divin!» Si cette pensée s’emparait de toi, elle te métamorphoserait, toi, tel que tu es, et, peut-être, t’écraserait; la question, posée à  propos de tout et de chaque chose, «veux-tu ceci encore une fois et encore d’innombrables fois?» ferait peser sur ton agir le poids le plus lourd! Ou combien te faudrait-il aimer et toi-même et la vie pour ne plus aspirer à rien d’autre qu’à donner cette approbation et apposer ce sceau ultime et éternel ?”
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir (1882-1887), § 341, trad. P. Wotling, Flammarion, coll. «GF»,

2e éd.2000, p. 279-280.


Publié le 8 novembre 2008 par hansenlove dans Textes clés
Tags :: bonheur, Eternel retour, présent, temps

Temps et bonheur (texte de Marc-Aurèle)

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La durée (courte) d’une vie n’est  pas un obstacle au bonheur. Celui-ci, selon le stoïcisme, tient à notre aptitude à accepter ce qui ne dépend pas de nous, même la mort, puisque nous n’ avons pas le pouvoir d’éviter. Sachons profiter du temps présent

“Dusses-tu vivre trois fois mille ans, et même autant de fois dix mille ans, souviens-toi toujours que personne ne perd d’autre existence que celle qu’il vit et qu’on ne vit que celle qu’on perd. Ainsi la plus longue et la plus courte reviennent au même. Le présent est égal pour tous et ce qu’on perd est donc égal (aussi), et ce qu’on perd apparaît de la sorte infinitésimal. On ne saurait perdre, en effet, le passé ni l’avenir, car ce que nous n’avons pas, comment pourrait-on nous le ravir? Souviens-toi donc toujours de ces deux choses; abord, que tout, de toute éternité, est d’aspect identique et repasse par les mêmes cycles, et qu’il n’importe pas qu’on assiste au même spectacle pendant cent ou deux cents ans ou toute l’éternité; ensuite que l’homme le plus chargé d’années et celui qui mourra le plus tôt font la même perte, car c’est du moment présent seul qu’on doit être privé, puisque c’est le seul qu’on possède, et qu’on ne peut perdre ce qu’on n’a pas”.
Marc Auréle (II, siècle av. J.-C.), Pensées, livre II, chap. 14, trad. A.-I. Trannoy,
Les Belles Lettres, 1975, p. 15.


Publié le 6 novembre 2008 par hansenlove dans Textes clés
Tags :: bonheur, présent, temps
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