La philosophie au bac
Par Laurence Hansen-Love

La démonstration: intuition et déduction (texte de Descartes)

descartes« Nous allons énumérer ici tous les actes de notre entendement par lesquels nous pouvons parvenir à la connaissance des choses sans aucune crainte d’erreur; il n’y en a que deux: l’intuition et la déduction.
Par intuition j’entends, non pas le témoignage changeant des sens ou
le jugement trompeur d’une imagination qui compose mal son objet, mais la conception d’un esprit pur et attentif, conception si facile, si distincte qu’aucun doute ne reste sur ce que nous comprenons; ou, ce qui est la même chose, la conception ferme d’un esprit pur et attentif qui naît de la seule lumière de la raison et qui, étant plus simple, est par suite plus pure que la
10 déduction même, qui pourtant elle aussi ne peut être mal faite par l’homme [...]. Ainsi, chacun peut voir par intuition qu’il existe, qu’il pense, que le triangle est défini par trois lignes seulement, la sphère par une seule surface, et des choses de ce genre, qui sont bien plus nombreuses que ne le pourraient croire la plupart des hommes, parce qu’ils dédaignent de tourner leur esprit vers des choses si faciles [...].
On a déjà pu se demander pourquoi, outre l’intuition, nous avons ajouté un autre mode de connaissance qui se fait par déduction, opération par laquelle nous entendons tout ce qui se conclut nécessairement d’autres choses déjà connues avec certitude, bien qu’elles ne soient pas elles-mêmes évidentes, pourvu seulement qu’elles soient déduites à partir de principes vrais et connus par un mouvement continu et ininterrompu de la pensée qui a une intuition claire de chaque chose. C’est ainsi que nous savons que le dernier anneau d’une longue chaîne est relié au premier, même si nous n’embrassons pas d’un seul et même coup d’oeil tous les intermédiaires dont dépend ce lien, pourvu que nous ayons parcouru ceux-ci successivement et que nous nous souvenions que du premier au dernier chacun tient à ceux qui lui sont proches. Nous distinguons donc ici l’intuition de la déduction certaine en ce qu’on conçoit en celle-ci un mouvement ou une certaine succession, tandis que dans celle-là, il n’en est pas de même; et qu’en outre pour la déduction une évidence actuelle n’est pas nécessaire comme pour l’intuition, mais plutôt qu’elle reçoit en un sens sa certitude de la mémoire. D’où il résulte qu’au sujet des propositions, qui sont la conséquence immédiate des premiers principes, on peut dire, suivant la manière différente de les considérer, qu’on les connaît tantôt par intuition, tantôt par déduction; mais les premiers principes eux-mêmes ne peuvent être connus que par intuition; et au contraire les conséquences éloignées ne peuvent l’être que par déduction ».
René Descartes, Règles pour la direction de l’esprit (1628), règle III,

dans Oeuvres et Lettres, Gallimard, colt. «Bibliothèque de la Pléiade», 1953, p. 43-45


Publié le 26 décembre 2007 par LeWebPédagogique dans Textes clés
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Fiche démonstration

Axiomes : (etym : grec axioma,  » prix « ,  » valeur « ,  » principe « ,  » axiome « ) 1) Chez les grecs : proposition et principe évident et démontrable 2) Actuellement : notions de bases ou hypothèses abstraites  posées librement comme telles, et qui servent de point de départ pour fonder une science cohérente
Axiomatisation : opération par laquelle on formalise un système logique ou mathématique, en explicitant les termes  non définis  et les propositions non démontrées, ces dernières étant présentées comme de simples hypothèses (axiomes).
 Démonstration : (etym : latin demonstratio, action de montrer, de faire voir, déduction)  1) Sens ordinaire : opération permettant d’établir  la vérité d’une thèse soit par des expériences soit par un raisonnement solide c’est-à-dire  et logiquement incontestable. 2) Logique : raisonnement qui consiste à passer de propositions préalablement admises à une autre qui en résulte nécessairement. Le modèle est fourni, dans la logique d’Aristote, par le syllogisme   3) Mathématiques : raisonnement constructif qui procède par substitution de grandeurs égales ou équivalentes 3) Epistémologie et philosophie : (par extension) établissement d’un fait, d’une loi, ou d’une théorie aux moyens de procédés suffisamment rigoureux pour la rendre indubitables. Lé démonstration apparaît en principe et par définition comme  le fondement de la certitude, aussi bien en sciences qu’en philosophie. Pourtant toute démonstration, en logique, en maths ou en philosophie, est toujours suspendue à des vérités  premières  indémontrables.
 Syllogisme :( etym : latin sullogismos «   calcul « ,  » compte « ,  » raisonnement « )  Type de déduction formelle telle que deux propositions appelées prémisses étant posées, on en tire une troisième appelée conclusion  qui en découle nécessairement. Exemple :  » Tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme.  Donc (conclusion) Socrate est mortel.

Induction : (etym latin inductio : action d’amener, de conduire vers)  Opération intellectuelle relevant de la conjecture  qui conclut de la régularité observée de certains faits à leur constance (exemples : les chiens connus aboient. Donc tous les chiens aboient).
Expérience cruciale : toute expérience décisive permettant de décider en faveur, ou à l’encontre, d’une hypothèse  scientifique. Exemple : la découverte des phénomènes d’interférence ont permis d’écarter un temps  l’hypothèse de la nature corpusculaire de la lumière et de retenir l’hypothèse de son caractère ondulatoire.
Evidence : (etym : de videre  » voir « , et ex :  » après « ) : caractère de ce qui s’impose comme manifestement vrai et qui emporte, de ce fait, nécessairement l’adhésion de l’esprit.
Métalangage : (etym, grec  de méta,  » par delà  » ) : langage portant sur le langage, se référant au langage et non à l’expérience.


Publié le 22 mai 2007 par LeWebPédagogique dans Fiches de révision
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