L’histoire

Obama investiture familleLe mot « histoire » en français est  équivoque. Distinguons au   moins trois sens. L’ « histoire » tout court, c’est la réalité passée, présente et à venir  de l’espèce humaine : « histoire » est  alors proche de  « devenir ». L’ « histoire » que l’on enseigne à l’école est le récit d’un tel  devenir. Enfin l’ « histoire » de telle ou telle réalité renvoie au  mouvement et aux  grandes étapes  d’un   processus évolutif (l’histoire de l’art par exemple).

Une science humaine

L’histoire,  du grec istoria : enquête, dans son sens usuel rassemble toutes les connaissances relatives au passé de l’humanité.  Cette discipline s’apparente à une science par sa rigueur et  son exigence de vérité. Mais si l’histoire est une science, ce n’est pas une science exacte mais une « science humaine », c’est-à-dire une science dont l’objet est l’homme. Or le comportement des hommes ne peut être étudié ni rapporté comme ceux  d’une planète ou d’une molécule de gaz.  Les actions des hommes doivent être interprétées et organisées afin de prendre la forme d’un récit structuré et signifiant. L’objectivité stricte est hors d’atteinte.

Idéalisme et matérialisme

Les philosophes modernes  ont avant tout été soucieux d’établir  l’intelligibilité  de l’histoire. L’histoire n’est pas une suite d’événements et  de décisions aussi incompréhensibles qu’imprévisibles. Pour les  philosophies idéalistes (Kant, Hegel, Comte), il existe une rationalité profonde qui gouverne le monde et qui en constitue la trame cachée.  Pour Hegel, en particulier, les passions des hommes ne sont que les « matériaux » que la raison utilise pour parvenir à son but.  Pour les matérialistes (Marx et Engels) l’histoire repose sur une base matérielle (l’infra-structure économique) qui la détermine en premier lieu.  Les approches hégelienne et marxiste sont  « dialectiques »,  ce qui signifie qu’elles reposent sur l’idée que le « négatif » (les luttes, l’opposition de intérêts, les conflits et leur résolution, la violence en général) joue un rôle majeur dans le progrès historique.

Le  sens de l’histoire

Aujourd’hui les philosophes et les historiens ont tendance à se méfier de ces  approches systématiques de l’histoire. Marx et Hegel, tout comme Auguste Comte (1798-1857), ont pensé en effet que l’histoire avançait  nécessairement vers un but, un accomplissement, ce qu’ils appellent une « fin »  – le savoir partagé, le communisme ou la paix. Aujourd’hui un tel optimisme n’est plus de mise. Pourtant, il est difficile de renoncer à l’idée de sens de l’histoire. Kant pensait que le fait de croire dans le progrès (évolution globale vers un mieux) était stimulant et constituait même pour chacun d’entre nous un devoir moral. Même si l’homme est libre et si l’histoire est imprévisible, la connaissance historique  nous permet tout de même d’anticiper partiellement l’avenir et d’adopter  une orientation positive fondée sur une meilleure intelligence de notre passé

Sujets de dissertation : Le passé peut-il faire l’objet d’une connaissance historique ? Le rôle de l’historien est-il de juger ? Un peuple est-il responsable de son histoire ?

Liens : Histoire et progrès (cours)

Textes de Marx et Engels (histoire et lutte des classes), textes de Hegel de Kant sur le progrès et de Comte sur le positivisme

autrui

Chats siamois jumeaux

Différence : (Etym  latin differentia : « différence ») 1) Sens ordinaire : toute relation entre deux ou plusieurs termes impliquant  leur séparation (ils ne se confondent pas) et leur distinction qualitative  (ils ne sont pas identiques en tous points)  2) Sens philosophique : la différence d’un être ou d’une chose est le caractère ou l’ensemble des caractères qui lui sont propres et la distinguent de toute autre.

Altérité : (Etym :  latin alter : « autre ») : 1) Caractère de ce qui est autre, par opposition à l’identité 2) Qualité essentielle de l’autre en tant qu’autre : on peut parler de l’altérité des choses en général par rapport à la conscience  ou  bien de l’altérité plus spécifique des autres hommes, d’un autre homme par rapport au moi.

Racisme : (Etym : formé à partir de 1902 à partir du mot « race »). Sens courant : 1) Comportement caractérisé par le rejet et le mépris des hommes et des cultures qui nous paraissent incompatibles avec notre façon d’être et de penser.  2) Théorie selon laquelle il existe une hiérarchie entre les races, ce qui fonde le droit de la race supérieure de dominer les races de moindre valeur.     Philosophie et  histoire : Pour P. A. Taguieff  (La force du préjugé) il n’y a pas un racisme, mais deux. Le racisme traditionnel, inégalitaire, justifie la domination   des races inférieures par les races supérieures au nom des intérêts de tous  à être bien gouvernés par les hommes les plus éclairés  et les plus savants.  Pour le racisme « différentialiste »- qui insiste sur la différence de l’autre-  au contraire le représentant de l’autre culture n’est ni assimilable ni rééducable ni « infériorisable ».   Ainsi les nazis n’ont pas voulu dominer les juifs, les homosexuels et les handicapés. Logiquement, ils ne pouvaient que les exterminer. Le racisme « différentialiste » est fondé sur la peur du mélange et de l’indifférentiation.

Transcendance :  (etym : latin transcendere, « passer au-delà » « surpasser » .  Sens ordinaire : caractère de ce qui échappe, de ce qui est supérieur et renvoie au «  tout autre »   Philosophie : 1)  Philosophie classique: caractère de ce qui est au-delà de toute expérience possible. La transcendance chez Pascal ou Kant renvoie à sa source supposée, c’est-à-dire un être séparé du monde et infiniment supérieur ( « Quelque chose en l’homme passe l’homme » Pascal) 2) Phénoménologie : capacité  qu’à  la conscience de renvoyer à autre chose qu’elle-même, qu’elle ne contient pas, mais dont elle témoigne. La conscience de la temporalité est l’une des expressions de cette transcendance.  Pour Levinas, c’est le visage qui incarne et prouve la transcendance dont tout homme est le représentant et la preuve concrète.

Je fais une pause

Il y a des difficultés techniques en ce moment avec cette plateforme. Répondre à vos questions me prend un temps fou! Je vais donc cesser quelque temps. De plus , vous me demandez souvent de faire votre travail. Ce n’est pas la raison d’ être de ce blog. 

 Pour l’aide à la dissertations voyez :

Devoirs.fr, ici :

 http://209.85.229.132/search?q=cache:k9U8cWnjWrkJ:devoirs.fr/+devoirs.fr&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr

 Si vous avez des questions d’ordre philosophique (et pas seulement :  j’ai un devoir pour demain, que faut-il faire?),  vous me trouverez sans difficulté sur l’un de mes autres blogs :

http://hansen-love.blogspot.com/

ou

http://www.hansen-love.com/

 A bientôt!

Le désir

Le désir l'amour Klim

 

Le langage courant confond le désir, le besoin et la volonté. Il faut pourtant bien les distinguer.
 Le besoin relève de la nature ; comme nous, les animaux ont des besoins, qu’ils doivent satisfaire pour vivre. La volonté est un pouvoir positif  de décision qui est en général considéré comme une qualité. Au contraire, le désir est une notion foncièrement contradictoire. Le désir est un aspect de notre condition qui peut être jugé fâcheux. Il est aussi pourtant à la source de notre grandeur.  

Démesure du désir

Le désir –du latin desiderare : regretter l’absence de quelqu’un ou de quelque chose – peut être défini comme une tendance, un effort, vers quelque chose, accompagné ( e)  de la conscience de cette inclination. Il se distingue donc du besoin pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur, car le désir est une motivation puissante pour toutes les actions et entreprises humaines : « Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion » (Hegel). Et pour le pire, car le désir loin de s’éteindre lorsqu’il atteint son objet, s’aiguise et se reporte sur un autre objet. C’est pourquoi Socrate compare dans le Gorgias l’homme  aux Danaïdes, condamnées à remplir un tonneau percé jusqu’à la fin des temps.

 

Désir et  reconnaissance

 Le désir peut être considéré comme l’essence de l’homme en tant que puissance d’affirmation et de création (Spinoza, Ethique, 3).  Le désir est pourtant  «  négatif » en ce sens  qu’il est  volontiers agressif, voire destructeur, lorsqu’il rencontre des obstacles. L’autre, ou le désir de l’autre,  sera le plus souvent cet obstacle. Dans ce que l’on nomme «  la dialectique du maître et de l’esclave », Hegel explique que tout homme recherche la confirmation de sa valeur en tentant d’imposer son point de vue à  l’autre. Et cette « lutte pour la reconnaissance » peut aller jusqu’au conflit violent. « Toute conscience, écrit-il, poursuit la mort de l’autre ». Le vainqueur est le maître, le vaincu, l’esclave.

 

Positivité du désir ?

 Les anciens ont bien souvent condamné le désir au nom du bonheur «  Quant au désir, pour le moment, renonces-y totalement : car si tu désires l’une des choses qui ne dépendent pas de nous, tu ne seras pas heureux, c’est inévitable » Epictète, Manuel . A la suite de  Descartes et de Spinoza , les modernes ont davantage insisté sur la positivité du désir. Désirer, bien sûr, c’est prendre des risques. Mais si nos passions, qui sont les formes exacerbées de nos désirs, peuvent être dangereuses car elles nous exposent aux frustrations et au chagrin, elles ont en même temps notre force et nous honorent. Que vaudrait la vie sans le désir ? Pour Niezsche,  il ne faut pas renoncer à nos désirs. Il faut tenter de les embellir, de les magnifier, ou encore de les « sublimer ».

 

Sujets de dissertation : Sait-on ce qu’on désire ? Suis-je l’esclave de mes désirs ? Faut-il renoncer à ses désirs pour être libres ?

 Liens :  Autrui Hegel la dialectique du maître et de l’esclave  Rousseau : l’illusion cesse.. Epicure : accomplir tous ses désirs ; Platon le désir amoureux.

L’inconscient

 

 L'inconscient the evil dead

Lorsque Freud (1856-1939), à la fin du 19 ième siècle,  présente à ses pairs  sa théorie de l’inconscient, il  rencontre une très vive résistance. La notion d’inconscient est apparue   scandaleuse pour deux raisons ; d’une part, parce qu’elle semblait remettre en cause la liberté de l’homme et la maîtrise qu’il était supposé avoir sur lui-même. D’autre part, parce que la région dite «  inconsciente » de notre vie psychique  semble faire la part belle à la sexualité.

 Prémisses de la notion d’inconscient 

Ni le sens commun ni les philosophes n’ont attendu Freud pour découvrir qu’une partie de notre propre psychisme nous échappe parfois. Un homme qui tombe dans le coma est inconscient, un dangereux chauffard l’est aussi,  en ce sens qu’il ne sait plus ce qu’il fait. Chez Platon, on trouve l’idée  de souvenirs inconscients de la vérité contemplée dans une autre vie (théorie de la réminiscence). Leibniz ( 1646-1716) a formulé la thèse des « petites perceptions » inconscientes : « Il y a mille marques qui font juger qu’il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous… c’est-à-dire des changements  en l’âme même dont nous ne nous apercevons pas » (Essai sur l’entendement humain). La notion d’inconscient est ici en place, mais elle n’est pas encore conceptualisée ni bien définie.

 La théorie de Freud

 L’inconscient chez Freud devient un substantif. Il désigne une partie de nous-même, ou plus exactement  une zone de notre esprit où sont stockés une foule de souvenirs, de fantasmes, de désirs inavouables, que nous ne pouvons pas atteindre car une résistance en nous s’y oppose. L’inconscient est donc une sorte de sous-sol de notre vie psychique  où nous plaçons tout ce qui heurte notre conscience. Le refoulement est la notion clef de la théorie freudienne. Le psychisme comporte trois « instances » : le « ça » qui englobe l’ensemble de nos pulsions, le « sur-moi », qui est en nous le représentant de l’exigence morale, et le « moi »  qui est le médiateur, autrement dit cette mini-personne en nous-même qui s’efforce de réconcilier les différents points de vue.

Les objections

 Les contemporains de Freud ont estimé que sa théorie était fantaisiste et non scientifique car elle ne reposait sur aucune donnée observable : par définition, l’inconscient est hors d’atteinte. Freud a répondu que son hypothèse était pourtant justifiée car l’inconscient se manifeste de façon indirecte, comme dans les rêves,  les actes manqués mais aussi bien sûr la maladie mentale. De plus la théorie psychanalytique a porté ses fruits en apportant un soulagement aux patients. Aujourd’hui, le critiques se sont déplacées. Elles tournent surtout autour de la question de la responsabilité. Si un autre moi me gouverne que je ne connais pas, comment puis-je encore me croire libre ? Telle est la principale objection adressée à Freud par  le philosophe Alain.

 Sujets de dissertation : Puis-je invoquer l’inconscient sans ruiner la morale ? Sur quelles raisons pouvons-nous nous appuyer pour admettre l’existence de l’inconscient ? Peut-on à la fois admettre la liberté de l’homme et supposer l’existence de  l’inconscient.
 Liens : textes de  Freud, Légitimité de l’hypothèse de l’inconscient et première topique et schéma de Freud,  de Leibniz : l’inconscient et de Bergson , Une immense danse macabre, Texte de Alain

La conscience

Schiele auto-portraitLa conscience :

On admet généralement que la conscience est   le  propre de  l’être humain  au même titre que la raison. Pourtant, la conscience est une forme de présence au monde qui semble commune à certains  animaux et aux être humains. On distinguera donc, en toute rigueur,

la conscience spontanée, commune aux animaux supérieurs et à  l’homme, et la conscience réfléchie, propres aux êtres humains. Celle-ci serait plus précisément la capacité de se mettre à distance de soi-même pour s’observer, ou encore de faire retour sur nos propres pensées ou nos propres actions non seulement pour les analyser mais aussi pour les juger. On dira d’un homme dénué de scrupule indifférent aux autres, cynique ou cruel qu’il parait dénué de conscience, autrement dit dépourvu de sens moral.

 

 La conscience est le propre de l’homme

 L’étymologie du mot, littéralement « savoir (scientia)  avec (cum)  » suggère l’idée d’un accompagnement. Par la conscience, le monde m’accompagne, ou plus exactement  la représentation du monde m’accompagne. Mais en même temps, la conscience est ce qui me place en position de sujet, seul, parmi tous les êtres vivants, à posséder  le sentiment de mon existence mais aussi  la crainte de la mort. De Socrate ( « Connais-toi toi-même ») à  Kant, les philosophes classiques accordent donc à la conscience une place centrale  dans leur tentative de définition de l’homme. « Qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu’est ce que cela ? C’est bien une chose qui doute, qui connaît,qui affirme,qui nie, qui veut, qui ne veut pas,qui imagine aussi et qui sent » (Méditations Métaphysiques 2) Le philosophe Pascal récuse pour sa part l’idée de conscience-substance («  une chose » pensante) et lui préfère la métaphore du roseau qui évoque non seulement la grandeur de l’homme mais aussi sa fragilité : « La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. C’est donc être misérable que se connaître misérable ; mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable.
Pensée fait la grandeur de l’homme[…]

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature. Mais c’est un roseau pensant »

 

Toute conscience est une conscience morale

 La conscience serait donc  la capacité de se séparer de soi-même pour se  « représenter », et pour s’interroger sur le sens de notre existence. Elle  constitue  notre dignité mais aussi notre douleur. Tout d’abord la conscience  implique la responsabilité de nos actes. Je suis l’auteur de mes actes ; je le sais, aussi   je ne peux m’en désolidariser,  car j’ai conscience de mon unité malgré la diversité  de mes pensées ou de mes sentiments :  le fait de dire « Je » en témoigne, et ceci dans toutes les langues ou cultures, même si ce mot n’existe pas séparément : « Posséder le « Je » dans sa représentation : ce pouvoir, écrit Kant, élève infiniment l’homme au-dessus de tous les êtres vivants sur la terre. Par là il est une personne, et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent survenir, il est une seule et même personne… » (Anthropologie du point de vue pragmatique). Mais cette aptitude à nous reconnaître dans nos propres actes, qui n’est pas dissociable de la liberté, est aussi source de souffrance. Puisque je suis conscient de ce que je fais – dès lors que je ne suis pas jugé aliéné – je dois en répondre devant  les tribunaux humains mais aussi devant ma propre conscience,  à laquelle je ne peux échapper et qui ne prononce jamais de « relaxe » définitive. Un homme sans conscience ne serait plus un homme. Or il arrive que notre conscience nous tourmente malgré nous, en nous reprochant des actes ou des pensées que nous n’avons pas voulus. Tel est le ressort des grandes tragédies antiques.

 

La communication des consciences

 La philosophie classique a eu tendance à considérer la conscience comme auto-suffisante, voire seule au monde, à la suite de  Descartes a imaginé que la certitude de soi était antérieure à  la connaissance du monde  et plus ferme qu’elle : «  Or maintenant je sais avec certitude que je suis, et en même temps, qu’il se peut que toutes ces images et généralement que tout ce qui est rapporté à la nature du corps ne soient rien que des rêves ».  Aujourd’hui on ne considère plus la conscience comme une sorte de bulle ou de ballon, susceptible de se gonfler au point d’accueillir le monde entier pour le représenter ou l’exprimer .A la suite notamment de Hegel, puis de Husserl, la philosophie moderne insiste sur le caractère ouvert de la conscience : « toute conscience est conscience de quelque chose ». Les phénoménologues (Husserl, Merleau-Ponty) nomment  intentionnalité cette structure d’ouverture de la conscience : nous avons besoin de l’autre pour accéder à nous-mêmes , paradoxalement. « L’autre est le médiateur entre moi et moi-même » (Sartre). La psychanalyse, enfin, confirme ce point de vue. La conscience n’est pas entièrement transparente à elle-même, ni maîtresse d’elle-même. Pour nous comprendre nous même, pour nous représenter et nous construire, nous avons besoin des autres, du point de vue da l’autre. La conscience n’est donc pas le miroir de tout l’univers, mais plutôt un miroir de miroirs qui répercute sans fin des images entrelacées de nous-même, des nos proches et  de l’univers dans son ensemble. On appelle « intersubjectivité » la communication immédiate et intuitive des consciences entre elles.

 

 

 

Le sujets de dissertation les plus courants : Que peut-on savoir de soi ? La conscience de soi suppose-t-elle autrui ? Toute prise de conscience est-elle libératrice ? La conscience de ce que nous sommes fait-elle obstacle au bonheur ?

L’explication de texte de philosophie (méthode)

 

La méthode élémentaire  de l’explication de texte de philosophie au bac

 

Première lecture :

 Tout d’abord, vous vous assurez que vous comprenez convenablement le texte, c’est-à-dire que vous êtes capable d’en dégager la thèse  sans aucun doute possible (sinon vous ne prenez pas ce sujet). Avec deux « stabilo », soulignez (non pas n’importe quoi)  mais seulement :1) le ou les mots clés, trois ou quatre occurrences maximum 2 ) les mot-logiques qui indiquent les étapes du raisonnement (par exemple : car, donc, mais, ainsi..)

Au brouillon :

- Dégagez le thème  de l’extrait et  la question (soulevée à laquelle il répond) et, pour finir, la thèse (réponse à la question soulevée).

- Dégagez la structure logique : par exemple : Thèse –Arguments- Objections – Conclusion . Ou encore : Opinion commune- Réfutation  (série d’arguments) – Illustration- Thèse et Conclusion.

- Formulez votre problématique : la question  (décomposée en 2 ou 3 points) soulevée puis tranchée ou traitée  par l’auteur.

-Indiquez deux pistes de réflexion pour votre partie « critique » : Par exemple : 1) caractère paradoxal de la thèse 2) Impact dans l’histoire des idées (Nota bene : « critiquer » ne signifie pas « invalider »)

 Rédaction :

-Introduction . Ne résumez pas le texte, n’annoncez pas votre propos. Procédez en deux temps : 1) Ancrage du texte dans un thème 2) Enoncé de votre problématique.

-Explication proprement dite : en deux ou trois parties, suivant le plan du texte. Phrase après phrase. Les affirmations les plus abstraites doivent être illustrées. Les difficultés doivent être explicitées et non pas passées sous silence. Les idées les plus fortes (difficiles, originales) doivent être mises en relief. Ainsi, en tant que lecteur, vous témoignez de votre ETONNEMENT (philosopher, c’est savoir s’étonner).

Partie critique : en deux temps :  par exemple : 1) Objections 2) Réponse aux objections (c’est une possibilité parmi d’autres).

 

 L’ESSENTIEL A RETENIR

-Manifester un réel esprit CRITIQUE ; ne pas adhérer purement et simplement au propos de l’auteur. (paraphrase). Au contraire, il faut interroger le texte,  questionner les idées et le mode d’argumentation de  l’auteur.

- Ne pas reprocher à l’auteur de ne pas avoir pensé à ceci ou à cela. Vous ne connaissez pas l’ensemble de son œuvre

- Ne pas plaquer des connaissances extérieures et superflues.

- Ne pas  supposer que la thèse est forcément dans la première phrase

- Faire preuve de pédagogie. Ne pas embrouiller le lecteur, au contraire tenter de clarifier le texte, comme si vous l’expliquiez à quelqu’un qui ne le comprend pas.

La méthode de la dissertation de philosophie en terminale

La méthode de la dissertation de philosophie en terminale

 

Je prendrai quatre exemples de sujets (de terminale)  :

1) Les hommes existent-ils comme existent les choses ?

2) Quel rôle joue l’expérience dans la connaissance humaine ?

3) L’homme est-il le seul être à avoir une histoire ?

4) L’art peut-il être immoral ?

Principe de base :

Il faut élaborer une problématique, puis faire un plan en trois parties. Chaque partie constitue une thèse (et non un thème comme «  l’existence », par exemple, ni une question comme « qu’est-ce que l’art ? »  par exemple). Une thèse comporte en général un sujet,  un verbe et un complément. Elle constitue une réponse à la question posée, ou à l’une des questions posées en introduction. Par exemple : «  L’expérience est la base de toute connaissance ».

 L’introduction, les trois parties et la conclusion sont nettement séparées (trois lignes). Chaque partie énonce explicitement en conclusion la réponse donnée dans cette partie à la question posée.

La problématique

 Ce n’est pas une question, ni une suite décousue de questions, mais deux ou trois questions articulées entre elles, et déduites de la tension inhérente au sujet. Par exemple,  l’antagonisme entre hommes et choses (sujet 2). Ou l’indépendance entre art et moralité (sujet 4). Pour trouver sa problématique, il faut chercher une opposition ou une contradiction inhérente au sujet, puis énoncer cette apparente opposition  (d’un côté l’art n’a que faire de la morale, d’un autre côté, il existe des œuvres scandaleuses) puis suggérer un éventuel dépassement de cette contradiction (« il faut (ou il ne faut pas)  établir des limites, ou des interdits,  en art. Mais qui peut faire cela ? » ). Ou bien (sujet 3) : seul l’homme a une conscience donc une histoire, mais les animaux ont une histoire au sens d’évolution. Comment distinguer histoire et évolution ?

Ce que font les élèves et qu’il ne faut pas faire

C’est ce que j’appelle les « stratégies d’évitement » du sujet. Eviter la question dans son originalité, afin de réciter son cours, par exemple le cours sur l’empirisme et le rationalisme pour le sujet 2. Il ne faut jamais commencer une partie par « selon tel philosophe « , ni le devoir par : « De tous temps, les philosophes ont pensé » . Pas de citations sans référence, sans explication. Pas de citations hors contexte. Ne pas énoncer une thèse stupide et indéfendable en première partie. Toute affirmation doit être nuancée, pesée, réfléchie et justifiée.

 L’introduction

 Entrez immédiatement dans le vif du sujet. Pas de baratin, pas d’amorce. Eventuellement énoncer des définitions provisoires des termes du sujet, sans négliger aucun terme (apr exemple « chose » pour le sujet 1, ou « moral/immoral » pour le sujet 4. Puis finir par la problématique.

Les différents types de plan

 Quand il s’agit d’une question à laquelle on peut répondre par oui ou non, on peut faire thèse, antithèse synthèse, mais en nuançant d’emblée « certaines œuvres d’art peuvent paraître immorales, ont pu paraître telles» et sans énoncer des opinions tranchées et évidemment absurdes  parce que trop générales : « l’art n’est jamais  immoral » . Pensez qu’une question sur l’art (sujet 4) amène à s’interroger sur les différents types d’œuvres, les différentes formes d’art. Les réponses varieront selon les cas (œuvres figuratives ou  non) ; de même , en ce qui concerne les choses (sujet 1), il y a toutes sortes de choses, les réponses varieront selon les cas.

Si vous ne pouvez pas répondre par oui ou par non (sujets 2 et 3) il faut  trouver une contradiction qui vous permette d’énoncer un point de vue en première partie, un point de vue opposé en seconde partie, puis un point de vue différent et plus juste –plus synthétique, plus englobant ou plus radical en troisième partie. C’est souvent en jouant sur le sens des mots, plus large ou plus restreint (sens du mot « histoire », sens du mot « art », ou « expérience » ) que vous parviendrez à trouver vos trois thèses

 Conclusion

Elle répond à la question posée de façon à la fois claire, nette et pourtant nuancée, en récapitulant les trois parties et en indiquant le chemin parcouru (voilà ce qu’on a découvert et qui ne va pas de soi tant qu’on y a pas réfléchi)

 

 

La culture

musee-branlyLa culture

Le mot « culture » vient du latin « colere » qui veut dire « mettre en valeur ». On peut mettre en valeur un jardin mais aussi l’esprit. Depuis Platon et le mythe de Prométhée, on admet que l’homme est un être de culture. Prométhée,  constatant que l’homme était moins bien pourvu que les autres animaux,  a dérobé aux Dieux le feu et l’art politique, symboles de la culture.Ce forfait va permettre aux hommes de survivre malgré leur  faiblesse constitutionnelle.

 

Nature et culture

 Une très longue tradition philosophique oppose la nature et la culture, d’abord dans l’ensemble de l’univers, puis en l’homme. Le ciel étoilé, la terre,  les règnes minéraux et végétaux, appartiennent à la nature. Tout ce qui est produit par l’homme depuis la roue jusqu’à la centrale nucléaire et aux toiles de Picasso, appartiennent à la culture ; les institutions et les lois relèvent aussi de la culture, au sens  de « civilisation »,  c’est-à-dire de l’ensemble des coutumes, savoir-faire, traditions et croyances que les générations successives se transmettent. En l’homme, la « nature » désigne ce qui est donné à la naissance, tandis que la  « culture » désigne ce qu’il acquiert tout au long de son éducation. Rousseau nomme « perfectibilité » la capacité de l’homme, non pas (seulement) de progresser, mais d’évoluer sans cesse, en bien comme en mal.

 

La culture et les cultures

 Employé au singulier, le mot « culture » est synonyme de civilisation. Or cette idée de civilisation suggère un mouvement continu de l’humanité vers plus de connaissance et de lumières. On serait donc ainsi plus ou moins civilisé selon les continents et les époques. Les sociétés dites « primitives » seraient moins civilisées, donc moins  cultivées, que la société industrielle la plus performante. Or cette idée est largement remise en cause aujourd’hui. Le mouvement de l’humanité n’est pas un progrès uniforme et continu. Aucune société n’est en avance ni en retard. Lévi-Strauss et la plupart des philosophes et ethnologues préfèrent désormais parler de « cultures » au pluriel. « Culture » désigne  alors l’ensemble cohérent des  constructions imaginaires, structures mentales et modes de productions propres à chaque  communauté.

 

Culture générale, culture universelle

 Le mot « culture » désigne aussi le produit de l’éducation morale et intellectuelle de chaque individu. Tout être humain reçoit une telle « culture » par définition. Mais,  en ce sens, la culture  comporte également des degrés ; toutefois, l’approfondissement de la culture  dite « générale » n’est  pas  d’ordre quantitatif : « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine »  (Rabelais). Un homme « cultivé » (une tête bien faite !) est   capable de juger par lui-même,  par exemple de ce qui est beau. Cela signifie que grâce à son éducation il est en mesure  de dépasser les préjugés de sa « culture »,  c’est-à-dire d’une vision du monde close, autrement dit inaccessible à un étranger. Plus un homme est vraiment cultivé,  plus il est tolérant, c’est-à-dire ouvert à  toute autre culture : «  Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (Térence)

 

Sujets de dissertation : La culture rend-elle libre ? Une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles ? Puis-je juger la culture à laquelle j’appartiens ?

 Liens : texte de Rousseau : la perfectibilité, la culture, et le goût doit-il être éduqué ? et de Lévi-Strauss : nature et culture