La philosophie au bac
Par Laurence Hansen-Love

La religion n’est pas la superstition (texte de Spinoza)

Les  superstitions sout  des comportements irrationnels et aberrants qui ont pour  source l’ignorance et la peur. La religion ne doit pas verser dans la superstition selon Spinoza, car on ne peut croire que Dieu  » a les sages en aversion ».

« Nous voyons que les plus adonnés à tout genre de superstition ne  peuvent manquer d’être ceux qui désirent sans mesure des biens incertains ; tous , alors, surtout qu’ils courent des dangers et ne savent trouver aucun secours en mêmes, implorent le secours divin par des voeux  et des larmes de femmes, déclarent la Raison aveugle (incapable elle est en effet de leur enseigner aucune voie assurée pour parvenir aux vaines satisfactions qu’ils recherchent) et traitent  la sagesse humaine de vanité ; au contraire, les délires de l’imagination, les   songes et les puériles inepties leur semblent être des réponses divinse ; bien  mieux, Dieu a les sages en aversion  ( 1; ce n’est pas dans l’âme, c’est dans  entrailles des animaux que sont écrits ses décrets, ou encore ce sont  les déments, les oiseaux qui, par un instinct, un souffle divin, les font connaître. Voilà à quel point de déraison la crainte porte les hommes. »
SPINOZA, Traité théologico-politique, préface
1)  Comprendre : ils s’imaginent que Dieu a les sages en aversion.


Publié le 12 juin 2008 par LeWebPédagogique dans Textes clés
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Texte de Hume : religion et superstition

superstition
 Dans le texte suivant, Hume montre que certaines  dispositions anthromorphiques 1 sont spontanées. C’est la raison pour laquelle elles sont si universellement partagées. C’est pourquoi aussi la limite séparant religion et superstition est difficile à établir:

 

« Les hommes ont une tendance universelle à concevoir tous les êtres à leur ressemblance et à transférer à tous les objets les qualités auxquelles ils sont habitués et familiarisés et dont ils ont une conscience intime. Nous découvrons des visages humains dans la lune, des armées dans les nuages ; et si nous ne corrigeons pas par l’expérience et la réflexion notre penchant naturel, nous accordons malveillance et bienveillance à tout ce qui nous apporte mal ou bien. De là, la fréquence des prosopopées 2 dans la poésie, qui personnifient les arbres, les montagnes et les rivières et qui attribuent aux éléments inanimés de la nature des sentiments et des passions. Et bien que ces formes et ces expressions poétiques ne s’élèvent pas jusqu’à la croyance, elles peuvent servir du moins à prouver une certaine tendance de l’imagination, sans laquelle elles ne pourraient avoir ni beauté ni naturel. D’ailleurs dieux de rivières ou hamadryades 3 ne sont pas toujours pris pour des êtres purement poétiques et imaginaires : ils peuvent parfois s’intégrer dans la croyance véritable du vulgaire ignorant, qui se représente chaque bosquet, chaque champ sous la domination d’un génie particulier ou d’une puissance invisible qui les habite ou les protège. En vérité les philosophes eux-mêmes ne peuvent entièrement échapper à cette fragilité naturelle : ils ont souvent accordé à la matière inanimée l’horreur du vide, des sympathies, des antipathies et d’autres affections de la nature humaine. L’absurdité n’est pas moindre, quand nous levons les yeux vers les cieux et que, transférant -trop souvent – des passions et des infirmités humaines à la divinité, nous la représentons jalouse, prête à la vengeance, capricieuse et partiale, en bref identique en tout point à un homme méchant et insensé, si ce n’est dans sa puissance et son autorité supérieure. Il n’y a rien d’étonnant alors à ce que l’humanité, placée dans une ignorance aussi absolue des causes et en même temps si inquiète de sa fortune future, reconnaisse immédiatement qu’elle dépend de puissances invisibles, douées de sentiment et d’intelligence ».

David Hume, Histoire naturelle de la religion (1757), Vrin, pp 48-49, trad. M. Malherbe, 1971.

NOTE 1 : Anthropomorphisme : fait d’attribuer à toutes choses des formes ou des dispositions qui n’appartiennent qu’à l’homme.

NOTE 2 : Prosopopée :figure de style qui consiste à donner la parole à un être inanimé.

NOTE 3 : Hamadryade : nymphe identifiée à un arbre, qu’elle était censée habiter.

 


Publié le 3 février 2008 par LeWebPédagogique dans Textes clés
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