La philosophie au bac
Par Laurence Hansen-Love

Les formes symboliques doivent être interprétées

rêve dali
(Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade… de Salvador Dali)

 Tout ce qui relève de l’esprit est d’ordre symbolique et doit donc être interprété.
 Voici le texte  de Hegel à ce sujet:

« Le symbole est une chose extérieure, une donnée directe et s’adressant directement à notre intuition ; cette chose cependant n’est pas prise et acceptée telle qu’elle existe réellement, pour elle-même, mais dans un sens beaucoup plus large et beaucoup plus général. Il faut donc distinguer dans le symbole : le sens et l’expression. Celui-là se rattache à une représentation ou à un objet, quel que soit son contenu ; celle-ci est une existence sensible, ou une image quelconque.

1)   Le symbole est avant tout  un signe. Mais dans la simple présentation, le rapport qui existe entre le sens et son expression est un rapport purement arbitraire. Cette expression, cette image ou cette chose sensible représente si peu elle-même qu’elle éveille plutôt en nous l’idée d’un contenu qui lui est tout à fait étranger, avec lequel elle n’a, à proprement parler, rien de commun […]

2)   Il en est autrement d’un signe destiné à servir de symbole. Le lion, par exemple, est considéré comme le symbole du courage, le renard comme celui de la ruse, le cercle comme celui de l’éternité, le triangle comme celui de la Trinité. Or, le lion et le renard possèdent bien les qualités, les propriétés dont ils doivent exprimer le sens. De même, le cercle ne présente pas l’aspect inachevé ou arbitrairement limité d’une ligne droite ou d’une autre ligne qui ne revient pas sur elle-même ou encore d’un intervalle de temps ; et un triangle a un nombre de côtés et d’angles égal à celui qu’évoque en nous l’idée de Dieu, lorsqu’on compte les déterminations que la religion attribue à Dieu.

 Dans tous ces exemples les objets sensibles ont déjà par eux-mêmes la signification qu’ils sont destinés à représenter et à exprimer, de sorte que le symbole, pris dans ce sens, n’est pas un simple signe indifférent, mais un signe qui, tel qu’il est extérieurement, comprend déjà le contenu de la représentation qu’il veut évoquer. Et en même temps, ce qu’il veut amener à la conscience, ce n’est pas lui-même, en tant que tel ou tel objet concret et individuel, mais la qualité générale dont il est censé être le symbole.

3)   Nous ferons remarquer en troisième lieu que le symbole qui ne doit pas être adéquat à son sens, en tant que signe purement extérieur, ne doit pas non plus, pour rester symbole, lui être tout à fait adéquat. […]

Il résulte de ce qui vient d’être dit qu’envisagé du point de vue de son  concept, le symbole possède toujours un double sens ».

HEGEL
 Traduction S.Jankélévitch
 Esthétique Deuxième volume, Introduction, Du symbole en général, pp 12-13-14, 1978, Champs Flammarion


Publié le 16 mars 2008 par LeWebPédagogique dans Textes clés
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Fiche l’interprétation

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Damien Hirst Exhibition

Interprétation : (etym latin interpretatio, explication)

 1) Sens ordinaire a) action d’interpréter dans le sens de découvrir ou de produire le sens d’une chose obscure ou ambiguë b) exécution d’ une oeuvre par exemple musicale par son interprète (le  musicien, l’artiste..) c) traduction d’un texte dans un autre ou lecture personnelle d’une œuvre (interprétation d’un poème)

2) Psychanalyse : ensemble de techniques et de procédés ayant pour but la révélation du sens caché des rêves des symptômes, des fantasmes ou des idées fixes d’un patient. L’interprétation est décisive en psychanalyse parce que l’inconscient n’est accessible que de manière indirecte. Le sens de nos actes n’est donc pas immédiat et doit être décrypté.

3) Philosophie : contrairement à ce que suggère l’étymologie du terme, l’interprétation doit être distinguée de l’explication, Selon le philosophe allemand H.G. Gadamer (1900- 2002) interprétation est à rapprocher de la compréhension plutôt que de l’explication. Expliquer c’est révéler par l’analyse un sens supposé préexistant. Comprendre c’est découvrir le sens exact d’un texte ou d’un événement qui est susceptible d’en posséder plusieurs. Aucune interprétation n’est jamais exclusive d’une autre, et une intuition préliminaire est toujours indispensable pour effectuer une lecture à la fois personnelle, neuve et pertinente d’un texte ou d’un épisode historique, par exemple. L’herméneutique, dont H.G. Gadamer est le principal représentant est la discipline qui est consacrée à l’interprétation, en premier lieu celle qui porte sur les textes bibliques. H.G. Gadamer, H. Arendt et Paul Ricoeur insistent sur le fait que tout écrit est « herméneutique » c’est-à-dire appelle une interprétation inspirée par une intuition qui lui « donne » un sens qu’il ne possède pas indépendamment de cette interprétation. Si tous les textes doivent donc être interprétés, car ils sont susceptibles de posséder plusieurs sens, il faut ajouter que toutes le productions humaines s’apparentent de ce point de vue à des textes. Les événements historiques, les cultures éloignées, les mythes et les croyances, les images sont tous des formes de « discours » qui, pour être compris doivent être non seulement expliqués, mais aussi déchiffrés. Tout ce qui relève de l’ordre symbolique est foncièrement et définitivement ambigu.

 


Publié le 17 février 2008 par LeWebPédagogique dans Fiches de révision
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