Bilan de l’évaluation par compétences après trois années
Mise en oeuvre au collège 11 décembre 2009, 11:01
Après trois années d’expérimentation sur l’évaluation de compétences, nous avons fait marche arrière sur la note. Bien que compétences et notes soient incompatibles, ce retour à une évaluation chiffrée était nécessaire. Les classes non notées se sont vite retrouvées identifiées par tous (élèves, parents, écoles des alentours) comme celles ayant des élèves en grandes difficultés. De fait, toutes les écoles du secteur nous “envoyaient” leur élèves en perdition et demandait des dérogations pour leurs “bons” élèves vers d’autres établissements. Au sein du collège une ségrégation commençait à apparaître. Pour inverser la situation, il fallait mixer les classes. Ce qui a été fait cette année. Notre choix est de former et évaluer tous les élèves par compétences. Le plus important n’est peut-être pas la note elle même. Notre objectif est donc de former toutes les classes ainsi, la note n’étant qu’une transcription d’un pourcentage d’acquis.
Tags : évaluation, compétences
4 commentaires à “Bilan de l’évaluation par compétences après trois années”
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Compteur
14 janvier 2010 à 23:56
Bonjour
vous m’inquiétez là car nous avons décidé depuis cette année de ne pas mettre de notes chiffrées à nos élèves de sixième en mathématiques, SVT, AP et HG (je suis prof d’HG). Nous nous interrogeons sur l’opportunité de réutiliser cette note ou pas pour l’an prochain. Nous avons pas mal bossé sur l’évaluation par compétences (j’ai fait un petit script en ligne pour traiter les données). La réception est bonne mais les notes manquent à de nombreux élèves/parents qui aimaient se comparer entre eux et/ou se jauger à la lueur de cette fameuse moyenne. Bref on réfléchit et la lecture de ce billet me laisse un peu pensif…
Merci en tout cas de transcrire ainsi vos analyses.
Julien Jocal
15 janvier 2010 à 9:29
Il est vrai que cela peut sembler inquiétant. Il est souvent plus difficile, pour l’enseignant, de revenir à un système noté qu’on pourrait le penser. En effet, lorsque l’on s’est investi dans un système d’évaluation d’acquis, on ne pense plus en terme de notes, et il n’y a aucun d’intérêt à “moyenniser”. Mais les pressions sont fortes. Malgré tout, l’engagement dans la démarche est déjà un grand pas. Ensuite, on peut trouver des “parades”. Je refuse de noter mes élèves. Toutefois, ils ont un pourcentage de réussite qui est le résultat de leurs acquis. Pour cela j’ai gardé en maths des champs similaires au Socle Commun : 1) connaître, 2) appliquer, 3) raisonner, 4) investir. L’introduction de ces champs est me semble-t-il plus lisible pour les parents, et l’administration. La mise en place d’une évaluation par compétences est tout de même assez paradoxale, tout le monde trouve cela extraordinaire mais cela serait mieux si il y avait une note ! Mais, il ne faut jeter la pierre à personne. C’est souvent difficile de s’y retrouver même lorsque l’on est un soit-disant spécialiste. Il suffit d’observer les difficultés qu’éprouvent certains enseignants à penser compétences. Bref, le socle et sa mise en application est déjà un grand pas. Il faudra encore du temps et des expérimentations comme la votre pour faire évoluer le choses.
19 mars 2010 à 16:50
Bonjour
Je viens de découvrir votre site fort riche en retours d’expériences diverses sur l’expérimentation de l’évaluation par compétences.
Personnellement j’éprouve toutefois des difficultés pour adhérer à cette démarche évaluatrice par compétences car je n’en comprends pas la pertinence théorique. J’adhère totalement au constat du caractère imparfait de la note mais m’interroge malgré tout sur la tendance consistant à vouloir substituer “un tout compétences” au système actuel au seul prétexte qu’il présente des imperfections. Je serais donc plutôt dans une démarche de perfectionnement du système actuel plutôt que dans le développement d’une approche par compétences qui me semble davantage symptomatique d’un transfert mal maitrisé de modèle d’évaluation du monde de l’entreprise à l’univers pédagogique.
Disons que d’un point de vue cadre théorique il m’apparait central d’envisager l’approche compétence dans le cadre théorique de la Complexité. Or le raisonnement développé consiste à réduire une compétence cognitive complexe sous un mode additif de sous compétences. C’est cette approche purement réductionniste sous un mode additif qui me pose problème car elle est complètement en contradiction avec les connaissances en neurosciences sur le fonctionnement cérébral. Le cerveau n’est pas une machine fonctionnant sur un mode additif mais plutôt un système complexe en réseau et dont les éléments fonctionnent sur un mode intégratif. Ainsi une partie du système influencera la globalité du système et inversement la globalité du système influencera chacune des parties.
Cette représentation du fonctionnement cérébral me semble complètement contradictoire avec le réductionnisme inhérent à l’évaluation par compétences.
Si vous avez des éléments théoriques de nature à faire évoluer mon opinion sur l’interprétation pédagogique des modèles d’étude de la Complexité, je serais ravi d’en prendre connaissance car e demeure extremement perplexe sur le fondement de ce nouveau dogme qui semble envahir l’Education Nationale.
20 mars 2010 à 12:41
Vos remarques sont réellement très intéressantes et témoignent d’une réflexion déjà bien avancée sur le sujet. Je rejoins en partie votre point de vue, notamment sur le caractère actuellement réductionniste à un mode additionnel de sous-compétences, que je définirai plutôt comme étant des capacités et non des compétences. Cependant, notre difficulté, est de pouvoir “observer”, “analyser”, “identifier les difficultés” pour ensuite pouvoir remédier auprès des élèves. De quels outils disposent-on ? La note est-elle dans ce cas plus adaptée ? Je développerai, sur ce même blog (dès que j’aurai un peu de temps) quelques modèles théoriques ; par exemple le cadre RIP dans lequel l’activité de l’élève est décomposée en 3 composantes : Réaliser, Investir, Penser. Au travers de ces trois champs on construit un mode de représentation qui va permettre de prendre en compte la complexité d’une tâche dans sa globalité. Mais avant tout, il me semble important de proposer des situations concrètes, même imparfaites. Maintenant, il est difficile de s’abstraire des domaines d’application des compétences, à savoir les connaissances. Pour le moment, il me semble que c’est ce que l’on maîtrise le mieux. Le paradoxe lorsque l’on s’engage dans des démarches par compétences, c’est de voir la connaissance diluée, disparaître. Proposer un approche par sous-capacités permet de se rassurer. Peut-être est ce une démarche indispensable ? Rapidement pour terminer, mon objectif n’est pas, n’est plus, de prôner une évaluation qui ne soit pas chiffrée, mais au contraire de proposer des situations, que j’estime complexes, et que j’ai testées en classe.