Modifier le comportement des élèves, évaluer des compétences

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Lorsque l’on se lance dans l’évaluation de compétences, je devrais plutôt dire l’évaluation de productions liées à des situations complexes permettant de développer des compétences (c’est plus juste, car une compétence ne s’évalue pas), on est très rapidement confronté à la résistance des élèves. Comment mettre en place une évaluation formative qui ne soit pas programmée une semaine ou 15 jours à l’avance ? Peut-on évaluer les élèves sans qu’ils soient en situation de “contrôle” comme ils le disent. Arrivera-t-on un jour à ne plus entendre, “Monsieur, c’est un contrôle ?”, “c’est noté”.

La majorité de nos élèves ont des habitudes et des méthodes de travail contre lesquelles on se bat perpétuellement sans grands résultats, il faut bien l’avouer. Habitués à des évaluations sommatives, ils mettent en place des stratégies qui ne permettent pas de développer des compétences. Tout au plus s’agit-il de mémoriser à très court terme des techniques qu’ils oublierons aussi rapidement qu’ils les auront apprises.

Revenons à la compétence. Etre compétent, c’est  mobiliser un ensemble de ressources pour traiter une famille de situations avec succès tout en intégrant la démarche et le résultat. Un élève sera donc compétent lorsqu’il aura été confronté à plusieurs situations mobilisant les mêmes ressources dans des contextes différents. Est-il possible de mener à bien ces apprentissages en étant en situation de contrôle permanent ? Le temps et la somme de connaissances à transmettre ne nous le permettent pas et trop d’évaluations tue l’évaluation. Rappelons l’étymologie de l’évaluer qui vient du latin “evaluare” signifiant “mettre en valeur”. Il faut donc expliquer aux élèves qu’évaluer ce n’est pas noter, que rendre un travail ce n’est pas un contrôle, mais montrer ce que l’on est capable de faire à un moment donné. En commençant dès la 6e on voit apparaître ou plutôt disparaître du vocabulaire des élèves celui lié à la notation sanction. Même si pour certain le lien est ancré, pour la majorité le passage par des situations complexes leur donne confiance. Ils apprennent que faire des erreurs c’est constructif, qu’on a le droit de se tromper et que l’on peut proposer sa solution (qui peut correspondre à un niveau de compétence ). Vu sous cet angle, proposer des situations complexes à nos élèves c’est modifier leur comportement et leurs méthodes d’apprentissage. On construit ses compétences et on ne travaille pas que pour la note.

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Limitations du Acquis, Voie Acquisition, Non Acquis

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Au collège Anna Marly, nous avons expérimenté il y a 6 ans (année scolaire 2005/2006) une évaluation non chiffrée pour des classes de 6e et 5e. Nous avons malheureusement abandonné au bout de trois années ces travaux pour diverses raisons, voir le billet Bilan de l’évaluation par compétences après trois années . Toutefois, j’ai poursuivi une évaluation basée sur l’acquisition de compétences depuis et ai gardé les trois champs “acquis, en voie d’acquisition et non acquis” que je convertissais en note à l’aide d’un pourcentage d’acquis, ce qui je l’avoue est plutôt long et compliqué à gérer avec un grand nombre d’élèves. Malgré tout, cela fonctionnait avec ses limitations. En effet, reste la difficulté à determiner si un élève est compétent ou pas. Or, avec le recul, on s’aperçoit que pour beaucoup d’élèves (la majorité) les compétences (clès) sont essentiellement en voie d’acquisition. Pour l’élève et sa famille cela pose alors plusieurs problèmes. Pour la famille, comment situer leur enfant par rapport aux compétences à maîtriser ? Comment l’aider si nécessaire ? Quels documents leurs transmettre ? Pour l’élève, quelles motivations y a-t-il à rester toujours en voie d’acquisition, quels repères a-t-il ? Quelle valeur ajoutée par rapport à une note ?

Comment conserver un système d’évaluation non noté qui soit un véritable levier pour les apprentissages ?

Une réponse nous est fournie par Gérard Scallon1 d’une part, Annie Di Martino et Anne-Marie Sanchez2 d’autre part, la composition d’échelle descriptives. La composition d’échelle descriptive permet de définir des degrés de compétences (certains pédagogues les comparent aux ceintures de judo). L’évaluation de la compétence est basée sur des critères de réussite. Chaque critère est décliné en indicateurs qui permettent d’opérationnaliser les critères. Pour être compétent à un degré donné, l’élève doit maîtriser tous les indicateurs des critères du degré en question. Voici un exemple que j’ai construit en laison au Socle et à la compétence 3 (pilier 3) pour lequel les critères sont “comprendre, réaliser, raisonner et communiquer” : echelle-descript-comp3-socle

Chaque couleur représente un degré de compétence. Pour être compétent sur la couleur jaune par exemple, il faut que l’élève  maîtrise les indicateurs qui y correspondent. Même si l’élève est en vert pour raisonner mais qu’il propose une réponse non structurée, son degré de compétence restera sur orange.

Cette façon d’évaluer est très interessante et très performante. Dans ce cas l’évaluation devient un réel levier pour les apprentissages. Tout d’abord, on voit bien se dessiner le concept de compétences, mise en parallèles des plusieurs capacités (les critères), la connaissance est sous-jacente et dépendra de la situation proposée. Un degré de compétence apparaît, l’élève peut se situer et comprend ses résultats. Cela lui permet également de cerner ce qu’il doit améliorer pour changer de degré. Un autre avantage que je vois à ce système est la possibilité de travailler conjointement sur le niveau attendu pour le Socle et le niveau exigible pour les programmes. Fixons, par exemple, comme noire la ceinture associée au programme et verte celle du Socle.

Pour revenir à l’expérimentation d’évaluation sans note au collège Anna Marly, nous projetons de la relancer à la rentrée prochaine en utilsant les échelles descriptives.

1. Gérard Scallon, Evaluation des apprentissages dans une approche par compétences, Paris, De Boek, 2004 (2007, 2e édition).

2. Annie Di Martino et Anne-Marie Sanchez, Socle commun et compétences, esf éditeur, 2011




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Bilan de l’évaluation par compétences après trois années

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Après trois années d’expérimentation sur l’évaluation de compétences, nous avons fait marche arrière sur la note. Bien que compétences et notes soient incompatibles, ce retour à une évaluation chiffrée était nécessaire. Les classes non notées se sont vite retrouvées identifiées par tous (élèves, parents, écoles des alentours) comme celles ayant des élèves en grandes difficultés. De fait, toutes les écoles du secteur nous “envoyaient” leur élèves en perdition et demandait des dérogations pour leurs “bons” élèves vers d’autres établissements. Au sein du collège une ségrégation commençait à apparaître. Pour inverser la situation, il fallait mixer les classes. Ce qui a été fait cette année. Notre choix est de former et évaluer tous les élèves par compétences. Le plus important n’est peut-être pas la note elle même. Notre objectif est donc de former toutes les classes ainsi, la note n’étant qu’une transcription d’un pourcentage d’acquis.

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Au Canada

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Le canada s’est lancé depuis quelques années dans l’évaluation de compétences. Voici un lien vers le site ministériel Québécois et la revue Vie pédagogique  qui propose régulièrement le bilan des expérimentations et innovations en la matière  : http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/viepedagogique/148/index.asp.

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