Si les notions de « liberté » et « d’égalité » de notre trilogie républicaine sont peu susceptibles de contestation, il en va tout autrement du concept de « fraternité ». Le caractère à la fois indéterminé et abstrait des notions de « liberté » et d’« égalité », loin de constituer un obstacle à leur universalisation, est au contraire un atout. Leur articulation ne pose pas non plus de problème insurmontable, puisque l’on admet, depuis Rousseau, que tous les hommes doivent être égaux, au minimum, sous l’angle de la liberté. Il en va tout autrement du concept de « fraternité », dont l’ancrage charnel et affectif est un sérieux handicap. De toute évidence, les hommes ne sont pas tous « frères ». Les individus et les groupes se choisissent les « frères » qui méritent ce titre à leurs yeux. Or la « fraternité politique est originairement ancrée comme masculine dans le réel et dans l’histoire ». Sans doute faut-il dépasser l’acception littérale du terme : « une acception qui ne s’adresse qu’aux frères seuls, et qui refuse toute place pour le non-frère, celui qui ne partage pas « ma » fraternité, pour l’étranger, et encore moins pour la sœur ». Ce dépassement reste à venir, il est loin d’être acquis aujourd’hui. LHL
Lire l’article « Mes frères, un jour, nous serons tous des soeurs » par Bérengère Kolly, dont ces citations sont extraites.
http://www.liberation.fr/politiques/0101613786-mes-freres-un-jour-nous-serons-tous-des-s-urs