Le Hezbollah est une milice chiite de résistance libanaise.
Un mouvement chiite
           Le Hezbollah est tout d’abord un mouvement chiite. La religion de l’Islam est principalement partagĂ©e entre deux courants : le sunnisme et le chiisme. Le premier est un courant très orthodoxe. Autour de l’autoritĂ© suprĂŞme qu’est le Coran, le livre saint des musulmans, la communautĂ© des croyants est gĂ©rĂ©e par des règles traditionnelles, reposant sur les paroles de Mahomet et la tradition qui les rapporte. La communautĂ© est dirigĂ©e par un chef, censĂ© agir sous inspiration divine, c’est un UlĂ©ma.
           Le mouvement chiite ne dissocie pas l’autoritĂ© religieuse et politique. Courant Ă la fois spirituel et politique, il est aussi idĂ©ologique : il nourrit de grandes ambitions pour l’ensemble de la communautĂ© musulmane. Pour les chiites, la seule autoritĂ© que le musulman doit respecter est celle de l’Imam, qu’ils considèrent comme le digne successeur du prophète Mahomet. Dieu, Allah inspire le gouvernement des hommes via ce guide. Il est donc le chef de la doctrine, c’est-Ă -dire des règles religieuses, le seul Ă dĂ©tenir le secret de la RĂ©vĂ©lation de Allah Ă Mahomet et donc, le seul Ă comprendre la totalitĂ© des textes du Coran. Il a aussi une forte influence dans les affaires politiques.
Dans le cas du Hezbollah, milice chiite, l’action politique et militaire est donc indissociable d’une vision religieuse du monde : sauvegarder ou obtenir des territoires rĂ©pond Ă une volontĂ© d’islamisation du Proche-Orient. Autrement dit, d’Ă©tendre l’Islam, comme force religieuse et politique.
Un mouvement de résistance
           L’acte de naissance du Hezbollah, tel qu’on le connaĂ®t aujourd’hui se situe en 1982. Cette annĂ©e-lĂ , IsraĂ«l envahit le sud du Liban. Le Hezbollah n’est alors qu’un courant intellectuel. En rĂ©action Ă l’occupation israĂ©lienne, il s’appuie sur la communautĂ© chiite pour organiser un mouvement de rĂ©sistance. Il devient un parti politique, le Parti de Dieu, doublĂ© d’une organisation militaire spĂ©cifique, une milice.
           Le Hezbollah est un enfant de la RĂ©volution iranienne. Laquelle a donnĂ© lieu Ă la formation d’un Etat islamique. Le Parti de Dieu prend part Ă l’ambition de ce dernier, celle de libĂ©rer certains territoires de toute occupation Ă©trangère et d’y Ă©tablir des gouvernements islamiques. Dans ce dessein, le Hezbollah est influencĂ© par l’Iran chiite et par l’imam Khomeiny, tĂŞte pensante de la RĂ©volution iranienne. Celui-ci reste le guide suprĂŞme pour tous les chiites, ainsi que pour les chefs successifs du Hezbollah, comme l’actuel dirigeant Hassan Nasrallah.
           Hormis ce lien spirituel, l’Iran est aussi un soutien militaire et financier pour le Hezbollah. Cette aide passe par la Syrie. En contre-partie, les deux grands pays utilisent la milice libanaise pour faire pression sur IsraĂ«l afin de rĂ©cupĂ©rer des terres qu’ils considèrent comme les leurs. Avec l’apport financier iranien, le Hezbollah prĂ©tend porter la voix des plus dĂ©munis. Il créé un rĂ©seaux d’assistance sociale dans les rĂ©gions chiites du Liban, construit des hĂ´pitaux, des Ă©coles, des orphelinats et mĂŞme une chaĂ®ne de tĂ©lĂ©vision, Al-Manar. Tout cela lui vaut une grande popularitĂ© dans la population chiite libanaise.
           En 2000, Ă la suite d’une rĂ©solution de l’ONU, IsraĂ«l retire ses troupes du Liban, en contre-partie de quoi, ce dernier doit faire dĂ©sarmer toutes les milices prĂ©sentes sur son territoire. Une seule ne se plie pas aux exigences de la communautĂ© internationale : le Hezbollah. Jusqu’Ă aujourd’hui, il restera le seul parti politique Ă avoir gardĂ© sa milice armĂ©e.
Le 12 juillet dernier, le Parti de Dieu capture deux soldats israĂ©liens : c’est une provocation pour IsraĂ«l, ainsi que pour la communautĂ© internationale. L’Etat hĂ©breu dĂ©cide d’Ă©radiquer la milice et ainsi, la menace qu’elle fait peser sur la frontière israĂ©lo-libanaise. C’est le dĂ©but de la guerre.
Chiites contre sunnites
           Au Liban, le Hezbollah est un mouvement sur lequel le gouvernement sunnite n’a aucun pouvoir. En dĂ©pit de sa prĂ©sence au parlement et au sein du gouvernement, il reste un parti Ă part. Lors de l’assassinat du Premier ministre, Rafic Hariri, par exemple, tous les partis sont descendus dans la rue. Sauf le Hezbollah. De plus, alors que le gouvernement, comme les autres partis musulmans et chrĂ©tiens sont tournĂ©s vers l’Occident, le Parti de Dieu se concentre uniquement sur des enjeux rĂ©gionaux : comme la rĂ©cupĂ©ration de terres qu’il considère comme musulmanes.
           Cette opposition chiites-sunnites libanaise est rĂ©vĂ©latrice du conflit entre ces deux communautĂ©s Ă l’Ă©chelle internationale. L’Iran rĂŞve d’un arc chiite qui irait de son pays, Ă la Syrie, en passant par l’Irak et le Liban. Ce rĂŞve inquiète les pays sunnites, comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte ou la Jordanie. Ainsi, en condamnant le geste du Hezbollah, dès le dĂ©but de la guerre, c’est bien l’Iran chiite que les pays arabes ont visĂ©. Si le Hezbollah est battu, l’Iran perdra une assise au Proche-Orient. Et pour les pays arabes, ce sera un bastion chiite en moins.
           Or, c’est le Liban et sa population, toutes confessions religieuses confondues, qui fait les frais de ces manoeuvres politiques et religieuses.