Dernière minute : projet israélien abandonné

Selon le quotidien Israélien « Haaretz », le projet  israélien controversé de construire une rampe d’accès au pied de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem a été abandonné.

Ce projet, qui avait provoqué une levée de boucliers dans le monde musulman, depuis la semaine dernière, a été abandonné par la Compagnie de développement du quartier Juif, propriétaire du terrain sur lequel des fouilles archéologiques ont été lancées.

Les autorités musulmanes ne se sont pas pour autant apaisées, puisqu’elles exigent l’arrêt de ces fouilles aux abord de leur lieu saint.

Pour aller plus loin:

le site du quotidien israélien Haaretz

http://www.haaretz.com/ 

De la sensibilité d’un symbole religieux

Colère dans le monde musulman. Des manifestations sont organisées depuis vendredi dans plusieurs pays arabes pour protester contre des travaux entamés par Israël, autour de l’esplanade des mosquées à Jérusalem.Depuis mardi dernier, Israël a entrepris des fouilles archéologiques au pied de l’esplanade des Mosquées. Et selon le Waqf, la fondation en charge de la mosquée, les travaux menaceraient les fondations de l’esplanade, haut lieu de l’Islam. Levées de boucliers dans la population palestinienne et dans le monde arabo-musulman où des dignitaires ont proclamé vendredi dernier « une journée de colère ».

 

A Jérusalem, des rassemblements autour de l’esplanade ont été réprimés. De violents heurts ont fait 35 blessés. Pour fuir le gaz et les tirs israëliens, des fidèles musulmans se sont réfugiés dans la principale mosquée Al-Aqsa et dans le dôme du Rocher. Panique sur le terrain et tensions diplomatique : le président palestinien, Mahmoud Abbas dénonce « la répression israélienne », quant le mufti de Jérusalem, cheikh Mohammad Hussein déclare « une agression flagrante contre Al-Aqsa et les fidèles ».

 

« Avec notre sang et notre âme, nous te protègerons Al Aqsa » … scandés par près de 10 000 arabes israéliens à Nazareth, ces mots trouvent échos dans les pays arabes voisins. En Syrie les réfugiés palestiniens crient vengeance et en Jordanie, le pays qui gère officiellement l’esplanade des mosquées, la colère des frères musulmans se retourne contre les dirigeants du pays, jugés trop indulgents. Au Caire, les reproches sont identiques dans les mosquées et sont assortis de menaces.

 

Les capitales arabes veulent porter l’affaire devant l’ONU dès mardi prochain.

Alors que pour le gouvernement israélien, les fouilles et la reconstruction de la rampe d’accès ne causera aucun dommage à l’esplanade des mosquées. Mais pour plusieurs responsables de la sécurité et au moins un membre du gouvernement israélien, Amir Peretz, l’affaire est allée trop loin et risque de priver Israël de ses principaux interlocuteurs musulmans, à échelle internationale.

POUR ALLER PLUS LOIN:

Site du waqf:

http://www.secours-islamique.org/projets/Waqf/waqf.htm

Les actualités israëliennes vues par l’agence de presse francophone d’Israël:

http://www.guysen.com/

 

 

 

Peut-on critiquer l’Islam ?

CC BY-NDDepuis l’affaire des caricatures de Mahomet, l’année dernière, et plus récemment, celle des propos tenus par Robert Redeker* dans la presse, les tensions se sont exacerbées entre Occident et monde Musulman. Le respect des croyances doit-il être légiféré dans le cadre du droit international ? C’est en tous cas ce que souhaiterait de nombreux leaders musulmans. Une exigence qui peut paraître légitime dans le cadre de sociétés basées sur le sacré. Or, en Occident, la religion est aujourd’hui difficilement conciliable avec son modèle de société. Sphère religieuse et sphère politique sont clairement séparées. Ce qui donne toute liberté aux uns et aux autres de critiquer la religion, comme la politique, sans se voir accusés d’atteinte aux valeurs suprêmes qui fondent la société.

Dans un contexte où l’indélicatesse des uns provoque le levée de boucliers des autres, les premières victimes sont la grosse majorité de musulmans, modérés, souhaitant vivre leur religion le plus simplement du monde. Aux détriment de ces derniers, les lanceurs de fatwas* renforcent le plus honteux préjugé de notre époque : l’islam est une religion violente.

Comme le christianisme a ses défis, l’Islam en a aussi de sérieux. En effet, quelle autre issue pour l’Islam d’intégrer les valeurs modernes de pluralisme et de liberté individuelle que d’assimiler la notion de laïcité au sein de ses société musulmanes ? Cette démarche passera par une lecture critique des textes du Coran, comme celle de la tradition. Ce  à quoi travaillent déjà de nombreux musulmans.

Alors, oui à la critique des religions ! Mais avec une attitude responsable. User de son intelligence, de sa curiosité, de son respect et de son ouverture d’esprit vaut toujours mieux que de grandes thèses pseudo-intellectuelles qui exacerbent les tensions, plus qu’elles ne avancer le dialogue interreligieux.

*Robert Redeker est prof de philo dans la banlieue de Toulouse. Le 19 septembre 2006, il a publié un texte intitulé « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?« , dans la Figaro. Il y avait notamment écrit : « L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d’un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l’école, accusation d’islamophobie contre les esprits libres. Comment expliquer l’interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? » « Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran. 

*fatwa : avis de nature  juridique donné par un spécialiste de loi religieuse sur une question litigieuse. Le spécialiste pouvant lancer une fatwa est un mufti.
Pour aller plus loin
Pour comprendre les fatwas : www.fatwas.online.fr/

Pour lire l’article de R. Redeker : http://www.lefigaro.fr

Un défi pour l’école : refléter le métissage culturel

En France, depuis la IIIe république, l’école publique est une institution laïque, c’est-à-dire indépendante de toute organisation religieuse. L’école, les professeurs et leurs enseignements se doivent d’être neutres sur le plan confessionnel. Une exigence d’autant plus capitale que notre pays est riche de diverses cultures et religions : catholique, musulmane, juive, protestante…

En Russie, une polémique a gonflé au sein de l’école publique, suite à la décision de 5 régions du pays (dont celles de Belgorod, Toula et Koursk) de rendre obligatoire l’enseignement de la culture orthodoxe*. Car ces cours sont plus que de simples leçons sur l’histoire de l’Eglise orthodoxe, qui a largement prit part à la fondation de la Russie. Ce sont réellement des cours civiques, désignant la Russie actuelle comme un pays d’Orthodoxes. L’autre problème est que ses cours se font au détriment d’autres enseignements qui pourraient concernés les autres religions du pays, comme l’Islam (il y a 20 millions de musulmans en Russie).

Ces cours appelés « Fondements de la culture orthodoxe » inquiètent beaucoup de personnes, dont le ministre de l’enseignement lui-même. Car rendre obligatoire un cours de culture religieuse, dans une école publique, et passer sous silence la culture de la seconde religion du pays peut-être lourd de conséquence.Dans un pays multiconfessionnel tel que la Russie, cette mesure peut contribuer à l’aggravation de la xénophobie. Une xénophobie, malheureusement d’actualité avec la recrudescence des meurtres racistes par rapport à l’année dernière.

Orthodoxe Certes, l’Orthodoxie a modelé la Russie durant des siècles et l’Eglise orthodoxe a beaucoup d’impact sur la population depuis la chute du communisme. Or, la Russie a beaucoup évolué ces dernières années, via de grandes vagues d’immigration. L’éducation nationale, à l’instar d’autres pays doit prendre en compte ce brassage de culture. C’est quoi l’Eglise orthodoxe ?
Branche du christianisme, l’Eglise orthodoxe rassemble les églises chrétiennes de la zone orientale du bassin méditerranéen. Elles sont indépendantes de l’autorité du Pape depuis 1054. La hiérarchie est honorifique. Restés fidèles à la doctrine de l’Eglise chrétienne, ainsi qu’à la Bible, les orthodoxes se distinguent des chrétiens « romains » par une conception différente de l’Eglise. Pour eux, la notion de hiérarchie au sein de l’Eglise est choquante. De même, ils sont plus attachés à la « tradition », au mysticisme qu’à l’interprétation des textes et à la mission apostolique, chère à l’église catholique.

Le pape a-t-il attaqué les musulmans ?

PapeEst-ce un pape maladroit ou provocateur ? En tous cas, tout le monde est d’accord, même certains dignitaires du Vatican,pour admettre que Benoît XVI a fait une énorme gaffe. En dénonçant un rapport entre la violence et la propagation de la foi musulmane, le Pape a mis le feu aux poudres dans le monde musulman. Dimanche 17 septembre, soit 5 jours après son fameux discours, Benoît XVI a exprimé ses « regrets ». Et même si cela a atténué la rancœur musulmane, pour certains pays comme l’Iran, cela ne suffit pas. A Téhéran, on réclame des excuses publiques.

Depuis Jean-Paul II, nous étions habitué à la figure d’un Pape diplomate* et œcuménique*. Avec Benoît XVI, c’est un Pape théologien* et doctrinaire* qui gère l’Eglise, plus soucieux de rappeler ses racines chrétiennes à l’Europe et de démontrer que la vérité ultime appartient aux catholiques, que d’entamer un réel dialogue critique avec les autres religions. Lors de son discours du 12 septembre à Ratisbonne (Allemagne), le Pape souhaite montrer les liens historiques entre le christianisme et la Raison. Tout cela pour prouver que l’Eglise catholique est compatible avec la modernité. De même, il tient aussi à dénoncer la violence que certains pratique au nom de Dieu. Mais, là, il fournit maladroitement un contre-exemple à son exposé : l’Islam.

Pour appuyer sa thèse, il se sert d’un texte du XIVe siècle, de Manuel II Paléologue (1350-1425). Cet auteur byzantin est connu pour s’être illustré dans le conflit chrétiens-musulmans et pour avoir appelé les souverains d’Europe à la guerre sainte contre l’Islam. L’erreur de Benoît XVI est alors de sortir de leur contexte médiéval des phrases très critiques à l’égard de l’Islam, dépeignant cette religion comme guerrière : « Montre-moi donc ce que le prophète Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit dé défendre par l’épée la foi qu’il prêchait. » Par cette citation le Pape veut condamner le djihad, la guerre sainte prêchée par l’Islam radical. Jusque-là, rien de vraiment condamnable. La vrai boulette est plutôt de laisser entendre que le prophète Mahomet tient un double langage : pacifique dans le Coran et guerrier dans ses actes.

En se référant à Mahomet, source de l’Islam, il stigmatise toute la communauté musulmane et confond l’Islam, la religion et l’Islamisme, l’idéologie politique et guerrière d’une frange extrême et minoritaire du monde musulman. Ce genre d’amalgame, qui n’est pas nouveau, est choquant de la part d’un Pape, chef spirituel de milliards de catholiques dans le monde et reconnu comme l’un des plus grands intellectuels du XXe siècle. De plus, ce genre de discours est susceptible d’alimenter la peur de l’Islam, religion, trop souvent reliée, à tord, au terrorisme.
 

 Vocabulaire 
diplomate* : diplomate est une fonction, c’est aussi une manière de discuter, de négocier des affaires et de les mener avec tact.

œcuménique*: universel

théologien* :spécialiste des questions religieuses, des textes et du dogme (règles d’une religion)

doctrinaire* : personne attaché à des principes et des règles
 

Pour en savoir plus… 
Consulter le site du Vatican

Le Hezbollah : en quoi sa confession chiite peut aider à la compréhension du conflit actuel ?

Le Hezbollah est une milice chiite de résistance libanaise.

Un mouvement chiite

            Le Hezbollah est tout d’abord un mouvement chiite. La religion de l’Islam est principalement partagée entre deux courants : le sunnisme et le chiisme. Le premier est un courant très orthodoxe. Autour de l’autorité suprême qu’est le Coran, le livre saint des musulmans, la communauté des croyants est gérée par des règles traditionnelles, reposant sur les paroles de Mahomet et la tradition qui les rapporte. La communauté est dirigée par un chef, censé agir sous inspiration divine, c’est un Uléma.

            Le mouvement chiite ne dissocie pas l’autorité religieuse et politique. Courant à la fois spirituel et politique, il est aussi idéologique : il nourrit de grandes ambitions pour l’ensemble de la communauté musulmane. Pour les chiites, la seule autorité que le musulman doit respecter est celle de l’Imam, qu’ils considèrent comme le digne successeur du prophète Mahomet. Dieu, Allah inspire le gouvernement des hommes via ce guide. Il est donc le chef de la doctrine, c’est-à-dire des règles religieuses, le seul à détenir le secret de la Révélation de Allah à Mahomet et donc, le seul à comprendre la totalité des textes du Coran. Il a aussi une forte influence dans les affaires politiques.

Dans le cas du Hezbollah, milice chiite, l’action politique et militaire est donc indissociable d’une vision religieuse du monde : sauvegarder ou obtenir des territoires répond à une volonté d’islamisation du Proche-Orient. Autrement dit, d’étendre l’Islam, comme force religieuse et politique.

Un mouvement de résistance

            L’acte de naissance du Hezbollah, tel qu’on le connaît aujourd’hui se situe en 1982. Cette année-là, Israël envahit le sud du Liban. Le Hezbollah n’est alors qu’un courant intellectuel. En réaction à l’occupation israélienne, il s’appuie sur la communauté chiite pour organiser un mouvement de résistance. Il devient un parti politique, le Parti de Dieu, doublé d’une organisation militaire spécifique, une milice.

            Le Hezbollah est un enfant de la Révolution iranienne. Laquelle a donné lieu à la formation d’un Etat islamique. Le Parti de Dieu prend part à l’ambition de ce dernier, celle de libérer certains territoires de toute occupation étrangère et d’y établir des gouvernements islamiques. Dans ce dessein, le Hezbollah est influencé par l’Iran chiite et par l’imam Khomeiny, tête pensante de la Révolution iranienne. Celui-ci reste le guide suprême pour tous les chiites, ainsi que pour les chefs successifs du Hezbollah, comme l’actuel dirigeant Hassan Nasrallah.

            Hormis ce lien spirituel, l’Iran est aussi un soutien militaire et financier pour le Hezbollah. Cette aide passe par la Syrie. En contre-partie, les deux grands pays utilisent la milice libanaise pour faire pression sur Israël afin de récupérer des terres qu’ils considèrent comme les leurs. Avec l’apport financier iranien, le Hezbollah prétend porter la voix des plus démunis. Il créé un réseaux d’assistance sociale dans les régions chiites du Liban, construit des hôpitaux, des écoles, des orphelinats et même une chaîne de télévision, Al-Manar. Tout cela lui vaut une grande popularité dans la population chiite libanaise.

            En 2000, à la suite d’une résolution de l’ONU, Israël retire ses troupes du Liban, en contre-partie de quoi, ce dernier doit faire désarmer toutes les milices présentes sur son territoire. Une seule ne se plie pas aux exigences de la communauté internationale : le Hezbollah. Jusqu’à aujourd’hui, il restera le seul parti politique à avoir gardé sa milice armée.

Le 12 juillet dernier, le Parti de Dieu capture deux soldats israéliens : c’est une provocation pour Israël, ainsi que pour la communauté internationale. L’Etat hébreu décide d’éradiquer la milice et ainsi, la menace qu’elle fait peser sur la frontière israélo-libanaise. C’est le début de la guerre.

Chiites contre sunnites

            Au Liban, le Hezbollah est un mouvement sur lequel le gouvernement sunnite n’a aucun pouvoir. En dépit de sa présence au parlement et au sein du gouvernement, il reste un parti à part. Lors de l’assassinat du Premier ministre, Rafic Hariri, par exemple, tous les partis sont descendus dans la rue. Sauf le Hezbollah. De plus, alors que le gouvernement, comme les autres partis musulmans et chrétiens sont tournés vers l’Occident, le Parti de Dieu se concentre uniquement sur des enjeux régionaux : comme la récupération de terres qu’il considère comme musulmanes.

            Cette opposition chiites-sunnites libanaise est révélatrice du conflit entre ces deux communautés à l’échelle internationale. L’Iran rêve d’un arc chiite qui irait de son pays, à la Syrie, en passant par l’Irak et le Liban. Ce rêve inquiète les pays sunnites, comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte ou la Jordanie. Ainsi, en condamnant le geste du Hezbollah, dès le début de la guerre, c’est bien l’Iran chiite que les pays arabes ont visé. Si le Hezbollah est battu, l’Iran perdra une assise au Proche-Orient. Et pour les pays arabes, ce sera un bastion chiite en moins.

            Or, c’est le Liban et sa population, toutes confessions religieuses confondues, qui fait les frais de ces manoeuvres politiques et religieuses.