Le Hezbollah : en quoi sa confession chiite peut aider à la compréhension du conflit actuel ?
Publié le 6 décembre 2006 par LeWebPédago dans ComprendreLe Hezbollah est une milice chiite de résistance libanaise.
Un mouvement chiite
           Le Hezbollah est tout d’abord un mouvement chiite. La religion de l’Islam est principalement partagée entre deux courants : le sunnisme et le chiisme. Le premier est un courant très orthodoxe. Autour de l’autorité suprême qu’est le Coran, le livre saint des musulmans, la communauté des croyants est gérée par des règles traditionnelles, reposant sur les paroles de Mahomet et la tradition qui les rapporte. La communauté est dirigée par un chef, censé agir sous inspiration divine, c’est un Uléma.
           Le mouvement chiite ne dissocie pas l’autorité religieuse et politique. Courant à la fois spirituel et politique, il est aussi idéologique : il nourrit de grandes ambitions pour l’ensemble de la communauté musulmane. Pour les chiites, la seule autorité que le musulman doit respecter est celle de l’Imam, qu’ils considèrent comme le digne successeur du prophète Mahomet. Dieu, Allah inspire le gouvernement des hommes via ce guide. Il est donc le chef de la doctrine, c’est-à -dire des règles religieuses, le seul à détenir le secret de la Révélation de Allah à Mahomet et donc, le seul à comprendre la totalité des textes du Coran. Il a aussi une forte influence dans les affaires politiques.
Dans le cas du Hezbollah, milice chiite, l’action politique et militaire est donc indissociable d’une vision religieuse du monde : sauvegarder ou obtenir des territoires répond à une volonté d’islamisation du Proche-Orient. Autrement dit, d’étendre l’Islam, comme force religieuse et politique.
Un mouvement de résistance
           L’acte de naissance du Hezbollah, tel qu’on le connaît aujourd’hui se situe en 1982. Cette année-là , Israël envahit le sud du Liban. Le Hezbollah n’est alors qu’un courant intellectuel. En réaction à l’occupation israélienne, il s’appuie sur la communauté chiite pour organiser un mouvement de résistance. Il devient un parti politique, le Parti de Dieu, doublé d’une organisation militaire spécifique, une milice.
           Le Hezbollah est un enfant de la Révolution iranienne. Laquelle a donné lieu à la formation d’un Etat islamique. Le Parti de Dieu prend part à l’ambition de ce dernier, celle de libérer certains territoires de toute occupation étrangère et d’y établir des gouvernements islamiques. Dans ce dessein, le Hezbollah est influencé par l’Iran chiite et par l’imam Khomeiny, tête pensante de la Révolution iranienne. Celui-ci reste le guide suprême pour tous les chiites, ainsi que pour les chefs successifs du Hezbollah, comme l’actuel dirigeant Hassan Nasrallah.
           Hormis ce lien spirituel, l’Iran est aussi un soutien militaire et financier pour le Hezbollah. Cette aide passe par la Syrie. En contre-partie, les deux grands pays utilisent la milice libanaise pour faire pression sur Israël afin de récupérer des terres qu’ils considèrent comme les leurs. Avec l’apport financier iranien, le Hezbollah prétend porter la voix des plus démunis. Il créé un réseaux d’assistance sociale dans les régions chiites du Liban, construit des hôpitaux, des écoles, des orphelinats et même une chaîne de télévision, Al-Manar. Tout cela lui vaut une grande popularité dans la population chiite libanaise.
           En 2000, à la suite d’une résolution de l’ONU, Israël retire ses troupes du Liban, en contre-partie de quoi, ce dernier doit faire désarmer toutes les milices présentes sur son territoire. Une seule ne se plie pas aux exigences de la communauté internationale : le Hezbollah. Jusqu’à aujourd’hui, il restera le seul parti politique à avoir gardé sa milice armée.
Le 12 juillet dernier, le Parti de Dieu capture deux soldats israéliens : c’est une provocation pour Israël, ainsi que pour la communauté internationale. L’Etat hébreu décide d’éradiquer la milice et ainsi, la menace qu’elle fait peser sur la frontière israélo-libanaise. C’est le début de la guerre.
Chiites contre sunnites
           Au Liban, le Hezbollah est un mouvement sur lequel le gouvernement sunnite n’a aucun pouvoir. En dépit de sa présence au parlement et au sein du gouvernement, il reste un parti à part. Lors de l’assassinat du Premier ministre, Rafic Hariri, par exemple, tous les partis sont descendus dans la rue. Sauf le Hezbollah. De plus, alors que le gouvernement, comme les autres partis musulmans et chrétiens sont tournés vers l’Occident, le Parti de Dieu se concentre uniquement sur des enjeux régionaux : comme la récupération de terres qu’il considère comme musulmanes.
           Cette opposition chiites-sunnites libanaise est révélatrice du conflit entre ces deux communautés à l’échelle internationale. L’Iran rêve d’un arc chiite qui irait de son pays, à la Syrie, en passant par l’Irak et le Liban. Ce rêve inquiète les pays sunnites, comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte ou la Jordanie. Ainsi, en condamnant le geste du Hezbollah, dès le début de la guerre, c’est bien l’Iran chiite que les pays arabes ont visé. Si le Hezbollah est battu, l’Iran perdra une assise au Proche-Orient. Et pour les pays arabes, ce sera un bastion chiite en moins.
           Or, c’est le Liban et sa population, toutes confessions religieuses confondues, qui fait les frais de ces manoeuvres politiques et religieuses.
11 octobre 2006 Ã 3:37
[...] Pourquoi de telles protestations? Il y a parmi d’autres trois explications majeures. La première est liée au contexte géopolitique: après la guerre au Sud-Liban et la victoire morale apparente du Hezbollah chiite auprès des populations musulmanes du Moyen-Orient (lire le billet d’Anne-Cécile), les Etats sunnites (le Maroc notamment) voulaient reprendre la main pour ne pas laisser la rue aux intégristes. la comparaison papale a été un beau prétexte. La deuxième raison est une question de légitimité théologique: Joseph Ratzinger est philosophe et théologien, il a donc l’habitude des rencontres académiques et des discussions de haut vol; mais en tant que Pape sa voix et son image ne lui appartiennent pas: en racontant l’histoire d’un chrétien qui combat et vainc par la parole un savant musulman, c’est comme si le Pape appelait à une lutte de légitimité entre Islam et Christianisme. C’est la raison pour laquelle l’appel au calme venu des Frères Musulmans et surtout de l’Université Al-Azhar du Caire, après les premiers regrets du Pape, ont été si importants: ce sont eux qui détiennent, pour une partie des musulmans, la légitimité pour interpréter le Coran. La troisième raison est médiatique et plus occidentale: depuis sa prise de fonction en 2005 il est sans cesse rappelé que Joseph Ratzinger a été le cardinal des postures morales strictes (pas de contraception, pas de remariage des divorcés, pas de femmes prêtres, etc.) et une partie de la presse a pour habitude de taper sur ce qu’il peut affirmer sans toujours lire de quoi il s’agit. Quoi qu’on pense d’ailleurs de ses positions. [...]