A l’occasion de la sortie du dernier numéro de Plato magazine, j’ai feuilleté le numéro de mai juin 2010 qui, dans la grande bagarre de la fin de l’année scolaire, m’était je dois le dire passé au dessus de la tête !
J’y ai retrouvé dans l’éditorial de Didier Delhez une interrogation intéressante et qui n’est pas sans rapport avec la réflexion sur l’utilisation du jeu en classe. Celui ci se demande en effet si l’on peut jouer sur tous les sujets. C’est une question que nous sous sommes souvent posée au réseau Ludus. La réponse est même, s’agissant du jeu pédagogique, évidente : non on ne peut pas jouer sur tous les sujets. (voir sur le site du réseau Ludus)
Mais l’auteur introduit une distinction intéressante entre le jeu vidéo qui s’égare beaucoup plus souvent – et beaucoup plus intensément – que le jeu de société réel du côté de la violence, même virtuelle ! Et de conclure : « Si demain un jeu de société vous permet d’incarner avec réalisme un personnage amoral et de lui faire accomplir des actes de violence gratuite, de sadisme et de torture, y jouerez-vous ? Aimerez-vous ? Le jeu de société obligeant à avoir une relation sociale, réelle, oseriez-vous montrer en « live » vos bas instincts à vos partenaires de table ? »
Et si, la grande supériorité du jeu de société sur le jeu vidéo était précisément d’amener les joueurs à établir des relations sociales encadrées par une règle qui ne permet pas tout ? Et si le fait de ne pas pouvoir renaître de ses cendres à volonté ou de rejouer telle séquence jusqu’à maîtrise parfaite était aussi un apprentissage du réel ? Et si se confronter aux autres, en vrai, était le meilleur moyen de grandir ?
Peut être alors que le jeu de société trouverait, enfin, une place au moins à parité avec le jeu vidéo, dans la réflexion actuelle sur l’utilisation du jeu en classe.

Compteur
Dans la majorité des situations, le jeu est une simulation réglée, une société miniature et éphémère qui nous permet notamment d’exercer nos capacités cognitives et sociales mais il nous permet bien d’autre. Il est également un moyen d’incarner d’autres rôles que le notre. Un aspect qui apparaît dans le jeu symbolique mais dans le jeu de société également. Combien de jeux de société nous permettent de pouvoir nous écarter des règles sociales habituelles pour incarner un pirate sans foi ni loi, un seigneur de guerre impitoyable ou un chef d’entreprise cynique et corrompu.
Parfois ce n’est pas le thème du jeu mais bien ses mécaniques qui poussent nécessairement le joueur à l’opportunisme, à l’hypocrisie et à la trahison. Qui a déjà joué à Intrigue ou à Junta comprendra de quoi je parle.
Sous une forme ou une autre la violence est présente, le jeu permet à l’individu de la pratiquer dans un cadre fictif qui n’aura, si tout le monde garde bien à l’esprit qu’il ne s’agit que d’un jeu, pas de conséquence sur le réel.
Il est intéressant de constater que, lorsqu’on le laisse libre de son jeu, l’enfant y intègre régulièrement des notions de violence. Je suis convaincu que celle-ci, comme bons nombres d’autres choses, a besoin d’être extérioriser par l’enfant. Une nécessité pour maîtriser la sienne ou mieux vivre celle qu’il subit éventuellement dans sa vie peut-être. La violence est un concept lié de façon immanente à la nature humaine, il est logique même normal d’en percevoir les traces partout.
Vous l’aurez compris je ne crois pas que le jeu de société soit par nature moins violent que le jeu vidéo. Si, dans la production actuelle, on trouve peut-être moins de jeu de société à thème ou à mécanique violente c’est peut-être plutôt en raison de l’importance du jeu »à l’allemande », pays encore fortement marqué par son passé violent. Comme quoi, percevoir le jeu comme un objet culturel permet des analyses intéressantes.