Ayant procédé à un pas de côté dans mes fonctions professionnelles, j’en ai profité pour réfléchir un peu aux rapports du pédagogique et du ludique. Rassurez-vous, ça tient en peu de mots :
- est-ce que le pédagogique doit être ludique ? NON. Le pédagogique ne DOIT rien être du tout. Ceux qui commencent leur phrase par quelque chose qui ressemble à « le pédagogique doit… » sont souvent des donneurs de leçon, dont la seule expertise consiste à être passé à l’école il y a fort longtemps et dont l’avis camoufle une bonne dose de morale. Pour autant, il ne s’agit pas d’une concession aux réactionnaires qui dénoncent les soit-disant dérives ludiques de l’éducation ou de la société car…
- est-ce que le pédagogique PEUT être ludique ? OUI. Faire apprendre sous forme de jeu présente deux avantages : d’une part, ça stimule la motivation (pas seulement d’entrée dans la tâche); d’autre part, ça fait travailler sur des objets inédits (la dynamique de systèmes, la simulation essentiellement) et fait travailler des compétences nouvelles ou peu sollicitées d’ordinaire (l’anticipation, l’imagination, la planification, la dynamique de groupe…).
- est-ce que le ludique DOIT être pédagogique ? NON. Vouloir transformer tout objet ludique en apprentissage conduit souvent à du ludo-éducatif pauvre dans les deux domaines. Là-dessus, on serait plutôt d’accord avec certains ludologues, à condition qu’on n’oublie pas la question suivante…
- est-ce que le ludique PEUT être pédagogique ? OUI. D’abord comme source d’inspiration : le monde des jeux regorge d’idées de mécanismes transposables, ou source d’inspiration (quand les jeux eux-mêmes ne sont pas directement utilisables). Et jouer, c’est au minimum un respect des règles et une forme de sociabilité… Par les temps qui courent, c’est loin d’être du luxe.
Nous avons contribué à la Lettre du GRAINE n°19 de 2010 (revue d’éducation à l’environnement en Poitou-Charentes), sur le thème du jeu et de l’éducation à l’environnement. Notre apport est modeste car c’est la reprise d’une page du site originel sur les points de vues négatifs des pédagogues et des ludologues à l’encontre du « jeu éducatif ». Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que cette page tombe à pic, car la revue contient les deux extrêmes : d’un côté, des propos radicaux d’un auteur de jeu français (le « djeun (…) pris pour un con » quand on le fait jouer en classe, une position « violemment hostile à l’usage du jeu dans l’éducation« , « apprendre en jouant c’est néfaste « ) et d’un autre les multiples exemples et analyses qui tendent par l’expérience à prouver le contraire… La revue est une grosse boîte à outils pour qui veut allier jeu et EEDD.
L’ouvrage balaye l’ampleur incroyable des jeux vidéos disponibles, tout en montrant que la définition couramment admise (un jeu qui fait apprendre) n’est pas si évidente. Des copies d’écran de bonne qualité permettent de visualiser les jeux décrits. L’histoire du jeu avec une intention autre que celle du pur fun montre que ce dernier est beaucoup plus ancien que la notion elle-même (qui naît grosso modo dans les années 2000).
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