Cela faisait un petit bout de temps que je n’étais pas allé traîner mes guêtres du côté de nos collègues Dominique Natanson et Marc Berthou qui, dans l’académie d’Amiens, ont mis en place eux aussi un stage de formation à l’enseignement par le jeu et un site de mutualisation. Le site s’est étoffé de nouveaux jeux non seulement en histoire-géo mais aussi dans d’autres disciplines comme le français, le latin, la techno, les langues ou les SVT. Parmi les nouveautés, j’ai repéré un excellent jeu de Dominique Natanson sur les citoyens romains (2nde) ainsi qu’un jeu de français sur le moyen âge que je vais d’ailleurs transmettre derechef à mes collègues de français pour test ! Tous ces jeux sont bien sûr, comme ceux du réseau ludus, conçus par des enseignants de terrain qui les testent en classe.
Article Taggué‘jeu pédagogique’
Expérience intéressante découverte ce matin grâce au Café Pédagogique.
Deux enseignants d’un lycée de Maurepas (académie de Versailles) ont créé pour leurs élèves une entreprise fictive dont l’objet est la conception et la commercialisation de produits cosmétiques bio. Voici ce qu’en disent les concepteurs : « L’objectif est de mettre les élèves en situation. Les séances s’articulent autour d’activités professionnelles destinées d’une part à les faire réfléchir sur une problématique d’autre part à trouver des solutions.
Cette méthode inductive permet de motiver, impliquer et responsabiliser l’apprenant. En effet, il se sent davantage concerné par une formation dont il est « acteur principal ».
A mi chemin du jeu de rôle et de la simulation globale, cette proposition pédagogique innovante et ludique est à découvrir ici : SARL Figue de barbarie
En voila une question qu’elle est bonne ! Et en ces temps de rentrée scolaire et de bonnes résolutions (c’est sûr cette année je crée plein de jeux nouveaux, mais cette fois c’est vrai, je le fais !) il n’est pas inutile de se la poser
Sur son blog PédagoTic, le chercheur québécois Patrick Giroux, professeur au département des sciences de l’éducation et de psychologie de l’Université du Québec à Chicoutimi, rend compte du chapitre d’un livre de Louise Sauvé et D. Kaufman consacré à l’efficacité des jeux pédagogiques.
Parmi les ingrédients qui, selon les deux auteurs, feraient l’efficacité d’un jeu pédagogique on trouve la répétition, le fractionnement des contenus et l’équilibre entre jeu et apprentissage, la rétroaction qui permet l’évaluation rapide des options choisies et le renforcement.
Le jeu renforce aussi la motivation des apprenants notamment au travers de quelques éléments comme le défi et la compétition, l’activité plutôt que la passivité, le travail collectif et d’équipe et l’interactivité (entre les joueurs, avec le jeu …).
Les références du livre (si quelqu’un veut me l’offrir pour mon anniversaire, je suis preneur) : Sauvé, L. & D. Kaufman (Eds.) (2010). Jeux et simulations éducatifs: Études de cas et leçons apprises. Québec (Québec), Canada: Presses de l’Université du Québec.

La notoriété aidant, nous avons reçu par service de presse une version « junior » (pour 10 ans et plus) du jeu Verbillico. Merci à eux.
Le but du jeu est de gagner un maximum de cases sur un plateau, en répondant à des questions de conjugaison (un dé indiquant le pronom, une carte tirée au hasard le verbe à conjuguer). Comme il s’agit de la version « junior », on trouve aussi bien les temps courants (présent, passé composé…) que plus rares (plus-que-parfait, futur antérieur…); ces derniers auraient mérité sans doute à être remplacés par le conditionnel ou le subjonctif, plus usités.
Le plateau est également parsemé de cases pièges (défis etc.) et les joueurs peuvent être amenés à se voler des gains s’ils arrivent sur une case déjà prise et qu’ils répondent correctement.
Vous l’avez compris, il s’agit d’un jeu pédagogique pur jus, qui vise des savoirs scolaires par l’intermédiaire d’un système éprouvé (de type Trivial Pursuit). Autant dire que quand mon ado de fils a compris le sujet du jeu, il s’est enfui en courant… alors que ma plus jeune fille a voulu tester jusqu’au bout. Mais même à 11 ans, les temps complexes sont difficiles à maîtriser (allez hop, « courir » au plus-que-parfait avec le pronom « nous », avouez que même pour vous, ça demande un poil de réflexion) . De même, une certaine monotonie s’installe à la récitation de ce qui doit être conjugué; on aurait pu imaginer des cartes de questions avec des situations plus variées toujours en restant sur ce thème (retrouver le temps à partir d’un exemple, donner la possibilité de relancer une seconde fois si on arrive à épeler le verbe, introduire des questions en vrai / faux, avoir des questions de concordance des temps…).
Si le joueur que je suis ne sortira sans doute pas souvent la boîte en famille ou en club, il faut à l’inverse reconnaître qu’on a ici un bon « jeu de classe », destiné au cycle 3 et en collège. Le matériel est solide, visuel, bien pensé. Tout est sous la main du collègue qui veut animer une partie simple avec une classe (des élèves répartis en équipes) ou avec un groupe en autonomie. Autre piste : enrichir le jeu en demandant aux élèves de créer leurs propres questions.
Bon d’accord, le jeu de mot est tiré par les cheveux…
Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas à la hauteur du jeu géographique + SVT conçu par Eric Sanchez, Caroline Jouneau-SIion, Alain Prat et Ludovic Delorme dans le cadre d’une recherche INRP : des élèves de seconde doivent, sous la forme d’un jeu de rôles, proposer, débattre et décider de la politique énergétique de la ville de Sète. Ils incarnent les différents acteurs (entreprises, collectivités, citoyens) et utilisent différents outils (de l’affiche classique à Google Earth) pour convaincre les autres du bien fondé de leurs options. Il y a donc de la réflexion, de la recherche, de l’imagination, du débat… clos par une consultation lycéenne au CDI.
On remarquera notamment le temps alloué au projet, l’utilisation de Google Earth non pas comme simple logiciel de consultation mais comme un vrai outil d’aménagement du territoire, l’importance du débat, les stratégies différentes des élèves pour élaborer leur proposition… Voilà un parfait exemple de ce que peut être un jeu pédagogique dès lors qu’il est conçu par des enseignants et pour des élèves. Il me semble qu’on est au-delà du jeu sérieux, conçu par une institution pour des utilisateurs hypothétiques.
On regrettera juste que toutes les photos ne soient pas encore présentes sur le diaporama, mais il s’agit là d’une curiosité inassouvie à la hauteur de l’intérêt de l’action !

En cherchant des ressources sur le monde romain pour les 6èmes, j’ai découvert cet excellent site qui propose de nombreux documents (photo, reconstitution, cartes animées ou non …) et activités proposés par le RÉCIT (un réseau de personnes-ressources dédié à l’intégration pédagogique des technologies de l’information et de la communication, dans les écoles du Québec).
Le site propose en particulier un jeu intéressant intitulé Pax Romana.
C’est un jeu sérieux … mais traditionnel : il vous faudra imprimer les cartes et les découper soigneusement avant de pouvoir jouer sur une table. Mais oui, c’est encore possible !
Les règles sont très simples (1 page). Il s’agit d’un jeu de gestion très basique ou le hasard joue un grand rôle. Son intérêt réside dans l’exploitation des cartes qui peuvent accentuer le contrôle de Rome sur son empire ou au contraire, entraîner des difficultés. Elles permettent d’introduire les principales composantes de la civilisation romaine et de la romanisation.
Initiative intéressante au Québec : pour mieux faire connaître son histoire et son patrimoine aux nouveaux habitants, la Municipalité Régionale du Comté de Deux-Montagnes (Basses Laurentides) a créé un jeu de société à vocation pédagogique.
la « trousse pédagogique » contient un plateau de jeu représentant la région, 200 cartes à jouer ainsi qu’un pion « quêteux » (je n’ai pas réussi à comprendre exactement de quoi il s’agit. Si donc, un « québécophone » lit ce texte merci de bien vouloir éclairer ma lanterne !). Le tout est accompagné d’un DVD et de conseils pédagogiques. Car ce jeu est destiné d’abord à une utilisation pédagogique. Bon nombre de ces trousses pédagogiques ont été distribuées dans les écoles de la MRC de Deux Montagnes. Par les temps qui courent, où seul le jeu informatique semble pouvoir être considéré comme « sérious », cette parution d’un bon vieux jeu de société à vocation pédagogique a quelque chose de réjouissant !
Plus de renseignements sur le site de l’Infobourg
La MRC de deux montagnes

Sur le site « Histoire de guerre, parcours de paix » on trouve une activité ludique qui permet de faire réfléchir les élèves de 3ème sur les étapes de la réconciliation franco allemande tout en les faisant réviser quelques unes des dates clefs du programme.
Le jeu est clef en main. Il ne reste plus qu’à faire fonctionner l’imprimante …
Une fois n’est pas coutume, voila un jeu qui n’a rien à voir avec l’histoire, la géographie ou l’éducation civique… Je trouve néanmoins qu’il a toute sa place ici en raison de son caractère original et instructif, ainsi que de possibles adaptations à nos disciplines scolaires (qui restent à inventer).
L’oreille mène l’enquête est un jeu proposé par la cité des Sciences de la Villette. Le principe est simple est très intéressant en même temps. Le joueur doit résoudre une énigme en identifiant des indices … sonores… Un homme a été enlevé. il est détenu dans un endroit qu’il convient de trouver grâce aux sons que l’on reçoit car il a eu soin de laisser allumé son téléphone portable. Astucieux non ?
Tel quel, le jeu me semble très intéressant à utiliser – hors cours traditionnels – avec certains élèves qui peuvent présenter un déficit de concentration ou qui éprouvent des difficultés à identifier les éléments qui composent un ensemble. En tous cas, ça vaut le coup de le tester
Je ne sais pas s’il est possible d’adapter ce principe à l’histoire ou à la géo, encore que … Peut-on imaginer créer un jeu d’identification de certains milieux grâce à des sons symboliques ? La ville, les milieux ruraux, la forêt dense … Cette approche par les sons permettrait de compléter des représentations qui sont souvent silencieuses.
On peut également penser à un jeu sur les grands repères des programmes d’histoire dans lequel chaque événement pourrait être identifié par des indices sonores : extraits de dialogues de films, chants ou autres… Certes, cela demande pas mal de travail mais le résultat pourrait être particulièrement original. Alors, si vous vous gagner le premier du concours du jeu pédagogique organisé par le réseau Ludus (dont le 1er prix est toute notre estime) à vos enregistreurs numériques !
Global conflicts est un « jeu sérieux » édité par Serious Games Interactive. Il s’agit d’un jeu d’aventure au cours duquel le joueur est un journaliste chargé d’enquêter sur le conflit israelo-palestinien. Enquêtes, entretiens, déplacements, multiplicité des personnages et des situations, le jeu est vraiment de très grande qualité, comparables aux productions commerciales purement ludiques. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’un jeu gratuit, ceci expliquant peut être cela. Pour équiper votre école il vous en coutera une centaine d’euros, y compris le manuel pour l’enseignant et des feuilles de travail pour les élèves. Finalement, ce n’est pas plus cher (plutôt moins moins même) que les sommes importantes parfois dépensées pour acheter telle ou telle suite bureautique commerciale bien connue.
Réellement destiné à un usage pédagogique ce jeu est complété par un site compagnon proposant textes explicatifs, documents de références (cartes, résolutions de l’ONU …), vidéos ou images complémentaires qui permettent de créer de réelles activités de classe autour du jeu. Plusieurs missions permettent de traiter de sujets aussi divers que les raids militaires, les attentats terroristes, les colonies ou les check points.
Un deuxième jeu, fonctionnant sur le même modèle et consacré à l’Amérique latine vient de voir le jour (tester la démo en ligne). Il s’agit cette fois d’enquêter sur les maquiladoras du Mexique, le problème des « wet backs » qui traversent le Rio Grande vers les USA ou encore des émeutes en Bolivie (liste non exhaustive).
Là encore, le jeu intègre de nombreux éléments très didactiques : documents réels, textes explicatifs, photos …
Bref, au total, voilà de vrai bons jeux pédagogiques. Mais, à l’évidence, on est un sur autre modèle que ce que nous avons l’habitude de voir : de petits jeux gratuits aux ambitions limitées. Ici, l’intérêt pédagogique – tant sur le fond que sur la forme des activités proposées qui sont de vraies activités d’apprentissage – est aussi grand que l’investissement nécessaire à son élaboration. Ce qui explique le prix. Sans doute un un tournant dans le développement du jeu pédagogique.
Pour terminer, voici un extrait de la vision du jeu pédagogique développée par Serious Games Interactive
« We especially think that classic edutainment titles (stuck in time since the 1970s)
are – if not highly problematic – then extremely repetitive. Overall, the edutainment
approach tends to rest on an assumption that we have to sugar-coat learning, which
no teacher in their right mind should agree with. The commonly heard argument at
educational software conventions is that learning numeracy, literacy and other
subjects is boring so we have to wrap it in nice graphics, score systems and make
nice little sounds. In general, the graphics, scoring and sounds have no real
connection with the learning experience.
We take the completely opposite approach. We are convinced that learning about
topics is interesting, and that it is a matter of engaging students at the right level and
providing tangible experiences that provides relevance and examples from which
abstract concepts and broader understanding can grow. » (Source : Serious Games Interactive)
Au réseau Ludus, on serait plutôt d’accord avec ça !

Compteur