Le réseau Ludus : jouer en classe

Un blog pédago-ludique du WebPédagogique

Après le sympathique, mais un peu limité, Construis ta cité romaine, France 5 récidive avec un jeu permettant de faire évoluer une petite ville du Moyen Age à travers le temps : Construis ta cité médiévale. On commence modestement autour d’une motte féodale pour tenter de finir avec la cathédrale, la corporation, le champ de tournoi, la guilde de marchands sans oublier un bon vieux pilori (qui a fait ses preuves, moi je vous le dis).

Techniquement, le jeu est simple à manipuler : on clique sur des bâtiments que l’on doit placer sur une carte en fausse 3D (on peut zoomer ou reculer au besoin), puis on y place les personnages correspondants pour animer lesdits bâtiments (il faut 1 moine pour le monastère, 1 bûcheron pour la forêt en défrichement, 1 seigneur dans le château…). A chaque fois que l’on clique sur un bâtiment ou un personnage, un petit texte explicatif en rappelle l’importance historique et la fonction de l’époque. Quand on pense avoir modelé un beau bourg du 11e siècle, on demande à passer à l’étape suivante et le programme indique ce qui est mal placé ou ce qui manque. Certains évènements aléatoires (famine, guerre, pèlerinage…) peuvent surgir et exiger de nouveaux aménagements. Si votre bourg est validé, on passe à l’époque suivante (en gros, 1 siècle) et il faut améliorer votre premier jet avec des aménagements plus ambitieux (car la cathédrale, l’université et le super château du seigneur qui se la pète ne sont évidemment pas sélectionnables dès le début, bande de mégalos !).

Le tout est en ligne, sans aucune installation. Il est possible de se créer un compte pour mémoriser sa ville et la reprendre quand on veut, entre deux corrections de copies. Les enseignants peuvent même créer un compte spécial qui permet d’accéder à n’importe quelle époque et de faire jouer sa classe sur le même scénario de base (au lieu de partir du début). Il y a une mini encyclopédie sur le Moyen Age accessible en permanence et les notices sur les personnages ou sur les bâtiments renvoient à des liens externes (Bnf, vidéos France 5…).

Certes, le médiéviste pourra se gausser du style Playmobil des bâtiments, des personnages stéréotypés ou des évènements convenus, et le gamer regardera sûrement de haut un jeu qui offre un déroulement si linéaire et peu d’options.

Mais c’est oublier qu’il s’agit d’un serious game d’initiation pour des écoliers ou des collégiens et que l’enseignant pourra compléter en faisant par exemple comparer les résultats obtenus avec de vraies villes médiévales, comme Provins par exemple, voire mettre en parallèle des extraits d’une série télé comme Les Piliers de la Terre. C’est un jeu que j’autoriserai dans mon CDI et si le collègue d’histoire s’y lance, il y a fort à parier que les élèves auront envie de continuer la ville chez eux !

On était passés à côté, mais l’équipe de Julien LLanas a ouvert un blog sur les expériences de jeu sérieux en classe. Comme le bandeau l’indique, c’est dans / grâce à l’académie de Créteil.

Vous y trouverez des compte-rendus et  surtout une liste impressionnante de jeux sérieux pour vos classes, dont le principal intérêt est de ne pas se contenter de liens secs mais commentés et argumentés.

C’est le titre d’un petit mais dense ouvrage co-signé de Julian Alvarez, auteur d’une thèse pionnière sur le sujet, et de Damien Djaouti que j’avais eu le plaisir de rencontrer lors de la journée à l’ENS Lyon. Profitant d’un peu de relâche et de soleil, je l’ai enfin extrait de ma PAL (pile à lire) pour m’y plonger.

L’ouvrage balaye l’ampleur incroyable des jeux vidéos disponibles, tout en montrant que la définition couramment admise (un jeu qui fait apprendre) n’est pas si évidente. Des copies d’écran de bonne qualité permettent de visualiser les jeux décrits. L’histoire du jeu avec une intention autre que celle du pur fun montre que ce dernier est beaucoup plus ancien que la notion elle-même (qui naît grosso modo dans les années 2000).

J’y ai aussi découvert l’existence de l’Institute of Play, synergie US entre éducation et jeu (une sorte d’INRP – euh… IFE aux dernières nouvelles – entièrement dédié au jeu pédagogique).

La dernière partie compile des entretiens (dont celui de votre serviteur) qui permettent de jauger la diversité des dynamiques en cours et des points de vues variés.

Introduction au serious game, J. Alvarez, D. Djaouti, Questions Théoriques, 2010, 227 p. , 12,50 €

Et voici un très joli petit jeu proposé par Mobiclic et le Museum de Toulouse. il consiste à découvrir différents habitats traditionnels du monde au travers d’un petit jeu de construction. En bâtissant les maisons le joueur va découvrir progressivement un certain nombre d’informations sur ces maisons, les façons de vivre de leurs habitants… Par la même occasion, le joueur découvre quelles sont les principales caractéristiques du milieu local. Difficile à utiliser en cours (encore que dans le cadre des leçons « habiter » en sixième, il pourrait donner lieu à des séquences originales et ludiques), il ferait un excellent prolongement pour les élèves de sixième ou cinquième.

Des maisons extraordinaires

… à l’Académie de Créteil qui propose une sélection de serious games classés selon les domaines d’enseignement.

C’est à découvrir ICI pour trouver votre bonheur.

En voilà un serious game qu’il est bien !

Vous incarnez un reporter qui doit réaliser une enquête sur un éco-quartier de l’agglomération de Toulouse (Andromède). Vous vous baladez librement en interrogeant les concepteurs (paysagiste, architecte…) et les habitants du coin. Les dialogues se font un peu sur le mode QCM (vous choisissez parmi plusieurs questions, plus ou moins pertinentes, qui amènent des réponses que vous pouvez mémoriser dans le bloc-notes), tout en prenant des photos. La navigation est libre dans le quartier, mais si vous suivez les indices donnés par les personnages rencontrés, ça vous donne accès à des tuyaux inédits (par exemple, le paysagiste ne parlera pas du plan d’eau spontanément, mais seulement si vous êtes envoyé par sa maman qui s’y promène tous les jours).

Une fois votre périple achevé (mais c’est vous qui le déterminez, cela dit dit vous recez assez vite des emails de votre rédac’ chef qui vous réclame votre papier si vous traînez), vous utilisez vos notes pour rédiger un article. Là où ça devient carrément pédagogique, c’est que tout se fait en glisser-déposer (les titres, les infos, les photos). Une fois achevé, vous envoyez le tout au boss qui vous donne son avis (est-ce qu’il manque des photos, des infos…). On peut même imprimer le résultat final !

En somme, un jeu très simple à utiliser, axé sur l’EEDD, faisant même travailler le français (sélection d’infos, organisation logique de l’article final, choix des illustrations) de manière souple. Certes, la présentation du quartier est un peu angélique, mais ce sera l’objet d’une réflexion finale avec les élèves sur les origines du jeu.

Un grand merci à Damien Djaouti pour avoir contribué à cette réalisation et pour me l’avoir signalé.

Ah oui, c’est LAKIFOCLIKER

PS : vous imaginez la même chose dans Athènes au 5e siècle avant notre ère ? Ou sous la Révolution française ?

Image de prévisualisation YouTubeEn ces temps de rentrée et de début de programme de 6ème,  l’orient ancien est dans toutes nos têtes. C’est l’occasion de présenter le jeu américain Discover Babylon. Produit par la Fédération des Scientifiques Américains, l’Université de Californie, la Cuneiform Digital Library Initiative et plusieurs autres institutions prestigieuses, ce jeu sérieux ne manque pas d’intérêt. Plongé d’abord dans la peau d’un scientifique du musée de Baltimore vous devrez d’abord réunir un certain nombre d’informations et d’objets concernant les civilisations mésopotamiennes. Dans un deuxième temps, immergé dans l’orient ancien et incarnant un jeune scribe, vous devrez résoudre un certains nombre de problèmes et d’énigmes afin de collecter des informations et de progresser dans le jeu.

Bien que de conception déjà ancienne (le fonctionnement se rapproche des premières versions d’Egypte, l’énigme de la tombe royale ou de Versailles), ce jeu propose un assez bon équilibre entre l’aspect ludique et le volet didactique. Les épreuves sont variées et restent accessibles (on n’est pas coincé 15 jours par une énigme impossible comme dans certains autres jeux que je ne nommerais pas). On progresse donc assez vite ce qui permet de ne pas se lasser trop rapidement.  En revanche les déplacements sont parfois inutilement fastidieux. J’avoue cependant y avoir passé quelques heures, poussé par l’envie de franchir les différents niveaux … Il m’en reste d’ailleurs encore pas mal et j’y retourne de ce pas !

S’il parait difficile de l’utiliser dans le cadre de la classe, ce jeu pourrait être un bon outil complémentaire pour les élèves de sixième s’il n’était intégralement en anglais, ce qui est bien dommage.

Le site du jeu

… oui, mais comme journaliste et pas pour enquêter sur la qualité des plages, mais sur les procès en cours contre de grandes compagnies pétrolières accusées d’avoir déversé des quantités astronomiques de produits polluants dans la forêt amazonienne. Il est produit par Canal+ et est accessible ICI.

Vous l’avez sans doute deviné : il s’agit d’un « webdoc« , un format légèrement différent du documentaire classique puisqu’à certains moments, il faut choisir ses actions (et donc ses destinations, ses interlocuteurs et ses questions puisque vous menez l’enquête). Quel rapport avec le jeu ? Les plus anciens d’entre nous auront reconnu le modèle du « livre dont vous êtes le héros », en format papier, découpé en paragraphes qui revoient à des choix d’action. En classe, l’élève (ou son groupe) a donc à prendre des décisions, ainsi qu’à évaluer leur pertinence, pour aller au terme de l’aventure.

Si le contenu reste édifiant et effrayant sur cette affaire que je ne connaissais pas, c’est plutôt du côté ludique que ce webdoc pêche un peu : les choix faits n’entraînent pas véritablement de conséquences sur l’enquête. On aurait pu imaginer que trop d’impertinence à l’égard du juge d’instruction vous vaille des ennuis avec la police (et mette fin à l’enquête) ou bien que le temps soit compté (si on veut tout explorer méthodiquement, on perd son temps et l’enquête n’est pas bouclée). Au pire, certaines questions disparaissent quand on ne les a pas choisies dès la première fois. Mais de toute façon, quels que soient les choix, on arrive au bout en 20 minutes.

Cela dit, ce webdoc est clair, utilisable en collège, avec des cartes, des photos, des vidéos et des propos accessibles. C’est à mon avis un des formats d’avenir pour le documentaire et surtout pour le jeu vidéo pédagogique (j’en avais déjà dit tout le bien que j’en pensais avec le webdoc sur le charbon en Chine).

jeu du caféDans la peau d’un producteur de café a été produit par l’association Equi’sol qui, à Lyon et Grenoble, s’est donnée pour but de promouvoir le commerce équitable.

Le principe est simple : le joueur incarne un petit producteur de café d’Amérique latine qui doit essayer de s’en sortir face aux « coyotes » (les négociants en café qui revendent ensuite aux exportateurs). Ce n’est évidemment pas possible les prix proposés étant trop bas pour que le paysan ait la moindre chance. Il est donc nécessaire de trouver une solution alternative qui consiste pour les paysans à s’unir dans des unions de producteurs et d’entrer dans la démarche de Commerce équitable.

Comparé aux standards actuels, le jeu n’est pas très vivant. Il s’agit plus d’une suite de tableaux que d’une véritable animation. Le joueur se borne le plus souvent à calculer des prix de vente ou à faire des choix entre trois ou quatre solutions.

L’intérêt bien sûr n’est pas là. Il s’agit bien de promouvoir une cause, ici le commerce équitable, et il faut dire que la démonstration est efficace et que l’aspect didactique est important : les explications sur les mécanismes du commerce international sont nombreuses et détaillées et font de ce jeu une source d’information utilisable en classe.

Reste que l’aspect ludique gagnerait à être amélioré ne serait ce que pour capter durablement l’attention de jeunes élèves parfois difficile à mobiliser sur des sujets un peu complexe comme celui là.

Pour en savoir plus : Equi’sol

Le jeu : Dans la peau d’un producteur de café

Suite au rapport de l’European Schoolnet sur l’usage des jeux vidéos en classe, un manuel était annoncé à destination des enseignants.

Eh bien, il est arrivé et c’est la DECEPTION ! L’argumentaire est à sens unique (le jeu vidéo, c’est bien) et semble avoir été rédigé uniquement par les industriels (qui signent clairement à la fin de la brochure). Les exemples sont survolés, les recommandations très générales et on trouve ici où là des choses surprenantes (Sim City est devenu un jeu de rôles, par exemple…). Bien que faisant référence à Vigotsky, il ne contient rien de probant et rien de nouveau. Je me demande même si des collègues vont être convaincus… surtout quand dans la liste des jeux recommandés figure America’s Army, jeu de combat très réaliste créé par et pour la grandeur de l’armée nord-américaine (et des nécessités de son recrutement) : « aujourd’hui, les enfants, on dégomme un max de terroristes !« .

Un coup pour rien, donc…