LESFAITS : La police aux frontières veut entendre l’avocat dans une enquête pour aide au séjour d’étrangers
« C’est une première ! Il n’y a pas de précédent au barreau de Nîmes d’un avocat qui ait été convoqué par la police, en sa qualité d’avocat, dans le cadre d’une aide au séjour d’étranger. » Patrick Léonard, bâtonnier de l’Ordre des avocats de Nîmes, est tombé des nues avant-hier quand il a reçu l’avocat concerné par cette demande d’audition de la police : M e Pierre-Henry Blanc, spécialiste du droit administratif et notamment du droit des étrangers, lui a dit son émoi et sa volonté de ne pas se rendre à cette convocation, prévue hier matin, dans les locaux de la police aux frontières (PAF). Abondant dans son sens, le bâtonnier est alors passé immédiatement à l’offensive. Il a écrit un courrier à la PAF, un autre au procureur de la République de Nîmes et un dernier au préfet du
Gard pour les informer de sa position de principe. Il a également mis au courant, oralement, le premier président de la cour d’appel de Nîmes.
« On ne peut pas reprocher à un avocat une aide au séjour d’un étranger, explique le bâtonnier, dans la mesure où les droits de la défense d’un étranger sont exercés par un avocat qui, par définition, lui apporte donc une aide. On ne peut pas lui demander d’en rendre compte devant un officier de police judiciaire et de trahir le secret professionnel. » Car c’est le fait même que cette convocation ait été adressée à l’avocat ès qualités, et portée d’ailleurs à son cabinet professionnel, qui pose problème. Et interroge. Le bâtonnier veut croire qu’il s’agit d’une « erreur », d’une « maladresse » des policiers. Auquel cas, la convocation aurait dû être adressée à Pierre-Henry Blanc, simple citoyen et à son domicile. Mais M e Léonard évoque aussi le « mauvais climat » qui préside au projet de réforme de la garde à vue : « Certains syndicats de police tiennent l’avocat pour un empêcheur de tourner en rond. » Le bâtonnier n’imagine cependant pas qu’il puisse s’agir là d’une « provocation de la police » et ne se risque pas non plus sur le terrain politique tendu, en l’occurence celui des étrangers.
Toutefois, on peut s’interroger sur un certain climat, à l’échelle nîmoise cette fois. Depuis trois ans, avec l’ouverture d’un centre de rétention administrative dans la capitale gardoise, des avocats ont constitué un groupe pour assurer une permanence afin d’assurer la défense des étrangers. Dans 60 % des cas, ils parviennent à faire remettre en liberté leurs clients, un taux record au niveau national. M e Pierre-Henry Blanc est l’un de ces spécialistes. Sa sensibilité politique est à gauche et il l’affiche. D’ailleurs, pour le Parti socialiste, il sera candidat aux élections de mars prochain, sur le troisième canton de Nîmes.
Joint hier par Midi Libre, la police aux frontières n’a pas souhaité commenter l’affaire. Non plus la préfecture, compte tenu du fait qu’il ne s’agissait pas d’un dossier administratif mais d’une « affaire judiciaire ». Côté parquet donc, le procureur Robert Gelli indique de façon laconique que « toute personne peut- être entendue comme témoin ; il est utile d’entendre M e Blanc dans le cadre d’une enquête ».

