LAURE DUCOS 25/10/2011

La petite famille est enfin réunie. En espérant que cela puisse continuer.(Photo J. F. GALLIER)
Muslum Oktay se bat pour que sasituation soit
régularisée, ainsi que celle de sa femme et de ses deux enfants.
Sans cesse à l’affût de tout. Muslum Oktay est actuellement sans-papiers.
Et quand il fait un acte anodin comme rencontrer un journaliste de Midi Libre dans un café un dimanche après-midi désert, il ne peut s’empêcher de regarder autour de lui à chaque instant pour vérifier que la police ne va pas une fois de plus l’arrêter.
La peur au ventre et avec beaucoup de pudeur, il confie ce qu’est sa vie aujourd’hui, en France, la vie d’un homme sans papiers, expulsé il y a un an et de retour en France depuis quelques semaines pour revoir sa famille.
C’est à Alès qu’il a choisi de s’installer et d’élever ses enfants. Sa vie est ici et nulle part ailleurs. Son frère et son cousin habitent la capitale cévenole, ainsi que ses amis et ses collègues. Pourtant il vit dans la clandestinité. D’origine kurde, il a dû quitter la Turquie.
“Mon objectif à l’époque était de partir de Turquie”
“C’était il y a plus de dix ans. Mon objectif à l’époque était de partir de Turquie”, confie-t-il avec son accent à demi-voix. En effet, étudiant à l’université il a participé à des manifestations. Ces dernières étant illégales dans son pays d’origine, il est menacé, la police se rend chez lui… Il paie un passeur et arrive en France en transitant par la Bosnie.
Il s’installe alors à Marseille en 2001 où il trouve des emplois. “Je travaillais sur des chantiers. De petits boulots en petits boulots j’ai appris le français. J’ai même été déclaré pendant quelques années.” Pendant ce temps, sa femme accouche. Son petit
Ali, il lui faudra attendre huit ans pour le rencontrer, une fois qu’il a pu obtenir des visas pour sa femme et son fils. “C’est dur de recréer des liens avec son enfant quand on ne l’a pas vu grandir.” Ali rentre au CP dans une école à Alès et petit à petit, père et fils apprennent à s’apprivoiser.
En 2009, les 1res interpellations
Reste une chose, la peur de sortir dans la rue pour se promener. Et puis en 2009 commencent les interpellations, au bar sur des chantiers, dans la rue en
présence de son fils. Il y a un an, il est arrêté et expulsé. “Je n’ai même pas pu tenir au courant ma famille. Ça a été très dur.”
Pendant ce temps, son petit garçon Ali s’occupe de tout. En plus du manque de son père, il traduit tous les documents et les discussions pour sa maman Sultan, il a
peur pour sa petite sœur Ayse, il devient le chef de famille et est confronté à des problèmes d’adulte tout en ayant que 9 ans. Il refuse même de partir en vacances pour éviter de laisser sa mère et sa sœur seules. Ses amis à l’école le soutiennent, demande des nouvelles, sa maîtresse également et une solidarité s’installe autour du petit garçon. Au retour de Muslum il y a quelques semaines, Ali confiait qu’il était soulagé.
Aujourd’hui, Muslum sort très peu, son fils a peur de la police. Même pour aller chercher Ali à l’école il hésite et se cache. “J’ai toujours travaillé depuis dix
ans. J’ai des promesses d’embauche. Je suis intégré, mon fils fait sa scolarité
ici.
Cette situation n’est pas vivable. Nous voulons juste avoir une vie normale. Et notre vie est ici.”
Solidarité
L’histoire de Muslum et de sa famille a déjà mobilisé. Une opération “cartes postales”, des dessins des écoliers amis d’Ali très touchés par cette histoire, déjà l’an dernier. Son dossier pour sa régularisation va être déposé d’ici quelques jours. “Sa famille et sa vie sont ici. Nous demandons à la préfecture de régulariser la situation de Muslum et de sa famille en leur accordant un titre de séjour Vie privée et familiale”, explique Pascale Kerrien de RESF.
L’Entraide protestante de Lasalle vient de leur faire un don pour les aider en cette période de rentrée scolaire et une pétition est à signer en ligne. “Toute cette solidarité, ça me montre que je ne suis pas tout seul et ça me fait chaud au cœur”, confie Muslum
Signez pa pétition; Pour la régularisation des parents d’Ali et Ayse
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Édition du samedi 18 décembre 2010
La mobilisation ne faiblit pas pour les Oktay
RAPPEL Le père d’Ali et d’Ayse, Muslum, a été expulsé le 28 octobre Le préfet Hugues Bousiges est prévenu ! RESF (Réseau éducation sans frontières) ne lâchera pas la famille Oktay dont le père a été expulsé le 28 octobre dernier pour Istanbul, laissant par là même derrière lui, deux enfants sans papa, Ayse (1 an) et Ali (9 ans), élève de CE2, à l’école Romain Rolland d’Alès.Arrivé en France début 2001, Muslum Oktay, engagé dans des mouvements de contestation kurde, avait fait moult démarches de demande d’asile politique, toujours restées lettre morte. Recherché par les autorités turques, il a dû fuir son pays pour la France où il n’a depuis, jamais cessé de travailler dans le secteur du bâtiment.
Pour aider la famille Oktay, les élèves des écoles Romain Rolland et Veigalier/Mendajors ont récemment fait des dessins qui illustreront des cartes postales envoyées ensuite au préfet du Gard, lui demandant la régularisation de Muslum Oktay. Car, vous l’aurez compris, ce dernier était sans-papiers.
Ales. Expulsion Les parents d’élèves mobilisés à Clavières
Une pétition circule actuellement sur le quartier de Clavières à Alès après l’expulsion d’un père de famille turc, le 28 octobre dernier.
Muslum Oktay vit et travaille en France depuis 10 ans où il avait fait plusieurs démarches de demande d’asile politique qui ont toutes été rejetées. Marié et papa de deux enfants dont une petite fille d’un an, il laisse à Alès toute sa famille dont le garçon est scolarisé à Clavières, à l’école Romain-Rolland.
Depuis jeudi, les parents d’élèves de l’école, avec l’appui des enseignants et du Réseau éducation sans frontières (RESF), font signer une pétition pour demander le retour de Muslum Oktay et la régularisation de sa situation.
« Les parents d’élèves sont mobilisés parce qu’ils compatissent pour le petit qui est scolarisé à l’école», explique une maman. « L’enfant a énormément progressé depuis la rentrée. Il a une soif d’apprendre incroyable et il est très motivé. Il a pratiquement rattrapé son retard en lecture. C’est un enfant qui n’a aucun problème de comportement et l’expulsion de son papa est lourde à porter pour lui », confirme Angélique, une des enseignantes de l’école.
Malgré tout, RESF garde bon espoir de faire valoir de nouveaux arguments au préfet pour la régularisation de Muslum Oktay. « Depuis 5 ans que nous existons, c’est la première fois que l’on nous expulse un papa », confie Daniel Angot (RESF). « Nous avons des arguments qui peuvent être compris par le préfet.»


