Matériel, design spatial et apprentissage

13 07 2012

 

Les premières heures, les premières journées, la première
semaine, tout passe à toute allure ; la gestion du matériel, l’organisation
et l’appropriation de l’espace, la découverte des nouveaux
outils, l’étiquetage des livres, le rangement des casiers, le remplissage
des multiples formulaires administratifs, la présentation
des cahiers, la mise en place des premières règles de vie. Tout cela
prend du temps, beaucoup de temps, et c’est un temps nécessaire.

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Les aspects matériels, concrets, pratiques et logistiques sont
incontournables pour une bonne mise en route. Ils servent de
premières balises. Ce sont également des gestes qui nécessitent
pour beaucoup d’élèves un véritable apprentissage. Tout comme
vous, vos élèves vont absorber durant ces premiers temps un
grand nombre d’informations nouvelles. Il faut donc prendre ce
temps sans se sentir coupable de ne pas entrer immédiatement
dans le programme…. Dites-vous que si vous n’êtes pas dans le
programme, vous êtes bien néanmoins dans l’apprentissage.
Là est l’essentiel, n’est-ce pas ?

Extrait de Réussir sa première classe, p 15

On a souvent tendance à considérer les tâches matérielles comme des tâches annexes, secondaires voire indignes dont il convient de vite se débarrasser pour enfin s’employer à des activités plus nobles car plus cérébrales. C’est oublier un peu vite d’une part que notre intelligence ne vit pas autarcie, qu’elle est toute reliée au monde qui l’entoure et d’autre part qu’elle ne s’exprime pas uniquement au travers d’activités purement intellectuelles.

Les premiers jours, vous allez avec vos élèves construire leur environnement d’apprentissage. De la manière dont vous allez leur permettre de s’engager dans l’élaboration du design spatial de la classe dépendront à la fois la manière dont ils s’y orienteront et le degré d’autonomie dont ils seront capables d’y témoigner.

N’hésitez donc pas à prendre ce temps là et à le rendre intelligent. Plus l’espace de la classe sera rendue lisible, intelligible et fonctionnel par les élèves eux-mêmes, assurés bien évidemment par votre présence et votre vigilance, plus ils s’y sentiront à leur place et en sécurité. Cette question de la dimension physique du cadre scolaire, soulevée dans ce premier chapitre sera largement développée au chapitre 2 tant elle constitue une des clefs de voûte du dispositif d’apprentissage, conditionnant pour grande partie l‘organisation de votre enseignement et la mise en place des apprentissages.

On trouvera également dans ce premier chapitre des conseils relatifs à l’accueil, à la mise en place des rituels, à l’élaboration des premières règles de vie ainsi qu’une réflexion sur la manière dont on peut aborder dès le premier jour de la rentrée la question du sens de l’école avec les élèves.

Bonne lecture 😉


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3 réponses à “Matériel, design spatial et apprentissage”

13 07 2012
David (19:06:01) :

Rassurez-vous, je vais intervenir positivement sur ce chapitre…
Le premier jour, la première heure… les élèves entrent en classe. Un coup d’oeil …
Trier ! Eh oui… Ne surtout pas les élv se placer eux-mêmes, le boss c’est vous !
Les gauchers doivent trouver (en cas de banc double) une place préférentielle; à gauche. Les binoclards, au premier rang. Les grands, plutôt en arrière… Les emm…eurs vers le bureau. Séparer les « couples » perturbateurs (vite repérés).
Rassurer tout de suite les élèves, un mot : « le chef c’est moi », règle 1. Règle 2, se reporter à la règle 1… Faire des mixtes… pas trop de filles ensemble… cata au niveau des bavardages !
Petits détails, grands effets… Ne pas hésiter à changer la disposition de la classe en cours d’année.
Me suis-je trop avancé ? (J’y vais maintenant sur la pointe des pieds !)

13 07 2012
David (19:14:13) :

Une petite expérience à faire en cours d’année.
La classe est bien décorée : panneaux didactiques, travaux de peinture… dessins.
Un jour, au hasard, changez de place quelques dessins et posez la question : qu’est-ce qui a changé ? Surprise ! Aucune bonne réponse. Recommencer l’expérience à plusieurs reprises…
Peu à peu les élèves seront réceptifs à leur environnement… Ils renteront chaque jour en classe comme un nouveau jour…
Je le dis et l’exprime beaucoup moins bien que la pédagogue émérite du blog, mais elle saura l’exprimer autrement mieux que moi ! …

13 07 2012
Ostiane (20:49:09) :

« Petits détails, grands effets… Ne pas hésiter à changer la disposition de la classe en cours d’année. »

Sur ce point, David, je vous suis et propose dans le chapitre 2, cinq configurations possibles, leurs fonctions, leurs avantages et leurs limites.

« Un jour, au hasard, changez de place quelques dessins et posez la question : qu’est-ce qui a changé ? Surprise !  »

Là encore je suis d’accord; les murs ne sont pas juste là pour décorer, même si cette fonction esthétique revêt une grande importance, ils sont pour là pour parler aux élèves et faire parler les élèves.
Plus les élèves sont associés à l’élaboration des affichages, plus ils se l’approprieront et en feront un outil de médiation des savoirs.

« Les gauchers doivent trouver (en cas de banc double) une place préférentielle; à gauche. Les binoclards, au premier rang. Les grands, plutôt en arrière… Les emm…eurs vers le bureau. Séparer les « couples » perturbateurs (vite repérés) »

Je l’aurais dit autrement mais j’acquiesce encore.

Éviter également de placer certains enfants porteurs de troubles autistiques près des fenêtres, une lumière trop directe peut susciter chez eux des douleurs oculaires violentes. Leur proposer une place près de la porte, de manière à ce qu’ils puissent régulièrement sortir faire des pauses sans gêner la classe. Les enfant souffrant de dyspraxie visuelle ou de dyslexie gagneront en confort s’ils sont placés face au tableau et proche de lui. Ils ont également besoin d’espaces vierges, s’ils ont trop d’affiches sous leurs yeux, ce sera pour eux une source de « dystraction » et de désagrément. En étant près du tableau, leur sens visuel sera moins sollicité par les panneaux d’affichage, ils pourront concentrer leur attention sur ce qui se joue devant eux.

Pour le reste…je ne me considère ni comme le chef, ni comme le boss, mais plutôt comme un capitaine d’équipe. Je construis les règles avec les élèves au fur et à mesure de l’année, sauf pour certaines d’entre elles imprescriptibles et qui concernent la sécurité physique et l’intégrité morale de chacun.

J’ai appris avec le temps à sortir d’une posture de contrôle directif et à ma grande surprise, j’ai gagné en autorité. Mes élèves se placent parfois où ils le souhaitent, sauf cas particuliers évoqués plus haut. Parfois je les dispatche à ma guise. Nous changeons de place toutes les trois semaines, de manière à leur laisser le temps de prendre leurs nouveaux repères.

Merci David pour cette intervention constructive qui laisse entrevoir des divergences et des convergences. Il existe une infinité de postures d’enseignant, autant que de personnalités…

Une citation pour finir: «Chaque bon prof est un bon prof à sa manière. Il existe des profs fantastiques sans aucun humour, des profs inoubliables qui ne font pas de projets ou de sorties, ou encore des profs géniaux qui ne prennent pas de risque.» Nicolas Mascret. N’oublions pas les bons profs (Editions Anne Carrière, 2012)

A vous jeunes profs, de devenir le bon prof que vous serez 🙂

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