Tête-à-tête pédagogique

13 10 2012

Un entretien personnalisé, ça peut prendre 5 minutes et c’est vraiment précieux.

Personnaliser signifie donner un caractère personnel à un objet, un lieu ou un message. En personnalisant son enseignement, le professeur va permettre de personnaliser les apprentissages en fonction de l’élève à qui il s’adresse. Il va autoriser les élèves à s’approprier le contexte. Cette personnalisation peut s’effectuer sur différents éléments: un objet, un lieu, une consigne, une correction, un plan de travail. […] Derrière le terme « personnaliser », on trouve une forte dimension relationnelle autorisant la personne, ici l’élève, à exister à part entière et à prendre sa place en étant reconnue comme singulière.

Extrait de Réussir sa première classe, p 109, 110

Dans cette logique, les entretiens personnalisés trouvent toute leur place. Dans notre classe, on appelle ça la séance de Bla-bla. Il s’agit de mini tête-à-tête, dont la durée ne dépasse pas 5/7 minutes et dont la finalité est de fournir l’occasion à l’élève, par le biais d’un questionnement précis, d’expliciter ses stratégies et ses démarches d’apprentissage, en lien avec des activités précises vécues en classe.

En termes plus académiques et pédagogiques on appelle ça des entretiens d’explicitation à visée « métacognitive » . La métacognition, en stimulant la mémoire de travail de l’enfant, va aider l’élève à prendre conscience de ce qu’il fait, de comment il le fait. Britt-Mari Barth définit la métacognition en ces mots: « Être conscient de ce que l’on sait, comprendre comment nous avons appris ce que nous savons, pouvoir reproduire consciemment ces processus dans un autre contexte est ce que j’entends ici par métacognition. »

Illustration et mise en œuvre possible:  En classe, les enfants s’inscrivent  en fonction de leurs besoins, de leur propre initiative et de façon totalement facultative. Ils prennent, s’ils le souhaitent, 5 minutes sur leur temps de récréation. Voici un extrait, recomposé par souci de discrétion et dans lequel les noms des enfants ont bien sûr été modifiés.

« Alors dis-moi Mattéo, comment ça se passe ce début d’année pour toi dans cette nouvelle école ?

– Ben, c’est bien, je trouve que c’est plus facile que l’an dernier.

– C’est à dire, qu’est-ce que tu trouves plus facile ? Tu peux me donner un exemple ?

– Ben en fait, c’est pas que c’est plus facile, c’est que je comprends mieux.

– Et pour quelles raisons tu comprends mieux ? qu’est-ce qui a changé pour toi ?

– Ben, en fait, en classe, j’aime bien quand on travaille à plusieurs, ça m’aide à réfléchir et après quand je travaille seul, ça revient.

– Qu’est-ce qui revient quand tu es seul ?

– Ben, ce qui s’est passé dans l’atelier.

– Tu peux me donner un exemple ?

– Oui, pour les défis maths par exemple, quand j’ai vu Sonia faire un schéma, ça m’a aidé à comprendre. Je savais pas qu’en mathématiques on avait le droit de faire des dessins.

– Et de faire des schémas, ça t’aide alors ? ça t’aide à quoi ?

– Ben je vois mieux l’histoire et les opérations.

– L’histoire ? C’est à dire ?

– Ben quand les élèves dans le problème, ils sont répartis dans l’école, dans ma tête, tout se mélange. Avec le dessin et les bonshommes dans les bulles, c’est plus facile.

– C’est bien, tu as appris ce qui te permet de mieux comprendre. C’est très important de comprendre comment ça marche dans ta tête, parce que c’est toi le pilote. Merci pour cet échange Mattéo. On en reparle le mois prochain si tu veux?

– Oui, merci maîtresse!

– Merci de quoi ?

– Ben, de me parler comme ça.

– C’est toi qui a dit beaucoup de choses, moi, j’ai juste posé des questions. Allez, descends vite en récréation, et appelle-moi Saïd, il s’est inscrit sur la liste pour la séance de « bla-bla ». »

Remarque: En général, les enfants sont partants pour ce genre d’entretien. S’il arrive qu’un enfant ne s’inscrive pas sur la liste, on peut l’inviter, sur le temps de classe et pendant que le reste du groupe est occupé à d’autres tâches, à essayer de voir avec lui pour quelles raisons il ne s’est pas manifesté. Une façon de lui signifier que vous, vous ne l’oubliez pas et qu’il reste très cordialement attendu, dès qu’il se sentira prêt 🙂


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3 réponses à “Tête-à-tête pédagogique”

14 10 2012
cliranette (17:02:16) :

J’ai des petites questions suite à cet article. Jusque là, dans ma classe, les entretiens avaient surtout lieu au moment de donner les livrets d’évaluations.
Aussi je me pose quelques questions : est-ce que ce moment est toujours sur le temps de la récréation ? ou sur d’autres moments ?
Par ailleurs, gardez vous des notes de ces moments ? si oui, sous quel forme ? et l’élève ?

14 10 2012
Ostiane (17:27:40) :

Bonsoir Cliranette,

Pour ces entretiens personnels d’explicitation, oui, ça se passe pendant ces moments hors classe car j’ai besoin d’être très concentrée sur ce que me dit l’élève et je ne peux pas en même temps garder un œil sur le groupe.

En revanche pendant la journée, il m’arrive très souvent, alors que les élèves sont centrés sur une tâche, d’appeler certains élèves un à un au bureau pour un petite une petite explication supplémentaire, ou pour un détail à régler. Je pose alors sur ma table ma fleur double face (rouge/vert) face rouge dirigée vers la classe de manière à ce que les autres ne viennent pas nous déranger. C’est un petit code visuel de circulation bien utile 😉

Oui, je garde trace de ces entretiens, je le dis d’ailleurs aux élèves et il arrive qu’on reprenne ensemble les notes prises lors d’un autre entretien. Une manière de faire avancer le processus réflexif dans la durée. Je note cela dans un petit cahier, après l’entretien.

Je pratique aussi lors des remplissages des livrets un petit rituel personnalisé, avant que la directrice ne les remette plus solennellement. Je contractualise avec l’élève ce qui va être écrit en commentaire, de manière à ce qu’il soit associé à l’évaluation. Une forme de co-évaluation très synthétique sur la période qui vient de s’écouler. Ainsi lorsqu’il signe à la maison avec ses parents, il sait très bien de quoi il s’agit.

Cette année, je pense utiliser un petit enregistreur vocal pendant l’entretien avec accord de l’enfant et des parents. C’est un autre de type de trace qui me parait intéressant.

Mais attention, quelle que soit la trace laissée, elle ne doit servir qu’à aider l’enfant à prendre conscience de son évolution dans un climat de confiance réciproque, jamais à fliquer ou à servir de moyen de pression…Une vigilance qu’il est bon de rappeler en ces temps d’évaluationite aïgue et de stigmatisation à l’emporte-pièce.

7 08 2015
Encre (07:20:53) :

Bonjour.

Je suis futur professeur des écoles (à moins que je ne me réoriente), et j’aimerais savoir si c’est facile de développer la métacognition chez des élèves de primaire. J’ai comme représentation que c’est plus facile de la développer dans le secondaire que dans le primaire. J’ai fait quelques recherches, et il s’avèrerait que même chez les adolescents, ce n’est pas automatique et facile, notamment pour ceux qui ne réussissent pas justement parce qu’ils n’ont pas développer la conscience métacognitive ou bien ceux qui réussissent sans savoir comment ils s’y prennent. Pouvez-vous me parler un peu de l’efficacité, du résultat et des difficultés de l’approche métacognitive de votre pratique ? Je suis très intéressé par.

Cordialement.

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