la Corse ,une figure rhétorique du racisme

21 05 2008

La Corse, une figure rhétorique du racisme

 par Marie PERETTI-NDIAYE

Résumé : Apparu de façon remarquable dans l’espace public national au début des années 2000, avec de fréquentes références au rapport de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme pour l’année 2003 , la question du « racisme en Corse » s’inscrit la continuité des discours liant nationalisme et racisme. A l’heure d’une réflexion sur les stéréotypes, réflexions et pratiques xénophobes portées par les institutions, il peut être intéressant de s’interroger sur ces questions. Existe-t-il une spécificité du racisme en Corse qui rendrait nécessaire une action singulière de l’Etat pour en réduire les aspects, ou, et comme nous le postulons, le racisme présent en Corse peut-il être perçu comme découlant en grande partie d’une histoire socio-politique tourmentée, très liée aux évolutions contemporaines de la nation française et aux discours portés par ses institutions ?




origine et permanence d’une Xénophobie d’Etat par Olivier Le Cour Grandmaison

21 05 2008

à retrouver

l’article d’Olivier le Cour Grandmaison :

Colonisés-immigrés et “périls migratoires” : origines et permanence du racisme et d’une xénophobie d’Etat (1924-2007)

Immigrés, “clandestins”, “flux migratoires” et menaces diverses supposées peser sur la France en raison de la présence de “trop nombreux étrangers” que l’on dit mal intégrés à la société : vieille est cette antienne. En mai 2007, c’est elle qui a justifié la création, sans précédent connu, d’un ministère ad hoc doté de compétences multiples qui vont de la « gestion » de l’immigration à la défense de l’identité nationale en passant par l’intégration et le co-développement. Vaste programme. Pour l’heure, cette nouvelle administration et celui qui en a la charge se font surtout connaître par une activité menée avec un acharnement que rien ne vient tempérer : les expulsion massives d’étrangers en situation irrégulière pratiquées dans la continuité des orientations mises en œuvre par l’ancien ministre de l’Intérieur devenu président de la République. Comme le prouvent certains documents présents sur le site officiel du ministère que dirige Brice Hortefeux, une telle politique permet, conformément à la “culture du résultat” aujourd’hui de saison, de faire croire aux Français qu’en ces matières le chef de l’Etat et le gouvernement font ce qu’ils disent et disent ce qu’ils font . Nouveauté ? Rupture comme l’affirme le credo présidentiel relayé par de nombreux experts en communication ? A rebours de ce bruit médiatique savamment orchestré, on s’interrogera sur les origines républicaines, et la permanence, d’un racisme et d’une xénophobie d’Etat que l’on découvre déjà présents dans les années 20 du siècle précédent. Quels ont été leurs ressorts anthropologiques, ethnologiques et politiques ? Dans quelles circonstances ont-ils surgi ? Quelles furent, pour les populations coloniales visées alors, les conséquences juridiques des dispositions adoptées ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles nous chercherons à répondre.

 




pour les premières es option la V° République en débat

21 05 2008

la V° République en débat

une vidéo réalisée par l’IEP de Paris

A l’occasion des 50 ans de la Ve république, et à quelques jours de l’examen parlementaire du projet de loi constitutionnelle de modernisation des institutions(demain), Guy Carcassonne et Olivier Duhamel reviennent, dans le cadre de leur séminaire à l’IEP de Paris, sur les réformes en cours et la nécessaire amélioration de la vitalité démocratique de nos institutions.




des riches de plus en plus riches

21 05 2008

Des riches de plus en plus riches

Camille Landais, économiste à l’Ecole d’économie de Paris, a analysé le creusement des inégalités en France dans la période récente et montre que la stabilité séculaire de l’échelle des revenus a laissé la place depuis 1998 au creusement d’un fossé entre les plus riches et la majorité de la population. Cette étude est tout à fait cruciale à l’heure où la question du pouvoir d’achat préoccupe l’ensemble de la classe politique. Entretien vidéo.




le RSA ..Pas encore les moyens …

21 05 2008

« Le RSA nous permettra de faire la moitié du chemin »

De toutes les réformes envisagées pour parvenir à l’objectif de réduction d’un tiers de la pauvreté d’ici à 2012, le revenu de solidarité active (RSA) est présenté comme « la pierre de touche ». « Le RSA devrait nous permettre de réaliser la moitié du chemin par rapport à l’objectif fixé », estime Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives, interrogé par Le Monde. Cette prestation sociale devrait, à terme, selon le Livre vert soumis à la consultation par le Haut Commissariat, « faire franchir immédiatement le seuil de pauvreté à près d’un million de personnes ». Il devrait aussi apporter « un complément de pouvoir d’achat à plusieurs millions de personnes en bas de l’échelle des salaires ». « Le RSA a aussi un effet indirect sur la pauvreté, assure le Livre vert. En garantissant que le travail devient rémunérateur, il permettra à des personnes allocataires du RMI de pouvoir reprendre un emploi plus facilement qu’aujourd’hui. »

Dans un article intitulé « Le revenu de solidarité active en question » paru le 24 avril sur le site Laviedesidees.fr, la sociologue Dominique Méda estime néanmoins que « la plus grande partie des problèmes qui font obstacle à la reprise d’emploi des bénéficiaires de minima sociaux ne sont pas d’ordre monétaire (certains travaillent en perdant de l’argent !), mais ressortissent à bien d’autres contraintes : contraintes « familiales », dues notamment à l’absence de modes de garde (…), contraintes de santé, contraintes de transport, absence d’accompagnement vers et dans l’emploi ».

Le Haut Commissariat vient d’affronter une polémique sur le financement du RSA. Le recentrage de la prime pour l’emploi (PPE), annoncé par Nicolas Sarkozy le 24 avril en même temps que la généralisation du RSA, en 2009, a suscité un tollé. Le coût du dispositif devrait s’élever à 13 milliards d’euros, selon M. Hirsch. Cinq milliards viendront du RMI, un milliard de l’allocation de parent isolé, 4,5 de la PPE, un de l’intéressement, auxquels il faut ajouter le « un à 1,5 milliard » d’argent frais promis par le chef de l’Etat.

Emmanuelle Chevallereau

un lien avec le précédent post




pour les terminales ES les minima sociaux : la réforme

21 05 2008

vous trouverez là

les données sur les minima sociaux

la réforme des minima sociaux

 

La rationalité des allocataires de minima sociaux, les effets potentiels de dérégulation du marché du travail et le sort de ceux qui ne pourront pas en bénéficier, constituent les trois impensés du projet de Revenu de Solidarité Active. Ces points sont ici mis en perspective par le rappel des résultats de travaux récents.

Au sein des pays industrialisés, la France a la particularité de compter neuf minima sociaux définis à l’échelle nationale. Ce sont des prestations non-contributives qui forment, à côté des revenus de remplacement contributifs comme les allocations de chômage ou les pensions de retraite, le pilier assistanciel de l’État-providence et ses principaux modes d’intervention contre la pauvreté. Ils sont versés sous conditions de ressources et visent à assurer un revenu minimum à certaines catégories de personnes.

L’histoire de ces dispositifs témoigne de l’évolution de la pauvreté dans notre pays, comme le récent rapport de Valérie Létard sur les minima sociaux l’a opportunément rappelé [la France traite la pauvreté en fonction du statut social des personnes, et non de leurs besoins. Si tel était le cas, il suffirait de majorer une allocation forfaitaire universelle selon la situation de la personne (sur le modèle de l’Income Support britannique par exemple).

Une chose est sûre : après l’entrée dans l’ère du chômage de masse, l’adoption du RMI à la quasi-unanimité du Parlement en 1988 répondait à l’inquiétude de la société française face à la paupérisation de nouvelles franges de la population. Même si la France ne peut être considérée comme ayant un système de protection sociale universel, ce dispositif a indiscutablement transformé la conception française de l’assistance : pour la première fois, une allocation était conçue pour garantir à toute personne, qu’elle ait ou non déjà travaillé, un revenu minimum, hors de toute référence à une activité professionnelle antérieure et pour une durée potentiellement illimitée.

Pour couper court au risque d’indemniser la pauvreté par le versement d’une allocation déconnectée de toute contrepartie en termes d’activité, le droit au revenu minimum d’insertion a été couplé avec un volet dit « d’insertion » qui concentre aujourd’hui toutes les attentions. La réforme, voire la fusion envisagée des minima sociaux, ne concerne en effet que les minima sociaux dits d’insertion (Allocation Parent Isolé, Revenu Minimum d’Insertion), auxquels on reproche désormais de ne pas remplir leur rôle d’incitation à la reprise d’un travail, voire d’encourager les individus à être et à rester assistés.

La notion d’insertion a été formalisée par un contrat dont l’objectif était d’assurer un traitement individualisé et territorialisé de situations de pauvreté dont la nouveauté était d’être multidimensionnelle. En effet, au problème d’absence de ressources suffisantes s’ajoutent les cumuls de handicaps, ainsi que les processus de disqualification sociale [désaffiliation [..lire la suite




sur la page «  »voyage en Pologne »"

21 05 2008

Vous trouverez la liste de ceux qui nés en Corse sont morts en déportation




réponses aux questions du WEB pédagogique

21 05 2008

compte tenu du principe de transparence ce ce blog ..voila ce que j’ai répndu aux questions du webpedagogique ….

- Nous avons remarqué que vous possédiez plusieurs blogs en même temps.

Je ne possède pas plusieurs blogs professionnels ( j’en ai deux privés ) les blogs en lien sont les blogs antérieurs que je n’ai pas supprimés compte tenu de l’importance de certains posts que je n’ai pas encore pu totalement récupérer ..et puis cela constitue aussi une forme de la mémoire pour les anciens qui , je le sais travaillent avec après le bac!!

D’où vient l’idée d’ouvrir vos blogs ?elle est ancienne et les tentatives furent nombreuses cela es plus facile à gérer pour moi que la participation (très contrainte) au site de l’établissement où je travaille ..si celui ci ne s’améliore pas je continue à faire les choses par blog n’ayant pas les compétences suffisantes pour faire un site (demande trop de temps en particulier celle pour acquérir la compétence !)

- Depuis la création du blog, vos élèves ont-ils déjà l’habitude de le consulter à la maison ? ils avaient pour certains déjà l’habitude de consulter ceux sur canal blog .

Mais cette habitude n’est pas répandue de façon conséquente pour pouvoir travailler en s’appyant ce ce support , ainsi je n’ai pas mis en ligne mon cahier de texte ,celui si reste dans une version papier , je ne blogue jamais mes cours ,eux aussi restent nécessairement une version papier dans la mesure où les élèves n’ont pas tous le même accès à cet outil , déficience économique pour les uns de compétences pour les autres , et même pour d’autres le »" pas du tout envie »" de travailler de la sorte , je ne peux donc contraindre à l’usage à la maison de ce support

- Trouvez-vous que c’est un nouvel outil nécessaire pour l’enseignement ?

non pas du tout NECESSAIRE .

cela ne peut être qu’un plus pour les élèves qui aiment mais c’est un outil très inégalitaire ceux qui en ont un bon usage ne sont pas arrivés à convertir les autres !!je n’en veux pour preuve l’inexistence de commentaires , le seuls commentaires furent pas très liés au cours !!

- D’après votre expérience, posséder un blog prend-il beaucoup de temps ?cela peut prendre beaucoup de temps en effet ..il n’est qu’à voir les jours et les heures des posts pour ce rendre compte que cela est souvent très tard dans la nuit , les dimanche , je sais faire sur des temps très courts , je fais souvent autre chose en même temps ..comme par exemple lire le journal…en ligne !!

- Comment vous organisez-vous pour écrire régulièrement ?

Ce n’est point une volonté de régularité celle ci est plus un résultat de ma volonté de coller à l’actualité et de coller aux programmes je trouve que cela permet une bonne actualisation des documents nécessaires à la pédagogie active en SES

je regrette de ne pouvoir faire plus avec un système de questions permettant à l’élève de mieux s’approprier le doc ..mais là vraiment je n’en ai pas le temps cela casserait la régularité …

d’autre part je pense que cette régularité est nécessaire à la fidélisation de la lecture …mais je suis étonnée par le nombre de visites ..sachant que nombre de mes élèves n’ont jamais visité le site (et j’ai de petits effectifs …par division !)

l’organisation du blog suit celle des programmes de première et de terminale …ES en SES mais je n’ai pas recommencé depuis le début ..cela s’améliorera la prochaine année scolaire j’essaie de suivre ces programmes ..autant que faire ce peu et le guide de l’organisation est davantage de ce coté là .

Merci de votre attention mais je ne tiens pas à ce que ce blog reçoive une telle publicité je vous serais gré de ne pas le présenter aux blogueurs du web pédagogique merci de votre compréhension

 




pour les tes inégalités et réformes

19 05 2008

« Les réformes mises en œuvre sont cohérentes et inégalitaires »

Le revenu de solidarité active (RSA) est censé garantir que tout retour au travail donne lieu à une augmentation de revenu. Pour financer ce projet de 13— milliards d’euros destiné à remplacer la plupart des minima sociaux (RMI, allocation de parent isolé, etc.), M. —Sarkozy veut redéployer notamment les fonds de la prime pour l’emploi (PPE), qui profite à 8,5 millions de ménages modestes. Patrick Savidan critique la politique de redistribution du gouvernement.

Nicolas Sarkozy a suscité une polémique en confirmant que le revenu de solidarité active (RSA) serait notamment financé par un redéploiement de la prime pour l’emploi (PPE). Qu’en pensez-vous ?

La proposition de financer le RSA en puisant dans les ressources de foyers dont les revenus restent modestes me paraît une faute politique assez sérieuse. Il faut la remettre en perspective par rapport au système de redistribution, de plus en plus polarisé. Ainsi, après transferts, le revenu annuel moyen des 20% de foyers les moins riches augmente de 40 %. Les 20 % les plus riches voient, eux, leurs revenus moyens diminuer de 22 %. Certains contribuent donc massivement au système de redistribution tandis que d’autres en bénéficient massivement.

Problème— : les ménages qui se situent entre ces deux tranches sont également des contributeurs nets. Ainsi, les 20 % des foyers qui se situent juste au-dessus des 20 % des plus défavorisés (1 130 euros par mois en moyenne) enregistrent, après transferts, une baisse de niveau de vie de 0,4 %. Le troisième quintile (1 541 euros en moyenne) voit son niveau de vie diminuer de 8,4 %. Dans le contexte économique actuel, la PPE représente pour bon nombre des foyers modestes qui la perçoivent un soutien important. Leur retirer serait un nouveau coup porté aux véritables classes moyennes. Cela va en tout cas accentuer la polarisation de notre système social.

Près d’un Français sur deux craint de basculer dans l’exclusion. Cette inquiétude vous paraît-elle justifiée ?

Il faut distinguer deux notions— : le déclassement (le fait qu’un individu réussisse moins bien que ses parents) et le descenseur social (un individu qui, à l’échelle de sa propre vie, bascule dans une situation plus défavorable qu’avant). Ces deux réalités alimentent un sentiment d’anxiété fort. Ce dernier est en partie exagéré, mais il renvoie à une vulnérabilité plus grande qui, elle, est bien réelle. Ce qui tend à la généraliser, c’est la diffusion d’un type d’emploi qui ne protège pas de la pauvreté, qui ne donne pas aux gens les marges de manœuvre dont ils ont besoin pour faire face aux coups du sort (perte d’emploi, maladie, divorce…).

Que pensez-vous de l’obligation qui va être faite aux chômeurs d’accepter toute offre raisonnable d’emploi ?

Cela relève d’un schéma mental qui consiste à rechercher la faute toujours du côté de celui qu’on appelle la personne démunie ou hors emploi. Il y a une présomption d’ »assistanat », de paresse et de culpabilité qui pèse sur tous les individus qui, à un moment, ont besoin, un peu plus que les autres, du soutien de la collectivité. Comme si les gens organisaient volontairement leur inemployabilité. C’est infondé statistiquement et ça ne correspond à rien de ce que les études qualitatives peuvent montrer. Il peut y avoir ponctuellement des abus. Mais il ne s’agit pas de fonder une politique sur les cas marginaux.

Le discours qui vilipende les fraudeurs et les assistés est une manière de ne pas s’occuper du vrai problème. Le vrai problème, c’est que les emplois qui sont produits ne sortent pas les gens de la pauvreté, pour une part trop importante. Et de ce point de vue, il n’est pas évident que le RSA soit une solution car il pourrait contribuer à maintenir une certaine pression sur les bas salaires— : pour des employeurs mal intentionnés, le RSA pourrait se substituer à la part des salaires qu’ils se dispensent de verser.

Les réformes mises en œuvre sont-elles cohérentes avec les discours ?

Les réformes sont cohérentes et inégalitaires. Nombre de mesures mises en œuvre avaient été annoncées. En revanche, pendant la campagne, Nicolas Sarkozy a pris une posture laissant entendre que les plus vulnérables, les travailleurs, ceux qui se lèvent tôt et en bavent, avaient grand intérêt à ce qu’il soit élu. La seule lecture de son programme le démentait. La suite l’a confirmé. Le « paquet fiscal » voté en août —2007 a surtout eu pour effet de soustraire encore davantage à l’impôt les foyers les plus privilégiés (réforme des successions, bouclier fiscal, régime des donations) et a privé la collectivité de ressources fiscales importantes. Au contraire, certaines mesures défavorisent les plus modestes et les vraies classes moyennes (par exemple, les franchises médicales ou la réforme à venir des seuils de majoration des allocations familiales).

En même temps, certains reprochent à Nicolas Sarkozy de jouer la rigueur sans le dire, je crois que de ce point de vue, il y a beaucoup d’hypocrisie. Il est légitime qu’un responsable politique ajuste ses propositions en fonction du contexte économique. Une fois dit cela, il faut être attentif aux choix faits et qui sont, pour une part, entrés dans la définition des contraintes budgétaires. Et l’on peut également critiquer la manière injuste de gérer ces contraintes.

Iriez-vous jusqu’à dire que ces réformes menacent la cohésion sociale ?

Non, c’est une accusation trop grave. La cohésion sociale n’a besoin de personne pour se dégrader. Ce sont les circonstances et certaines dynamiques économiques et sociales qui la délitent. Ce dont nous avons besoin en revanche, c’est d’un gouvernement qui lutte activement contre les processus de »décohésion sociale » en cours.


Patrick Savidan a publié Repenser l’égalité des chances (Grasset, oct. 2007) Le site de l’Observatoire des inégalités : www.inegalites.fr




une économie innovante ne se juge pas à l’aulne de ses exportations

18 05 2008

Paru dans Libération : une économie innovante ne se juge pas a l’aulne de ses exportations

Fustigeant «l’hystérie du déficit commercial français» dans une intervention très commentée par les internautes sur le blog des éco-comparateurs de Libération.fr, Alexandre Delaigue soutient, à rebours du discours ambiant sur la perte de compétitivité de l’économie française, que le solde négatif de 39,2 milliards d’euros enregistré en 2007 n’a «aucune importance». Explications avec cet «éconoclaste» aux raisonnements «contre-intuitifs» et très macroéconomiques.

Le rapport entre le niveau des exportations et celui des importations de marchandises n’est pas un bon indicateur de la santé économique d’un pays. D’autres ont une signification claire – le Produit intérieur brut (PIB) qui mesure la croissance, le taux de chômage, etc. -, mais dans le cas du commerce extérieur, il ne s’agit que d’une composante d’un ensemble bien plus vaste que l’on appelle la balance des paiements. Elle inclut la totalité des activités et transactions (services, investissements, revenus…) réalisées par la France avec l’étranger. Rapporté à cet ensemble, le déficit du commerce extérieur représente finalement une toute petite somme.

En quoi cela minimise-t-il la contre-performance du commerce extérieur français ?

Selon qu’une économie est plus orientée vers l’industrie ou les services, selon qu’elle reçoit peu ou beaucoup d’investissements de l’étranger, qu’elle attire ou non des touristes, la structure de sa balance des paiements va être différente. Alors que l’Allemagne affiche un excédent commercial record de 200 milliards d’euros, elle reçoit deux fois moins d’investissements étrangers que la France, qui reste la troisième terre d’accueil mondiale dans ce domaine.

Où voulez-vous en venir ?

Ce sont justement ces arrivées de revenus qui créent une balance commerciale déficitaire et font qu’il est moins «rentable» pour une entreprise de satisfaire les marchés étrangers plutôt que son marché local. A la différence de l’Allemagne qui ne consomme plus et gèle, voire baisse, les salaires afin de doper sa compétitivité à l’export, la France a une économie plus tournée vers les biens de consommation et la satisfaction de sa demande intérieure. Sur les seize dernières années, la consommation, qui compte finalement plus que les exportations dans le bien-être national, s’est accru deux fois plus vite en France qu’en Allemagne ! A court terme, le meilleur moyen de rétablir le commerce extérieur serait de baisser les salaires, favoriser cette soi-disant «politique de l’offre» réclamée par le Medef. Mais ce qui est bon pour une firme ne vaut pas forcément pour un pays.

Vous avez des exemples ?

Ils sont légion. Ce sont les Européens qui ont connu les plus forts déficits ces dernières années, comme l’Espagne ou la Grande-Bretagne qui ont le plus bénéficié de la croissance. En France, le solde commercial s’est accru dans les périodes de récession (début des années 90) et détérioré dans des périodes de croissance plus forte (1998-2003). Le Japon qui accumule depuis quinze ans des excédents records sort à peine de son marasme économique. Quant à l’abyssal trou américain, il n’a pas empêché ce pays, au contraire, de bénéficier d’une croissance record ni de créer une richesse colossale en poussant à fond sa spécialisation dans la nouvelle économie du savoir, considérée comme la clé de la croissance au XXIe  siècle. En faisant fabriquer ses iPod en Asie, Apple creuse le déficit commercial américain. Mais au final, les revenus d’Apple n’enrichissent-ils pas l’Amérique ?

Le problème de la France n’est-il pas que son déficit ne s’accompagne pas d’une croissance forte et n’est pas «compensé» par l’émergence de Google tricolores ?

Les problèmes de l’industrie française ne sont pas uniquement structurels, comme on l’entend, mais aussi conjoncturels. Sans revenir sur le niveau de l’euro ou la facture énergétique, les difficultés d’Airbus viennent par exemple d’une gamme en fin de cycle alors que Boeing a renouvelé la sienne. A trop se focaliser sur l’impact symbolique du commerce extérieur, on risque à la fois d’exercer, comme en Allemagne, une pression à la baisse excessive sur les salaires qui serait dommageable à l’économie dans son ensemble, mais également d’aider des secteurs peu intéressants.

Que voulez-vous dire par là ?

L’idée de cibler un type d’entreprises, les PME exportatrices, et de prendre exemple sur le dynamisme allemand dans les biens intermédiaires, alors même que les besoins d’équipement des pays émergents ont un caractère moins pérenne à long terme que les biens de consommation – c’est le directeur de la Coface [Caisse française d’assurance pour le commerce extérieur, ndlr] qui le dit – risque d’égarer la France sur la voie d’une mauvaise spécialisation. Une économie innovante ne se juge plus à l’aune de ses exportations. Quitte à ce qu’elle vienne d’ailleurs. Il est au fond plus rentable de diffuser l’innovation sur son territoire – pensez à ce qu’a apporté le PC à la productivité française – que de s’escrimer à la soutenir en subventionnant un Bull comme on l’a fait pendant des années. Les symboles c’est bien, mais ce qui compte pour l’économie, c’est ce dont on dispose pour la consommation.