Jon Corzine ou la chute d’un financier sans scrupules

2 11 2011

NEW YORK, LONDRES CORRESPONDANTS - A Wall Street comme dans la City, il ne faut jamais juger les gens sur leur mine. Avec ses lunettes cerclées de métal, sa barbe couleur sel, son crâne dégarni et son négligé vestimentaire assorti d’une pointe de fantaisie, Jon Corzine, 64 ans, a une allure de « prof » d’université. Il ne lui manque que l’amidon et l’invisible distance qui vous transforme en cancre. Pourtant, comme l’indique l’expert de la haute finance américaine, William Cohan, à propos du patron déchu de la firme de courtage new-yorkaise MF Global, en dépôt de bilan depuis le 31 octobre, « sous ses dehors relax, Jon Corzine est le prototype du financier hyper-ambitieux à 100 000 volts ».

En effet, le comportement du PDG de la firme, responsable du plus gros accident à Wall Street depuis la faillite de Lehman Brothers en 2008 (Le Monde du 2 novembre), n’a rien à envier à celui des pires spéculateurs des récentes années folles de la bulle subprime. Qu’on en juge : lorsqu’il prend la tête de MF Global, en mars 2010, l’action du fonds vaut 7 dollars. Moins de deux ans plus tard, elle a dégringolé à 1,20 dollar. Pour autant, foin du respect de la rémunération à la performance, le patron s’est octroyé sans lésiner d’exceptionnelles primes. Mieux, pendant qu’il a fait prendre à sa firme d’investissement les plus hauts risques, et finit, dans la panique, par utiliser les montants déposés par ses investisseurs pourcouvrir ses pertes – un délit dont la logique s’apparente aux fameuses « fraudes pyramidales » -, Jon Corzine n’a jamais oublié de protéger ses intérêts personnels. Ainsi, en cas de départ de la société, quel qu’en soit le motif et quelle qu’eût été sa performance, il aurait contractuellement reçu en espèces le montant avant terme de ses stocks options (11 millions de dollars – 8 millions d’euros) auquel s’ajoutait un parachute doré de 12,1 millions.

Son histoire est banale outre-Atlantique, celle d’un petit gars de Willey Station, hameau de l’Illinois, fils d’un d’ouvrier agricole et d’une institutrice, qui a su que seuls l’éducation et le travail le sortiraient de son milieu où la majorité des gens travaillaient aux champs. Après des études d’économie et de commerce, celui qui a fait son service militaire dans le corps des Marines, mais sans servir au Vietnam, est recruté par la Continental Illinois. Il y apprend les arcanes du marché des bons du Trésor américain. En raison des gros volumes en jeu, sur le marché obligataire, seul compte le résultat, pas le temps passé à la tâche.

Cette expertise vaut à ce grand bûcheur d’être recruté par Goldman Sachs (GS) en 1975. A l’époque, l’enseigne prestigieuse est une banque d’affaires moyenne organisée en partenariat. Quatre ans plus tard, Jon Corzine dirige le département obligataire en plein essor et devient associé. Il n’a que 33 ans. Au 85, Broad Street à New York, le Rastignac mène une carrière météorique à l’ombre de son mentor, Robert Rubin, qui copréside la firme. Là, il se lie d’amitié avec une autre étoile montante, Christopher Flowers, un as des fusions-acquisitions dont il se fait un allié. En 1994, deux ans après le départ de Robert Rubin comme secrétaire au Trésor de Bill Clinton, Jon Corzine devient codirecteur général aux côtés d’un banquier d’affaires lui aussi originaire du Middle West, Henry Paulson.

L’inimitié entre les deux hommes est légendaire. Surtout, s’il soutient la mise en Bourse de GS, le duo se déchire sur tout le reste. En particulier, Henry Paulson bloque les tentatives répétées de Jon Corzine, pris par la course au gigantisme, deracheter un concurrent. Avec une habilité redoutable, Henry Paulson se débarrasse peu à peu de tous les membres du clan rival. A commencer par Christopher Flowers qui, tombé en disgrâce, claque la porte pour fonder sa propre firme de capital-investissement, JC Flowers & Co. Progressivement isolé, mégalomane, n’écoutant plus personne, Jon Corzine est « débarqué » par Henry Paulson de la direction de GS en 1999.

Meurtri, l’homme se tourne alors vers l’une des carrières qui, aux Etats-Unis, nécessite le plus de moyens financiers : la politique. Par chance, il a accumulé, durant ses années Goldman et pour salaire de son retrait, une fortune estimée à 400 millions de dollars. De quoi se montrer persuasif auprès des instances de son parti – Jon Corzine s’affiche démocrate – et plus encore auprès des électeurs. En 2000, l’ex-patron de GS remporte l’un des deux sièges de sénateur du New Jersey. Il a dépensé 62 millions de dollars de sa fortune personnelle, ce qui en fait, à ce jour, la campagne la plus chère de l’histoire du Sénat. Le sénateur Corzine sera actif sur des projets de loi touchant aux aides aux étudiants et à l’extension de la couverture-santé et votera, en 2002, contre l’entrée en guerre des Etats-Unis en Irak. Mais l’activité de législateur n’est pas la tasse de thé de cet homme d’action. Avant même la fin de son mandat, il l’abandonne pour se lancer dans la course à la fonction de gouverneur du même Etat.

C’est là, en 2005, qu’il obtient son plus grand succès politique, écrasant son adversaire républicain par 10 points d’écart. Gouverneur, il est de nouveau en contact direct et opérationnel avec les financiers. Ayant dans sa poche aussi bien les milieux d’affaires que les syndicats, il se bâtit une forteresse qui semble inexpugnable. De cette époque date sa notoriété : Jon Corzine n’hésite pas à « arroser » pour se faire élire et acheter des affidés. Las… Ses volumineux moyens ne lui seront d’aucun secours pour se faire réélire, en 2009. Il l’expliquera d’ailleurs lui-même, après sa défaite : auparavant, « être un ancien patron de Goldman Sachs était un énorme plus dans un parcours. Maintenant, les gens ont vu les excès de la finance. Leur attitude est très différente ». De fait, son adversaire républicain a battu le rappel des troupes avec un slogan dévastateur : « Corzine a géré le New Jersey de façon aussi catastrophique que ses amis banquiers à Wall Street. » Impact assuré, tant Goldman Sachs symbolise alors la rapacité des « banquiers-voleurs ».

Après sa défaite, son ami Chris Flowers vient le chercher pour lui confier les commandes de MF Global. Christopher Flowers, qui a pris 10 % dans cette charge de courtage, est mécontent du rendement de son investissement. La firme s’est limitée aux opérations de courtage au profit de ses clients et à la gestion des avoirs en cash de ses investisseurs. Parachuté PDG, Jon Corzine n’a qu’une ambition,créer un mini Goldman Sachs en transformant la société languissante en un supermarché de la finance agissant pour son compte propre. La première année, l’action s’apprécie de 26 % contre 17 % pour l’indice S & P500. Au coeur de sa stratégie gagnante, le pari sur la hausse de la dette souveraine des pays en crise de la zone euro, dont Jon Corzine s’occupe personnellement. Sûr de son flair et de son expertise, il décide seul, sans en référer à ses contrôleurs de risques ou ses analystes. Mais à l’été 2011, la crise souveraine européenne s’aggrave et les pertes s’accumulent.

Aujourd’hui, J C Flowers & Co aurait perdu 48 millions de dollars dans la faillite de MF Global. Pour GS également, la chute de son ancien dirigeant tombe au plus mal. Après les accusations portées par le procureur de New York et la SEC (Securities and Exchange Commission, la tutelle des marchés américains) contre Rajat Gupta, un ex-administrateur de GS soupçonné par la justice de délits d’initié d’envergure, c’est la seconde fois en une semaine que son nom, par ricochet, est traîné dans la boue.

En 2007, Jon Corzine avait été la victime d’un grave accident de voiture alors qu’il était conduit par un chauffeur de l’Etat du New Jersey à 150 km/h sur une autoroute où la vitesse est limitée à 105. Fait aggravant, le gouverneur voyageait sans ceinture de sécurité. Il lui en coûtera des fractures du fémur, de onze côtes, du sternum et d’une vertèbre. Plus une chirurgie plastique faciale. Quand on lui demanda pourquoi le chauffeur n’avait pas exigé de son passager qu’il utilise sa ceinture de sécurité, un collaborateur de Jon Corzine indiqua que celui-ci était « peu ouvert à ce genre de suggestions ». Le jour de sa sortie de l’hôpital, le véhicule qui le transportait fut de nouveau surpris en dépassement de vitesse. Visiblement, le banquier aventurier a toujours été un adepte du défi-frisson.

Sylvain Cypel et Marc Roche

Le Monde

Article paru dans l’édition du 03.11.11




Pour les terminales de l’importance de la culture et des institutions dans le processus de l’innovation

18 10 2011

Si Steve Jobs avait été italien, il serait devenu garagiste…

Chronique  Le Monde| 12.10.11 |

Si Steve Jobs avait été napolitain, Steve Jobs se serait appelé Stefano Lavori (qui veut dire « travaux », traduction de jobs en italien) et son ami Steve Wozniak, Stefano Vozzini (ce qui ne veut rien dire). Ainsi commence l’histoire édifiante, drôle et triste, postée sur Facebook par Antonio Menna au lendemain de la mort du fondateur d’Apple le 5 octobre. Comme leurs modèles américains, les deux garçons sont passionnés de technologie et s’enferment toute la journée dans un garage pour mettre au point un modèle d’ordinateur révolutionnaire. « Mais, ils se font traiter de tapettes car ils sont toujours ensemble », note Antonio Menna.

A Naples, il n’y a pas Mike Markkula, pour verser sans garantie 250 000 dollars afin de soutenir ce qui n’est encore qu’une idée. Lavori et Vozzini font le tour des banques : « Venez avec vos parents, nous ne faisons pas crédit à qui n’a rien. » Comme Jobs avait vendu son combi Volkswagen, les deux Stefano vendent leur scooter pour acheter les premières pièces afin d’assembler leur invention. Mais voilà qu’un voisin soupçonneux les dénonce aux policiers municipaux.

Ceux-ci déboulent dans le garage : « Votre activité est elle en règle ? Vos papiers. » Lavori et Vozzini ont beau expliquer qu’il s’agit d’un laboratoire, rien n’y fait. Pire, le garage n’est pas aux normes. Le lendemain ce sont les carabiniers qui débarquent. Puis les services financiers et, enfin, le comité d’hygiène et de sécurité : « Avec un pot-de-vin, on peut s’arranger. » Dociles, Stefano et Stefano vendent leur second scooter et leurs collections de bandes dessinées.

Mais les premières commandes arrivent. Il faut fonder une entreprise. Où trouver les capitaux ? Rendez-vous est pris avec un conseiller fiscal. « Votre idée est formidable, ragazzi ! On peut faire jouer les fonds de la région. Il va falloir aussi un peu d’argent pour « huiler » le système. J’ai un ami qui pourra nous aider en échange d’un petit cadeau. Quoi ? Vous n’avez même pas de quoi payer mes honoraires ? Mais vous vous croyez où ? »

Un « pizzo » pour la Camorra

Ils s’accrochent jusqu’à ce que, un matin, on sonne à la porte. C’est un représentant de la Camorra, la Mafia napolitaine : « On sait que vous êtes en train de faire  des sous. Alors il faudrait songer à donner  un petit quelque chose. » Tempêtes sous les crânes : s’ils payent le pizzo qu’on leur réclame, ils n’auront plus d’argent pour leur activité. S’ils ne donnent pas, le garage sera plastiqué. S’ils dénoncent la Mafia à la police, ils devront quitter la région pour toujours. Et s’ils ne le font pas, ils risquent la prison.

Le découragement les gagne. Les fonds régionaux ne sont jamais arrivés. Les taxes les ont ruinés. Un jour, le père de Stefano Lavori prend son fils à part : « Vide le garage et louons des box pour les voitures, ce sera mieux. » Depuis les deux Stefano sont gardiens de parking. « Le Apple de Naples ne verra jamais le jour, écrit Antonio Menna, car si tu nais dans au mauvais endroit, même en étant « affamé et fou » tu restes avec ta faim et ta folie. Rien de plus. »

Philippe Ridet (Rome, correspondant)

à retrouver là 




pour les terminales un peu de sociologie « qui avait fait disparaître les classes sociales des modes de lecture du monde social « 

18 10 2011

Qui a fait disparaître les classes sociales ?

par PIERRE MERCKLÉ

 

Entre une observation ethnographique au stade de France mardi soir et un comité de rédaction de la revue Sociologie jeudi matin, j’ai profité d’un séjour parisien pour écouter les interventions rassemblées dans une journée d’études passionnantes, organisée donc ce mercredi 12 octobre 2011 sur le Campus Jourdan de l’ENS Ulm par Alexnadra Bidet et le « GDR Economie & Sociologie » du CNRS. Cette journée portait un titre un peu long : « Les classes sociales ont-elles été dissoutes par les socio-économistes dans les réseaux, les générations et la hiérarchie des revenus ? » (voir le programme ici), mais en gros, comme l’a expliqué Florence Jany-Catrice en préambule des interventions de la matinée,  il s’agissait de se demander qui avait fait disparaître les classes sociales des modes de lecture du monde social traditionnellement mobilisés, en sociologie et ailleurs. Pour elle, la réflexion part d’un constat, celui de la marginalisation de la notion de « classes sociales » dans le vaste champ de la sociologie économique, au profit d’autres opérateurs, comme les réseaux, les générations, les centiles de revenu… Les intervenants ont donc eu pour consigne d’essayer d’interroger les fondements de cette marginalisation et ses enjeux, et le rôle d’une part des classements et des nomenclatures alternatives, et d’autres part des approches en termes de réseaux sociaux, dans cet effacement.

Comme Florence Jany-Catrice l’explique ensuite pour introduire les interventions de la matinée, en France on a longtemps disposé d’une nomenclature, d’un outil commode pour penser la stratification sociale, celui des PCS : un outil pensé pour le fordisme, mais multidimensionnel, dont l’efficacité tenait aussi sans doute à cela que les PCS était à la fois des catégories savantes et des catégories profanes, dont tout le monde pouvait s’emparer. Et c’est au recul du recours à cette nomenclature pour penser le monde social qu’on assiste aujourd’hui, dans un contexte où pourtant on assiste à la montée des inégalités sociales et à la baisse de la mobilité sociale. Comment expliquer ce paradoxe ? Ce recul est-il dû à une transformation ontologique du monde social, comme en particulier la montée de l’individualisme ? Ou bien à l’émergence de nomenclatures concurrentes, par exemple au niveau européen (ISCO, ESEC…) ? Ce serait alors tout autant la réalité qui se transformerait, que les outils à disposition pour en rendre compte… Mais cela ne dit rien de la capacité des sociétés à s’emparer de ces nouvelles nomenclatures, des représentations du monde social qu’elles véhiculent, et même des enquêtes qui pourraient les mobiliser… Pour préciser les contours et les enjeux de ces questions, la matinée se poursuit avec les interventions d’Alain Desrosières, d’Alain Chenu, de Thomas Amossé, de Cécile Brousse, d’Etienne Pénissat et de Luc Boltanski, que j’essaie de vous résumer assez succinctement ci-dessous…

la suite là par P MERCKLE




pour les terminales J.Stiglitz L’austérité ne marchera pas …

18 10 2011

L’économiste américain, prix Nobel d’économie en 2001, livre son analyse sur la crise et sur les moyens d’y faire face.

Youphil: Les banques refont des profits et les bonus augmentent, mais nous sommes toujours dans un marasme économique. Pourquoi?

Joseph Stiglitz: C’est parce que le problème fondamental n’était pas seulement un problème qui vient du secteur financier. En 2007, l’économie avait une maladie qui a été masquée par la bulle immobilière qui a permis aux gens de consommer au-delà de leurs moyens. Si on n’avait pas eu cette bulle, on aurait eu un déficit en demande agrégée et l’économie aurait été faible.

Revenir à un système bancaire réparé nous laisse donc quand même avec les problèmes d’une économie faible. Renflouer les banques était nécessaire, mais pas suffisant. Et c’est là que le gouvernement d’Obama et ceux qui étaient proches du système bancaire se sont trompés. Les banques se sont très mal comportées et elles ont agravé la crise. En passant beaucoup de temps à s’occuper des banques, on en a oublié les problèmes de fonds.

Youphil: Quels sont ces problèmes de fond?

J.S.: Ceux qui ont causé la bulle. Il faut comprendre pourquoi nous avons eu besoin de diminuer les taux d’intérêts à ce point. C’est dû, entre autres, à la compétition avec les marchés émergents, la productivité croissante dans l’industrie qui se serait traduite par plus de chômage, le système monétaire international qui a amené les pays à épargner de plus en plus, les prix élevés de l’énergie qui transfèrent l’argent aux pays producteurs de pétrole. Voici certaines de ces causes auxquelles nous n’avons pas fait face.

Youphil: Vous parlez souvent de fétichisme du déficit. Qu’est-ce donc?

J.S.: C’est cette idée que la plus importante chose que nous devons faire est de se débarasser du déficit et que, si nous ne faisons que cela, l’économie sera saine. C’est évidemment incorrect. En ce moment, diminuer le déficit affaiblira l’économie. L’austérité n’est pas la solution ; cela aggravera nos problèmes.

Vraiment, ce que nous devons faire est trouver comment remettre les Etats-Unis au travail. Or cela requerra plus de dépenses et une augmentation du déficit.

Youphil: Quelles sont les solutions concrètes qu’il faudrait appliquer maintenant?

J.S.: Au niveau mondial, nous avons besoin d’une stratégie de croissance orientée. Ce qui implique de répondre à cette question : comment peut-on stimuler l’économie pour qu’elle crée des emplois?

Le second problème de l’Europe est la résolution de la crise de l’euro. Comment soutient-on les pays qui ont des difficultés en préservant l’euro? Voilà pour le court terme.

Sur le moyen terme, il y a deux défis qui ne seront pas résolus vite mais dont il faut se soucier: d’abord, les inégalités croissantes dans la plupart des pays et, ensuite, la réforme du système monétaire et de réserve international.

Youphil: Comment stimuler l’emploi?

J.S.: Cela demandera des dépenses publiques. Pour le moment, nous sommes en train de couper les dépenses publiques aux Etats-Unis. Ce faisant, le gouvernement est en fait en train de contribuer au problème du chômage plutôt que de compenser les faiblesses du secteur privé.

Nous avons besoin d’énormes efforts d’investissements en infrastructure, en technologie et en éducation. Il faut donc un programme d’investissement créateur d’emplois, qui aide l’économie à restructurer sa dépendance par rapport aux secteurs qui doivent être affaiblis (l’immobilier, l’industrie, la finance) et à aller vers des secteurs qui doivent être intensifiés (les services, la santé, l’éducation)

Youphil: Que peut-on faire par rapport à la crise de l’euro?

J.S.: Une partie de la réponse repose sur la solidarité européenne et l’engagement à aider les pays en difficulté. Cela peut prendre différentes formes: une euro-obligation, un cadre physique commun avec des taxes communes pour soutenir l’activité économique européenne, une stratégie de croissance, reconnaître que la Grèce ne résoudra pas ses problèmes par l’austérité et qu’elle doit se concentrer sur la croissance. Il y a beaucoup de possibilités, mais ce qui ne marchera pas c’est l’austérité.

Youphil: Avez-vous un conseil à donner à Christine Lagarde?

J.S.: Il faut créer un nouveau système de réserve globale. Sur le court terme, il faut étendre les droits de tirages spéciaux. Cela avait été fait en 2009, et ça a aidé, mais il faut maintenant le faire sur une base régulière. Les trois autres défis sont: améliorer le système de recouvrement de la dette souveraine, réguler les flux entre les pays et réguler les institutions financières globales.

Youphil: Qu’en est-il du problème de l’inégalité croissante?

J.S: Sur le court terme, il faut renforcer la taxation progressive, les filets de sécurité et la protection sociale. Sur le long terme, le plus important est de s’assurer que tout le monde ait accès à l’éducation qu’il mérite. Penser aussi à la manière dont les politiques industrielles peuvent augmenter la demande de main d’oeuvre au bas de l’échelle.

Jusqu’à présent, le secteur privé a mis l’accent sur des innovations qui créent du chômage, au lieu d’innovations qui protègent notre environnement par exemple. Si on réquilibre ces innovations, notre économie sera plus saine.

Une de mes inquiétudes est que les taux d’intérêts de plus en plus bas encouragent les entreprises à choisir des robots qui remplaceront la main d’œuvre. Nous sommes en fait en train de créer les fondements d’une économie sans emploi.

Youphil: Comment imposer cela au secteur privé qui cherche à diminuer les coûts?

J.S.: Nous devons les encourager à penser à des coûts qui peuvent être subventionnés, comme les coûts environnementaux.

Youphil: Vous étiez à Occupy Wall Street le 2 octobre. Qu’en pensez-vous?

J.S.: J’étais un peu surpris que ça ait mis autant de temps à se faire! C’est tout à fait compréhensible que les Américains soient furieux. On leur a dit: “si on donne 800 millions de dollars aux banques, elle recouvreront leur santé. Ne mettons pas de contraintes et les prêts seront restaurés et l’économie se rétablira.” Et c’était faux.

A la place, on a vu le gouvernement donner de l’argent aux banques, les banques donner de l’argent à leurs cadres, payer les dividendes et les gros bonus. Les banques se sont rétablies mais les prêts aux petites et moyennes entreprises n’ont pas été rétablis. L’Américain moyen souffre, les banques continuent de l’expulser de chez lui, les saisies continuent avec la même violence, les abus des banques sous la forme de prêts prédateurs ou de cartes de crédits aussi, alors même que ce sont les contribuables américains qui ont renfloué les banques.

Quand on donne autant d’argent aux banques et qu’elles retournent la faveur en maltraitant le citoyen moyen, c’est compréhensible qu’ils soient énervés. Et en plus, il n’y a toujours pas de travail.

Youphil: Toutes ces propositions impliquent un plus grand investissement de la part de l’Etat.  Les Etats-Unis sont-ils prêts à faire cela?

J.S.: Cela va être difficile, mais de plus en plus d’Américains voient que le marché n’est pas la solution. Il ne s’agit pas d’abandonner le marché mais c’est l’équilibre qui n’est pas bon. C’est aussi ce qu’a réalisé le mouvement du Tea Party qui, d’une certaine manière a eu le même genre de genèse.

Ils ont raison dans une certaine mesure sur le diagnostic, mais leur réponse est incorrecte car ils déséquilibrent encore plus le système en se débarrassant du rôle du gouvernement.

La question n’est pas celle de la taille du gouvernement mais de ce que le gouvernement a fait. Donc il ne s’agit pas juste d’occuper Wall Street, mais d’empêcher Wall Street de faire ce qu’il fait et de lui faire faire ce qu’il doit faire. De la même manière, il s’agit donc de faire en sorte que le gouvernement fasse ce qu’il doit faire.

Youphil: Cela requiert une volonté politique forte…

J.S.: Ce qui est intéressant est que ce mouvement est parti de New York et s’est répandu dans tout le pays. Mais évidemment, l’argent et les lobbyistes parlent plus fort donc je ne pense pas que ce soit un problème qui soit résolu du jour au lendemain.

Youphil: Et avec les prochaines élections?

J.S.: A vrai dire, je ne suis pas très optimiste. Je pense que cela prendra encore cinq ans.

Youphil: D’autant plus qu’il y a un risque de récession en double-creux aux Etats-Unis et en Europe…

J.S.: Je pense que ce risque est élevé. Peut-être qu’il y aura une croissance très lente, mais que ce soit ça ou une récession en double-creux, la croissance sera trop molle pour avoir un impact sur les 25 millions d’Américains au chômage qui veulent trouver un emploi.

Crédit photo: Joseph Stiglitz à l’opéra de Sidney – Daniel Baud.

 

 

 




les liens avec la crise de 29…Avec la crise, les théories keynésiennes sont remises au goût du jour

18 10 2011

là un article de la Dépeche 

Avec la crise, les théories keynésiennes sont remises au goût du jour

Réguler le capitalisme sans porter atteinte à l’autonomie de l’entreprise privée et refuser l’idée que les marchés s’autorégulent, tel est le credo de Keynes, l’un des penseurs économiques les plus influents du XXe siècle, auteur de la « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie ».

« Keynes a bâti sa théorie en partant de l’hypothèse que les marchés dysfonctionnaient et que le dysfonctionnement des marchés impliquait, pour que l’économie capitaliste puisse tenir debout, une intervention publique », selon Jean-Paul Fitoussi, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

« Or, ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’on a un dysfonctionnement majeur des marchés » et que cela « a amené naturellement à une intervention publique qui a été massive », constate l’économiste.

Pour Keynes, dans un contexte de crise, l’Etat doit adopter une politique monétaire avec injection de liquidités et baisse des taux d’intérêt.

Il doit aussi relancer la demande grâce en particulier à un accroissement des investissements publics et la redistribution des revenus au profit des classes aux ressources les moins élevées.

Des recettes qui reviennent en vogue dans les cabinets ministériels: le ministre des Finances britannique Alistair Darling a indiqué dimanche que la Grande-Bretagne allait augmenter ses dépenses publiques, suggérant le choix d’une approche keynésienne, en engageant des projets de grande envergure notamment dans le logement, l’énergie et les petites et moyennes entreprises.

Toutefois, pour Edwin Le Héron, président de l’Association pour le développement des études keynésiennes, toute relance conjoncturelle « part dans le vide ».

« Il faut séparer deux choses, souligne-t-il. Il y a d’une part un certain nombre de personnes qui disent qu’il faut re-réguler le capitalisme, qu’il faut changer la structure du capitalisme (…). Il y en a d’autres qui disent qu’il y a une politique de relance de l’économie réelle, avec des plans de relance conjoncturelle ».

« Les deux peuvent apparaître comme des idées keynésiennes », mais « j’ai tendance à penser que ce qui me semble keynésien, c’est une refonte structurelle du capitalisme », estime-t-il.

L’annonce de la réunion d’une série de sommets pour élaborer et appliquer les réformes du système financier international va dans ce sens. Mais « la fenêtre est très étroite » selon M. Le Héron, qui souligne les réticences des Américains à réformer un système issu des accords de Bretton Woods de 1944 et qui étaient centrés sur le modèle américain.

Plus optimiste, M. Fitoussi juge que « tous les pays actuellement sont à la recherche de bonne régulation, parce que la crise n’a épargné » personne. Si tout le monde a ressenti l’urgence de la régulation, tous ne sont pas d’accord sur ses modalités, note-t-il, faisant notamment allusion aux pays européens.

« In fine l’Europe a été capable de s’accorder sur un plan, la zone euro, et l’UE ensuite a été capable de s’accorder sur un plan global de sauvetage du système financier », rappelle M. Fitoussi. »Cela implique que peut-être les pays européens pourraient s’accorder sur un plan global de régulation des marchés », estime-t-il.




le diplome ‘arme des faibles ‘?

23 10 2010

thème  du rapport entre études et emploi

ce qui donne le titre a cet article est cet article là :

http://www.democratisation-scolaire.fr/spip.php?article72&PHPSESSID=b08ed2bcc9a18fc1e046872c0bfeae90

Le livre est publié dans la collection dirigée par J.P. Terrail aux éditions La Dispute. Il se situe dans un courant qui insiste sur l’importance du rapport aux savoirs des élèves et notamment dans l’accès à la culture écrite (Terrail, Rochex et Bautier sont souvent cités dans le livre). Il insiste sur l’importance de l’école pour les élèves qui n’ont que l’école pour accéder aux savoirs. Il rappelle aussi (page 76) que de nombreux travaux sociologiques remettent en cause le thème de la « démission parentale » qui est pourtant un élément important du sens commun des enseignants.

Poullaouec remet en cause la thèse du « handicap socio-culturel » et il rappelle que cette thèse « disculpe par avance l’institution scolaire de toute responsabilité dans la genèse des inégalités scolaires » (p. 87). Il lui oppose cette citation de P. Bourdieu « En omettant de donner à tous, par une éducation méthodique, ce que certains doivent à leur milieu familial, l’école sanctionne donc des inégalités qu’elle seule pourrait réduire ».

Le livre souligne aussi l’importance de l’enseignement secondaire en ce qui concerne la réussite ultérieure. En ce sens on peut dire que si l’enseignement secondaire n’est pas une propédeutique à l’enseignement supérieur, il aggrave les inégalités sociales :

« Une fois à l’université, la réussite des bacheliers ne dépend plus que de la qualité de leurs parcours antérieurs : si beaucoup d’étudiants d’origine ouvrière échouent en premier cycle universitaire, c’est avant tout parce que leur scolarité dans le secondaire ne leur a pas permis d’obtenir un bac général dans de bonnes conditions » (p. 55)
Ce livre prend donc à contrepied les critiques post-modernes ou « artistes » de l’école. Ces critiques qui dénoncent les savoirs, les apprentissages méthodiques, les disciplines scolaires. Et ce livre rappelle opportunément que pour les faibles (c’est-à-dire les victimes de la domination économique, sociale et culturelle) l’école est ou pourrait être, une composante de l’émancipation. A condition qu’elle se consacre à sa mission, conduire les élèves à réaliser des apprentissages, à s’approprier des savoirs.

d’autres articles sur ce thème  du rapport entre études et emploi

un article important d’INSEE première  en format pdf là …>

Diplômes et emploi IP1313 oct 2010 (2)

et enfin cet article  de Daniel Martinelli, Corinne Prost, division Emploi, Insee   Le domaine d’études est déterminantpour les débuts de carrière

Résumé

Le devenir professionnel des jeunes est lié à leur niveau de diplôme mais dépend aussi beaucoup de leur spécialité de formation. Ainsi, les jeunes titulaires de CAP et de BEP de la production s’insèrent mieux que certains diplômés du supérieur. De même, les titulaires de DUT-BTS industriels ont souvent des débuts de carrière plus favorables que les titulaires de masters en lettres et sciences humaines. Pour les niveaux de diplôme allant des CAP-BEP aux DUT-BTS, les spécialités des services débouchent souvent sur des segments saturés du marché du travail, alors que les formations en mécanique, électricité ou informatique sont très prisées par les entreprises.

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EXTRAITS :

Le diplôme reste une protection forte contre le chômage

En moyenne, sur la période 2003 – 2009, les titulaires d’un doctorat de santé ayant terminé leurs études depuis moins de onze ans, ont un taux de chômage moyen de 2 % (tableau). Leur salaire net mensuel médian est supérieur à 2 500 euros (toutes primes comprises en euros 2009). À l’autre extrémité, se trouvent les jeunes les plus pénalisés, ceux qui n’ont aucun diplôme. 23 % d’entre eux ne sont pas présents sur le marché du travail. 31 % des jeunes actifs sans diplôme sont au chômage et le salaire médian de ceux qui travaillent est proche de 1 100 euros. Ces situations illustrent le rôle protecteur que joue le diplôme face au chômage.

Certains masters conduisent au même taux de chômage qu’un Bac professionnel

« Certains diplômés du supérieur ont des taux de chômage plus élevés (entre 9 et 15 %), comparables à ceux des bacheliers professionnels. Toutefois, ces diplômés du supérieur occupent des emplois relativement qualifiés. Il s’agit des diplômés des IUT et des STS de commerce, communication, hôtellerie et tourisme, des titulaires de licences en sciences humaines et sociales, de licences tertiaires et de masters en lettres, sciences humaines, communication et services aux personnes. Parmi ces titulaires de masters, le tiers des diplômés en sociologie, psychologie et arts occupent des emplois à temps partiel et, parmi eux, près de 40 % souhaiteraient travailler davantage. Les titulaires de Deug en lettres et sciences humaines ont pour leur part des débuts mitigés. Avec un salaire médian de 1 300 euros et un taux de chômage de 15 %, leur situation est  comparable à celle des titulaires de CAP ou BEP de la production. »

Secteurs porteurs

Le taux de chômage des diplômés des écoles d’ingénieurs et de commerce et des docteurs en sciences est faible (entre 4 et 7 %) tandis que leur salaire médian est supérieur à 2 300 euros.

« Pour leur part, les diplômés des écoles de commerce ont une formation plus généraliste mais des débuts de carrière tout aussi favorables. Ils accèdent à des emplois de cadres dans des secteurs très variés. Ces diplômés travaillent notamment dans l’industrie (21 %), le commerce (19 %), les activités financières ou immobilières (21 %) et dans le conseil et l’assistance aux entreprises (22 %). » Leur salaire médian est de 2570 euros en 2009.

Source : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1313/ip1313.xls le tableau est ci-dessous …

Les titulaires de CAP, BEP et bac pro de la production ont souvent un devenir plus favorable que ceux des services

 
                 
Indicateurs

 

Diplôme et spécialité de formation

Part

des femmes parmi les actifs (en %)

Situation vis à vis de l’emploi

       
      Taux de chômage BIT

(en %)

Part d’emplois à temps partiel

(en %)

Part des cadres

(en %)

Part des professions intermédiaires*

(en %)

Salaire médian* (en euros 2009)

Non diplômés, CEP, brevet des collèges*

37

31

19

1

10

1130

 
CAP, BEP et équivalents

- Agriculture, pêche, forêt, espaces verts

20

13

11

1

6

1 220

 
  - Agro-alimentaire, cuisine

17

14

9

0

5

1 240

 
  - Génie civil, construction, bois

2

15

2

1

5

1 280

 
  - Textile, habillement, cuir

58

27

19

.

3

1080

 
  - Mécanique

2

14

4

0

9

1 290

 
  - Electricité, électronique

3

15

6

1

13

1 300

 
  - Autres spécialités de la production

14

15

8

1

11

1 320

 
  - Commerce, vente

70

24

30

1

7

1060

 
  - Finances, comptabilité, gestion

55

23

22

0

9

1140

 
  - Secrétariat, communication

85

25

28

1

13

1100

 
  - Accueil, hôtellerie, tourisme

64

23

25

1

11

1100

 
  - Coiffure, esthétique

92

20

24

0

3

1040

 
  - Autres spécialités des services

81

17

27

0

10

1150

 
  - Ensemble CAP, BEP et équivalent

37

18

14

1

8

1200

 
Diplôme paramédical et social de niveau CAP-BEP (notamment aides-soignantes)

93

6

15

0

2

1350

 
Bac général*

  55

13

18

9

28

1290

 
Bac technologique*

55

13

17

2

22

1250

 
Bac professionnel et équivalents

- Agriculture, pêche, forêt, espaces verts

22

6

9

1

9

1190

 
  - Agro-alimentaire, cuisine

20

8

4

1

14

1320

 
  - Génie civil, construction, bois

6

5

2

2

14

1370

 
  - Mécanique

2

7

2

1

23

1400

 
  - Electricité, électronique

2

9

2

2

30

1410

 
  - Autres spécialités de la production

7

5

1

1

23

1440

 
  - Commerce, vente

61

15

21

3

20

1140

 
  - Finances, comptabilité, gestion

66

14

20

1

15

1200

 
  - Secrétariat, communication

87

20

23

2

16

1170

 
  - Accueil, hôtellerie, tourisme

55

12

21

1

24

1170

 
  - Coiffure, esthétique

92

8

15

0

5

1100

 
  - Autres spécialités des services

70

10

20

2

45

1210

 
  - Ensemble bac professionnel

39

11

11

1

20

1270

 
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les retraites suite (2)

22 10 2010

un article d’alternatives économiques

Oui, les jeunes seront bien victimes de la réforme des retraites

 

Face à la mobilisation croissante des lycéens et étudiants, les défenseurs de la réforme des retraites affirment que le report de l’âge minimal de départ en retraite n’aggraverait pas le chômage des jeunes. Ils ont malheureusement tort, au moins à court terme… 

Les défenseurs de la réforme ont raison d’insister sur la complexité du lien entre âge de départ en retraite et niveau d’emploi. Il n’y a rien d’automatique en effet à ce qu’un emploi libéré par le départ d’un senior soit occupé par un jeune. Ce départ peut aussi être l’occasion pour une entreprise de supprimer l’emploi en question, voire de délocaliser toute une activité si, par exemple, de nombreux « baby boomers » partent en retraite en même temps… Dans de tels cas de figure, retarder le départ des personnes concernées aurait pour résultat de préserver des emplois dans l’immédiat, même si ce ne sera sans doute que très provisoire… De plus, tous les économistes conviennent qu’à long terme le niveau de l’activité économique tend à s’ajuster à celui de l’offre de travail. 

Autrement dit : si les seniors restent plus longtemps en emploi, on finira bien par trouver autre chose à faire faire aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Et donc, au final, il y aura à la fois plus d’activité économique et d’emplois. Certains pays, parviennent en effet à avoir des taux d’emplois élevés tant pour les seniors que pour les jeunes. Et pas seulement les plus libéraux et les plus inégalitaires, puisque cela concerne notamment les pays scandinaves. Cet ajustement n’a cependant rien d’automatique : en France cela fait déjà trente ans qu’on n’a toujours pas trouvé quoi faire faire à 10 % de la population active… 

De plus, à long terme nous sommes tous morts comme le rappelait fort justement John Maynard Keynes. Or, ce qui, sous certaines conditions, peut être vrai à long terme ne l’est en tout cas certainement pas à court terme : dans l’immédiat la hausse de la population à la recherche d’un emploi engendrée par le recul de l’âge de départ en retraite va bien se traduire par des difficultés supplémentaires pour les jeunes. C’est d’ailleurs un phénomène qu’on a déjà observé depuis le début de la crise. Les réformes des retraites antérieures ainsi que le durcissement des conditions d’accès à la Dispense de recherche d’emploi pour les chômeurs et au dispositif « Carrières longues » mis en place en 2003 pour les retraites anticipés, ont déjà entrainé un recul sensible de l’âge de départ des seniors. 

Du coup on a assisté depuis deux ans à une hausse significative de l’emploi des 55-64 ans (+ 274 000 personnes entre le 2ème trimestre 2008 et le 2ème trimestre 2010 selon les chiffres de l’enquête emploi), malgré une crise sans précédent depuis 1929 qui a causé la perte de 500 000 emplois dans le secteur concurrentiel. Tandis que, a contrario, l’emploi des jeunes de 15 à 29 ans, déjà très faible en France, reculait lui nettement (- 133 000 personnes entre le 2ème trimestre 2008 et le 2ème trimestre 2010). Une tendance qui devrait donc se poursuivre et s’aggraver si la réforme des retraites proposée par le gouvernement est adoptée. 

Le choix implicite fait avec cette réforme est bien d’avoir moins de retraités et plus de chômeurs, notamment chez les jeunes. Sur le plan des comptes publics, un tel choix est d’ailleurs rationnel : un chômeur, surtout s’il est jeune et n’a pas encore travaillé, coûte beaucoup moins cher à la collectivité qu’un retraité. Mais pour l’avenir du pays, il est difficile de considérer que ce calcul cynique puisse être un choix optimal. 

Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques | Article Web – 21 octobre 2010



Premières ES la guerre des monnaies

22 10 2010

un article du Monde

La guerre des monnaies menace le commerce mondial

LEMONDE | 21.10.10 | 15h21  •  Mis à jour le 21.10.10 | 15h22

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, brandit la menace d’un « effondrement catastrophique de l’activité mondiale, comme dans les années 1930″. Le premier ministre indien, Manmohan Singh, se dit « inquiet de la situation » et appelle, dans le Financial Times, à un esprit de consensus entre grandes puissances.

Les tensions croissantes sur le marché des changes peuvent-elles dégénérer au point de compromettre la reprise mondiale ? Le sujet dominera les débats des ministres des finances du G20, réunis vendredi 22 et samedi 23 octobre en Corée du Sud pour préparer le sommet de Séoul des 11 et 12 novembre. Partout dans le monde, les dirigeants s’inquiètent du risque de voir éclater une « guerre des monnaies » susceptible de se muer en guerre commerciale.

Une monnaie faible : un enjeu crucial. Les pays industrialisés connaissent une reprise poussive et un chômage élevé. Aux prises avec des déficits colossaux, ils manquent de marges de manoeuvre budgétaires pour soutenir l’activité. L’arme des taux de changes est alors tentante : une monnaie faible permet de doper les exportations en baissant le prix des produits vendus à l’étranger.

A l’inverse, « l’importation est l’ennemie absolue, car elle se substitue au travail du salarié local », souligne Jean-Hervé Lorenzi, professeur à Paris-Dauphine. Le Japon s’est inquiété, mercredi 20 octobre, de la vigueur du yen qui « détériore le climat des affaires », selon le vice-gouverneur de la Banque du Japon, Kiyohiko Nishimura.

Mais les pays émergents refusent de supporter une trop large part de l’ajustement monétaire. Même si la crise n’est plus, pour la plupart d’entre eux, qu’un lointain souvenir, tous restent soucieux de préserver les exportations, moteur de leur croissance.

Quelles armes pour dévaluer sa devise ? Les banques centrales peuvent tenter d’agir sur les cours en accumulant des réserves de change grâce à la vente de leur monnaie contre du dollar ou d’autres devises. C’est ainsi que procède la Chine, avec succès puisque cette politique est couplée à un contrôle des capitaux. C’est ce qu’a fait le Japon mi-septembre, avec un résultat très mitigé : difficile d’influencer un marché où s’échangent chaque jour 4 000 milliards de dollars.

Les Etats-Unis ont connu un succès plus net en annonçant la perspective d’un nouvel assouplissement monétaire. Depuis que la Réserve fédérale américaine (Fed) a averti qu’elle pourrait refaire tourner la planche à billets, le billet vert est en chute. « Son objectif n’est pas tant une baisse du dollar qu’une stimulation de la demande », fait remarquer Anton Brender, chez Dexia AM. Dans une moindre mesure, des pays émergents comme le Brésil ou la Thaïlande essaient de limiter l’afflux de capitaux spéculatifs – et donc l’appréciation de leur monnaie – en taxant les achats de titres par des investisseurs étrangers.

Des points de crispation multiples. La Chine et sa politique de taux de change sont au coeur des tensions. Le bras de fer sino-américain se durcit : Washington, relayé par Bruxelles, accuse Pékin de maintenir le yuan artificiellement bas. D’autres conflits ont émergé. Le Japon s’en est pris à la Corée du Sud, mi-octobre, l’accusant d’interventions pour faire baisser le won. Les pays industrialisés reprochent aux émergents de freiner l’appréciation naturelle de leurs devises. Au sein des économies avancées, l’Europe s’agace tout bas de voir les Etats-Unis laisser filer le dollar.

Le risque d’un retour au protectionnisme ? Une « guerre des monnaies »peut dégénérer en guerre commerciale. Pour protéger leurs produits et leurs emplois, les Etats puisent dans l’arsenal composé de droits de douane, contingents d’importation, réglementations techniques et subventions à l’export ou à la production.

En vain, comme l’a prouvé la loi américaine Hawley-Smoot du 17 juin 1930 qui augmenta, au début de la Grande Dépression, les droits de douane à l’import sur plus de 20 000 produits. Certes, les importations en provenance d’Europe en furent amputées de quelque 70 %, mais les exportations américaines vers l’Europe chutèrent en proportion, celle-ci ayant riposté.

Aujourd’hui, les argumentaires sont plus sophistiqués, en raison de l’existence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui interdit l’unilatéralisme. C’est ainsi que la Chambre américaine des représentants vient d’adopter un projet de loi prévoyant des taxes à l’importation sur les produits chinois, la sous-évaluation du yuan constituant, selon elle, une subvention déguisée.

La réplique n’a pas tardé : la surtaxe à l’importation de 105 % infligée depuis le mois de janvier aux poulets américains jugés subventionnés par Pékin a été prorogée.

Pour l’instant, les rapports de l’OMC concluent à une quasi-innocuité des restrictions aux échanges et des distorsions de concurrence mises en place par ses membres, car elles n’affectent que 1 % des échanges mondiaux.

Mais Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, commence à s’alarmer, et rappelle que ses membres ne peuvent espérer régler leurs déséquilibres macroéconomiques unilatéralement et par le biais du commerce. C’est ainsi qu’il a déclaré, mardi, à Genève : « L’Histoire nous jugera sévèrement si nos efforts collectifs pour juguler la crise économique sont contrariés par la recherche solitaire d’un gain à courte vue. »

Article paru dans l’édition du 22.10.10
_____________________________________________
Le yuan, les Américains et nous<!–

Proin varius risus at est pellestesque ac mollis sem adipiscing et tralala pouet pouet

–>

Guillaume Duval | Article Web – 01 octobre 2010

La Chambre des représentants est montée une fois de plus au créneau contre la sous-évaluation du yuan, accusée de déséquilibrer le commerce international, entre une Chine qui exporte trop et des Etats-Unis incapables de freiner leur consommation. Pour que la Chine change réellement de modèle de développement, une pression extérieure est probablement indispensable, notamment de l’Union européenne.

Le 29 septembre dernier, la Chambre des représentants a adopté une loi autorisant le gouvernement américain à augmenter les droits de douane sur les produits chinois. Les élus américains ont en effet estimé que le taux de change du yuan était maintenu artificiellement bas par les autorités chinoises, ce qu’ils ont assimilé à une action de dumping. Ce vote marque une étape supplémentaire importante dans le bras de fer engagé depuis de longs mois déjà entre les Etats-Unis et la Chine, même si cette loi n’entrera pas en vigueur dans l’immédiat. Pour cela elle doit en effet encore être approuvée par le Sénat américain, ce qui ne sera vraisemblablement pas le cas avant les élections du 2 novembre prochain. Le déficit des échanges entre la Chine et l’Europe est devenu aussi important que celui entre les Etats-Unis et la Chine. Pourtant, contrairement à ce qui se passe outre-Atlantique, le silence des autorités européennes reste assourdissant sur cette question centrale pour le rétablissement des équilibres macroéconomiques mondiaux.

Depuis trente ans la Chine s’est développée à une vitesse impressionnante. Et tant mieux si le cinquième de l’humanité réussit enfin à sortir de la misère et de la pauvreté. Cela nous pose bien sûr des problèmes supplémentaires pour l’accès à des ressources rares présentes sur Terre en quantité limitée comme le pétrole ou le gaz, que nous avions pris la mauvaise habitude de monopoliser à notre seul usage. L’accès progressif de 1,3 milliard de Chinois à notre mode de vie, implique également une aggravation sensible des atteintes à l’environnement compte tenu des gaspillages qu’il entraîne. Il n’y a cependant sur ce plan aucune raison de reprocher quoi que ce soit au peuple chinois ni à ses dirigeants, même si le développement de l’économie chinoise rend plus urgente encore l’obligation, où nous étions de toute façon, de transformer de fond en comble notre mode de vie au cours des prochaines décennies.

Là où, en revanche, il est légitime de demander aux autorités chinoises de corriger le tir, c’est quand on constate que le développement de la production de l’empire du Milieu excède de plus en plus celui de la consommation chinoise. Ce qui se traduit par l’accumulation d’excédents extérieurs colossaux. Cet excès de production chinoise a en effet pour conséquence directe un recul de la production, et donc du chômage supplémentaire, dans les autres pays. Indirectement ces déséquilibres commerciaux ont aussi joué un rôle central dans la crise financière récente puisqu’ils sont la contrepartie en particulier de l’endettement croissant des ménages américains.

Les autorités chinoises promettent depuis plusieurs années déjà de rééquilibrer leur modèle de croissance au profit du développement du marché intérieur. Et c’est aussi une aspiration de plus en plus nette du peuple chinois lui-même, qui constate qu’il ne profite pas autant qu’il le devrait de l’impressionnant développement de la production chinoise. Pourtant, ce rééquilibrage progresse très lentement. Le plan de relance mis en œuvre en Chine en 2009 l’a même plutôt fait régresser puisqu’il a surtout consisté à relancer les industries exportatrices chinoises. Et cette difficulté n’est pas surprenante. Les Américains doivent apprendre à consommer moins et à épargner plus, tandis que les Chinois doivent consommer plus et épargner moins. Le chemin que les Américains doivent parcourir semble beaucoup plus difficile à suivre que celui que les Chinois doivent emprunter. Mais cette impression est trompeuse : en Chine, le lobby des industriels exportateurs est aujourd’hui très puissant. C’est dans ce secteur que les caciques du Parti se sont reconvertis et sont devenus milliardaires. Ils n’ont aucun intérêt à laisser le yuan se réévaluer ni les salaires de leurs employés augmenter. Et ils ont aujourd’hui encore les moyens politiques de s’y opposer dans un pays qui reste une dictature dirigée par une oligarchie n‘ayant plus de communiste que le nom.

Conclusion : pour que la Chine change réellement de modèle de développement, une pression extérieure est probablement indispensable. C’est elle qu’ont commencé à exercer les politiques américains. Une fois de plus, les responsables européens sont, en revanche, totalement absents de ce débat central pour l’avenir du monde : chaque dirigeant européen préfère faire, pour le compte des industriels de son pays, des risettes aux dirigeants chinois dans l’espoir de décrocher quelques contrats plutôt que de chercher à dégager une position commune au niveau de l’Union. Moyennant quoi, il n’est pas improbable que le bras de fer sino-américain se termine par un compromis sur le dos des Européens : la limitation progressive du déficit sino-américain étant compensée par une aggravation du déficit sino-européen… Un mouvement qu’on observe déjà ces dernières années.

Guillaume Duval | Article Web – 01 octobre 2010

 

 

Alain Faujas et Marie de Vergès

 




un tres long dossier (1) sur la réforme des retraites

19 10 2010

Attention plus de 20 pages si vous voulez le tirer papier

La réforme des retraites

 

 un débat ouvert avec, Henri Sterdyniak  directeur du département économie de la mondialisation à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), professeur associé à l’Université Paris-Dauphine, et les lecteurs de la Provence …

vous trouverez sous ce lien un long article de Henri STERDYNIAK

http://www.rce-revue.com/IMG/pdf/Article_Sterdyniak.pdf

Henri Sterdyniak Bonjour et merci de venir dialoguer sur la question des retraites, qui nous concernera tous un jour.

angebleue13 monsieur  bonjour,pensez vous vraiment que cette mesure sur la retraite est nécessaire sans prendre part pour un parti politique juste a donnant votre avis ?
pensez vous que si la gauche repasse au pouvoir en 2012 ils ont les bons arguments pour trouver les fonds nécessaire pour la ramener a 60ans ?
merci

Henri Sterdyniak Il faut rappeler qu’il y a déjà eu une réforme des retraites en 2003 et que cette réforme prévoyait l’allongement progressif de la durée de cotisation à 42 ans. On peut penser qu’il aurait fallu laisser vivre cette réforme qui obligeait déjà ceux qui ont commencé à travailler à 20 ans à aller jusqu’à 62 ans.
Et les cadres qui commençaient à travailler à 23 ans, à aller jusqu’à 65 ans. Le problème de la réforme actuelle est qu’elle frappe surtout ceux qui ont commencé à travailler jeune, entre 18 et 20 ans et qu’elle intervient brutalement en période où le chômage est élevé.

si la gauche revient au pouvoir, il est probable qu’elle retournera à la réforme de 2003, c’est-à-dire différencier l’âge de départ à la retraite selon l’âge de début de carrière. Ceux qui ont travaillé après 20 ans devront alors aller jusqu’à 62 ans.

MamieJosette Mr Sterdyniak pensez vous qu’enterrer la ré forme de la retraite soit une solution idéale pour l’avenir ? et surtout avec l’allongement de la durée de vie!! sans cette réforme existera t-il encore une retraite ?

Henri Sterdyniak Bien sûr il faut tenir compte du fait que l’espérance de vie à 60 ans sera bientôt de l’ordre de 24 ans, donc il faudra inéluctablement reculer l’âge moyen de départ à la retraite, simplement il faut le faire de manière progressive lorsqu’effectivement il y a des emplois disponibles, de manière différenciée selon la pénibilité du travail.

Ce doit être l’occasion pour repenser le déroulement des carrières dans les entreprises, la formation permanente et la pénibilité du travail.

Bernard 13

Bonjour,
Ma question est simple.

J’aurai 60 ans en 2018, et j’ai commencé à travailler à l’âge de 18 ans. Donc, si on m’applique cette réforme, à 62 ans, j’aurai cotisé 44 ans, alors que le nombre légal sera devenu 41, 5 années en 2018. Je ne suis certainement pas seul dans mon cas. A mon époque (allez papy ;) …! ) nombre de jeunes commençaient à travailler juste après le bac. Soit vers 18, 19 ans. Honnêtement, ne devons-nous pas nous sentir les principaux lésés,
dans l ‘affaire ? Merci d’éclairer la lanterne d’un (futur ?) vieux quant à la » justice » de cette loi

Henri Sterdyniak C’est effectivement les gens qui ont commencé à travailler à 18 ans qui sont les plus grands perdants de la réforme car ils ne bénéficient pas du dispositif « carrières longues » et ils sont directement touchés par le report à 62 ans de l’âge légal.
Si on avait maintenu le principe d’une durée requise de 42 ans, vous auriez pu partir à la retraite à 60 ans. La réforme touche ceux qui ont commencé à travailler entre 16 et 18 ans : eux devront effectuer 44 années de carrière. C’est l’un des aspects les plus injustes de la réforme.

averell

Cette réforme est-elle vraiment injuste ?

Henri Sterdyniak Un des aspects les plus injsutes de la réforme est le passage de 65 à 67 ans de l’âge ouvrant droit à une retraite à taux plein. Ceci ne peut pas avoir d’effet favorable pour l’emploi car personne ne travaille au delà de 65 ans.
Le seul effet est de diminuer de façon très importante la retraite de femmes à carrières courtes qui attendaient 65 ans pour liquider leur retraite et qui devront maintenant attendre 67 ans.
Certains mouvements féministes ont déposé des recours devant la Halde ou à la COmmission européenne contre cette mesure qui frappe en quasi totalité les femmes.

patrick13012

moi je pense que l’âge légal pour la retraite devrait être de 65 ans et la il n’y aurait plus de problème pour augmenter le minimum vieillesse

Henri Sterdyniak Certes, dans beaucoup de pays européens, lâge légal de la retraite est de 65 ans mais dans tous les pays, il existe des dispositifs de pré retraite ou d’invalidité qui permettent en fait de partir à la retraite dès 60 ou 62 ans.
En Allemagne, par exemple, l’âge affiché est de 65 ans mais l’âge moyen est de 61,5 années contre 59,5 en France. On n’échappe pas à la nécessité de prévoir des dispositifs pour tous ceux qui ne peuvent pas de maintenir en emploi au delà de 60 ans. Donc l’objectif doit être de reculer en moyenne l’âge de départ à la retraite de 2 ans.
Nicolas Sarkozy a déjà annéoncé que le minimum vieillesse allait être augmenté de 25%, le minimum vieillesse ne concerne que 600 000 personnes, ce n’est pas l’élément le plus coûteux du système de retraite français.

asb13 qu’envisage la réforme sur la retraite des professions libérales et notamment des médecins libéraux car en temps que que spécialiste secteur 1 je payE 9800 Euros de CARMF par an et je n’en verrai certainement pas la couleur en 2025 date de mes 60 ans; pour ma profession ( anesthésiste réanimateur) la retraite à plus de 65 ANS est tout simplement inenvisageable pour moi et les patients surtout
merci

Henri Sterdyniak Il faut être conscient du fait que les professions libérales ont des espérances de durée de vie à 65 ans de l’ordre de 25 ans, pour des durées d’activité de l’ordre de 40 ans. Il faut donc obligatoirement qu’elles payent des cotisations élevées pour avoir des retraites satisfaisantes durant 25 ans.

Naturellement, ces cotisations élevées leur ouvrent des droits, la retraite est un droit social garanti par l’Etat et les partenaires sociaux et naturellement les personnes qui atteindront 60 ou 65 ans en 2025 auront une retraite, plus élevée en pouvoir d’acaht que celles actuelles, plus faibles relativement par rapport aux salaires de 2025 mais ils toucheront plus longtemps.

Un autre problème est que dans certaines professions, il est impossible de travailler au delà d’un certain âge, c’est pourquoi il serait souhaitable qu’il y ait des négociations au niveau des branches professionnelles pour aménager les fins de carrières en fonction des caractéristiques des emplois.

Dans certains métiers pénibles, il faudrait maintenir la possibilité de retraite précoce; pour d’autres il faudrait prévoir des évolutions de carrière à aprtir de 45/50 ans, de sorte , par exemple, que les conducteurs de bus deviennent à un certain âge responsable de ligne ou guichetier.

Verceuil La gauche française vivant dans son anachronisme permanent est : soit de mauvaise foi en rejetant toutes les réformes necessaires parce que c’est la droite qui est obligée de les faire, soit elle croit vivre dans un micro climat au pays de Candy qui nous exonèrerait de faire ce qu’on fait tous les pays développés pour sauvegarder les retraites : repousser l’age de départ.
Il y a une autre solution: mettons au service des salariés du privé l’équivalent de la PREFON qui est une retraite complémentaire par capitalisation (dont seuls les fonctionnaires bénéficient )

Henri Sterdyniak Les salariés du privé bénéficient déjà du PERP qui est l’équivalent total de la PREFON et qui donen le smêmes avantages fiscaux. Mais la retraite ne peut être basé sur la capitalisation facultative.

Les gens n’ont pas conscience du montant énorme de capital qu’il faut avoir accumulé à 60 ou 62 ans pour financer une vingtaine d’années de retraite. L’épargne ne peut être qu’un complément pour les cadres qui ont effectivement la possibilté de mettre de l’argent de côté. Pour la masse de la population, il faut un dispositif obligatoire.

grouchomarx Dans le reste de l’Europe, on travaille plus ou moins qu’en France ?

Henri Sterdyniak Il existe des pays qui font moins bien que la France, tant pour le travail des femmes que pour le travail des seniors : la Belgique, l’Italie, la Grèce. Il existe des pays plus performants : les pays scandinaves ou le Royaume Uni. Le Royaume Uni est le contre modèle : les pensions sont très faibles pour une grande partie des salariés qui n’ont pa eu la chance de travailler dans une grande entreprise ou une banque. Donc, les britanniques sont obligés de travailler longtemps et beaucoup complètent leur retraite par un petit boulot.
Les pays scandinaves ont réussi un modèle plus satisfaisant : les entreprises ont aménagé les conditions de travail et conservent plus longtemps les salariés. C’est vers ce modèle qu’il faut aller.
Dans la période récente, l’Allemagne a réussi a faire travailler plus longtemps ses salariés mais en se rapporchant britannique : paupérisation des retraités et hausse du chômage parmi les 55 / 65 ans.

dan08

a partir du moment ou tous les pays developes ont releves l’age de la retraite la france ne peut pas rester seule dans son coin donc pourquoi annuler la reforme pour faire pire dans 10ans?

Henri Sterdyniak La France a quand même la particularité d’avoir conservé un taux de fécondité satisfaisant, de l’ordre de deux enfants par femme alors que la fécondité a baissé de manière dramatique en Allemagne, Italie ou Espagne. De ce point de vue, la France s’est mieux préparé que ses voisins à la question du vieillissement de la population.

On n’échappera pas à l’allongement de la durée des carrières mais il faut essayer de la conditionner avec l’évolution du marché du travail. Certains pays annoncent qu’ils relèveront l’âge de la retraite de 65 à 67 ans alors même que rien ne garantit que les personnes de plus de 63 ans seront un jour employées. Ce n’est que des moyens détournés de faire baisser le niveau des retraites.

La France a actuellement un des systèmes de retraite les plus généreux du monde, que ce soit du point de vue du niveau des retraites, que de l’âge du départ. En contre partie, les Français acceptent de payer des cotisation relativement élevées : il faut faire évoluer progressivement ce système mais il n’y a aucune raison d’envisager sa disparition.

grouchomarx

Le gouvernement peut-il encore reculer ?

Henri Sterdyniak Certes, le gouvernement ne peut plus reculer : d’une part, les pays du G20 n’ont pas pris les mesures nécessaires pour faire reculer la domination des marchés financiers et des agences de notation. Aussi, tous les pays doivent prouver qu’ils font des efforts pour réduire les déficits publics. C’est une stratégie suicidaire car si tous les pays font des politiques d’austérité, la demande ne va pas repartir et l’europe va connaître une longue période de croissance lente avec la persistance d’un chômage élevé. Compte tenu des rapports de force en Europe, la France n’a pas été capable d’imposer une stratégie plus volontariste et donc nous sommes obligés de montrer patte blanche aux agences de notation.
D’autre part, politiquement, le gouvernement en a fait le symbole de sa volonté de changer la société française, d’inciter les salariés à travailler plus. Le problème est qu’actuellement, ce n’est pas le désir des salariés de travailler plus qui manque mais les emplois.

grouchomarx

Les socialistes sont-ils sérieux quand ils affirment qu’ils abrogeront la réforme s’isl arrivent au pouvoir en 2012 ?

Henri Sterdyniak Les socialistes pourraient abroger certains aspects de la réforme, en particulier maintenir à 65 ans l’âge ouvrant droit à la retraite à taux plein. Ils pourraient faire porter l’effort sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge mais cela signifie que ceux qui ont commencé à travailler après 20 ans devraont de toues façons travailler jusqu’à 62 ans.

Par ailleurs, et ceci dépend avant tout des partenaires sociaux, le gouvernement quel qu’il soit devrait favoriser la négociation au niveau des branches et des entreprises pour aménager les carrières et régler la question des métiers pénibles. Le reste est une question de choix social, les Français sont ils prêts à payer 4 ou 5 points de cotisation pour maintenir un départ à la retraite relativement précoce et maintenir un niveau de retraite relativement satisfaisant.

galak75

La Gauche a-telle vraiment fauté en repoussant cette réforme qu’elle aurait pu faire par exemple quand Jospin était chef du gouvernement ?

Henri Sterdyniak La gauche est arrivée au pouvoir avec un taux de chômage extrêmement élevé de l’ordre de 12%. Grace à la réduction du temps de travail, et aussi à la reprise économique mondiale, elle a réussi à faire baisser le chômage à 9%. Durant cette période, elle a reculé la réforme des retraites en se disant que la priorité était de réduire le taux de chômage et d’augmenter l’emploi, en particulier celui des jeunes. Ce n’était pas une mauvaise stratégie. Ce n’est que lorsque le taux de chômage baisse nettement qu’on peut prendre des mesures fortes pour allonger la durée des carrières et pour inciter les entreprises à conserver des seniors. En 2007, le taux de chômage avait baissé à 7%, c’était le bon moment, malheureusement, la crise financière de 2008/2009 a fait repartir le chômage à la hausse de sorte que la réforme de 2010 arrive à un mauvais moment. Il ne faudrait pas que les seniors restent dans les entreprises au détriment de l’embauche des jeuneS.

loutcho

pourquoi ne parles t’on pas des avantages que garde à vie les ex ministres ou sénateurs ext…. qui n’on fait qu’un passage et qui gardent à vie une compensation.
exemple:un maire ou sénateur ou ministre pour qui on à voté et est élu pendant 3 ou 4 ans toucheras une compensation de x€ à vie ? ?
est-ce juste? est-ce normal ? en tout les cas il y à silence,de tous bords.

Henri Sterdyniak

Bien sûr il faut un système juste et cond il faut remettre en cause tous les avantages injustifiés dont bénéficient certaines catégories de la population. Il y a le scandale des retraites chapeau que s’octroyent les patrons des grandes entreprises et il y a les retraites trop favorables des parlementaires et ministres.
Des réformes ont déjà eu lieu sur ces deux sujets. Les ministres et les parlementaires n’ont droit à la retraite qu’à partir de l’âge légal mais dans certains cas, ilspeuvent cumuler cette retraite avec une retraite de fonctionnaire : c’est un abus qui devrait être corrigé à l’occasion de cette réforme. Par ailleurs, le gouvernement a décidé de taxer très fortement les retraites chapeau, ce qui va dans le bon sens.

laprovence.com

Merci à tous pour vos questions et à très bientôt pour d’autres tchats sur LaProvence.com

Henri Sterdyniak

Merci de vos questions. Je vous souhaite à tous un travail intéressant et qui vous permette une carrière longue et une retraite heureuse. Mais la grande question aujourd’hui, c’est quand même celle de l’emploi, et de l’emploi des jeunes !

Sur la réforme des retraites, un renoncement peut en cacher un autre

Article paru dans l’édition du 23.09.10

Dans Le Monde du 9 septembre, une vingtaine de personnalités, intellectuellement marquées à gauche, publient une tribune affirmant qu’« une autre réforme des retraites est possible »(voir à la suite) . Nous leur donnons entièrement raison. Après six mois de faux débats, ponctués d’inusables contrevérités du gouvernement pour tromper l’opinion et de propos destinés à rassurer les marchés financiers, la vérité se dévoile peu à peu. Le projet de loi abaissera considérablement le niveau des pensions, parce que peu de salariés pourront cotiser pendant quarante-et-un ou quarante-deux ans.

Il pénalisera encore davantage qu’elles ne le sont aujourd’hui les femmes, dont les carrières sont morcelées et précaires, les jeunes qui entrent tardivement dans l’emploi, tous ceux et celles qui auront commencé à travailler avant 18 ans et qui devront cotiser au moins quarante-quatre ans ou bien qui auront exercé des métiers pénibles dont la reconnaissance légale est refusée. Toutes ces dégradations proviendront essentiellement du recul des deux âges légaux de départ à la retraite et de l’allongement de la durée de cotisation. Le gouvernement ne s’y est pas trompé : il a lui-même désigné les « fondamentaux » de son projet.

Une autre réforme est donc nécessaire et aussi possible. Mais laquelle ? Assurément pas une réforme instituant un système de retraite à deux vitesses, comme le proposent les auteurs de la tribune citée ci-dessus. Au nom de la justice, ils distinguent un « volet contributif financé par des cotisations sociales » qui symboliserait le fait que « la pension de retraite est partie intégrante du contrat salarial » et un « volet solidaire, financé par une fiscalité plus progressive », qui constituerait un « revenu de citoyenneté ». Cette proposition soulève au moins deux objections fondamentales.

La première porte sur l’acceptation de l’allongement de la durée du travail. Nos auteurs expliquent que « le nouveau système devra prendre en compte l’augmentation progressive de l’espérance de vie, à la fois par l’augmentation de la durée de cotisation et, si nécessaire, des taux de cotisation ». D’abord, les auteurs déplorent le relèvement de l’âge de la retraite à 62 ans, ensuite ils en acceptent le corollaire, le fait de travailler plus longtemps. On aura beau habiller cette contrainte de la « liberté de choix » ou de la « retraite à la carte », le résultat sera le suivant : soit condamner les salariés au travail forcé, soit baisser le montant de la pension s’ils n’ont pas la durée de cotisation requise, abandonnant ainsi l’idée que les gains de productivité futurs puissent être utilisés en partie pour réduire le temps de travail.

La deuxième objection renvoie à la séparation entre une retraite dont le fondement serait contributif et une retraite d’assistance. Elle revient à aggraver considérablement la coupure entre les retraités dont les droits expriment la continuité de leur salaire et les retraités dont la vie (la survie) ne devrait qu’à la bienveillance de la collectivité. Il s’agit dans cette conception de faire en sorte que la pension reflète le plus possible ce que le salarié aura versé durant sa vie active, et rien de plus.

C’est une rupture fondamentale avec la logique profonde de la répartition qui permet, sous certaines conditions d’âge et de cotisation, de garantir un niveau de pension connu à l’avance, et qui prolonge le salaire en maintenant sensiblement le niveau de vie acquis pendant la vie active. Le principe même du contrat salarial, qui fait de la pension une continuation du salaire par la socialisation de la masse salariale que permettent les cotisations, serait ainsi vidé de sa substance par le renforcement de la contributivité. Et la redistribution des revenus assurée par le régime par répartition, même si elle est insuffisante, disparaîtrait.

Les auteurs indiquent ainsi vouloir prendre en compte pour le calcul de la retraite l’ensemble de la carrière des salariés pour « supprimer la pénalisation dont sont aujourd’hui victimes les salariés aux carrières longues et aux faibles progressions ». L’argument laisse songeur. En effet, même pour un salarié dont la carrière progresse peu, prendre en compte l’ensemble de la carrière, au lieu des meilleures années, aboutit à une baisse du niveau de la pension, cette baisse étant d’autant plus forte que le déroulement de carrière est important. Au nom d’une réduction des inégalités, on ramène tout le monde vers le bas !

Cette conception accepte finalement une société où le chômage et la précarité sont installés de façon pérenne et où une fraction significative du salariat, notamment les femmes, ne pourra plus avoir accès à un emploi décent, à temps complet, avec une évolution de carrière significative, permettant d’accéder à une retraite correcte. Le volet non contributif de la retraite ne serait alors que le masque d’une nouvelle « loi sur les pauvres » destinée à atténuer les méfaits d’un capitalisme débridé.

Il y a derrière tout cela un oubli fondamental. Ce que ne disent jamais nos auteurs, c’est que, au fond de l’affaire des retraites, figure la question de la répartition de la richesse produite. Celle-ci s’est dégradée pour les travailleurs depuis trois décennies dans une proportion équivalente à l’envolée des dividendes : 5 points de pourcentage si l’on compare la situation actuelle à celle d’avant 1973 (cf. « Le rapport Cotis », 2009). Nous affirmer, reprenant l’antienne patronale et gouvernementale, que, « si nous vivons plus longtemps, il faut travailler plus longtemps », masque le problème essentiel de la répartition entre travail et capital, qui reste la pierre d’angle de l’évolution du capitalisme contemporain, et dont, pour notre part, nous voulons inverser l’évolution en soumettant à cotisations les dividendes versés aux actionnaires et tous les profits financiers.

Il y a une cohérence dans les propositions que nous critiquons ici. Travailler plus longtemps malgré les gains de productivité et le chômage, individualiser la condition des salariés et des retraités, au risque de vider de son contenu la notion de droit, et dissoudre le lien social permis par la socialisation d’une partie de la richesse sont le paravent du refus de poser dans le débat public l’enjeu fondamental du débat sur le financement des retraites : ce financement ne devient un problème que si on fige dans l’avenir la répartition du gâteau qui a prévalu depuis l’avènement du capitalisme financiarisé. Et, derrière cet enjeu, s’en profilent d’autres : est-on condamné à travailler toujours davantage, au mépris de notre condition humaine et de l’équilibre écologique et ne peut-il exister un temps de la vie hors de toute subordination dont la place croissante donnerait un nouveau sens au progrès ?

Alors que la confrontation actuelle sur les retraites n’est pas terminée parce que la population est majoritairement hostile au projet du gouvernement, il vaut mieux éviter de préparer des renoncements futurs, porteurs de nouvelles régressions sociales.

Gérard Filoche, Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa, Frédéric Lebaron, Christiane Marty, Willy Pelletier, Dominique Plihon, Henri Sterdyniak, Aurélie Trouvé

 

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Une autre réforme des retraites est possible !

Article paru dans l’édition du 09.09.10

Le projet du gouvernement accroît les injustices sociales et salariales

systèmes de retraite par répartition sont confrontés aux défis du vieillissement de la population comme aux conséquences d’une situation de l’emploi dramatique, lestée par les effets de la récente crise financière. Leur équilibre financier doit rester une préoccupation majeure des pouvoirs publics comme des partenaires sociaux si nous ne voulons pas ouvrir un boulevard à la retraite par capitalisation.

Pour autant, le projet de réforme des retraites proposé dans l’urgence par le gouvernement pour répondre aux exigences de la notation financière et crédibiliser la signature de la France sur le marché de la dette publique, ne garantit pas, à long terme, la pérennité de notre système par répartition. Bien au contraire, il aggrave les injustices. Sa mesure phare, le relèvement de l’âge minimum de départ à la retraite de 60 à 62 ans, accroît les inégalités et restreint les possibilités de choix des salariés sur qui repose l’essentiel des efforts consentis.

Ce sont les salariés aux carrières incomplètes qui vont le plus pâtir de la réforme en voyant leur âge de départ à taux plein reculer de 65 à 67 ans à partir de 2016. Ce sont surtout les femmes qui seront concernées et il ne fait aucun doute que le nombre de femmes pauvres va augmenter alors qu’elles forment déjà les gros bataillons des retraités les plus défavorisés.

Dans un pays où, depuis plusieurs décennies, les jeunes servent souvent de « variable d’ajustement » comme en témoignent la précarisation et l’appauvrissement d’une grande partie de la jeunesse, la réforme proposée ne rééquilibre pas non plus les rapports entre les générations, ne prévoyant pas de financement au-delà de 2020.

De leur côté, les salariés ayant commencé à travailler jeunes, souvent les moins diplômés et les moins bien payés, occupant les emplois les plus pénibles, devront cotiser plus longtemps sans voir pour autant leur pension s’améliorer. Désormais, ceux qui ont commencé à travailler entre 14 ans et 18 ans devront cotiser quarante-trois ou quarante-quatre ans. Or, chaque année, près de 100 000 jeunes commencent à travailler à 18 ans ou moins.

L’efficacité financière de la réforme proposée est aussi en question. Après 2018, les déficits continueront de se creuser, alors que les ressources du Fonds de réserve des retraites destiné à faire face, à partir de 2020, à l’arrivée à la retraite de la génération du baby-boom, auront été mal utilisées. Pour préparer l’avenir, ce fonds aurait dû, au contraire, voir ses ressources augmentées plutôt que dépensées avant terme.

Quant à la question de l’emploi des seniors qui conditionne pourtant en grande partie le financement des retraites, les mesures avancées ignorent les questions fondamentales des conditions de travail et des aménagements de fin de carrière. Avec le relèvement de l’âge de départ à 62 ans, les seniors qui se trouvent déjà majoritairement hors de l’emploi devront rester au chômage, au RSA, en maladie ou en invalidité plus longtemps, avec des allocations bien souvent plus faibles que leurs droits à la retraite. Plutôt que de réduire la dette publique, on nous propose un jeu de passe-passe entre comptes sociaux.

L’avenir de notre système de retraites nous invite à engager une réforme globale afin de corriger les inégalités, développer les possibilités de choix individuels et pérenniser le système par répartition.

Une telle réforme passe par la convergence de tous nos systèmes de base, aujourd’hui éclatés en plus de trente régimes différents aux règles illisibles pour nos citoyens. Alors que 40 % des nouveaux retraités ont cotisé dans au moins deux régimes différents de base, la complexité actuelle mine leur confiance dans le système, car elle facilite la remise en cause des droits de retraite acquis et entrave l’effort de solidarité envers ceux qui en ont le plus besoin.

La pension de retraite est partie intégrante du contrat salarial, elle est aussi un revenu de citoyenneté. Aussi, notre système de retraites doit évoluer en distinguant nettement son volet contributif, financé par des cotisations salariales, de son volet solidaire, financé par une fiscalité qui doit être plus progressive, en mettant davantage à contribution les revenus du capital et les hauts revenus.

Le nouveau système devra prendre en compte l’augmentation progressive de l’espérance de vie, à la fois par l’augmentation de la durée de cotisation et si nécessaire, des taux de cotisation. Mais, si nous vivons plus longtemps en meilleure santé, et si nous devons travailler plus longtemps pour sauver nos retraites, c’est le principe de la retraite au choix (à la carte) qui devrait prévaloir.

Cette évolution de fond permettrait non seulement d’enregistrer les droits de retraite acquis, mais aussi de faciliter les départs progressifs ou de permettre d’effectuer des pauses tout le long du parcours professionnel. Une telle clarification permettrait aux salariés de disposer d’une véritable liberté de choix, fondée sur une bonne connaissance de leurs droits, dans un cadre collectif protecteur.

Car seule la protection de la collectivité permet les véritables choix. En prenant en compte l’ensemble de la carrière des salariés, le nouveau système se doit de supprimer la pénalisation dont sont aujourd’hui victimes les salariés aux carrières longues et aux faibles progressions salariales. La solidarité nationale pourrait être mise à contribution pour mieux intégrer dans le calcul de retraite les périodes de congé maternité, de chômage ou de formation.

En outre, une véritable réforme des retraites ne peut se concevoir isolément d’une vigoureuse politique de l’emploi qui permette le maintien des seniors comme l’accès des femmes et des plus jeunes à des emplois stables.

Enfin, l’amélioration de la retraite des femmes passe par des progrès en matière d’égalité salariale et professionnelle, une politique familiale véritablement favorable à l’emploi des femmes et qui encourage un partage équitable du travail domestique entre hommes et femmes. Il faut, à la fois, développer massivement les modes de garde des jeunes enfants et prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher une gestion de la main-d’oeuvre qui pénalise les femmes trop souvent contraintes d’interrompre leur carrière pour s’occuper de leurs enfants ou de leurs parents.

Le droit à la retraite est un droit fondamental et notre système de retraite, fondé sur la solidarité entre les générations, un élément constitutif de notre pacte social. Son évolution doit se construire par le dialogue et la recherche de consensus, mais surtout dans un esprit de justice. Une telle réforme globale de notre système de retraite implique une sérieuse préparation et un large débat avant de la soumettre aux Français lors d’une prochaine échéance nationale.

C’est seulement ainsi que l’on pourra restaurer la confiance de toutes les générations dans l’avenir de notre système solidaire par répartition.

Michel Aglietta, Claude Alphandéry, François Chérèque, François Dubet

 

 

 

 

 

la réforme des retraites en Europe

un papier paru dans le Monde du 06/09/10

retraites en europe

Le projet de loi sur la réforme des retraites en France entre en débat à l’Assemblée mardi 7septembre, sans que les syndicats et le gouvernement soient parvenus à sortir du dialogue de sourds auquel ils tentent d’échapper depuis plusieurs mois. La Commission européenne estimait, dans son Livre vert sur les réformes des retraites publié en juillet, qu’il était nécessaire de repousser l’âge légal de départ à la retraite dans toute l’Europe.

La plupart des Etats membres s’y sont déjà attelés, mais la question a soulevé et soulève les mécontentements quasiment partout: en Allemagne, les sondages ont montré que 80% de la population était opposée à cette mesure, pourtant adoptée en 2007; la même année, en République tchèque, les syndicats n’ont accepté un report d’âge qu’en échange du maintien d’un système par répartition; en Grèce, c’est l’état d’urgence économique qui a eu raison, cet été, de l’opposition de la population.

Mais toute l’Europe n’a pas renoncé à se battre contre ce changement, jugé inéquitable par la plupart des syndicats. Une journée de mobilisation est prévue le 29septembre à Bruxelles, organisée par la Confédération européenne des syndicats. Le même jour, ce sera la grève générale en Espagne, où le gouvernement a finalement décidé de reporter la réforme à la fin de l’année. En France, les organisations syndicales, qui ont regretté l’absence de négociations sur ce point de la réforme, manifesteront pendant l’examen du texte.

Face au vieillissement de la population et aux déficits publics aggravés par la crise, l’urgence de la réforme fait l’unanimité, en France comme ailleurs. Mais les organisations syndicales ambitionnent une réforme mieux négociée pour pouvoir l’inscrire sur le long terme, tandis que les gouvernements sont contraints à un objectif de court terme pour assurer l’équilibre budgétaire.

« On peut lancer le débat du changement de système [de retraite], mais ce n’est pas la réponse pour la France aujourd’hui, expliquait le ministre du travail, Eric Woerth, le 2 septembre, devant l’Association des journalistes économiques et financiers. Nous pensons que la manifestation du 7 septembre sera très importante, mais ce n’est pas cela qui nous fera changer la réforme », affirmait-il encore. Le passage en force doit-il être la règle ?

Anne Rodier

 République tchèque : les limites du compromis

En 2020, un citoyen tchèque sur quatre sera âgé de plus de 60 ans. Face à ce constat démographique, les gouvernements tchèques ont longtemps joué les autruches au grand dam des institutions financières internationales – Fonds monétaire international (FMI) et Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en tête -, qui rappellent aux intéressés la nécessité de réformer le système de retraites, dont le financement s’essouffle.

Si le cabinet social-démocrate avait constitué, en 2005 ,une commission d’experts économiques de tous bords pour faire des propositions, il avait repoussé à plus tard la réforme du système, refusant les recettes libérales prônées par les économistes.

C’est le gouvernement libéral de Mirek Topolanek, privé d’une majorité stable au Parlement, qui avait franchi le premier pas en créant, début 2007, une commission politique. Les cinq formations parlementaires représentées – communistes, sociaux-démocrates, Verts, chrétiens-démocrates et libéraux – ne sont toutefois parvenues qu’à un accord a minima.

Partageant le refus de recourir à l’immigration pour financer le système, elles se sont entendues pour prolonger la durée de cotisation et reporter progressivement l’âge de la retraite à 65 ans pour les hommes et les femmes sans enfant.

Ce changement a été accepté par les syndicats et les partis de gauche contre la garantie du maintien du système par répartition et d’un niveau de pension moyen équivalent à 45 % du salaire moyen. Les sociaux-démocrates, qui avaient déjà dû renoncer à toucher aux retraites lorsqu’ils étaient aux affaires en 2003 face à une forte mobilisation des syndicats, se sont en revanche opposés à l’introduction des fonds de pension obligatoires.

Mais Petr Necas, devenu cet été premier ministre à la tête d’un cabinet ultralibéral et fort d’une confortable majorité parlementaire, compte bien « achever » la réforme en créant de tels fonds. Quitte à passer outre l’opposition politique et syndicale.


Age légal Depuis 2009, l’âge de la retraite est progressivement relevé. Il devra atteindre 65 ans en 2030 pour les hommes, et entre 63 et 65 ans pour les femmes, selon le nombre d’enfants, à partir de 2043.

Annuités Le nombre requis est passé de 25 à 35 années de cotisations.

Martin Plichta (Prague, correspondant

 

la grece de la colère à la resignation  

 

Accepter de travailler plus longtemps pour des pensions moindres, ou s’exposer à ne plus toucher de retraite pour cause de faillite d’un système qui absorbe déjà 13,5 % du produit intérieur brut (PIB) : c’est en plaçant les Grecs devant cette fausse alternative que le gouvernement a pu faire adopter une réforme qui avait jusque-là toujours été ajournée face à la pression de la rue et de l’électorat.

Mais, cette fois, « l’état d’urgence » économique décrété par le premier ministre, Georges Papandréou, face au risque de banqueroute du pays et aux pressions des bailleurs de fonds, a remporté la mise. La réforme, qui devait au départ conclure un long dialogue, vite refusé par les syndicats et l’opposition, a finalement été bouclée en juillet, avant l’échéance fixée.

Les trois grèves générales organisées depuis le printemps par les deux grandes centrales syndicales n’ont pas mobilisé les foules et, malgré une forte résistance interne, la majorité socialiste a soutenu seule le texte au Parlement.

Par sincérité ou par habileté politique, le ministre de la protection sociale avait d’abord semblé vouloir se démarquer des diktats de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI). L’avant-projet restait très flou sur le sort réservé aux femmes, pourtant plus menacées. Mais Bruxelles a rappelé Athènes au respect des engagements pris en contrepartie du prêt de 110 milliards d’euros consenti au pays.

Résultat de décennies de bureaucratie et de clientélisme, la complexité du système, voire son aberration quand il permettait à des fonctionnaires de partir à 45 ans, a aussi incité les Grecs à un certain fatalisme. Nombre d’entre eux ignorent encore combien d’années de travail supplémentaires ou combien d’euros de pension en moins le nouveau régime leur réserve. Le mécontentement pourrait s’exprimer a posteriori, une fois les mesures en vigueur. Dans l’immédiat, il s’est traduit par une explosion des départs anticipés, notamment dans l’éducation.

Age légal Pour les femmes, il sera aligné sur les hommes, de 60 à 65 ans, d’ici à 2015. Les exemptions permettant un départ anticipé sont supprimées.

Annuités D’ici à 2015, elles passent de 37 à 40.

Montant Il sera réduit de 7 % en moyenne à la même date.
Catherine Georgoutsos (Athènes, correspondance)

italie droite gauche à l’initiative des changements

Une amende de 714 000 euros par jour de retard ! C’est ce que pourrait payer l’Italie si elle n’obéit pas, d’ici au 1er janvier 2012, à l’injonction de la Commission européenne de mettre fin à la différence de régime de retraites dans sa fonction publique : les hommes doivent travailler jusqu’à 65 ans, les femmes jusqu’à 60.

Cette adaptation prévue sera une nouvelle phase d’un processus engagé et mené presque sans interruption depuis quinze ans, consistant à allonger la durée de cotisation. Entre « concertazione » et ruptures, grèves et dialogue, l’Italie, confrontée à un faible taux de natalité et à un endettement colossal (aujourd’hui autour de 1 800 milliards d’euros), a entrepris d’indexer l’âge de la retraite sur les progrès de l’espérance de vie. L’objectif est de repousser l’ouverture des droits à 69 ans à l’horizon de 2050.

Dès 1995, l’âge de départ a été porté à 65 ans et le régime de la « pension d’ancienneté » – les travailleurs ayant cotisé trente-cinq ans pouvaient faire valoir leur droit au départ, tout en cherchant une nouvelle activité – commence à être aligné sur celui de la pension vieillesse. Très avantageux, notamment pour les fonctionnaires, ce double système était aussi très onéreux.

Toutefois, la réforme ne s’appliquant qu’aux nouveaux entrants sur le marché du travail, son impact financier est limité. La réforme devrait aboutir à la quasi-fusion des deux systèmes en 2013 : seuls quarante ans de cotisation ouvriront alors droit à pension sans condition d’âge.

Ce chantier a bénéficié d’une dialectique droite-gauche qui, si elle l’a parfois retardé, lui a permis d’aboutir à un consensus. Les gouvernements de Silvio Berlusconi ont cherché à accélérer la réforme, au risque de braquer les syndicats, mais les gouvernements de Romano Prodi n’y ont pas renoncé, tout en accordant des concessions.

Résultat, si le système italien est sans doute, aujourd’hui, l’un des plus complexes d’Europe, il a aussi été l’un des plus souvent réformés, sans trop de heurts.

 Deux systèmes cohabitent.

Pension vieillesse L’âge de départ est fixé à partir de 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes.

Pension d’ancienneté Au départ allouée après 35 ans de cotisations (40 ans en 2013), elle est progressivement alignée sur la pension vieillesse et doit disparaître.

Philippe Ridet (Rome, correspondant)

espagne : une bombe à retardement

Huit mois après l’annonce d’une prochaine réforme du système des retraites, le gouvernement espagnol n’est pas encore décidé à affronter les conséquences d’une mesure impopulaire.

Fin février, cette annonce avait rompu la paix sociale qui régnait jusqu’alors et le président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, avait essuyé sa première manifestation syndicale en six ans de mandat. Selon les organisateurs, 200 000 manifestants étaient alors descendus dans les rues de toute l’Espagne pour défendre les retraites.

Aujourd’hui, concentré sur le vote du budget, M. Zapatero a dû repousser à la fin de l’année la réforme des retraites. Il espère aussi affaiblir la grève générale prévue le 29 septembre, les syndicats en ayant fait l’un des principaux thèmes de la mobilisation.

Malgré tout, le président socialiste souhaite encore trouver un consensus politique. Pour cela, il compte sur le renouvellement du pacte de Tolède. Voté en 1995 par tous les partis politiques et approuvé par les principaux acteurs sociaux, ce document analysait les problèmes structurels du système de sécurité sociale et les principales réformes qui devaient être mises en oeuvre.

Depuis le début de l’année, la commission parlementaire du pacte de Tolède examine les propositions du gouvernement, et ce dernier s’est engagé à ne présenter son projet qu’une fois rendu le rapport de la commission.

Mais rien n’indique qu’elle parviendra cette fois à un consensus, d’autant plus qu’au printemps ses membres s’étaient insurgés contre un décret-loi visant à geler les retraites pour 2011, sur lequel ils n’avaient pas été consultés.

M. Zapatero « nous demande maintenant un accord sur les pensions alors qu’il vient de détruire celui qui existait », avait déclaré le président du Parti populaire (PP, droite), Mariano Rajoy. Pour Ignacio Fernandez Toxo, le secrétaire général du principal syndicat espagnol, les Commissions ouvrières (CCOO), M. Zapatero a oublié le « consensus social ». - (Intérim.)


Age légal Il devrait passer de 65 à 67 ans, à partir de 2013, sur douze ans.

Préretraite L’âge minimum légal passerait de 52 à 58 ans.

Montant Les prestations seraient calculées non plus sur les quinze mais sur les vingt dernières années de salaires.

allemagne : un cycle entamé en 1992

Malgré une situation démographique beaucoup plus préoccupante qu’en France, les retraites ne constituent pas, en Allemagne, une bombe sociale à retardement. Peut-être justement parce que le déclin démographique a contraint, depuis près de deux décennies – la première réforme majeure date de 1992 -, les responsables politiques à réformer le système pour lui donner une chance d’être pérenne. Certes, en arrivant au pouvoir en 1998, Gerhard Schröder (SPD) annule la réforme lancée par son prédécesseur, Helmut Kohl (CDU), l’année précédente, mais les mesures qu’il prend en 2001 et 2003 sont dans la ligne de ce qu’avaient décidé les conservateurs.

En 2001, le ministre du travail, Walter Riester, introduit notamment un système de retraites par capitalisation original : si les contribuables les plus aisés peuvent déduire cette épargne de leurs revenus imposables, les plus modestes reçoivent, au contraire, une aide de l’Etat qui peut représenter jusqu’à 90 % de leur capital.

Lors de la grande coalition qui dirige le pays de 2005 à 2009, ce sont aussi des personnalités du SPD qui portent, en 2007, la réforme aujourd’hui la plus emblématique : le recul progressif de l’âge de la retraite à 67 ans entre 2012 et 2029. La loi est donc votée par les députés de la CDU et du SPD (à l’exception de treize d’entre eux). Avec les lois dites « Hartz IV », adoptées au début de la décennie pour rendre l’Allemagne plus compétitive, ce recul de l’âge de la retraite doit parachever l’image d’un SPD réformateur mais responsable, quitte à s’éloigner du syndicat dont il est proche, le DGB.

Mais auprès des électeurs, la réforme passe mal. Selon les sondages de l’époque, près de 80 % des Allemands la désapprouvent et les manifestations du 1er mai 2007 font le plein contre ce recul social. S’il n’y a pas de grève, c’est surtout parce que la loi l’interdit, puisqu’il ne s’agit pas d’un conflit lié au travail. L’électorat de gauche s’en souviendra : beaucoup voient dans cette réforme la cause de la retentissante défaite électorale du SPD en septembre 2009.

Du coup, préparant la prochaine échéance électorale nationale, prévue pour 2013, le nouvel homme fort du SPD, Sigmar Gabriel, vient d’éteindre le mécontentement qui montait dans le parti en reportant tout début de réforme à 2015 et en y mettant comme condition qu’à cette date, 50 % des salariés de plus de 60 ans aient un travail. Ce qui n’est le cas que de 21,5 % d’entre eux aujourd’hui.


Age légal De 2012 à 2029, il sera progressivement porté de 65 à 67 ans, sauf pour les assurés justifiant d’au moins 45 années de cotisations obligatoires. L’âge légal de départ sera ajusté à l’évolution démographique.

Comptes L’équilibre financier du régime sera assuré jusqu’en 2040 au moins.

Frédéric Lemaître (Berlin, correspondant)

royaume -uni : un dossier au faible impact politique

Au Royaume-Uni, à l’exception de grèves et de manifestations qui surgissent ici et là, la réforme des retraites ne provoque guère d’émoi. Ce calme relatif est en partie lié à la dualité public-privé du système. Le financement des pensions ne dépend pas tant de l’équilibre budgétaire des régimes publics ou des perspectives démographiques, que du taux d’épargne des ménages et du niveau de pauvreté aux âges élevés, ce qui prête peu à la mobilisation. 

Le faible niveau de la pension universelle forfaitaire d’Etat – de l’ordre de 100 livres (120,4 euros) par semaine -, à laquelle s’ajoute un petit régime complémentaire, peut être compensé par l’accès à des fonds de pension d’entreprises et à des plans privés investis en Bourse. Sans parler du placement immobilier, très répandu dans cette nation de petits propriétaires pour lesquels le produit de la vente de leur logement est un élément important du pécule final.

Résultat, le royaume n’a pas de problème de soutenabilité budgétaire de ses régimes de retraite : les pensions servies par les régimes publics ne représentent que 6 % du produit intérieur brut (PIB). Et le consensus politique est de ne pas augmenter les pensions d’Etat pour résoudre le problème de la pauvreté des personnes âgées, car les prélèvements obligatoires sont perçus comme confiscatoires et pénalisants pour les jeunes.

En 2001, toutefois, une réforme a prévu le passage de l’âge de la retraite à 65 ans pour les femmes entre 2010 et 2020, l’amélioration du régime complémentaire des salariés modestes et la création de produits d’épargne retraite.

Une seconde réforme, en 2006, a été confiée à une commission d’experts dirigée par Lord Turner, ancien directeur du patronat. Le projet, ambitieux, a été saboté par le ministre des finances de l’époque, Gordon Brown, qui le jugeait trop cher. En 2007, toutefois, il a été décidé que l’âge d’accès à la pension universelle forfaitaire d’Etat passera de 65 à 68 ans entre 2024 et 2046.

Le 1er juillet, le premier ministre de la coalition entre conservateurs et libéraux-démocrates, David Cameron, a annoncé une nouvelle réforme reprenant nombre d’éléments du plan Turner.

Comment expliquer le faible impact politique d’un dossier si explosif ailleurs ? L’accent mis sur l’incitation à l’épargne, la difficulté de faire grève, le large soutien du public à la coalition au pouvoir motivent cette apathie. Et, même s’il s’organise, le lobby des retraités, victime de divisions de classe, n’a pas le pouvoir des syndicats.


Critères Les retraites d’Etat seront indexées sur les revenus et non plus sur les prix, mais sans pouvoir augmenter de plus de 2,5%. Les critères d’accès convergeront entre hommes et femmes. Les mises à la retraite d’office seront supprimées.

Fonctionnaires Leur système de retraites sera révisé.

Marc Roche (Londres, correspondant)

l’europe confrontée au vieillissement démographique

 

Le vieillissement démographique, avancé pour justifier le bien-fondé du report de l’âge de départ à la retraite, est bien réel, puisque, à l’horizon 2030, les plus de 60 ans représenteront 36 % de la population totale en Allemagne et 30 % en France.

Dans l’Union européenne, un tiers des Etats membres ont déjà fixé l’âge du départ à la retraite à 65 ans, il atteindra même 68 ans au Royaume-Uni d’ici à 2046. Mais l’âge de sortie du marché du travail est de 61,4 ans en moyenne européenne, et seulement de 59,3 ans en France. La question de l’emploi des seniors reste donc entière, tout particulièrement en France.

Le report quasi généralisé de l’âge de départ en retraite n’est pas sans conséquences sur le niveau de pension des retraités. Les partisans d’un report de l’âge de départ à la retraite comptaient initialement sur le développement de la retraite par capitalisation pour compenser la diminution du niveau des pensions.

Mais les contre-performances des fonds de pension en 2008 en raison de la crise financière ont depuis laissé de nombreux retraités démunis.




les français sont usés JP Delevoye médiateur de la République

23 02 2010

Les français sont usés de partout dans tous les compartiments de leur vie

«Avant, on était crevés au boulot. Maintenant, on est usés partout, tendus tout le temps, dans tous les compartiments de la vie». Ainsi parle le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, qui remettait ce mardi son rapport annuel . Il dresse un tableau plutôt sombre de la société, que l’on peut résumer ainsi : les Français sont «fatigués psychiquement».

Marre de «la jungle administrative», des galères invraisemblables pour renouveler ses papiers d’identité pour les Français nés à l’étranger. Ou pour faire «simplement» corriger une erreur de l’administration… Le nombre d’affaires transmises au médiateur de la République est en nette progression, +16% par rapport à 2008. Sur les 75 000 réclamations reçues l’année dernière, un peu plus de la moitié ont été traitées, les autres ne relevant pour la plupart pas du champ de compétences de l’institution, à savoir les relations entre usagers et administrations publiques.

«Il faut absolument restaurer le droit à l’erreur pour les agents de la fonction publique»

Dans son rapport, Jean-Paul Delevoye regrette notamment un accueil de plus en plus dépersonnalisé et informatisé dans les services publics. «Quand vous appelez, et qu’on vous dit tapez un, deux ou trois… Cela alimente la colère et le sentiment d’injustice…» De la même manière, les agents manquent souvent de tact et pédagogie pour répondre aux administrés. Comme cette jeune femme qui se serait entendu dire par son médecin:«Votre bébé est mort mais vous êtes assez jeune pour en faire un autre.»

Ou cette autre maman, paniquée, qui amène son enfant aux urgences en pleine nuit pour une crise d’asthme. Et à qui l’hôtesse d’accueil aurait balancé: «Quoi, vous n’avez pas pris les papiers d’identité de votre enfant ? Vous auriez dû y penser, c’est  pas comme ça qu’on va lutter contre le trou de la sécu…» Manque de tact, incompétence ? Jean-Paul Delevoye avance deux éléments d’explication. «On apprend aujourd’hui à être de bons techniciens mais pas à être des dialoguistes, à avoir de l’empathie.»Deuxième problème : les administrations «se couvrent» de plus en plus derrière des procédures informatisées ou des réponses elliptiques pour éviter les procès. «Il faut absolument restaurer le droit à l’erreur pour les agents de la fonction publique, qu’il puisse agir en bonne foi», insiste le médiateur.

En poste depuis 2004, Jean-Paul Delevoye remettait cette année son dernier rapport en tant que médiateur de la République. Ce poste, créé en 1973, sera remplacé dans les prochains mois par un nouveau statut, «Défenseur des droits», dont les contours n’ont pas encore été définis par la loi. «Cet ombudsman à la française nécessite une loi organique et fera l’objet d’un débat parlementaire cette année.» Jean-Paul Delevoye prône «une autorité forte et indépendante», en mesure par exemple de se rendre de façon inopinée dans les administrations pour réclamer des réponses. «Xavier Darcos a publié un classement des entreprises engageant des négociations sur le stress au travail, on pourrait faire pareil pour les administrations qui répondent ou pas…»