à la demande de certains élèves ..l’article paru dans le Monde sur les jeunes corses

14 05 2008

Les nouveaux poseurs de bombes en Corse : « 20 ans, conscience politique zéro« 

Il y a celui qui voulait son nom « dans le journal », celui qui a brûlé une voiture après un attentat juste « pour rendre service », ou celui qui a tout arrêté parce qu’il a rencontré « la femme de (sa) vie ». Depuis six mois, les enquêteurs de la sous-direction antiterroriste (SDAT) pensaient avoir affaire à des « furieux », des militants nationalistes aguerris et radicalisés de l’ »équipe d’Ajaccio », qui a multiplié les plasticages, tirs de roquette et mitraillages de bâtiments publics.

Mais au petit matin du 21 avril, les policiers sont tombés, en guise de relève des mouvements corses, sur un groupe d’adolescents ordinaires, sans attaches nationalistes. « Moyenne d’âge : 20 ans. Conscience politique : zéro », résume un enquêteur. Quatre jeunes égarés, mis en cause dans dix attentats depuis novembre 2007.

A la suite d’un renseignement anonyme, les policiers planquaient devant un parking de la résidence « L’Orée des bois », près de Mezzavia, un quartier périphérique d’Ajaccio. Peu discrets, les apprentis clandestins venaient s’y ravitailler avant leurs forfaits en puisant dans le matériel mis à disposition par le FLNC-Union des combattants (FLNC-UC). Sans compter le lot habituel de cagoules, mèches, détonateurs, le box abritait une Peugeot 205 volée et une grosse cylindrée Honda, un fusil d’assaut AK-47, un pistolet-mitrailleur israélien Uzi, un revolver calibre 38 et des bidons de chlorate, un engrais qui entre dans la composition des charges artisanales.

Le 21 avril, les policiers de la SDAT sont intervenus sans se douter un instant du profil des « furieux ». Consignées sur procès-verbaux, les déclarations des quatre jeunes gens et de trois autres interpellés révèlent la chronique d’une bande de copains recrutés au petit bonheur la chance, autour d’un café ou au comptoir de bars ajacciens. Le « recruteur », Joseph N., un militant de 27 ans membre du FLNC-UC, a déjà été condamné à deux années de prison avec sursis en mai 1998, après la découverte de cagoules et d’explosifs dans sa voiture lors d’un banal contrôle policier.

A l’automne 2007, il a commencé par approcher l’un des frères P., des jumeaux issus d’une fratrie de cinq enfants dont le père, disparu depuis plusieurs années, a récemment refait surface. P. a appelé son frère en renfort, puis un copain. Qui a contacté un ami. Qui a soufflé le mot à une connaissance qui « voulait en être aussi ». Voisins, ils partagent leur temps entre le quartier d’Acqualonga et le centre-ville d’Ajaccio. Sans diplôme, ils sont manutentionnaires, agents de sécurité, travaillent sur des chantiers. Ils peinent à gagner 1 000 euros par mois et vivent souvent chez leurs parents.

En garde à vue, Jean-Marie P., alias « Jean-Ma », considéré comme le plus remuant du groupe, a décrit son quotidien de « petits boulots à droite, à gauche, mais non déclarés », maçon, serveur, charpentier ; ses difficultés à élever sa fille de 2 ans, née deux mois après son dix-huitième anniversaire. Recalé à la préparation militaire parachutiste pour « actes de racisme », le jeune homme au regard azur a conservé en souvenir deux tatouages sur ses biceps : une croix gammée et un sigle SS. « J’aime bien la politique menée par le président Sarkozy, déclare-t-il aux policiers. Je ne suis pas nationaliste ni sympathisant ni militant. »

Il a pourtant reconnu avoir, seul, jeté une grenade dans l’enceinte de la préfecture de région le 20 décembre 2007, après avoir envisagé de viser un fourgon de CRS. La même nuit, deux autres membres du groupe plastiquaient les locaux de la direction départementale de l’équipement de Corse-du-Sud.

De simples « conneries », ont assuré les intéressés pendant leur garde à vue. Aucun des jeunes interpellés ne gravitait dans la mouvance nationaliste. Pas un seul n’a suivi le cursus habituel des candidats à la cagoule : manifestations de soutien aux prisonniers politiques, collages d’affiches, meetings. « Je ne m’intéresse pas au nationalisme, pour moi, ce sont des types de 40 ans », répond benoîtement l’un des frères P. aux policiers qui l’interrogent. « Je n’appartiens à aucun groupe terroriste, ou alors à mon insu », renchérit un autre.

Dépassé par les événements, le FLNC-UC n’a toujours pas revendiqué les derniers attentats commis par la petite bande, parmi les plus graves. « Ils se défilent mais ce sont eux qui ont armé le bras des gosses », note un policier, inquiet des risques de dérives.

« Qu’est-ce que la Corse leur propose ? interroge le père de l’un des jeunes, sous couvert d’anonymat. Dehors, ils ne trouvent que des histoires de calibres, de came et de pognon facile. » Dans la salle à manger de leur modeste maison d’Acqualonga, ce paisible artisan d’art et sa femme ne parviennent toujours pas à comprendre comment leur fils, « qui se levait à 6 heures pour aller bosser et rentrait crevé le soir », a pu « tomber dans cette merde ».

La famille se méfie de la politique, se tient à l’écart des extrêmes. « Passé le seuil de cette porte, il n’y a jamais eu de racisme, de violence, de magouilles », se désole le père. Son épouse et lui disent vivre « un cauchemar » et attendent de voir acceptées leurs demandes de parloir. La veille des premières interpellations, le couple avait beurré les tartines des « gosses » dans la cuisine pour un goûter improvisé. Deux jours après, alors qu’il se trouvait encore dans les locaux du commissariat d’Ajaccio, l’un des invités au quatre-heures, mis en examen depuis pour plusieurs attentats, a regretté face aux policiers : « Je voyais ça comme un tag sur un mur vide. (…) J’aurais aimé que rien ne soit arrivé ». Il risque vingt années de prison.

Antoine Albertini




Être caissière à temps partiel dans un super marché

14 04 2008

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un très bon article sur les conditions de travail




pour les premières et les terminales ES:la crise financière les enchainements

22 03 2008

paru dans le Monde

Subprimes, marchés, inflation : retour sur un enchaînement

A l’été 2007, lorsque deux fonds spéculatifs de la banque américaine Bear Stearns menacent de faire faillite, personne à Wall Street ne se doute que sept mois plus tard, la finance mondiale sera plongée dans l’une des plus graves crises de son histoire. Une crise dont Alan Greenspan, l’ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine (Fed), dit aujourd’hui qu’elle « sera la plus grave depuis la fin de la seconde guerre mondiale ». Comment en est-on arrivé là ?

L’étincelle des subprimes. Les fonds spéculatifs de Bear Stearns ont plongé à cause de crédits « subprimes », des produits dérivés de prêts immobiliers à risque dans lesquels ils avaient massivement investi. Des millions de ménages américains modestes ont souscrit ces emprunts à taux variables, gagés sur la valeur des biens immobiliers pour un montant total de 1 200 milliards de dollars. Ces prêts ont été accordés par des sociétés de crédit hypothécaire avides de profits, peu regardantes sur la solvabilité des ménages. Lorsque les prix de l’immobilier se sont effondrés et que les taux d’intérêt ont grimpé, ces ménages ont été étranglés par les dettes. Entre-temps, les crédits subprimes ont été transformés (titrisés) en produits financiers complexes rachetés par les banques du monde entier. Le risque, que l’on croyait disparu, s’est ainsi retrouvé disséminé un peu partout. Après les fonds de Bear Stearns, les grands noms de la finance internationale, comme Merrill Lynch ou Morgan Stanley, sont ainsi touchés.

L’embrasement des banques. La crainte des subprimes se transforme en psychose. Les banques se soupçonnent les unes les autres de camoufler des subprimes. Les investisseurs redoutent qu’un établissement majeur ne soit gravement touché. Le nom de Citigroup, première banque des Etats-Unis, circule.

Ces soupçons seront confirmés, et même au-delà : Citigroup annoncera au total 21 milliards de dollars de dépréciation d’actifs. D’autres banques aussi prestigieuses seront aussi touchées. La facture des subprimes s’élève à ce jour à 150 milliards de dollars. Jusqu’où ira-t-on ? Le 14 mars, Bear Stearns est menacée de faillite. La Réserve fédérale décide d’intervenir, en facilitant son rachat par l’un de ses concurrents, JP Morgan, pour seulement 236 millions de dollars.

La panique des marchés. Depuis l’apparition des subprimes, les investisseurs sont de plus en plus nerveux. Sur les marchés interbancaires, les banques refusent de se prêter de l’argent. Certaines, comme la britannique Northern Rock en septembre, se retrouvent asphyxiées. Cette défiance se reflète sur les marchés d’actions, où les investisseurs redoutent la contagion aux banques européennes et asiatiques. Ils cèdent à la panique le 21 janvier, à l’annonce de nouvelles dépréciations. Les principales places boursières d’Europe et d’Asie plongent. La Bourse de New York, fermée, échappe au pire. Et le krach est évité grâce à l’action des autorités monétaires, de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque centrale européenne (BCE) principalement. Elles injectent massivement les liquidités qui font défaut aux banques. La Fed, en complément, réduit drastiquement ses taux directeurs de 0,75 point. Elle ira plus loin pour relancer l’économie américaine et rassurer les marchés. Au total, les taux américains passeront de 5,25 % avant l’été 2007 à 2,25 % fin mars 2008.

Cependant, l’action de la Réserve fédérale américaine contribue à faire plonger le dollar sans juguler tout à fait la défiance envers les banques. Et si le marché d’actions surnage, les investisseurs lui préfèrent les matières premières (pétrole, or, blé…) considérées comme des valeurs refuges. Leurs prix flambent.

La crise dépasse alors clairement le cadre financier, l’envolée de ces prix affecte directement les industriels et les consommateurs tout en stimulant l’inflation. La hausse des prix, que l’on croyait disparue de nos économies, fait ainsi un retour inattendu, dépassant 3 % de part et d’autre de l’Atlantique. Les revendications salariales pointent, notamment en Allemagne. La spirale inflationniste se met en place.

La contagion à l’économie « réelle ». Si la sphère financière est l’épicentre de cette crise, elle est aussi le poumon de l’économie. Les banques, affectées par les pertes des subprimes, resserrent les vannes du crédit pour les ménages et les entreprises. Aux Etats-Unis où la population vit à crédit (le taux d’épargne y est négatif), le phénomène est dramatique. « Les Etats-Unis sont déjà en récession », estime ainsi l’homme d’affaires milliardaire Warren Buffett. En Europe, les déboires de l’économie américaine, l’un des principaux débouchés pour les exportations, grippent une croissance déjà molle sans faire taire l’inflation. La stagflation, cauchemar des économistes et des banques centrales, menace.

Les pays émergents bousculés. Dans un premier temps, les pays émergents ont résisté. Les économistes évoquaient alors la théorie du « découplage », soit l’indépendance de ces économies par rapport à celle des Etats-Unis. Mais depuis début 2008, la crise est si grave qu’elle chahute aussi ces marchés, même si leur croissance en 2008 restera nettement supérieure à celle des pays occidentaux.

Comment sortir de la crise ? La solution pourrait être radicale, bouleversant même le modèle capitaliste américain. « Si la crise dure et s’approfondit, les solutions passeront forcément par l’Etat, qu’il s’agisse de créer un fonds de défaisance ou de procéder à des nationalisations provisoires de banques en difficulté », estime Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel Leven.

Claire Gatinois et Anne Michel

définitions

SUBPRIME.
Crédit hypothécaire accordé aux Etats-Unis par des établissements spécialisés, non régulés, à des ménages modestes, sans considération de leur capacité à rembourser.

TITRISATION.
Montage financier permettant à un établissement financier de transférer le risque de non-remboursement d’un crédit en le transformant en produit financier complexe vendu sur le marché.

CRISE DE LIQUIDITÉS.
Phénomène de défiance extrême conduisant les établissements financiers à ne plus se prêter de l’argent entre eux.

STAGFLATION.
Combinaison d’inflation et de croissance molle. Le phénomène, apparu dans les années 1970 après le premier choc pétrolier, menace de nouveau les économies occidentales