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destruction créatrice JA Schumpeter …EDS

un articleassez ancien d’Elie Cohen à retrouver là 

« L’impulsion fondamentale qui met en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d’organisation industrielle… un même processus de mutation industrielle révolutionne incessamment de l’intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs. Ce processus de destruction créatrice … » Capitalisme, socialisme et démocratie Payot 190 pp 116

 

En ces temps de krach de la « Nouvelle Economie » il est rafraîchissant de relire Schumpeter, économiste de l’innovation mais aussi des cycles, théoricien du capitalisme mais aussi analyste subtil des marchés imparfaits, praticien de l’économie mais aussi observateur inquiet du devenir des démocraties. Pour qui prend la peine de le lire encore, tout devient lumineux : les ressorts de la croissance comme ceux de son épuisement, le rôle de l’entrepreneur comme la montée de la grande organisation, les mécanismes atemporels du marché comme leur inscription dans une histoire et une géographie.

 

En critiquant le « circuit stationnaire » de Walras et en se donnant pour programme explicite la recherche des lois du changement, Schumpeter produit une théorie de la dynamique économique. C’est l’entrepreneur qui enclenche la dynamique de la « destruction créatrice » et met en branle le changement social. En état stationnaire, le profit est impossible, or l’entrepreneur est celui qui, par l’innovation, cherche le profit. Pour financer l’investissement, les banques prêtent à l’entrepreneur et créent à cet effet une monnaie gagée sur des résultats futurs. Ainsi le capital se forme, il est rémunéré par l’intérêt sur les emprunts. Au total le profit dégagé après paiements des intérêts est la rémunération du risque pris.

 

Schumpeter n’aurait guère été dépaysé par nos débats récents sur la « Nouvelle économie », il aurait vu dans le foisonnement technologique des réseaux, des mobiles, des bio-technologies une de ces grappes d’innovations qui sont à l’origine d’un changement de paradigme technique, source d’une nouvelle vague de gains de productivité et donc de croissance. Il aurait reconnu la figure familière de l’entrepreneur chez les jeunes gens pressés de l’internet, et chez les « venture capitalistes » les innovateurs financiers des temps nouveaux. Comme théoricien des cycles, il n’aurait guère adhéré aux discours sur la croissance continue sans retournements, ni crises . Comme théoricien de notre modernité, il aurait fait merveille. Dans les sociétés modernes, écrivait-il, la recherche du profit par l’innovation est limitée par la logique de la démocratie et contrée par les passions idéologiques. Rien n’est donc jamais acquis, ni l’économie ouverte, ni la responsabilité de l’entrepreneur, ni la bénévolence du pouvoir politique. Là aussi le mouvement anti-mondialisation sonne comme un rappel aux réalités. La contestation de l’ouverture économique au nom de la préservation des différences, la dénonciation des autorités de régulation qu’il s’agisse du FMI, de l’OMC, ou de l’Union Européenne au nom de la souveraineté, de la préservation de la planète ou de la défense des pauvres peut si l’on n’y prend garde réhabiliter le protectionnisme.

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un cours lui aussi ancien mais encore opérationnel

Les médias présentent journellement la compétition entre nations comme un problème de compétitivité. Les exemples allemand et japonais montrent que la qualité des produits, leur aspect novateur sont des éléments importants. Ce faisant, on introduit le rôle fondamental de la recherche pure, donnant naissance aux inventions, et de la mise sur le marché de ces produits, c’est à dire l’innovation.

Ainsi, on réaffirme l’actualité de l’analyse de J.A. Schumpeter (1883-1950). Cet économiste américain d’origine autrichienne, tout en étant libéral, emprunte à plusieurs écoles, ce qui en fait un “ inclassable ”. Sa pensée n’est pas réductrice : il intègre l’histoire économique et sociale, ainsi que des éléments sociologiques.

Ouvrages principaux : “ théorie de l’évolution économique ” (1912), “ business cycles ” (1939), “ capitalisme, socialisme et démocratie ” (1942), “ histoire de l’analyse économique ” (1954). Par rapport au libéralisme « standard », il s’intéresse à la croissance à long terme et réfute ainsi l’idée d’une tendance longue vers l’état stationnaire. Comme « hétérodoxe », il n’hésite pas à faire référence à Marx, et intègre dans ses travaux des études sociales et politiques.

 

I L’analyse schumpeterienne de la croissance.

(1) La théorie des cycles.

a) Principes.

La théorie de Schumpeter s’inscrit dans la même démarche que celle vulgarisée à partir des travaux de l’économiste soviétique Kondratiev. Ce dernier a tenté de démontrer l’existence de cycles longs du capitalisme (ondes longues / long waves). Un cycle se définit par l’enchaînement mécanique récurrent suivant : expansion / crise / dépression / reprise. On repère une phase d’expansion à l’accroissement durable de la production ou des prix (et inversement). La durée moyenne de tels cycles serait de 50 ans. Ils seraient récurrents, d’où le nom de cycles. Cela donnerait au capitalisme un caractère non stationnaire (remise en cause de la thèse libérale), et non déterminé (remise en cause de la thèse marxiste). Sous forme de schéma :

b) L’apport de Schumpeter.

Schumpeter lui-même a des difficultés à faire apparaître clairement ces cycles ; la lecture de « capitalisme, socialisme et démocratie »(1942) indique qu’il reconnaît les cycles suivants :
Note de lecture : selon Schumpeter, une crise majeure a eu lieu en 1857, mettant fin à une phase d’expansion longue commencée entre 1840 et 1850 ; la dépression dura selon lui jusqu’en 1897.
Les auteurs contemporains cherchent à leur tour à mettre en évidence des « cycles » d’inventions et d’innovations qui pourraient « coller » au schéma schumpeterien. Ainsi, l’Expansion, dans un numéro fameux de 1983, sous la plume de Ph. Lefournier, proposait le diagramme suivant :

source : Philippe Lefournier, « la fin d’un monde », dans deux siècles de révolution industrielle, Hachette-L’Expansion 1983

Note de lecture : on comptait 17 innovations fondamentales vers 1890, et 8 inventions fondamentales vers 1900.

Le graphique montre évidemment des cycles, caractérisés par des «pics», comme par exemple en 1890, pour les innovations. On compte environ 50 ans entre ces sommets, ce qui confirmerait la périodicité de Kondratiev/Schumpeter.

On peut, avec certaines précautions, admettre l’existence d’un lien entre l’innovation et le rythme de la croissance. Tout se passe comme si les inventions atteignaient leur maximum au cours des phases de dépression. Préparées durant la phase B du cycle, elles suscitent alors une nouvelle phase d’expansion. Ce lien a été désigné par certains auteurs comme une révolution technologique* = innovation exerçant des effets d’entraînement si importants qu’elle remodèle l’ensemble du système productif, l’organisation du travail, les rapports sociaux et les modèles socioculturels. Ch. Stoffaës distingue cinq «révolutions industrielles».

périodes 1789-1849 1849-1896 1896-1945 1945-1995 1995-2025
cycles du … textile-charbon sidérurgie-chemins de fer automobile-électricité pétrole, chimie, aéronautique informatique, bio-technologies

Remarquons encore une fois que les périodes mises en évidence changent au gré des auteurs …

 

(2) La dynamique du capitalisme selon Schumpeter : la « destruction créatrice ».

La destruction créatrice est, selon Schumpeter, le processus par lequel des entreprises nouvelles, fondées sur des innovations, se substituent à des entreprises vieillies et routinières, ce qui provoque une disparition des firmes et branches anciennes, donc une « destruction », mais aussi l’apparition de nouveaux secteurs porteurs, la « création ».
Elle a des effets ambivalents :

- elle a des effets dépressifs : la concurrence accrue pour les entreprises vieillies conduisant aux restructurations, au désinvestissement, au chômage.

- mais elle a également des effets expansifs : investissements forts et créations d’emplois dans les activités nouvelles, développement économique grâce à l’élévation du niveau de vie.

Démonstration :

· phase d’expansion :

en phase d’expansion, les innovations majeures permettent à ceux qui les maîtrisent de disposer d’un monopole temporaire => superprofits dans la branche innovante => attraction d’investisseurs attirés par ces profits => effets d’entraînement amont-aval ( plus de commandes aux autres secteurs, par exemple) => plus d’investissements => accélération croissance économique => créations d’emplois, surchauffe (la demande est trop forte hausse prix, hausse TXI car trop d’investissements à financer) => dégradation de la rentabilité des activités nouvelles.

· Phase de dépression:

saturation marché des innovations + destruction des activités anciennes => baisse des profits dans les secteurs innovants, restructurations dans les secteurs vieillis => désinvestissements, licenciements, restructurations => recul de l’activité => baisse Demande => dégradation de la conjoncture, baisse prix, baisse des TXI => capitaux disponibles pour financer les prochaines innovations (on retrouve le constat empirique du § précédent, à savoir la montée des inventions durant la phase B).

(3) Le problème de la discontinuité des innovations.

Pour Schumpeter, les innovations n’apparaissent pas de manière continue, mais en « grappes ». Une grappe d’innovations : apparition dans un cours laps de temps d’un ensemble d’innovations complémentaires, exerçant un effet d’entraînement sur l’économie. Exemple : fin XIX ème siècle, le moteur à explosion, l’industrie pétrolière, le macadam, etc … Cette simultanéité résulte des effets d’entraînement que les entrepreneurs exercent les uns sur les autres. Elle est indispensable pour créer des déséquilibres dans l’économie, amenant de nouveaux ajustements. Si les innovations apparaissaient de manière continue, leurs effets seraient absorbés par le système, donc très atténués.  Si les innovations apparaissent en grappes, elles provoquent l’apparition de goulets d’étranglement nécessitant de remodeler le système technique. De plus, leur impact sur l’investissement devient suffisamment fort pour permettre aux entrepreneurs de réaliser des super-profits et concurrencer des branches anciennes, précipitant leur destruction et, partant, le remodelage de l’économie. Au contraire, une innovation à rythme continu s’apparenterait à une innovation incrémentale, qui, par exemple, ne bouleverse qu’à la marge les comportements, et n’engendre pas un renouvellement des techniques productives. Exemple : four à micro-ondes.

On peut mettre en avant une explication « sociologique » de cette discontinuité : on retrouve la conception de Schumpeter selon laquelle les entrepreneurs forment une élite, capable de faire preuve de suffisamment de force de caractère pour vaincre la routine. Il leur faut donc d’abord briser des obstacles, vaincre des résistances inutiles avant de pouvoir imposer leurs idées (cf. Marcel Dassault et le Mirage I voulu par l’Armée de l’Air, absurdité technique, et M. Dassault imposant tout seul son concept de Mirage III, réussite absolue).

De même, il existe aussi une explication technique : même celui qui a des idées nouvelles ne peut pas toujours les mettre en pratique si le reste du système technique n’atteint pas un niveau suffisant : la vapeur sous l’antiquité, le fardier de Cugnot, la voiture à explosion de Lenoir … Ainsi, l’apparition d’innovations viables n’est possible que lorsque le système technique s’est ajusté, c’est à dire à la suite de la mise en place d’un ensemble de techniques interdépendantes et complémentaires.

II L’analyse schumpeterienne de l’innovation.

(1) Une sociologie de l’entrepreneur.

Schumpeter essaye de magnifier le rôle de l’entrepreneur. Il le définit comme celui qui a assez de force pour introduire une innovation dans l’économie. Ex: Ford ou Citroën introduisant le travail à la chaîne. Malheureusement, l’immense majorité des dirigeants de firmes ne sont que des gestionnaires : comptables, financiers, ingénieurs de production. Ils ne font qu’appliquer de manière routinière des techniques apprises. Au total, Schumpeter montre que l’entrepreneur est un être isolé qui doit lutter contre le goût pour la routine et la tendance au bureaucratisme. Ces êtres, peu nombreux, capables de parvenir à leurs fins, forment ainsi une sorte d’élite (thèse de 1912).

(2) Sa conception de l’innovation.
Pour Schumpeter, une innovation va bien au delà du simple aspect technique. Il distingue en effet cinq types d’innovations :

- procédés de fabrication nouveaux

- innovations de produits

- innovations dans l’organisation

- innovations de marchés

- innovations dans les sources d’approvisionnement.

Exemples : voici quelques faits contemporains, correspondent-t-ils à des innovations au sens de Schumpeter ?

OUI NON Justification
mise sur le marché du DVD X nouveau produit
mise en évidence du génome humain X invention pas encore commercialisée
tunnel sous la Manche. X nouveau produit
maïs transgénique X nouveau produit
exploration de Mars par un robot X sciences pures
nouveau packaging pour Pepsi-Cola X c’est une innovation « incrémentale »

 

(3) Une vision critique de la concurrence.

Schumpeter est réservé sur la Concurrence Pure et Parfaite(CPP). En effet, il sait que l’innovation est certes le moteur de la croissance, mais c’est en même temps un acte risqué. Pour accepter cette prise de risque, l’innovateur doit pouvoir compter sur du temps pour imposer ses idées, ce qui va à l’encontre d’une concurrence trop forte. Il doit être « rassuré » en pouvant compter sur un certain flux de recettes lui permettant de rentabiliser sa « mise de fond » initiale. C’est dans ces conditions que Schumpeter est un défenseur de la concurrence monopolistique et des oligopoles. Ceux-ci permettent d’éviter une concurrence « sauvage » et une lutte trop dure portant uniquement sur les prix et les coûts de production.

Pourquoi ? Ces formes de marché  non ou moins concurrentielles permettent de réaliser des superprofits. Ceux-ci permettent aux firmes innovatrices de bénéficier de rentes de situation (vendent à un prix supérieur à celui qui prévaudrait en CPP ; exemples contemporains : Microsoft avec Windows, la SNCF pour le TGV …). Elles dégagent alors des capitaux pour financer leurs investissements, ce dont bénéficie alors l’ensemble de l’économie.

Mais ce tableau n’est pas idéal : quand la concurrence est insuffisante, on observe

- une hausse des prix défavorables aux consommateurs (cf. le pseudo marché français de la téléphonie mobile)

- risque de sclérose des entreprises avec le développement du bureaucratisme, freinant à terme la capacité d’innovation (IBM au début des années 1980 : la firme crée le PC, concept qui va lui échapper par manque de réactivité et erreurs stratégiques, à cause de sa « culture » de vente de gros systèmes à des clients plus ou moins captifs).

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et pour les élèves suivant l’enseignement de spécialité un cours ..qui leur permettra de faire les exercices sur ce chapitre d’EDS

 

 

pour les tes en EDS Keynes !!

…1   John Maynard Keynes (1883-1946)

John Maynard Keynes, qui a révolutionné l’économie, au point que ses différents courants se définissent aujourd’hui par rapport à sa pensée, est un pur produit de Cambridge. Il a fréquenté l’élite intellectuelle de cette ville universitaire dès son plus jeune âge. Passionné par la politique, il a pris position sur les dossiers chauds de son temps, notamment en tant que journaliste, mais aussi en tant qu’acteur de la vie économique et politique. Il quitte momentanément l’enseignement à Cambridge pour travailler au Trésor britannique qu’il représente à la conférence de la Paix à Versailles. Formellement opposé aux réparations de guerre que le traité de 1919 impose aux Allemands, il les dénonce dans son pamphlet Les conséquences économiques de la paix (1919). Il démissionne alors du Trésor britannique et revient à Cambridge.

C’est dans le contexte de la crise économique des années 30 qu’il rédige son oeuvre fondamentale : La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936). Mais c’est pendant la guerre, sous le gouvernement de Winston Churchill, que Keynes atteint le sommet de son influence. Ainsi, en 1944, à la conférence de Bretton Woods qui crée le Fonds monétaire international (FMI), il est l’un des principaux architectes du système monétaire international de l’après-guerre.

Sa pensée

S’il fallait résumer la pensée de celui qui a le plus marqué la réflexion économique du XXe siècle, ce pourrait être : « Oui, le marché engendre du chômage involontaire. » Dans son grand oeuvre – La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie –, Keynes avance deux types d’explication possibles pour rendre compte de cette tendance du capitalisme à fonctionner en deçà de ses potentialités :

– une explication radicale, fondée sur l’incertitude du futur, qui pousse les hommes d’affaires à faire montre de prudence et, du coup, à investir moins qu’ils ne le devraient ;

– une explication plus traditionnelle, fondée sur le fait que toute insuffisance initiale de la demande tend à engendrer un cercle vicieux : moins de demande, donc moins de débouchés, donc moins de production, donc moins de salaires, donc moins de demande…

Alors que la deuxième analyse débouche sur une politique économique visant à regonfler la demande défaillante, la première passe par des institutions et des règles capables de réduire l’incertitude de l’avenir. Ces deux lectures de Keynes débouchent donc sur deux rôles assez différents de l’Etat : c’est toute l’ambiguïté d’un personnage brillant, capable de suivre plusieurs idées à la fois sans jamais trancher entre elles. Et c’est ce qui en fait aussi la richesse.

Ses écrits

Les conséquences économiques de la guerre (1919), éd. Gallimard, 2002, dans un volume qui contient aussi Les conséquences politiques de la paix de J. Bainville.

La fin du laissez-faire (1926), Agone éditeur, 1999.

Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), éd. Payot, 1990.

Essais sur la monnaie et l’économie (articles – dont « La fin du laissez-faire » – rédigés entre 1923 et 1931), éd. Payot, 1972.

La pauvreté dans l’abondance (articles – dont « La fin du laissez-faire » – rédigés entre 1924 et 1938), éd. Gallimard, 2002.

Comment payer la guerre (1940), éd. L’Harmattan, 1997.

Pour aller plus loin

« Deux Keynes pour le prix d’une théorie », Alternatives Economiques n° 173, mars 2000.

« Keynes, un social libéral avant l’heure », Alternatives Economiques n° 202, avril 2002.

« John Maynard Keynes ou l’économie au service du politique et du social », Alternatives Economiques n° 220, décembre 2003.

Pour une bibliographie complète, voir le site du Center for Economic Policy Analysis (CEPA)

Alternatives Economiques - Pratique n°21 – Novembre 2005

2un cours

1. Keynes et les classiques

A – La critique de la théorie classique

Le chômage involontaire est possible

- Deux types de chômage chez les classiques : le chômage frictionnel & le chômage volontaire

- Le chômage pour Keynes résulte d’une insuffisance de la demande globale. L’inflation n’apparaît qu’en période de plein emploi lorsqu’il y a plein utilisation des facteurs de production et qu’en conséquence l’offre est inélastique.

L’offre ne crée pas sa propre demande.

B – La réponse de Keynes : le principe de la demande effective

La demande effective composée de la consommation et de l’investissement, est le moteur de l’économie : « Ce sont la propension à consommée et le montant de l’investissement nouveau qui déterminent conjointement le volume de l’emploi et c’est le volume de l’emploi qui détermine de façon unique le niveau des salaires réels ».

Cette analyse explique le paradoxe de la pauvreté dans l’abondance : Plus une communauté est riche plus sa propension marginale à consommer est faible. Dans les société pauvres, en revanche, le plein emploi est plus facile à obtenir ; un faible montant d’investissement suffit à l’assurer.

L’épargne et l’investissement sont nécessairement égaux.

C – Les déterminants de la consommation et de la propension à consommer

Le principal facteur objectif de la propension à consommer est le revenu. Ce postulat est connu sous le nom de « loi psychologique fondamentale ».

Les facteurs subjectifs sont les facteurs qui agissent sur les dépenses une fois le revenu fixé. Huit facteurs subjectifs : « précaution, prévoyance, calcul, ambition, indépendance, initiative, orgueil et avarice ».

Tout cela ne signifie pas que les taux d’intérêt n’ait aucun effet sur les montants consommés ou épargnés. Pour Keynes, la hausse des taux d’intérêt n’influencent que marginalement la consommation et l’épargne. En revanche, une hausse des taux d’intérêt défavorise considérablement l’investissement, ce qui est préjudiciable à la production, au revenu, à la consommation, donc à l’emploi. Il faut gouverner les taux d’intérêt afin qu’il détermine le niveau d’investissement le plus favorable à l’emploi : « Si le taux d’intérêt était gouverné de telle sorte que le plein emploi fût toujours maintenu, la Vertu reprendrait ses droits ».

2. L’incitation à investir

A – L’efficacité marginale du capital

L’efficacité marginale du capital est le rendement escompté de l’investissement compte tenu de la dépréciation de la machine et des coûts qui résultent de son emploi.

« L’état de confiance » joue un rôle important dans la prévision à long terme. Keynes critique la spéculation et suggère pour l’éviter la création d’une lourde taxe d’État frappant toutes les transactions.

B – Le taux d’intérêt

Le taux d’intérêt résulte de la confrontation entre l’offre et la demande de monnaie et non de la confrontation demande/offre de capitaux. « L’épargne et l’investissement sont des facteurs déterminés et non déterminant ». Keynes définit le taux d’intérêt comme « La récompense pour la renonciation à la liquidité ».

La préférence pour la liquidité des agents résulte de trois motifs :

- motif de transaction.

- motif de précaution.

- motif de spéculation.

La demande de monnaie dépend du revenu et du taux d’intérêt. La demande de monnaie est une fonction décroissante du taux d’intérêt.

C – La création monétaire stimule l’investissement en période de sous-emploi

Un accroissement de la quantité de monnaie à pour effet de diminuer le taux d’intérêt et d’augmenter l’investissement jusqu’à ce que le plein emploi soit réalisé.

En situation de plein emploi, la création monétaire provoque l’inflation, dans la mesure où tous les facteurs de production utilisés, l’augmentation de la quantité de monnaie ne peut pas accroître le niveau de la production.

3. Le rôle de l’État selon Keynes

A – La Politique monétaire de l’État

La politique principale est la politique monétaire. Il faut créer de la monnaie afin de faire baisser les taux d’intérêt. Non seulement cette politique encourage l’investissement, mais elle n’est pas préjudiciable à l’épargne qui ne dépend pas des taux d’intérêt, mais du revenu. Keynes préconise « l’euthanasie des rentiers et du capital oisif ».

Une politique de création monétaire est préférable à une baisse des salaires.

La politique monétaire est nécessaire mais pas suffisante. Il se peut qu’une fois le taux d’intérêt tombé bas, la préférence pour la liquidité devienne virtuellement absolue. La préférence pour la liquidité, rend inefficace la politique monétaire : c’est la trappe à liquidités.

B – La relance de l’investissement a un effet multiplicateur

L’investissement a un effet multiplicateur sur la production. En effet, une augmentation de l’investissement entraîne une augmentation de la production de machines, qui entraîne une augmentation des revenus donc une augmentation de la consommation, qui, accroissant la demande, augmente la production, puis le revenuŠ

L’intervention de l’État est donc d’autant plus efficace que la propension marginale à consommer es élevée ; cette intervention a toutefois des limites :

- effet d’éviction

- risque de défiance pour l’avenir et effets d’anticipations

- l’effet multiplicateur peut profiter à l’étranger

Keynes préconise une « socialisation de l’investissement ». Il suggère que l’État procède lui-même à certains de ces investissements grâce au déficit budgétaire notamment.

C – Politique commerciale et politique de redistribution

Keynes témoigne d’une certaine sympathie envers les mercantilistes, et pense qu’il faut soutenir les exportations et limiter les importations, afin de réduire le chômage et les taux d’intérêt. « une absurde compétition internationale est préjudiciable à tous ».

Le problème principal de l’ouverture des économies est la perte d’autonomie de la politique monétaire.

Une politique favorisant la consommation peut être favorable au plein emploi. Il faut selon Keynes, favoriser l’investissement et la propension marginale à consommer. Il faut mettre en place une politique de redistribution qui permettrait d’accroître la demande globale.

Keynes se prononce aussi contre le partage du temps de travail : « nous ne voyons pas de raison valable d’obliger ceux qui préfèrent un supplément de revenus à jouir d’un supplément de loisirs

et un article sur la mode !!!

Le « concours de beauté » de John Maynard Keynes

Guillaume Erner

Cet encadré est issu de l’article « Comment se crée une mode »

La prophétie autoréalisatrice (voir ci-contre) fonctionne pour promouvoir un objet unique. En revanche, il apparaît difficile de la mobiliser seule pour lancer ex nihilo une mode. Impossible d’expliquer uniquement par son biais la mode des 4×4 ou le retour des rougets dans nos assiettes. Il faut donc isoler un mécanisme social susceptible d’expliquer une action conjointe – et cependant non concertée – d’un grand nombre d’individus.

Un tel mécanisme existe ; il a été décrit par John Maynard Keynes sous le nom de « concours de beauté ». Imaginons, nous dit J.M. Keynes, une compétition où un jury est censé classer des candidats en fonction de leur plastique. En règle générale, chacun vote en conscience, choisissant le physique qu’il préfère. Mais ici, la règle est modifiée : il s’agit d’opter non pour celui que l’on choisirait mais pour celui que l’on croit que les autres choisiront. À travers cette parabole, J.M. Keynes décrit l’exercice d’anticipations rationnelles auquel se livrent des spéculateurs opérant sur un marché. Le sens commun pense qu’il leur suffit d’acquérir les « meilleurs » titres, autrement dit ceux des entreprises les plus performantes. Pas du tout, rétorque l’économiste : face aux cours boursiers, le sage et l’ignorant sont placés sur un pied d’égalité ; ils ne savent rien ou presque. Dès lors, la bonne solution ne se trouve pas en eux-mêmes mais dans la représentation qu’ils se font des opinions d’autrui. « Conscients du peu de valeur de notre propre jugement individuel est sans valeur, nous nous efforçons de nous en remettre au jugement des autres (…). Nous essayons donc de nous conformer au comportement de la majorité ou de la moyenne. À ce petit jeu, celui qui gagne, c’est évidemment celui qui devine ce que la foule va faire (1). » Le concours de beauté nous enseigne donc qu’il vaut mieux pour sa réputation échouer avec les conventions plutôt que d’essayer vainement de réussir contre elles.

La parabole du concours de beauté modélise la situation dans laquelle nous sommes tous – fabricants, distributeurs ou consommateurs – face à l’exercice de prévision des tendances. Dès lors, celles-ci s’organisent autour de deux paradoxes. Tout d’abord, l’imitation dans ce domaine n’est pas un comportement étrange propre aux suiveurs : elle est au contraire la règle. En état d’incertitude, cette attitude est même complètement rationnelle : elle est la seule adaptée pour anticiper ce que seront les tendances. Deuxième conséquence : dans le domaine de la mode, spéculer c’est imiter. C’est pourquoi une mode est structurellement vouée à éclipser toutes les autres. L’ensemble du marché s’organisera pour répondre à la demande supposée et contribuera, dès lors, à l’amplifier.

NOTES

(1) J.M. Keynes, « The general theory of employment », Quarterly Journal of Economics, vol. LI, 1937

Pour les terminales ES la relance version Keynes

suite du cours ..et un clin d’oeil à  JPD…voila article en entier et le lien là

Tout comme il y a un rêve libéral d’une société harmonieuse dans la concurrence, il y a un rêve keynésien d’une politique de relance permettant d’éviter les crises et qui, en plus, ne creuse pas les déficits. Ce rêve repose sur un effet un peu magique, l’effet dit “multiplicateur” de la dépense publique. Grâce à cet effet, 1 € de dépense publique permet une hausse du PIB de plus de 1 €.

Pourquoi cela ? Parce que l’argent reçu est à son tour dépensé. Lorsque l’Etat investit dans des grands projets, il permet à des entreprises d’embaucher des travailleurs qui reçoivent un salaire. Ces personnes dépensent à leur tour leur salaire, ce qui stimule l’activité économique (ainsi que cela est bien connu depuis les “villes champignons” qui poussaient autour des chantiers de construction des lignes de chemin de fer, je sais que c’est vrai, je l’ai lu dans Lucky Luke).

Pour poursuivre avec la métaphore du chantier, les commerçants et restaurateurs qui bénéficient de ces revenus accrus vont à se tour dépenser cet argent. Par exemple, ils vont à leur tour embaucher pour faire face à l’afflux de la demande. Ils vont acheter de nouveaux produits à leurs fournisseurs, et les entrepreneurs dont les revenus augmentent pourront acheter plus de biens de consommation (une nouvelle voiture, une télévision à écran plat, etc.).

Ces flux de dépenses s’additionnent les uns aux autres. C’est pour cela que, même si une partie de l’argent reçu par chacun est épargné, il y a, au final, un effet plus grand sur l’activité que l’impulsion qui a été initialement donnée par le gouvernement.

Si l’effet multiplicateur est suffisamment fort, on entre dans le rêve keynésien : non seulement l’économie est relancée, le chômage est évité, et le dirigeant politique jouit d’une popularité qui lui assure un sommeil paisible. Mais, cerise sur le gâteau, la relance ne coûte rien : le surcroît d’activité est tellement fort qu’il permet d’accroître les recettes de l’Etat à hauteur de ce qui a été dépensé initialement. Il ne faut en effet pas oublier que l’Etat perçoit des recettes à chaque nouveau tour de dépenses, ne serait-ce que, dans le cas des biens de consommation, grâce à la TVA. Mais les revenus de l’Etat augmentent également à proportion des hausses de revenus des ménages (hausse des rentrées de l’impôt sur le revenu) et des entreprises (hausse des recettes de l’impôt sur les sociétés).

Tout dépend finalement de l’ampleur de l’effet multiplicateur. Et c’est là que ça se gâte. Comme le démontre Olivier Bouba-Olga, le multiplicateur n’est pas très élevé en France : il n’atteint que 1,23. Pour 1 € dépensé par l’Etat, le PIB augmente de 1,23 €. C’est certes plus que 1, mais ce n’est pas beaucoup plus. C’est en tous cas très insuffisant pour permettre à la relance de s’auto-financer.

La relance va donc creuser le déficit, ce qui ne manquera pas d’alimenter plus tard les critiques à l’égard de l’Etat dépensier qui creuse les déficits, et on nous fera encore une fois pleurer sur les pauvres petits enfants français qui naissent endettés (alors qu’ils naissent riches, puisqu’ils ont à leur disposition, gratuitement, du fait du travail des générations passées, non seulement des institutions qui garantissent la paix et la justice, mais aussi des écoles, des hôpitaux avec des médecins dedans, des routes, et une montagne de capital productif accumulé dans les entreprises).

Par ailleurs, comme le montre mon voisin de bureau Arnaud Parienty, les dépenses engagées par le gouvernement français dans le cadre de son plan de relance sont très insuffisantes pour lutter contre la récession actuelle et éviter la hausse du chômage.

Pourquoi le multiplicateur n’est-il pas plus fort ? Comme l’indique Olivier Bouba-Olga, à cause de trois fuites :

- les consommateurs ne dépensent que 80% de leur revenu, et non pas 100%

- le revenu des consommateurs est ponctionné par les taxes à hauteur de 45%

- une part de l’argent dépensé profite à des producteurs étrangers de biens et services

Ces trois fuites nous indiquent comment on pourrait accroître le multiplicateur.

D’abord en notant que plus un ménage est pauvre, plus son taux d’épargne est faible (dans le jargon, on dit que sa “propension à consommer” est élevée). Il y a ici une justification en faveur de politiques fiscales redistribuant les revenus vers les plus pauvres, ainsi qu’en faveur d’une hausse des minima sociaux, puisque les personnes recevant ces revenus en dépensent la quasi-totalité.

Ensuite en baissant les impôts. C’est ce qu’a fait Bush avec son chèque de 1200$ aux ménages américains, et c’est ce que se propose de faire Obama. (A mon sens, la priorité n’est pas tant de diminuer les impôts sur les classes moyennes que de les accroître sur les personnes aisées et de redistribuer vers les plus modestes. Toute la question est évidemment de savoir où l’on met la barre permettant de définir ce que sont les personnes aisées.)

Enfin, on voit que plus un pays est ouvert, plus une part important de l’argent dépensé par l’Etat de ce pays profite non pas à ses producteurs, mais à des producteurs étrangers. C’est notamment à cause de cette fuite que la politique de relance de la gauche en 1981, même si elle n’a pas échoué à relancer l’activité comme on le répète trop souvent, a été problématique parce qu’elle a creusé le déficit commercial, les consommateurs français se tournant vers les produits allemands de meilleure qualité. (On se rappelle de la blague de Coluche à l’époque : “Comment reconnaître un produit français ? C’est facile, c’est le plus cher” – je cite de mémoire).

A l’inverse, un pays peu ouvert souffre moins de cette perte. Ce pays existe, il s’appelle l’Europe. Si tous les pays européens stimulent simultanément leur activité, certes des consommateurs français vont acheter plus de biens allemands ou espagnols, mais à leur tour les Anglais et les Italiens vont acheter plus de biens français. L’effet multiplicateur au niveau européen sera plus fort, et donc également au niveau de chaque pays. C’est pour cela que tous les regards se tournent vers l’Allemagne.

Autrement dit, si l’Europe fonctionnait et se coordonnait, on se rapprocherait un peu du rêve keynésien évanoui en Europe depuis “l’échec” de la relance Mauroy de 1982. Certes on ne serait pas dans la félicité keynésienne où la rareté et les crises sont abolies, mais on en serait un peu moins loin. C’est pourquoi les keynésiens (il paraît qu’il y en a à Alternatives Economiques) soutiennent la construction européenne.

Sinon, il reste évidemment l’alternative protectionnisme. En un sens, un keynésien est protectionniste, afin de maximiser l’effet multiplicateur de la dépense publique nationale. (Je dois dire que cette mesure ne me semble pas souhaitable, sauf au cas par cas pour sauvegarder certains secteurs : il est important de préserver le libre-échange entre pays européens, afin de préserver la construction européenne. Mais cela est discutable)

Au final, on retiendra que le cocktail idéal pour un effet multiplicateur maximal, c’est donc :
- la baisse des taxes ;
- des mesures qui accroissent les revenus des plus modestes ;
- et la coordination au niveau européen (ou le protectionnisme).

pour les tes en spé

 

cet article du monde des livres

Le versant moral du père de l’économie politique Adam Smith

Lorsque Adam Smith (1723-1790) publie Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, en 1776, il est déjà un penseur reconnu en Grande-Bretagne, grâce au succès rencontré par son premier ouvrage, Traité des sentiments moraux (1759), recueil de ses cours de « philosophie morale » dispensés à l’université de Glasgow, où il a également enseigné la logique. Entre ces deux dates, Adam Smith a séjourné à Paris, en 1763, comme précepteur des enfants d’une grande famille. Il y a fait la connaissance de d’Alembert et Turgot, farouche adversaire du mercantilisme, futur contrôleur général des finances du Royaume de France et auteur de nombreux textes publiés en 1770 sous le titre de… Réflexions sur la formation et la distribution des richesses !

Fameuse « main invisible »

Croisant ses convictions de moraliste et sa rhétorique de logicien avec les conceptions de Turgot, Adam Smith se lance dans la rédaction de La Richesse des nations en 1766, à son retour en Ecosse. Il y articule, au sein d’une théorie cohérente, première véritable économie politique de l’histoire, les rôles de la monnaie et de la formation des prix, du travail et des inégalités sociales et humaines, du capital et du crédit, du commerce et des échanges internationaux, des Etats et des impôts. Sa conception de l’homme comme individu libre – dans la lignée du siècle des Lumières et de son ami et protecteur David Hume – lui fait élaborer la notion de marché comme équilibre naturel et optimal des intérêts individuels (la fameuse « main invisible « , expression qu’il n’utilise pourtant qu’une seule fois dans les 1 200 pages de l’ouvrage). Ce qui le fera considérer par les économistes qui le suivront, de Jean-Baptiste Say à Milton Friedman en passant par David Ricardo et Frédéric Bastiat, comme le « père » du libéralisme et le pourfendeur de toute intervention étatique.

En revanche, le versant « moral » des écrits du père de l’économie politique, qui s’indigne des inégalités « naturelles » et prescrit des institutions aptes à les réduire, a été longtemps négligé par la littérature économique. C’est cet « oubli » qu’Amartya Sen, partisan d’une économie éthique, entend réparer.

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Une interview de Sen à propos de Smith dans Le Monde (16-10-2009)
La Richesse des nations » d’Adam Smith ( 1776) est considéré comme le texte fondateur du libéralisme économique. L’ouvrage du philosophe écossais témoigne aussi, selon l’économiste indien Amartya Sen, spécialiste de la pauvreté et du développement, d’une forte empathie pour le sort des exclus de la société.

Vous souvenez-vous de votre première lecture de La Nature et les causes de la richesse des nations ?

Pendant ma scolarité en Inde, j’avais déjà conscience de l’importance des écrits d’Adam Smith, mais je n’ai vraiment été en contact avec ses oeuvres originales que lors de ma première année universitaire, au Presidency College de Calcutta, à la fin de l’été 1951. J’avais alors 17 ans, et je fus enthousiasmé par les innovations pionnières apportées par Smith. Le climat intellectuel, pendant mes études, était très orienté à gauche, j’avais déjà lu Marx et j’avais été impressionné par son fort intérêt pour les questions de pauvreté, d’inégalité et d’exploitation.

L’opinion générale, au sein de nos cercles très à gauche, était que Smith avait jeté les fondations de la compréhension de l’économie de marché et de son fonctionnement, et que c’était très important, quelle que soit la façon dont cela était traduit en termes de valeurs politiques. La plupart de mes collègues n’avaient pas lu Smith, à l’exception d’un étudiant remarquable, Sukhamoy Chakravarty, qui avait une excellente maîtrise de tout ce qu’il pouvait trouver dans la littérature économique et sociale. Mais il y avait une sorte d’expression toute faite qui disait que Smith avait rendu possible à chacun, y compris Marx, la compréhension de la logique de l’économie de marché. Cependant, il était aussi affirmé que, dans la mesure où Smith ne s’était pas particulièrement intéressé à l’inégalité et à la pauvreté, il était revenu à Marx de transformer les théories de Smith en une critique radicale du capitalisme.

Cette conception n’était pas complètement erronée (Marx a donné un grand coup de barre à gauche à la pensée de Smith, pour lequel il avait par ailleurs un grand respect), mais elle n’est pas totalement juste. Elle néglige le fait que Smith lui-même était extrêmement critique sur les inégalités économiques et sociales, et sur les asymétries de la structure de classes qui séparait de façon rigide les travailleurs des catégories privilégiées. Quand j’ai commencé à lire La Richesse des nations, j’ai découvert que Smith était extrêmement préoccupé – et critique – au sujet du sort des pauvres, même au sein des sociétés prospères. J’ai été particulièrement ému par la puissante analyse de Smith selon laquelle les riches réussissent mieux non pas parce qu’ils ont, en général, plus de talents que les autres, mais parce qu’ils ont eu la chance de recevoir une meilleure éducation et parce que leur style de vie leur laisse du temps libre et la possibilité de se cultiver.

Voici un passage de Smith qui, lorsque je l’ai lu pour la première fois, en 1951, m’a bouleversé : « Les gens du peuple (…) n’ont guère de temps de reste à mettre à leur éducation. Leurs parents peuvent à peine suffire à leur entretien pendant l’enfance. Aussitôt qu’ils sont en état de travailler, il faut qu’ils s’adonnent à quelque métier pour gagner leur subsistance. Ce métier est aussi, en général, si simple et si uniforme, qu’il donne très peu d’exercice à leur intelligence ; tandis qu’en même temps leur travail est à la fois si dur et si constant, qu’il ne leur laisse guère de loisir, encore moins de disposition, à s’appliquer, ni même à penser à autre chose. »

Je vous cite cet extrait (tiré du chapitre 1 du livre V) non seulement parce que je l’ai relu récemment lorsque j’écrivais la préface de la réédition – à l’occasion du 250e anniversaire de sa parution, en 1759 – du premier livre de Smith, La Théorie des sentiments moraux (à paraître chez Penguin Books), mais aussi parce qu’il y a quelque chose d’exceptionnel dans la clairvoyance et la compassion que Smith révèle, et qui me l’avait rendu très proche dans ma jeunesse. J’ai été particulièrement frappé par son empathie pour les autres, aussi éloignés de lui soient-ils en termes de classe, de milieu ou de style de vie, extrêmement différents du sien. Tout au long de La Richesse des nations, il déploie un fort sentiment de solidarité avec les exclus de la société. C’est une caractéristique dont j’ai constaté l’absence dans la façon dont la littérature économique standard analyse les questions économiques.

Je me souviens avoir soutenu auprès de mes amis et de mes camarades de classe que Smith lui-même était beaucoup plus solidaire et égalitaire que ce qu’ils voulaient bien croire, et qu’il penchait fortement pour un changement de l’ordre économique existant. Mais je ne crois pas que j’aie totalement réussi à les convaincre de cela…

En quoi La Richesse des nations a été un livre important dans l’histoire de la science économique ? Tout d’abord, au moment de sa parution ?

A l’époque où Smith écrivait, il y avait beaucoup de confusion au sujet de la façon dont fonctionnait l’économie de marché. On était loin d’être au clair sur la façon dont le marché était supposé contribuer à la prospérité d’une économie ou d’une société. L’analyse très clairvoyante et pionnière de Smith sur la façon dont le marché accroît la prospérité à travers les échanges, la division du travail, la formation des compétences, et l’utilisation des économies d’échelle a été très importante pour rendre tout cela plus compréhensible. Certaines de ses découvertes étaient extrêmement complexes, par exemple la façon dont l’avantage des économies d’échelle peut être utilisé par le marché – cette question particulière est d’ailleurs toujours d’actualité. Ainsi, les travaux de Paul Krugman, récompensés par le prix Nobel l’an dernier, poursuivent les analyses que Smith avait lancées au XVIIIe siècle.

 !Si cette analyse fut la contribution majeure de Smith à son époque, elle ne fut pas la seule. Car, de la même manière qu’il y eut des détracteurs et des critiques de l’économie de marché, il y eut beaucoup d’admirateurs inconditionnels. La seconde contribution de Smith fut de combattre cette approche enthousiaste. Il a mis en évidence les erreurs commises par un marché laissé à lui-même. Par exemple, la recherche excessive de profits immédiats par des acteurs de marché que Smith qualifie de « prodigals and projectors » (« prodigues et faiseurs de projets », chapitre 4, livre II), mais aussi ses erreurs par omission – puisque le marché n’est pas capable de répondre à des questions comme celle de la pauvreté, ou celle du besoin de biens publics, à commencer par l’éducation. Smith plaide, par conséquent, pour aller au-delà du marché à travers différentes institutions. Smith se différencie ainsi de certains de ses contemporains les plus importants. De Jeremy Bentham, qui défend l’efficacité du marché de façon acritique, et reproche à Smith d’être inutilement antimarché.

En quoi l’oeuvre de Smith est-elle toujours pertinente dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui ?

Je dirais que, jusqu’à un certain point, les deux types d’analyses qu’il a menés demeurent pertinents aujourd’hui. Les marchés sont souvent stupidement supprimés même lorsqu’ils pourraient être très utiles. Mais, d’un autre côté, beaucoup de politiciens estiment que l’économie de marché est toujours adéquate et autorégulatrice, ce qu’elle n’est pas. Cette attitude a créé de grands problèmes ces dernières décennies, en particulier en Amérique, et elle a eu un rôle dans la crise économique récente. La suppression de la régulation sur les transactions financières et les garanties prudentielles (comme avec les credit default swaps, contrats de défaut de crédit), qui a joué un grand rôle dans le développement de la crise dont nous souffrons aujourd’hui, reflète une attitude de confiance aveugle dans les marchés, éloignée de la conception équilibrée défendue par Smith.

Adam Smith souhaitait une multiplicité d’institutions, parmi lesquelles il y a le marché, mais pas seulement lui. L’efficacité et l’équité en requièrent d’autres, qui doivent restreindre les excès de l’économie de marché pure (en particulier à travers les régulations) et étendre la portée de cette économie à travers les services publics et les compromis sociaux, y compris les filets de la protection sociale.

L’approche équilibrée de Smith nous est aujourd’hui très précieuse. La valeur de ses découvertes n’a pas diminué, bien que plus de deux siècles se soient écoulés depuis l’époque où il écrivit son incontournable Richesse des nations.


 

Amartya Sen, Prix Nobel d’économie 1998.

et

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EDS Durkheim

Vous trouverez les oeuvres de E.Durkheim en ligne

et les points vus hier matin…

Biographie en résumé
Sociologue français. Considéré comme le « père » de la sociologie française moderne
Vie et œuvre
«Né en 1858, d’un père rabbin, à Épinal, dans l’Est de la France, il choisit dès l’adolescence d’abandonner la religion judaïque et décida de son futur métier: professeur de philosophie. Entre 1879 et 1882, il fréquenta la prestigieuse École Normale Supérieure (ENS) à Paris. La tragédie de la Commune (mars-mai 1871), sorte de guerre civile après la défaite, l’avait marqué très jeune; il en vint à se persuader que s’il devait un jour enseigner, sa mission serait d’aider ses compatriotes à frayer le chemin vers une société qui, unie et solidaire, dépasse ses propres conflits – et de contribuer à l’impulsion de changements sociaux allant dans le sens d’une cohésion qui permettrait à ses concitoyens de vivre ce qu’il a appelé le «bien par excellence»: la communion avec autrui.

Époque de troubles et de crise profonde en France, en effet. Politiquement, la IIIe République parvient à naître en 1875 après d’âpres luttes entre Républicains et Royalistes.

Économiquement, l’essor du capitalisme industriel se heurte à une prise de conscience de plus en plus aiguë des classes ouvrières qui s’organisent, notamment sous l’influence des thèses socialistes et du marxisme. À cela s’ajoute l’émergence progressive de l’esprit «laïque», qui cherche à faire pièce à la mainmise de l’Église sur l’éducation. À l’époque, les sciences physiques et naturelles font d’immenses progrès, renforçant la confiance dans le pouvoir de l’esprit scientifique. Le jeune Émile a le sentiment qu’il a un rôle à jouer dans le devenir de sa société et qu’en choisissant d’être professeur, il pourrait contribuer, par l’éducation, à ce devenir. Mais, enseigner le groupe, faire voir aux hommes ce que peut être une «bonne société», présuppose une réflexion fondamentale et scientifique sur ce que c’est qu’une société. Avant même qu’il ne rejoigne l’ENS, Durkheim se posait déjà la question clef des rapports de l’homme et du groupe, du fondement des sociétés et pensait que, pour édifier une sociologie scientifique, il était urgent de dépasser les idéologies politiques et sociales. À cet égard, son séjour à l’ENS a été déterminant: là en effet se nouent les fils de ce projet d’une action à la fois politique et pédagogique, mais une action d’abord fondée sur un détour scientifique de connaissance, en l’occurrence l’introduction d’une variable nouvelle dans le processus de changement social: la prise de conscience sociologique dans la représentation que la société se fait d’elle-même.

En 1882, sa décision est prise. C’est le début d’une carrière où le labeur du sociologue renforce celui du missionnaire (voire du prophète) soucieux de définir les conditions d’existence d’une société respectueuse des personnes, et d’élaborer les modèles d’école et de pédagogie qui rendent possible la réalisation de ces conditions.

La question d’où il part était celle-là même qui se posait aux doctrines politiques et sociales de l’époque: faut-il privilégier le bien de l’individu ou celui de la société? Faut-il être «individualiste», comme le voulaient les libéraux et les économistes, ou «socialiste», au sens où l’entendaient Proudhon et Marx? Dès sa sortie de l’ENS, Durkheim n’aura de cesse de montrer que l’intégration d’une société moderne, issue de l’essor du capitalisme, est conditionnée par une nouvelle définition de l’individualisme et du socialisme que seule la science sociale pouvait donner.

Après quelques années d’enseignement de la philosophie dans l’enseignement secondaire, Durkheim est nommé en 1887 à la Faculté des lettres de Bordeaux où il est chargé d’un cours de «science sociale et pédagogie», avant de venir à Paris, en 1902, occuper à la Sorbonne la chaire de «science de l’éducation», transformée en «science de l’éducation et sociologie» qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1917.

Institutionnellement, la constitution d’une science de l’éducation est ainsi inséparable de la formalisation durkheimienne de la sociologie elle-même. Le «père» de la sociologie française sera ainsi le premier sociologue de l’éducation, à l’époque même où, entre 1882 et 1886, le ministre Jules Ferry jette les bases d’une école laïque, obligatoire et égalitaire (2). Située dans le cadre de l’élaboration d’une science sociale appelée, selon lui, à jouer un rôle éminent dans le devenir des sociétés, la «pensée» durkheimienne de l’éducation doit être, de ce fait, articulée au modèle d’analyse des faits sociaux que Durkheim a construit – modèle qui doit permettre de penser l’éducation tant dans sa nature que dans son évolution.

(…)

Le modèle de Durkheim pose d’emblée la spécificité des phénomènes sociaux, non-réductibles en particulier à des faits d’ordre psychologiques. Même si le sociologue a besoin de faire référence à la psychologie, la règle est d’expliquer le social par le social. Par ailleurs, c’est un modèle qui se réclame de l’apport des «premiers sociologues» que revendique volontiers Durkheim: l’analogie d’une société avec un organisme vivant, constitué d’organes (structure) remplissant des fonctions (3).

Comprendre un fait social consiste d’abord à en identifier les causes et les fins qu’il sert. L’originalité de Durkheim tient à qu’il a engagé l’analyse structuro-fonctionnaliste dans deux voies parallèles. La première identifie le groupe (ou la société), ainsi constitué d’organes, à une totalité systémique: on parlera d’un système social, de sous-systèmes, répondant à des besoins sociaux.

La seconde voie envisage le système social, à un moment donné, comme analysable sous forme d’une superposition de paliers entre lesquels il s’agit de dégager les rapports et les interactions: le substrat du social (sa matérialité), les institutions, les représentations collectives. Ajoutons que l’analyse en termes de «réponses à des besoins» privilégie la recherche de causes efficientes ou finales et que l’analyse en termes de «paliers» cherche une causalité qu’on pourrait qualifier de causalité d’expression.

(…)

Rappelons les grandes lignes du modèle durkheimien. La notion de «conscience collective» y est centrale. Une société est faite d’individus qui «tiennent» ensemble parce qu’ils ont en commun des valeurs et des règles, partiellement transmises par l’école. La société, en tant qu’objet construit par la sociologie, n’est ni transcendante, ni immanente aux individus: elle a une spécificité que définissent les paramètres d’intégration (allégeance au groupe) et de régulation (reconnaissance de règles contrôlant les comportements individuels).

Cette «conscience collective» se traduit par des phénomènes collectifs qui vont du niveau proprement psychique des représentations collectives, à celui des institutions et à celui d’un substrat matériel (volume et densité de la population, voies de communication, édifices, etc..).

Durkheim a recours à la métaphore de la «cristallisation» pour désigner cette présence de la conscience collective dans tous les secteurs de la vie sociale. Ici il faut préciser deux points: d’une part, les «paliers» des représentations et des institutions comportent des aspects tant formalisés (idéologies constituées, droit écrit) que non formalisés (représentations effervescentes, coutumes); d’autre part, il existe des liens de causalité tant dans le sens substrat-institutions-représentations qu’en sens inverse: représentations-institutions-substrat.

C’est ce modèle d’analyse qui permet à Durkheim de poser la problématique du changement: les représentations collectives nouvelles qui émergent tendent à se traduire en de nouvelles institutions, pour autant que ces représentations correspondent à de nouveaux besoins sociaux. On entre alors dans des périodes où des conflits doivent être résolus entre forces de stagnation et forces d’évolution. Ainsi l’intensification de la division du travail dans les sociétés modernes exige une plus grande prise en compte de l’individu, ce qui donne naissance à des idéologies «individualistes» qui tendent à leur tour à faire émerger des institutions protectrices des «droits de l’homme».

(…)

La société moderne étant fondée sur une industrialisation et une division croissantes des tâches, il s’ensuit une différenciation accrue des rôles sociaux, la spécialisation des fonctions sociales et, à terme, un risque d’éclatement de la «solidarité sociale». Ce risque doit être contrebalancé, dit Durkheim, par le développement – que l’on observe – des valeurs ultimes relatives à la légitimation des droits, à la responsabilité et à la vocation des acteurs sociaux.

LE RESPECT DE L’HUMANITÉ EN L’HOMME, VALEUR ULTIME

Avec De la division du travail social (1893), Durkheim esquisse déjà les grandes lignes d’un tableau de l’«individualisme moderne», où le respect de la personne humaine est érigé en valeur ultime, seule à même d’assurer la cohésion des sociétés industrielles modernes. Quatre ans plus tard, dans Le suicide, il affirme que si les hommes peuvent encore «communier» en quelque chose, ce ne peut être que dans le respect de l’homme en tant qu’homme, et ce respect est le seul ciment social restant, le seul «lien social véritable». Après 1895, lorsque Durkheim eût établi que toute société sécrète une ou des religions, le Dieu (ou les dieux) symbolisant aux yeux des acteurs sociaux la société elle-même, et que le «sacré» de la religion exprime le caractère transcendant du groupe, il en vient à dire que c’est l’homme lui-même, dans son «humanité», qui devient un «Dieu pour l’homme», nouveau sacré exclusif de tout autre. Un texte de 1898 intitulé «L’individualisme et les intellectuels», définit ce nouvel individualisme qui doit «désormais» se concrétiser par des changements politiques et sociaux: «On s’achemine peu à peu vers un État où les membres d’un même groupe social n’auront plus rien de commun entre eux que leur qualité d’homme, que les attributs constitutifs de la personne humaine en général… Il ne reste plus rien que les hommes puissent aimer et honorer en commun, si ce n’est l’homme lui-même. Voilà comment l’homme est devenu un dieu pour l’homme et pourquoi il ne peut plus, sans se mentir à lui-même, se faire d’autres dieux. Et comme chacun de nous incarne quelque chose de l’humanité, chaque conscience individuelle a en elle quelque chose de divin, et se trouve marquée d’un caractère qui la rend sacrée et inviolable aux autres.» (L’individualisme et les intellectuels, dans La science sociale et l’action, p. 271-272).

De la nécessité – liée aux par les conditions d’existence des sociétés industrielles modernes – d’une reconnaissance des valeurs personnalistes en tant que fondement du consensus social, Durkheim tire des conséquences d’ordre économique et politique. Ses Leçons de sociologie dessinent en particulier le profil d’une société «émergente» qui, au niveau économique, transcende les oppositions de classe, distribue des gratifications aux «mérites» et assure le maximum d’égalité de chances entre les hommes.

Dans le même ouvrage, il développe une théorie de l’État moderne comme «groupe de fonctionnaires», en communication permanente avec les autres groupes dont est constituée la société, un État attentif aux valeurs humanistes et maître d’oeuvre de décisions transparentes.

Une telle société peut être dite démocratique et méritocratique, voire «individualiste» (Leçons de sociologie, 7ème leçon); on peut aussi la qualifier de «socialiste», mais de ce socialisme humaniste que Durkheim voit à l’oeuvre «dans le devenir des sociétés supérieures» («Sur la définition du socialisme», La science sociale et l’action, p. 235).»

Notes
(1) Après la proclamation de la République en 1875, l’instruction devient en France un idéal collectif. Il s’agit en particulier de constituer l’enseignement primaire en service public laïque, et d’instaurer la gratuité et l’obligation de l’instruction élémentaire. D’où les «lois fondamentales» promulguées par le Ministre Jules Ferry entre 1879 et 1889. La sécularisation de l’école devrait pouvoir fonder l’unité de l’esprit national sur des bases positives. Durkheim participe activement aux débats de cette époque cruciale.
(2) C’est Auguste Comte (1798-1857) qui crée le terme «sociologie», dans le cadre de la construction d’une philosophie «positive». Son Cours de philosophie positive cherche à établir les conditions du «consensus» social, à travers les notions d’«ordre» et de «progrès», et la constitution d’une «religion de l’humanité». Herbert Spencer (1820-1903) part explicitement de l’analogie société-organisme pour poser les concepts de structure et de fonction, analyser le développement des sociétés et des «institutions» en distinguant les appareils d’«entretien», de «distribution» et de «régulation». Il écrit les Principes de sociologie entre 1876 et 1896, immense tableau anecdotique de l’évolution sociale.

Source: Jean-Claude Filloux, Émile Durkheim (1858-1917), Perspectives: revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXIII, n° 1-2, 1993, p. 305-322.
©UNESCO : Bureau international d’éducation, 2000. Ce document peut être reproduit librement, à condition d’en mentionner la source.

Œuvres de Émile Durkheim
Sociologie

De la division du travail social, 1893; rééd.: Paris, P.U.F., 1991
Les règles de la méthode sociologique, 1895; rééd. Paris, P.U.F., 1990
Le suicide, 1897; rééd.: Paris, P.U.F., 1991
Les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912; rééd.: Paris, P.U.F., 1990
Leçons de sociologie (cours prononcé en 1898-1900), Paris, P.U.F., 1990.
La science sociale et l’action (recueil de textes publiés de 1888 à 1908, présentés par J.-C. Filloux), Paris, P.U.F., 1987).

Sociologie de l’éducation et pédagogie

Éducation et sociologie, ouvrage présenté par Paul Fauconnet, paru en 1922 et regroupant les textes suivants:
«L’éducation, sa nature son rôle» et «Nature et méthode de la pédagogie», repris l’un et l’autre de F. Buisson, Nouveau Dictionnaire de pédagogie, 1911; «Pédagogie et sociologie» (leçon d’ouverture de chaire en Sorbonne, 1902); «L’enseignement secondaire en France» (leçon d’ouverture du cours pour les candidats à l’Agrégation, 1904). Réédition intégrale: Paris, P.U.F., 1992.

L’éducation morale (cours prononcé en 1902-1903, présenté par Paul Fauconnet, 1925), Paris, P.U.F., 1992.
L’évolution pédagogique en France (cours pour les candidats à l’Agrégation prononcé en 1904-1905, avec une introduction de Maurice Halbwachs, 1938); réédition: Paris, P.U.F., 1990.

Documentation
Ouvrages généraux

Filloux, J.-C., Durkheim et le socialisme, Genève, Droz, 1977.
Lukes, S., Émile Durkheim, His Life and Work, Penguin Books, Londres, 1972.
Prades, J.A., Durkheim, Paris, P.U.F., 1990

Textes sur Durkheim et l’éducation

Cherkaoui, M. «Socialisation et conflit: les systèmes éducatifs et leur histoire selon Durkheim», Revue française de sociologie, vol. XVII, n° 2, 1976.
–, «Système social et savoir scolaire: les enjeux politiques de la distribution des connaissances selon Durkheim», Revue française de science politique, vol 28, n° 2, 1978.
Filloux, J.-C., «Sur la pédagogie de Durkheim», Revue française de pédagogie, vol. 44, 1978.
–, «Une propédeutique pédagogique: l’histoire de l’éducation», Connexions, vol. 37, 1982.
–, «Personne et sacré chez Durkheim», Archives de sciences sociales des religions, Paris, Centre national de la recherche scientifique, vol. 69, 1990

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terminale es EDS

faire les questions suivantes sur feuilles

Eds  Smith les prolongements contemporains

Questions sur la deuxième partie du chapitre (p. 346-348)

 

 

I.             L’approfondissement de la division du travail à l’intérieur de l’entreprise et ses limites        

Questions sur les documents de 1à3

Question 1, p. 347

Rappelez quels sont les avantages de la division technique du travail selon Adam Smith.

Question 2, p. 347

Les nouvelles formes d’organisation du travail qui se développent depuis plusieurs années dans de nombreuses entreprises contribuent-elles à réduire la division du travail et à réfuter la thèse d’Adam Smith ?

Question 3, p. 347

La dernière phrase du document 1 critique implicitement la thèse d’Adam Smith : expliquez pourquoi.

Question 4, p. 347

Quelles sont les caractéristiques du travail des caissières de supermarché ?

Question 5, p. 347

À l’aide du document 3 et de vos connaissances, montrez quels sont les effets pervers de ce type de travail.

Question 6, p. 347

Selon vous, Adam Smith avait-il déjà envisagé les limites de la division du travail pour le salarié ?

Questions sur la deuxième partie du chapitre  (p. 346-348)

 

 

II.            Spécialisation des entreprises et extension des marchés

Questions sur les documents de 4 à 6

Question 1, p. 348

Expliquez la phrase soulignée dans le document 4.

Question 2, p. 348

Montrez dans quelle mesure le document 4 rend compte de l’analyse de l’extension des marchés décrite par Smith.

Question 3, p. 348

Quelle est la stratégie de spécialisation des filiales asiatiques adoptée par Toyota ? Quels en sont les objectifs ? (doc. 5)

Question 4, p. 348

Quelles sont les avantages de l’externalisation ? (doc. 6) Question 5, p. 348

Peut-on faire le lien entre ces stratégies et l’analyse de la spécialisation et de l’extension des marchés faite par Adam Smith ?

 

 

 

 

 

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pace e salute

pour tous et toutes ..ceux qui sont mes élèves , ceux qui ne sont que des visiteurs ..pour la nouvelle année ..que des voeux ..sans récession?…nous verons

Pour commencer l’année en fanfare un lien sur JMK (John M Keynes )homme del’année à venir ..à lire dans le Figaro

Protégé : résumé EDS MW …

16/10/2008 Saisissez votre mot de passe pour accéder aux commentaires.

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