deux vidéo de socio ….premières et terminales ES
3 04 2009Une très bonne vidéo sur les inégalités dans l’économie américaine….
ghjattanera
Catégories : inégalités, inégalités-conflits-cohésion sociale, vidéo
Une très bonne vidéo sur les inégalités dans l’économie américaine….
Le lourd désenchantement des classes moyennes par Michel Noblecourt
A la faveur de la crise, Nicolas Sarkozy a redécouvert les classes moyennes. Dans le second collectif budgétaire pour l’année 2009, qui va être soumis au Parlement, le président de la République a fait inscrire une réduction des deux tiers de l’impôt sur le revenu pour environ 6 millions de ménages. Cette soudaine attention pour une catégorie dont le vote sera décisif à l’élection présidentielle de 2012 intervient au moment où une étude du Credoc (Consommation et modes de vie, n° 219, mars 2009) confirme le « désenchantement » de ces classes moyennes, qui ont subi plus douloureusement que d’autres un ralentissement de la croissance, qui a accru les inégalités.
Pour le Credoc, les classes moyennes rassemblent 50 % de la population ; elles gagnent entre 1 120 et 2 600 euros par mois avant impôt ; 30 % de cette catégorie diposant d’un revenu mensuel se situant en dessous de 1 750 euros pour une personne seule constituent les classes moyennes inférieures, coeur de cible de M. Sarkozy. Au-dessus, les catégories aisées représentent 10 % de la population et les hauts revenus 10 %. Au-dessous, 20 % sont dites « modestes » et 10 % (moins de 780 euros par mois) « pauvres ».
L’étude du Credoc réalisée par Régis Bigot évite le catastrophisme. Elle récuse ainsi l’idée d’une « paupérisation » - même si nombre d’indicateurs vont dans le sens d’un appauvrissement – en soulignant que, sur les trente dernières années, le pouvoir d’achat a progressé – de 83 % entre 1970 et 2004 -, au point que le niveau de vie de cette catégorie a presque doublé. Mieux : à l’opposé du déclin observé aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, les classes moyennes se sont développées, passant de 47,9 % de la population en 1981 à 52,1 % en 2000.
« Sous pression », selon la formule du Credoc, les classes moyennes connaissent pourtant un lourd désenchantement qui tient en un chiffre : une personne sur deux vit, une fois que ses impôts ont été payés, avec 1 467 euros par mois. Sur cette somme, 38 % (21 % en 1979) sont consacrés aux « dépenses contraintes » (loyer et charges, eau, gaz, électricité, téléphone, assurances), et d’autres frais incontournables, comme l’alimentation, le transport, l’éducation et la santé, représentent en moyenne 615 euros. Une fois ces prélèvements effectués, il ne reste, selon le Credoc, que 294 euros par mois pour les loisirs, les vacances, l’habillement, l’équipement et, si cette marge étroite le permet, l’épargne…
Conséquence : en 2008, parmi ces classes moyennes ayant un « budget médian », 48 % ne sont pas partis en vacances, 37 % se sont privés de cinéma et, précise encore le Credoc, « 34 % n’ont pas de voiture, 50 % n’ont pas accès à Internet à domicile, 40 % n’ont pas de produit d’épargne liquide ».
En comparaison, entre 1979 et 2005, le poids des « dépenses contraintes » est passé de 19 % à 29 % pour les catégories aisées et de 24 % à 48 % pour les catégories pauvres. Une fois réglées les dépenses incompressibles, il reste aux 10 % les plus riches 1 474 euros par mois – soit l’équivalent du « budget médian » d’une personne appartenant à la classe moyenne – pour les vacances, l’habillement, l’équipement ménager et l’épargne. Quant aux 10 % les plus pauvres, ils gardent en poche 80 euros…
Avec la sévère récession qui s’annonce pour 2009, la pire depuis la Libération, les classes moyennes et les revenus modestes vont figurer au premier rang des victimes de la crise. Le regain d’inflation en 2007 et 2008 a « sans doute joué un rôle déterminant dans l’impression de perte de pouvoir d’achat des classes moyennes ».
L’envolée du pétrole, le renchérissement des denrées alimentaires et la hausse soutenue des loyers (+ 3,4 % par an durant les vingt dernières années) ont durement pénalisé les classes moyennes et les couches populaires, parce qu’elles consacrent une part « proportionnellement plus importante dans leur budget » aux dépenses de logement, d’alimentation et d’énergie. En revanche, selon le Credoc, seules les catégories aisées – qui ont « davantage bénéficié des baisses d’impôt direct ces dernières années » – « semblent avoir été épargnées par l’inflation récente ».
Le temps des restrictions semble s’imposer avec une force comparable à celle de la progression des inégalités. Selon le Credoc, en 2008, 72 % des classes moyennes « inférieures » « déclarent devoir s’imposer régulièrement des restrictions sur certains postes de leur budget », contre 64 % en 1980. Pour les catégories modestes, le pourcentage passe de 71 % à 80 % et, pour les catégories pauvres, il est quasiment stable (de 73 % à 75 %). A l’opposé, les titulaires de hauts revenus ne sont que 29 % à s’imposer des restrictions, contre 40 % en 1980. Depuis trente ans, l’amélioration générale du confort des habitations explique aussi la hausse du coût du logement.
Autre signal inquiétant que souligne le Credoc : « l’éloignement de la perspective d’une ascension sociale« . En prenant en compte le rythme actuel de hausse du pouvoir d’achat, il faudra trente-deux années aux classes moyennes pour « atteindre le niveau de vie des catégories aisées ». Dans les années 1960, au temps des « trente glorieuses », la perspective pour espérer le seuil du dessus était de onze années. L’ascenseur social reste en panne. Et la crise risque de sinistrer davantage ce paysage, rendant les inégalités plus douloureuses.
à retrouver sur le site d’un de mes collègue très talentueux Christophe Floraison sur son blog SOS SES…
toutes mes excuses à Christophe FORAISON mais je crois que comme moi il aime les fleurs !! en ce temps de printemps en Corse un rayon de soleil dans ce brouillard de la crise ===….
…si, avec le RSA, les allocataires du RMI et de l’API qui reprennent un emploi, quelle qu’en soit la durée, y gagnent toujours financièrement par rapport à « l’assistance » (les aides publiques aux chômeurs). On tient compte non seulement des aides sociales nationales classiques, mais aussi d’un vaste ensemble d’aides « connexes » attribuées soit légalement (prime de Noël, exonérations de redevance télévision, tarifs spéciaux de téléphone et d’électricité…), soit de façon facultative par les départements, municipalités, CCAS ou régions : aides aux transports, au logement, au départ en vacances, à la restauration scolaire, etc. Les auteurs ont recensé ces aides et leur montant dans treize villes et ils ont simulé, pour sept types de configurations familiales, les revenus totaux de ces familles en ces divers lieux. On peut alors comparer les revenus en l’absence de travail salarié et les revenus en cas de reprise d’emploi pour des emplois de toutes durées (supposés rémunérés au SMIC).
Les inégalités de salaires hommes-femmes : du temps de travail aux discriminations
Des riches de plus en plus riches
Camille Landais, économiste à l’Ecole d’économie de Paris, a analysé le creusement des inégalités en France dans la période récente et montre que la stabilité séculaire de l’échelle des revenus a laissé la place depuis 1998 au creusement d’un fossé entre les plus riches et la majorité de la population. Cette étude est tout à fait cruciale à l’heure où la question du pouvoir d’achat préoccupe l’ensemble de la classe politique. Entretien vidéo.
« Le RSA nous permettra de faire la moitié du chemin »
De toutes les réformes envisagées pour parvenir à l’objectif de réduction d’un tiers de la pauvreté d’ici à 2012, le revenu de solidarité active (RSA) est présenté comme « la pierre de touche ». « Le RSA devrait nous permettre de réaliser la moitié du chemin par rapport à l’objectif fixé », estime Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives, interrogé par Le Monde. Cette prestation sociale devrait, à terme, selon le Livre vert soumis à la consultation par le Haut Commissariat, « faire franchir immédiatement le seuil de pauvreté à près d’un million de personnes ». Il devrait aussi apporter « un complément de pouvoir d’achat à plusieurs millions de personnes en bas de l’échelle des salaires ». « Le RSA a aussi un effet indirect sur la pauvreté, assure le Livre vert. En garantissant que le travail devient rémunérateur, il permettra à des personnes allocataires du RMI de pouvoir reprendre un emploi plus facilement qu’aujourd’hui. »
Dans un article intitulé « Le revenu de solidarité active en question » paru le 24 avril sur le site Laviedesidees.fr, la sociologue Dominique Méda estime néanmoins que « la plus grande partie des problèmes qui font obstacle à la reprise d’emploi des bénéficiaires de minima sociaux ne sont pas d’ordre monétaire (certains travaillent en perdant de l’argent !), mais ressortissent à bien d’autres contraintes : contraintes « familiales », dues notamment à l’absence de modes de garde (…), contraintes de santé, contraintes de transport, absence d’accompagnement vers et dans l’emploi ».
Le Haut Commissariat vient d’affronter une polémique sur le financement du RSA. Le recentrage de la prime pour l’emploi (PPE), annoncé par Nicolas Sarkozy le 24 avril en même temps que la généralisation du RSA, en 2009, a suscité un tollé. Le coût du dispositif devrait s’élever à 13 milliards d’euros, selon M. Hirsch. Cinq milliards viendront du RMI, un milliard de l’allocation de parent isolé, 4,5 de la PPE, un de l’intéressement, auxquels il faut ajouter le « un à 1,5 milliard » d’argent frais promis par le chef de l’Etat.
Emmanuelle Chevallereau
Le revenu de solidarité active (RSA) est censé garantir que tout retour au travail donne lieu à une augmentation de revenu. Pour financer ce projet de 13— milliards d’euros destiné à remplacer la plupart des minima sociaux (RMI, allocation de parent isolé, etc.), M. —Sarkozy veut redéployer notamment les fonds de la prime pour l’emploi (PPE), qui profite à 8,5 millions de ménages modestes. Patrick Savidan critique la politique de redistribution du gouvernement.
Nicolas Sarkozy a suscité une polémique en confirmant que le revenu de solidarité active (RSA) serait notamment financé par un redéploiement de la prime pour l’emploi (PPE). Qu’en pensez-vous ?
La proposition de financer le RSA en puisant dans les ressources de foyers dont les revenus restent modestes me paraît une faute politique assez sérieuse. Il faut la remettre en perspective par rapport au système de redistribution, de plus en plus polarisé. Ainsi, après transferts, le revenu annuel moyen des 20% de foyers les moins riches augmente de 40 %. Les 20 % les plus riches voient, eux, leurs revenus moyens diminuer de 22 %. Certains contribuent donc massivement au système de redistribution tandis que d’autres en bénéficient massivement.
Problème— : les ménages qui se situent entre ces deux tranches sont également des contributeurs nets. Ainsi, les 20 % des foyers qui se situent juste au-dessus des 20 % des plus défavorisés (1 130 euros par mois en moyenne) enregistrent, après transferts, une baisse de niveau de vie de 0,4 %. Le troisième quintile (1 541 euros en moyenne) voit son niveau de vie diminuer de 8,4 %. Dans le contexte économique actuel, la PPE représente pour bon nombre des foyers modestes qui la perçoivent un soutien important. Leur retirer serait un nouveau coup porté aux véritables classes moyennes. Cela va en tout cas accentuer la polarisation de notre système social.
Près d’un Français sur deux craint de basculer dans l’exclusion. Cette inquiétude vous paraît-elle justifiée ?
Il faut distinguer deux notions— : le déclassement (le fait qu’un individu réussisse moins bien que ses parents) et le descenseur social (un individu qui, à l’échelle de sa propre vie, bascule dans une situation plus défavorable qu’avant). Ces deux réalités alimentent un sentiment d’anxiété fort. Ce dernier est en partie exagéré, mais il renvoie à une vulnérabilité plus grande qui, elle, est bien réelle. Ce qui tend à la généraliser, c’est la diffusion d’un type d’emploi qui ne protège pas de la pauvreté, qui ne donne pas aux gens les marges de manœuvre dont ils ont besoin pour faire face aux coups du sort (perte d’emploi, maladie, divorce…).
Que pensez-vous de l’obligation qui va être faite aux chômeurs d’accepter toute offre raisonnable d’emploi ?
Cela relève d’un schéma mental qui consiste à rechercher la faute toujours du côté de celui qu’on appelle la personne démunie ou hors emploi. Il y a une présomption d’ »assistanat », de paresse et de culpabilité qui pèse sur tous les individus qui, à un moment, ont besoin, un peu plus que les autres, du soutien de la collectivité. Comme si les gens organisaient volontairement leur inemployabilité. C’est infondé statistiquement et ça ne correspond à rien de ce que les études qualitatives peuvent montrer. Il peut y avoir ponctuellement des abus. Mais il ne s’agit pas de fonder une politique sur les cas marginaux.
Le discours qui vilipende les fraudeurs et les assistés est une manière de ne pas s’occuper du vrai problème. Le vrai problème, c’est que les emplois qui sont produits ne sortent pas les gens de la pauvreté, pour une part trop importante. Et de ce point de vue, il n’est pas évident que le RSA soit une solution car il pourrait contribuer à maintenir une certaine pression sur les bas salaires— : pour des employeurs mal intentionnés, le RSA pourrait se substituer à la part des salaires qu’ils se dispensent de verser.
Les réformes mises en œuvre sont-elles cohérentes avec les discours ?
Les réformes sont cohérentes et inégalitaires. Nombre de mesures mises en œuvre avaient été annoncées. En revanche, pendant la campagne, Nicolas Sarkozy a pris une posture laissant entendre que les plus vulnérables, les travailleurs, ceux qui se lèvent tôt et en bavent, avaient grand intérêt à ce qu’il soit élu. La seule lecture de son programme le démentait. La suite l’a confirmé. Le « paquet fiscal » voté en août —2007 a surtout eu pour effet de soustraire encore davantage à l’impôt les foyers les plus privilégiés (réforme des successions, bouclier fiscal, régime des donations) et a privé la collectivité de ressources fiscales importantes. Au contraire, certaines mesures défavorisent les plus modestes et les vraies classes moyennes (par exemple, les franchises médicales ou la réforme à venir des seuils de majoration des allocations familiales).
En même temps, certains reprochent à Nicolas Sarkozy de jouer la rigueur sans le dire, je crois que de ce point de vue, il y a beaucoup d’hypocrisie. Il est légitime qu’un responsable politique ajuste ses propositions en fonction du contexte économique. Une fois dit cela, il faut être attentif aux choix faits et qui sont, pour une part, entrés dans la définition des contraintes budgétaires. Et l’on peut également critiquer la manière injuste de gérer ces contraintes.
Iriez-vous jusqu’à dire que ces réformes menacent la cohésion sociale ?
Non, c’est une accusation trop grave. La cohésion sociale n’a besoin de personne pour se dégrader. Ce sont les circonstances et certaines dynamiques économiques et sociales qui la délitent. Ce dont nous avons besoin en revanche, c’est d’un gouvernement qui lutte activement contre les processus de »décohésion sociale » en cours.
Par Paul Fabra paru dans les échos pouvoir d’achat et mondialisation
L’abaissement du pouvoir d’achat continue d’empoisonner en France les relations politiques entre gouvernants et gouvernés. Cette nouvelle crise nationale se rattache à une dégradation des structures du capitalisme qui affecte pratiquement touts les pays dits « développés ». L’enjeu est ni plus ni moins que leur aptitude à le rester.
Sur les deux rives de l’Atlantique, le malaise date d’environ une vingtaine d’années. Ce n’est pas rien. La cause principale n’en serait-elle pas la conjonction de la précarité et du manque de perspectives pour une augmentation significative de la feuille de paie ? Et si c’était la capacité des entreprises à accueillir et à conserver une main-d’oeuvre motivée et fidèle qui était devenue déficiente, pour cause de contraintes financières démesurées ? Pour la première fois depuis deux siècles, hormis la grande dépression des années 1930, le niveau de vie de la majorité de la population apparaît compromis.
Dans un article publié le 5 mai par le « Financial Times », un célèbre professeur de l’université Harvard va aussi loin qu’un ancien homme de pouvoir (et qui pourrait le redevenir) peut aller dans la critique de ce qui est le cadre conceptuel de la politique internationale de son pays – et aussi de l’Union européenne et du Japon. Lawrence Summers écrit : « En s’opposant (…) à l’internationalisme économique, les travailleurs (« workers ») ne font qu’exprimer une croyance qui s’est imposée progressivement à eux : ce qui est bon pour l’économie mondiale et le business qui s’en fait le champion ne l’est pas forcément pour les salariés. Les arguments rationnels ne manquent pas pour justifier ce point de vue. »
Summers préconise une coopération poussée des principaux Etats en matière de fiscalité, de régulation, de normes minimales du travail, etc. Un programme de bonne volonté. Reste la conclusion : « Le découplage entre les intérêts du monde des affaires et celui des nations est peut-être inévitable ; un découplage entre la politique économique internationale et les intérêts des travailleurs américains ne l’est pas. » A en croire le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, les négociations de Doha portent en elles un démantèlement des obstacles aux échanges internationaux quatre à cinq fois plus « efficace » que les précédents rounds. Une raison péremptoire pour les laisser se perdre dans les sables ?
La question brûlante est la suivante : l’incomparable force d’entraînement que constitue le libre-échange généralisé pour la croissance économique – les progrès fulgurants de la Chine, de l’Inde et autres sont probants – serait-elle en train de se retourner contre les grandes puissances commerciales du monde développé qui l’ont promue ? Aujourd’hui comme hier, la notion d’« avantage comparatif », dérivée de l’oeuvre de David Ricardo (1772-1823), est au coeur du débat. Elle reste l’unique justification que l’on connaisse de la libéralisation universelle du commerce.
La confusion règne autour de ce sujet dans les « business schools » et parmi les dirigeants. On y oscille entre l’idée de guerre économique (le contraire du commerce) et le mythe du meilleur des mondes possibles. Rien de tel pour s’affranchir de ces phantasmes contradictoires que de réfléchir sur la dynamique de l’avantage comparatif (qu’il serait plus judicieux de dénommer « désavantage comparatif »). Dans l’économie de l’échange (appelée « de marché »), chaque transaction est une transaction indépendante. C’est par là qu’il faut commencer. Que la transaction en question s’inscrive dans le cadre d’un marché de village ou dans celui du village planétaire n’y change rien. D’où, soit dit en passant, le scandale constitué par la pratique de la titrisation et mis au jour par la contamination des crédits « subprimes ». Lamentable est un procédé destiné à disséminer les effets du contrat originel entre tel prêteur et tel emprunteur.
Un exemple simplifié (« stylisé »), célèbre dans l’histoire de la pensée économique, illustre à merveille le point de départ minuscule de la dynamique de l’échange. Voici deux artisans en présence l’un de l’autre. Ils confectionnent, l’un et l’autre, des chaussures et des chapeaux. L’un est plus doué que l’autre dans les deux emplois. Mais pas dans les mêmes proportions. En une journée, il fabriquera cinq chapeaux et son concurrent, quatre seulement (avantage compétitif : + 20 %). Pour les chaussures, l’écart est plus marqué : trois paires contre deux (avantage compétitif : + 33 %). Il est de leur intérêt mutuel que l’artisan le plus « compétitif » en tout se spécialise dans la fabrication des chaussures (où il donne le meilleur de lui-même) et que l’artisan à la traîne suive la même règle : qu’il se cantonne dans la confection des chapeaux où il donne, lui aussi, le meilleur de lui-même, sans égaler pour autant, il s’en faut de beaucoup, la performance de son concurrent.
La petite collectivité qu’ils forment ensemble tire ainsi parti du travail de tous ses membres. La production (et donc le revenu) est presque doublée par rapport à ce qu’elle serait si le « meilleur » en tout restait seul en lice. Et aucun des deux n’est obligé, via l’impôt par exemple, d’assister l’autre pour lui permettre de survivre.
De cette hypothèse à ras de terre, Ricardo passait à une autre tout aussi parlante pour nous. Il suppose que le Portugal surpasse en compétitivité l’Angleterre tant pour la production du vin que celle des textiles. Pourtant, chacun des deux pays aura intérêt à se spécialiser dans le secteur où il donne le meilleur de lui-même – le Portugal dans le vin, les Anglais dans le drap – et qu’ils échangent leurs productions. Ô surprise ! La théorie moderne du libre-échange s’est élaborée sur l’idée que le pays le plus développé est aussi le moins compétitif (en termes de productivité du travail).
Avec une prescience admirable, due à la seule vertu de la logique, Ricardo nous dit que dans cet arrangement naturel il y a deux perdants : les capitalistes anglais qui gagneraient bien davantage s’ils déménageaient capital et main-d’oeuvre au Portugal ; les consommateurs des deux pays. Mais il est bien clair que le sort des consommateurs anglais serait gravement compromis si le capital industriel devait quitter leur pays. Ricardo se félicite hautement que les capitalistes anglais, par « répugnance naturelle de l’homme à quitter son pays de naissance », autrement dit par patriotisme économique, renonce à maximiser leur profit. La théorie du « commerce parfaitement libre » qu’il nous a transmise exclut par construction la mobilité des facteurs de production.
La mondialisation n’est autre que la revanche à retardement mais sans limite des « capitalistes ». Pour combien de temps ?