pour les terminales un peu de sociologie « qui avait fait disparaître les classes sociales des modes de lecture du monde social « 

18 10 2011

Qui a fait disparaître les classes sociales ?

par PIERRE MERCKLÉ

 

Entre une observation ethnographique au stade de France mardi soir et un comité de rédaction de la revue Sociologie jeudi matin, j’ai profité d’un séjour parisien pour écouter les interventions rassemblées dans une journée d’études passionnantes, organisée donc ce mercredi 12 octobre 2011 sur le Campus Jourdan de l’ENS Ulm par Alexnadra Bidet et le « GDR Economie & Sociologie » du CNRS. Cette journée portait un titre un peu long : « Les classes sociales ont-elles été dissoutes par les socio-économistes dans les réseaux, les générations et la hiérarchie des revenus ? » (voir le programme ici), mais en gros, comme l’a expliqué Florence Jany-Catrice en préambule des interventions de la matinée,  il s’agissait de se demander qui avait fait disparaître les classes sociales des modes de lecture du monde social traditionnellement mobilisés, en sociologie et ailleurs. Pour elle, la réflexion part d’un constat, celui de la marginalisation de la notion de « classes sociales » dans le vaste champ de la sociologie économique, au profit d’autres opérateurs, comme les réseaux, les générations, les centiles de revenu… Les intervenants ont donc eu pour consigne d’essayer d’interroger les fondements de cette marginalisation et ses enjeux, et le rôle d’une part des classements et des nomenclatures alternatives, et d’autres part des approches en termes de réseaux sociaux, dans cet effacement.

Comme Florence Jany-Catrice l’explique ensuite pour introduire les interventions de la matinée, en France on a longtemps disposé d’une nomenclature, d’un outil commode pour penser la stratification sociale, celui des PCS : un outil pensé pour le fordisme, mais multidimensionnel, dont l’efficacité tenait aussi sans doute à cela que les PCS était à la fois des catégories savantes et des catégories profanes, dont tout le monde pouvait s’emparer. Et c’est au recul du recours à cette nomenclature pour penser le monde social qu’on assiste aujourd’hui, dans un contexte où pourtant on assiste à la montée des inégalités sociales et à la baisse de la mobilité sociale. Comment expliquer ce paradoxe ? Ce recul est-il dû à une transformation ontologique du monde social, comme en particulier la montée de l’individualisme ? Ou bien à l’émergence de nomenclatures concurrentes, par exemple au niveau européen (ISCO, ESEC…) ? Ce serait alors tout autant la réalité qui se transformerait, que les outils à disposition pour en rendre compte… Mais cela ne dit rien de la capacité des sociétés à s’emparer de ces nouvelles nomenclatures, des représentations du monde social qu’elles véhiculent, et même des enquêtes qui pourraient les mobiliser… Pour préciser les contours et les enjeux de ces questions, la matinée se poursuit avec les interventions d’Alain Desrosières, d’Alain Chenu, de Thomas Amossé, de Cécile Brousse, d’Etienne Pénissat et de Luc Boltanski, que j’essaie de vous résumer assez succinctement ci-dessous…

la suite là par P MERCKLE




pour les terminales J.Stiglitz L’austérité ne marchera pas …

18 10 2011

L’économiste américain, prix Nobel d’économie en 2001, livre son analyse sur la crise et sur les moyens d’y faire face.

Youphil: Les banques refont des profits et les bonus augmentent, mais nous sommes toujours dans un marasme économique. Pourquoi?

Joseph Stiglitz: C’est parce que le problème fondamental n’était pas seulement un problème qui vient du secteur financier. En 2007, l’économie avait une maladie qui a été masquée par la bulle immobilière qui a permis aux gens de consommer au-delà de leurs moyens. Si on n’avait pas eu cette bulle, on aurait eu un déficit en demande agrégée et l’économie aurait été faible.

Revenir à un système bancaire réparé nous laisse donc quand même avec les problèmes d’une économie faible. Renflouer les banques était nécessaire, mais pas suffisant. Et c’est là que le gouvernement d’Obama et ceux qui étaient proches du système bancaire se sont trompés. Les banques se sont très mal comportées et elles ont agravé la crise. En passant beaucoup de temps à s’occuper des banques, on en a oublié les problèmes de fonds.

Youphil: Quels sont ces problèmes de fond?

J.S.: Ceux qui ont causé la bulle. Il faut comprendre pourquoi nous avons eu besoin de diminuer les taux d’intérêts à ce point. C’est dû, entre autres, à la compétition avec les marchés émergents, la productivité croissante dans l’industrie qui se serait traduite par plus de chômage, le système monétaire international qui a amené les pays à épargner de plus en plus, les prix élevés de l’énergie qui transfèrent l’argent aux pays producteurs de pétrole. Voici certaines de ces causes auxquelles nous n’avons pas fait face.

Youphil: Vous parlez souvent de fétichisme du déficit. Qu’est-ce donc?

J.S.: C’est cette idée que la plus importante chose que nous devons faire est de se débarasser du déficit et que, si nous ne faisons que cela, l’économie sera saine. C’est évidemment incorrect. En ce moment, diminuer le déficit affaiblira l’économie. L’austérité n’est pas la solution ; cela aggravera nos problèmes.

Vraiment, ce que nous devons faire est trouver comment remettre les Etats-Unis au travail. Or cela requerra plus de dépenses et une augmentation du déficit.

Youphil: Quelles sont les solutions concrètes qu’il faudrait appliquer maintenant?

J.S.: Au niveau mondial, nous avons besoin d’une stratégie de croissance orientée. Ce qui implique de répondre à cette question : comment peut-on stimuler l’économie pour qu’elle crée des emplois?

Le second problème de l’Europe est la résolution de la crise de l’euro. Comment soutient-on les pays qui ont des difficultés en préservant l’euro? Voilà pour le court terme.

Sur le moyen terme, il y a deux défis qui ne seront pas résolus vite mais dont il faut se soucier: d’abord, les inégalités croissantes dans la plupart des pays et, ensuite, la réforme du système monétaire et de réserve international.

Youphil: Comment stimuler l’emploi?

J.S.: Cela demandera des dépenses publiques. Pour le moment, nous sommes en train de couper les dépenses publiques aux Etats-Unis. Ce faisant, le gouvernement est en fait en train de contribuer au problème du chômage plutôt que de compenser les faiblesses du secteur privé.

Nous avons besoin d’énormes efforts d’investissements en infrastructure, en technologie et en éducation. Il faut donc un programme d’investissement créateur d’emplois, qui aide l’économie à restructurer sa dépendance par rapport aux secteurs qui doivent être affaiblis (l’immobilier, l’industrie, la finance) et à aller vers des secteurs qui doivent être intensifiés (les services, la santé, l’éducation)

Youphil: Que peut-on faire par rapport à la crise de l’euro?

J.S.: Une partie de la réponse repose sur la solidarité européenne et l’engagement à aider les pays en difficulté. Cela peut prendre différentes formes: une euro-obligation, un cadre physique commun avec des taxes communes pour soutenir l’activité économique européenne, une stratégie de croissance, reconnaître que la Grèce ne résoudra pas ses problèmes par l’austérité et qu’elle doit se concentrer sur la croissance. Il y a beaucoup de possibilités, mais ce qui ne marchera pas c’est l’austérité.

Youphil: Avez-vous un conseil à donner à Christine Lagarde?

J.S.: Il faut créer un nouveau système de réserve globale. Sur le court terme, il faut étendre les droits de tirages spéciaux. Cela avait été fait en 2009, et ça a aidé, mais il faut maintenant le faire sur une base régulière. Les trois autres défis sont: améliorer le système de recouvrement de la dette souveraine, réguler les flux entre les pays et réguler les institutions financières globales.

Youphil: Qu’en est-il du problème de l’inégalité croissante?

J.S: Sur le court terme, il faut renforcer la taxation progressive, les filets de sécurité et la protection sociale. Sur le long terme, le plus important est de s’assurer que tout le monde ait accès à l’éducation qu’il mérite. Penser aussi à la manière dont les politiques industrielles peuvent augmenter la demande de main d’oeuvre au bas de l’échelle.

Jusqu’à présent, le secteur privé a mis l’accent sur des innovations qui créent du chômage, au lieu d’innovations qui protègent notre environnement par exemple. Si on réquilibre ces innovations, notre économie sera plus saine.

Une de mes inquiétudes est que les taux d’intérêts de plus en plus bas encouragent les entreprises à choisir des robots qui remplaceront la main d’œuvre. Nous sommes en fait en train de créer les fondements d’une économie sans emploi.

Youphil: Comment imposer cela au secteur privé qui cherche à diminuer les coûts?

J.S.: Nous devons les encourager à penser à des coûts qui peuvent être subventionnés, comme les coûts environnementaux.

Youphil: Vous étiez à Occupy Wall Street le 2 octobre. Qu’en pensez-vous?

J.S.: J’étais un peu surpris que ça ait mis autant de temps à se faire! C’est tout à fait compréhensible que les Américains soient furieux. On leur a dit: “si on donne 800 millions de dollars aux banques, elle recouvreront leur santé. Ne mettons pas de contraintes et les prêts seront restaurés et l’économie se rétablira.” Et c’était faux.

A la place, on a vu le gouvernement donner de l’argent aux banques, les banques donner de l’argent à leurs cadres, payer les dividendes et les gros bonus. Les banques se sont rétablies mais les prêts aux petites et moyennes entreprises n’ont pas été rétablis. L’Américain moyen souffre, les banques continuent de l’expulser de chez lui, les saisies continuent avec la même violence, les abus des banques sous la forme de prêts prédateurs ou de cartes de crédits aussi, alors même que ce sont les contribuables américains qui ont renfloué les banques.

Quand on donne autant d’argent aux banques et qu’elles retournent la faveur en maltraitant le citoyen moyen, c’est compréhensible qu’ils soient énervés. Et en plus, il n’y a toujours pas de travail.

Youphil: Toutes ces propositions impliquent un plus grand investissement de la part de l’Etat.  Les Etats-Unis sont-ils prêts à faire cela?

J.S.: Cela va être difficile, mais de plus en plus d’Américains voient que le marché n’est pas la solution. Il ne s’agit pas d’abandonner le marché mais c’est l’équilibre qui n’est pas bon. C’est aussi ce qu’a réalisé le mouvement du Tea Party qui, d’une certaine manière a eu le même genre de genèse.

Ils ont raison dans une certaine mesure sur le diagnostic, mais leur réponse est incorrecte car ils déséquilibrent encore plus le système en se débarrassant du rôle du gouvernement.

La question n’est pas celle de la taille du gouvernement mais de ce que le gouvernement a fait. Donc il ne s’agit pas juste d’occuper Wall Street, mais d’empêcher Wall Street de faire ce qu’il fait et de lui faire faire ce qu’il doit faire. De la même manière, il s’agit donc de faire en sorte que le gouvernement fasse ce qu’il doit faire.

Youphil: Cela requiert une volonté politique forte…

J.S.: Ce qui est intéressant est que ce mouvement est parti de New York et s’est répandu dans tout le pays. Mais évidemment, l’argent et les lobbyistes parlent plus fort donc je ne pense pas que ce soit un problème qui soit résolu du jour au lendemain.

Youphil: Et avec les prochaines élections?

J.S.: A vrai dire, je ne suis pas très optimiste. Je pense que cela prendra encore cinq ans.

Youphil: D’autant plus qu’il y a un risque de récession en double-creux aux Etats-Unis et en Europe…

J.S.: Je pense que ce risque est élevé. Peut-être qu’il y aura une croissance très lente, mais que ce soit ça ou une récession en double-creux, la croissance sera trop molle pour avoir un impact sur les 25 millions d’Américains au chômage qui veulent trouver un emploi.

Crédit photo: Joseph Stiglitz à l’opéra de Sidney – Daniel Baud.

 

 

 




Protégé : pour les TES la QSTP sur la question en cours

18 10 2011

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les liens avec la crise de 29…Avec la crise, les théories keynésiennes sont remises au goût du jour

18 10 2011

là un article de la Dépeche 

Avec la crise, les théories keynésiennes sont remises au goût du jour

Réguler le capitalisme sans porter atteinte à l’autonomie de l’entreprise privée et refuser l’idée que les marchés s’autorégulent, tel est le credo de Keynes, l’un des penseurs économiques les plus influents du XXe siècle, auteur de la « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie ».

« Keynes a bâti sa théorie en partant de l’hypothèse que les marchés dysfonctionnaient et que le dysfonctionnement des marchés impliquait, pour que l’économie capitaliste puisse tenir debout, une intervention publique », selon Jean-Paul Fitoussi, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

« Or, ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’on a un dysfonctionnement majeur des marchés » et que cela « a amené naturellement à une intervention publique qui a été massive », constate l’économiste.

Pour Keynes, dans un contexte de crise, l’Etat doit adopter une politique monétaire avec injection de liquidités et baisse des taux d’intérêt.

Il doit aussi relancer la demande grâce en particulier à un accroissement des investissements publics et la redistribution des revenus au profit des classes aux ressources les moins élevées.

Des recettes qui reviennent en vogue dans les cabinets ministériels: le ministre des Finances britannique Alistair Darling a indiqué dimanche que la Grande-Bretagne allait augmenter ses dépenses publiques, suggérant le choix d’une approche keynésienne, en engageant des projets de grande envergure notamment dans le logement, l’énergie et les petites et moyennes entreprises.

Toutefois, pour Edwin Le Héron, président de l’Association pour le développement des études keynésiennes, toute relance conjoncturelle « part dans le vide ».

« Il faut séparer deux choses, souligne-t-il. Il y a d’une part un certain nombre de personnes qui disent qu’il faut re-réguler le capitalisme, qu’il faut changer la structure du capitalisme (…). Il y en a d’autres qui disent qu’il y a une politique de relance de l’économie réelle, avec des plans de relance conjoncturelle ».

« Les deux peuvent apparaître comme des idées keynésiennes », mais « j’ai tendance à penser que ce qui me semble keynésien, c’est une refonte structurelle du capitalisme », estime-t-il.

L’annonce de la réunion d’une série de sommets pour élaborer et appliquer les réformes du système financier international va dans ce sens. Mais « la fenêtre est très étroite » selon M. Le Héron, qui souligne les réticences des Américains à réformer un système issu des accords de Bretton Woods de 1944 et qui étaient centrés sur le modèle américain.

Plus optimiste, M. Fitoussi juge que « tous les pays actuellement sont à la recherche de bonne régulation, parce que la crise n’a épargné » personne. Si tout le monde a ressenti l’urgence de la régulation, tous ne sont pas d’accord sur ses modalités, note-t-il, faisant notamment allusion aux pays européens.

« In fine l’Europe a été capable de s’accorder sur un plan, la zone euro, et l’UE ensuite a été capable de s’accorder sur un plan global de sauvetage du système financier », rappelle M. Fitoussi. »Cela implique que peut-être les pays européens pourraient s’accorder sur un plan global de régulation des marchés », estime-t-il.




destruction créatrice JA Schumpeter …EDS

17 10 2011

un articleassez ancien d’Elie Cohen à retrouver là 

« L’impulsion fondamentale qui met en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d’organisation industrielle… un même processus de mutation industrielle révolutionne incessamment de l’intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs. Ce processus de destruction créatrice … » Capitalisme, socialisme et démocratie Payot 190 pp 116

 

En ces temps de krach de la « Nouvelle Economie » il est rafraîchissant de relire Schumpeter, économiste de l’innovation mais aussi des cycles, théoricien du capitalisme mais aussi analyste subtil des marchés imparfaits, praticien de l’économie mais aussi observateur inquiet du devenir des démocraties. Pour qui prend la peine de le lire encore, tout devient lumineux : les ressorts de la croissance comme ceux de son épuisement, le rôle de l’entrepreneur comme la montée de la grande organisation, les mécanismes atemporels du marché comme leur inscription dans une histoire et une géographie.

 

En critiquant le « circuit stationnaire » de Walras et en se donnant pour programme explicite la recherche des lois du changement, Schumpeter produit une théorie de la dynamique économique. C’est l’entrepreneur qui enclenche la dynamique de la « destruction créatrice » et met en branle le changement social. En état stationnaire, le profit est impossible, or l’entrepreneur est celui qui, par l’innovation, cherche le profit. Pour financer l’investissement, les banques prêtent à l’entrepreneur et créent à cet effet une monnaie gagée sur des résultats futurs. Ainsi le capital se forme, il est rémunéré par l’intérêt sur les emprunts. Au total le profit dégagé après paiements des intérêts est la rémunération du risque pris.

 

Schumpeter n’aurait guère été dépaysé par nos débats récents sur la « Nouvelle économie », il aurait vu dans le foisonnement technologique des réseaux, des mobiles, des bio-technologies une de ces grappes d’innovations qui sont à l’origine d’un changement de paradigme technique, source d’une nouvelle vague de gains de productivité et donc de croissance. Il aurait reconnu la figure familière de l’entrepreneur chez les jeunes gens pressés de l’internet, et chez les « venture capitalistes » les innovateurs financiers des temps nouveaux. Comme théoricien des cycles, il n’aurait guère adhéré aux discours sur la croissance continue sans retournements, ni crises . Comme théoricien de notre modernité, il aurait fait merveille. Dans les sociétés modernes, écrivait-il, la recherche du profit par l’innovation est limitée par la logique de la démocratie et contrée par les passions idéologiques. Rien n’est donc jamais acquis, ni l’économie ouverte, ni la responsabilité de l’entrepreneur, ni la bénévolence du pouvoir politique. Là aussi le mouvement anti-mondialisation sonne comme un rappel aux réalités. La contestation de l’ouverture économique au nom de la préservation des différences, la dénonciation des autorités de régulation qu’il s’agisse du FMI, de l’OMC, ou de l’Union Européenne au nom de la souveraineté, de la préservation de la planète ou de la défense des pauvres peut si l’on n’y prend garde réhabiliter le protectionnisme.

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un cours lui aussi ancien mais encore opérationnel

Les médias présentent journellement la compétition entre nations comme un problème de compétitivité. Les exemples allemand et japonais montrent que la qualité des produits, leur aspect novateur sont des éléments importants. Ce faisant, on introduit le rôle fondamental de la recherche pure, donnant naissance aux inventions, et de la mise sur le marché de ces produits, c’est à dire l’innovation.

Ainsi, on réaffirme l’actualité de l’analyse de J.A. Schumpeter (1883-1950). Cet économiste américain d’origine autrichienne, tout en étant libéral, emprunte à plusieurs écoles, ce qui en fait un “ inclassable ”. Sa pensée n’est pas réductrice : il intègre l’histoire économique et sociale, ainsi que des éléments sociologiques.

Ouvrages principaux : “ théorie de l’évolution économique ” (1912), “ business cycles ” (1939), “ capitalisme, socialisme et démocratie ” (1942), “ histoire de l’analyse économique ” (1954). Par rapport au libéralisme « standard », il s’intéresse à la croissance à long terme et réfute ainsi l’idée d’une tendance longue vers l’état stationnaire. Comme « hétérodoxe », il n’hésite pas à faire référence à Marx, et intègre dans ses travaux des études sociales et politiques.

 

I L’analyse schumpeterienne de la croissance.

(1) La théorie des cycles.

a) Principes.

La théorie de Schumpeter s’inscrit dans la même démarche que celle vulgarisée à partir des travaux de l’économiste soviétique Kondratiev. Ce dernier a tenté de démontrer l’existence de cycles longs du capitalisme (ondes longues / long waves). Un cycle se définit par l’enchaînement mécanique récurrent suivant : expansion / crise / dépression / reprise. On repère une phase d’expansion à l’accroissement durable de la production ou des prix (et inversement). La durée moyenne de tels cycles serait de 50 ans. Ils seraient récurrents, d’où le nom de cycles. Cela donnerait au capitalisme un caractère non stationnaire (remise en cause de la thèse libérale), et non déterminé (remise en cause de la thèse marxiste). Sous forme de schéma :

b) L’apport de Schumpeter.

Schumpeter lui-même a des difficultés à faire apparaître clairement ces cycles ; la lecture de « capitalisme, socialisme et démocratie »(1942) indique qu’il reconnaît les cycles suivants :
Note de lecture : selon Schumpeter, une crise majeure a eu lieu en 1857, mettant fin à une phase d’expansion longue commencée entre 1840 et 1850 ; la dépression dura selon lui jusqu’en 1897.
Les auteurs contemporains cherchent à leur tour à mettre en évidence des « cycles » d’inventions et d’innovations qui pourraient « coller » au schéma schumpeterien. Ainsi, l’Expansion, dans un numéro fameux de 1983, sous la plume de Ph. Lefournier, proposait le diagramme suivant :

source : Philippe Lefournier, « la fin d’un monde », dans deux siècles de révolution industrielle, Hachette-L’Expansion 1983

Note de lecture : on comptait 17 innovations fondamentales vers 1890, et 8 inventions fondamentales vers 1900.

Le graphique montre évidemment des cycles, caractérisés par des «pics», comme par exemple en 1890, pour les innovations. On compte environ 50 ans entre ces sommets, ce qui confirmerait la périodicité de Kondratiev/Schumpeter.

On peut, avec certaines précautions, admettre l’existence d’un lien entre l’innovation et le rythme de la croissance. Tout se passe comme si les inventions atteignaient leur maximum au cours des phases de dépression. Préparées durant la phase B du cycle, elles suscitent alors une nouvelle phase d’expansion. Ce lien a été désigné par certains auteurs comme une révolution technologique* = innovation exerçant des effets d’entraînement si importants qu’elle remodèle l’ensemble du système productif, l’organisation du travail, les rapports sociaux et les modèles socioculturels. Ch. Stoffaës distingue cinq «révolutions industrielles».

périodes 1789-1849 1849-1896 1896-1945 1945-1995 1995-2025
cycles du … textile-charbon sidérurgie-chemins de fer automobile-électricité pétrole, chimie, aéronautique informatique, bio-technologies

Remarquons encore une fois que les périodes mises en évidence changent au gré des auteurs …

 

(2) La dynamique du capitalisme selon Schumpeter : la « destruction créatrice ».

La destruction créatrice est, selon Schumpeter, le processus par lequel des entreprises nouvelles, fondées sur des innovations, se substituent à des entreprises vieillies et routinières, ce qui provoque une disparition des firmes et branches anciennes, donc une « destruction », mais aussi l’apparition de nouveaux secteurs porteurs, la « création ».
Elle a des effets ambivalents :

- elle a des effets dépressifs : la concurrence accrue pour les entreprises vieillies conduisant aux restructurations, au désinvestissement, au chômage.

- mais elle a également des effets expansifs : investissements forts et créations d’emplois dans les activités nouvelles, développement économique grâce à l’élévation du niveau de vie.

Démonstration :

· phase d’expansion :

en phase d’expansion, les innovations majeures permettent à ceux qui les maîtrisent de disposer d’un monopole temporaire => superprofits dans la branche innovante => attraction d’investisseurs attirés par ces profits => effets d’entraînement amont-aval ( plus de commandes aux autres secteurs, par exemple) => plus d’investissements => accélération croissance économique => créations d’emplois, surchauffe (la demande est trop forte hausse prix, hausse TXI car trop d’investissements à financer) => dégradation de la rentabilité des activités nouvelles.

· Phase de dépression:

saturation marché des innovations + destruction des activités anciennes => baisse des profits dans les secteurs innovants, restructurations dans les secteurs vieillis => désinvestissements, licenciements, restructurations => recul de l’activité => baisse Demande => dégradation de la conjoncture, baisse prix, baisse des TXI => capitaux disponibles pour financer les prochaines innovations (on retrouve le constat empirique du § précédent, à savoir la montée des inventions durant la phase B).

(3) Le problème de la discontinuité des innovations.

Pour Schumpeter, les innovations n’apparaissent pas de manière continue, mais en « grappes ». Une grappe d’innovations : apparition dans un cours laps de temps d’un ensemble d’innovations complémentaires, exerçant un effet d’entraînement sur l’économie. Exemple : fin XIX ème siècle, le moteur à explosion, l’industrie pétrolière, le macadam, etc … Cette simultanéité résulte des effets d’entraînement que les entrepreneurs exercent les uns sur les autres. Elle est indispensable pour créer des déséquilibres dans l’économie, amenant de nouveaux ajustements. Si les innovations apparaissaient de manière continue, leurs effets seraient absorbés par le système, donc très atténués.  Si les innovations apparaissent en grappes, elles provoquent l’apparition de goulets d’étranglement nécessitant de remodeler le système technique. De plus, leur impact sur l’investissement devient suffisamment fort pour permettre aux entrepreneurs de réaliser des super-profits et concurrencer des branches anciennes, précipitant leur destruction et, partant, le remodelage de l’économie. Au contraire, une innovation à rythme continu s’apparenterait à une innovation incrémentale, qui, par exemple, ne bouleverse qu’à la marge les comportements, et n’engendre pas un renouvellement des techniques productives. Exemple : four à micro-ondes.

On peut mettre en avant une explication « sociologique » de cette discontinuité : on retrouve la conception de Schumpeter selon laquelle les entrepreneurs forment une élite, capable de faire preuve de suffisamment de force de caractère pour vaincre la routine. Il leur faut donc d’abord briser des obstacles, vaincre des résistances inutiles avant de pouvoir imposer leurs idées (cf. Marcel Dassault et le Mirage I voulu par l’Armée de l’Air, absurdité technique, et M. Dassault imposant tout seul son concept de Mirage III, réussite absolue).

De même, il existe aussi une explication technique : même celui qui a des idées nouvelles ne peut pas toujours les mettre en pratique si le reste du système technique n’atteint pas un niveau suffisant : la vapeur sous l’antiquité, le fardier de Cugnot, la voiture à explosion de Lenoir … Ainsi, l’apparition d’innovations viables n’est possible que lorsque le système technique s’est ajusté, c’est à dire à la suite de la mise en place d’un ensemble de techniques interdépendantes et complémentaires.

II L’analyse schumpeterienne de l’innovation.

(1) Une sociologie de l’entrepreneur.

Schumpeter essaye de magnifier le rôle de l’entrepreneur. Il le définit comme celui qui a assez de force pour introduire une innovation dans l’économie. Ex: Ford ou Citroën introduisant le travail à la chaîne. Malheureusement, l’immense majorité des dirigeants de firmes ne sont que des gestionnaires : comptables, financiers, ingénieurs de production. Ils ne font qu’appliquer de manière routinière des techniques apprises. Au total, Schumpeter montre que l’entrepreneur est un être isolé qui doit lutter contre le goût pour la routine et la tendance au bureaucratisme. Ces êtres, peu nombreux, capables de parvenir à leurs fins, forment ainsi une sorte d’élite (thèse de 1912).

(2) Sa conception de l’innovation.
Pour Schumpeter, une innovation va bien au delà du simple aspect technique. Il distingue en effet cinq types d’innovations :

- procédés de fabrication nouveaux

- innovations de produits

- innovations dans l’organisation

- innovations de marchés

- innovations dans les sources d’approvisionnement.

Exemples : voici quelques faits contemporains, correspondent-t-ils à des innovations au sens de Schumpeter ?

OUI NON Justification
mise sur le marché du DVD X nouveau produit
mise en évidence du génome humain X invention pas encore commercialisée
tunnel sous la Manche. X nouveau produit
maïs transgénique X nouveau produit
exploration de Mars par un robot X sciences pures
nouveau packaging pour Pepsi-Cola X c’est une innovation « incrémentale »

 

(3) Une vision critique de la concurrence.

Schumpeter est réservé sur la Concurrence Pure et Parfaite(CPP). En effet, il sait que l’innovation est certes le moteur de la croissance, mais c’est en même temps un acte risqué. Pour accepter cette prise de risque, l’innovateur doit pouvoir compter sur du temps pour imposer ses idées, ce qui va à l’encontre d’une concurrence trop forte. Il doit être « rassuré » en pouvant compter sur un certain flux de recettes lui permettant de rentabiliser sa « mise de fond » initiale. C’est dans ces conditions que Schumpeter est un défenseur de la concurrence monopolistique et des oligopoles. Ceux-ci permettent d’éviter une concurrence « sauvage » et une lutte trop dure portant uniquement sur les prix et les coûts de production.

Pourquoi ? Ces formes de marché  non ou moins concurrentielles permettent de réaliser des superprofits. Ceux-ci permettent aux firmes innovatrices de bénéficier de rentes de situation (vendent à un prix supérieur à celui qui prévaudrait en CPP ; exemples contemporains : Microsoft avec Windows, la SNCF pour le TGV …). Elles dégagent alors des capitaux pour financer leurs investissements, ce dont bénéficie alors l’ensemble de l’économie.

Mais ce tableau n’est pas idéal : quand la concurrence est insuffisante, on observe

- une hausse des prix défavorables aux consommateurs (cf. le pseudo marché français de la téléphonie mobile)

- risque de sclérose des entreprises avec le développement du bureaucratisme, freinant à terme la capacité d’innovation (IBM au début des années 1980 : la firme crée le PC, concept qui va lui échapper par manque de réactivité et erreurs stratégiques, à cause de sa « culture » de vente de gros systèmes à des clients plus ou moins captifs).

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et pour les élèves suivant l’enseignement de spécialité un cours ..qui leur permettra de faire les exercices sur ce chapitre d’EDS

 

 




Paradoxe de Solow

17 10 2011
Dès 1987, le prix Nobel Robert Solow [...] constatait que « l'âge de l'ordinateur est arrivé partout, sauf dans les statistiques de la
productivité ».En effet, alors que la diffusion des technologies dans les entreprises aurait dû accroître la productivité du travail, les
indices de productivité stagnaient. Depuis, l'évolution a été assez faible: de 1992 à 1995, la productivité a augmenté seulement de 1 %
aux États-Unis, et de 2,1 % l'an de 1996 à 1998 (elle était de 3 % dans les années 60). Une révolution technologique qui n'améliore pas le
rendement du travail, voilà un mystère…
On explique aujourd'hui ce paradoxe par plusieurs arguments. Certains contestent simplement les instruments de mesure officiels; pour
d'autres, les NTIC ont initialement une faible productivité (à cause d'effet d'apprentissage, de coûts d'organisation) ; d'autres encore
soulignent que le paradoxe de Solow date de 1987 et que depuis, la productivité a beaucoup augmenté.
Les appréciations globales sont cependant à nuancer, tant les différences de productivité sont énormes selon les branches. Dans
certains domaines, comme les transports ou les banques, les gains de productivité sont très importants. Dans le commerce de détail, par
contre, ils sont faibles.
On comprend pourquoi: l'ordinateur et Internet ont révolutionné le travail dans la gestion des billets de train ou d'un compte bancaire.
Pour le marchand de légumes, ils n'ont eu qu'un faible impact. Et comme le secteur du commerce de détail emploie beaucoup de maind'oeuvre,
cela fait baisser la moyenne globale.
Jean -François DORTIER, Sciences humaines, Hors série n° 28, 2000.



voyage en Pologne 2011-2012

17 10 2011

Vous trouverez sur cette page beaucoup de liens qui même si ils sont anciens ne sont point obsolètes

Vous pouvez faire partager ce que vous trouverez en mettant des commentaires aussi bien là que sur le blog de Monsier Grimaldi d’Esdra 

 

 




les pôles de compétitivité en France

17 10 2011

Vous trouverez sous ce lien l’ensemble des pôles de compétitivité en France 

aucun chez nous ..Normal..?

 




Protégé : corrigé du dossier 3 chp intro

6 10 2011

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une emission de radio sur la main invisible de Smith

27 09 2011

là une emission de philo sur un sujet de SES