Protégé : retour sur ….les avantages comparatifs

31 03 2009

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pour les tes Ricardo… le drap et le vin suite

5 03 2009

Ricardo dans le texte

vous trouverez là les oeuvres de Ricardo dans le texte des principes d’économie politique

Le  *modèle *Ricardien, (qui a été formalisé postérieurement aux analyses de Ricardo.)

 On y retrouve effectivement des hypothèses qui pourraient se rapprocher de l’analyse néoclassique (à la différence importante près qu’il n’y a qu’un seul facteur de production)

Si l’on s’en tient au chapitre de Ricardo consacré au commerce extérieur ,il n’y a pas d’équation de maximisation de profit ou de mention de concurrence parfaite (et heureusement pour nos élèves!). Mais on retrouve bien l’idée d’une mobilité des capitaux entre secteurs dès qu’il y a des différences de profit qui apparaissent à l’intérieur même d’un pays.

Pour continuer, l’analyse Ricardienne s’accommode tout à fait de salaires différents entre pays, puisque ce que nous dit la théorie de l’avantage comparatif, c’est que même en cas de coûts de production absolus plus faibles au Portugal à la fois dans la production de drap et de vin par rapport à l’Angleterre, l’échange est profitable aux deux pays dès qu’il y a une différence de coûts relatifs.

l’extrait de Ricardo qui en parle :

“Dans un système d‘entière liberté de commerce, chaque pays consacre son capital et son industrie à tel emploi qui lui paraît le plus utile. Les vues de l’intérêt individuel s’accordent parfaitement avec le bien universel de toute la société. C’est ainsi qu’en encourageant l’industrie, en récompensant le talent, et en tirant tout le parti possible des bienfaits de la nature, on parvient à une meilleure distribution et à plus d‘économie dans le travail. En même temps l’accroissement de la masse générale des produits répand partout le bien-être ; l’échange lie entre elles toutes les nations du monde civilisé par les nœuds communs de l’intérêt, par des relations amicales, et en fait une seule et grande société. C’est ce principe qui veut qu’on fasse du vin en France et en Portugal, qu’on cultive du blé en Pologne et aux États-Unis, et qu’on fasse de la quincaillerie et d‘autres articles en Angleterre.

Dans un même pays, les profits sont en général toujours au même niveau, ou ne diffèrent qu’en raison de ce que le capital peut être consacré à un emploi plus ou moins sûr et agréable. Il n’en est pas de même d’un pays à l’autre. Si les profits des capitaux employés dans le Yorkshire surpassaient ceux des capitaux employés à Londres, les fonds passeraient bien vite de Londres dans le Yorkshire, et les profits se nivelleraient. Mais si le sol de l’Angleterre devenait moins productif, ou si l‘accroissement des capitaux et de la population venait à faire monter les salaires et à faire baisser les profits, il ne s’ensuivrait pas pour cela que le capital et la population dussent nécessairement abandonner l’Angleterre, et se porter en Hollande, en Espagne ou en Russie, où les profits pourraient être plus
élevés.

Si le Portugal n’avait aucune relation commerciale avec d‘autres pays, au lieu d’employer son capital et son industrie à faire du vin, avec lequel il achète aux autres nations le drap et la quincaillerie nécessaires pour son propre usage, ce pays se trouverait forcé de consacrer une partie de ce capital à la fabrication de ces articles, qu’il n’obtiendrait plus probablement qu’en qualité inférieure et en quantité moindre. La masse de vin que le Portugal doit donner en échange pour le drap anglais n’est pas déterminée par la quantité respective de travail que la production de chacun de ces deux articles a coûté ; – ce qui arriverait s’ils étaient tous deux fabriqués en Angleterre ou en Portugal.
L’Angleterre peut se trouver dans des circonstances telles qu’il lui faille, pour fabriquer le drap, le travail de cent hommes par an, tandis que, si elle voulait faire du vin, il lui faudrait peut-être le travail de cent vingt hommes par an : il serait donc de l’intérêt de l’Angleterre d‘importer du vin, et d’exporter en échange du drap.
En Portugal, la fabrication du vin pourrait ne demander que le travail de quatre-vingts hommes pendant une année, tandis que la fabrication du drap exigerait le travail de quatre-vingt-dix hommes. Le Portugal gagnerait donc à exporter du vin en échange pour du drap. Cet échange pourrait même avoir lieu dans le cas où on fabriquerait en Portugal l’article im­por­té à moinsde frais qu’en Angleterre. *Quoique le Portugal pût faire son drap en n’employant que quatre-vingt-dix hommes, il préférerait le tirer d‘un autre pays où il faudrait cent ouvriers pour le fabriquer, parce qu’il trouverait plus de profit employer son capital à la production du vin, en échange duquel il obtiendrait de l’Angleterre une quantité de drap plus forte que celle qu’il pourrait produire en détournant une portion de son capital employé à la culture des vignes, et en l’employant à la fabrication des draps.*
Dans ce cas, l’Angleterre donnerait le produit du travail de cent hommes en échange du produit du travail de quatre-vingts. Un pareil échange ne saurait avoir lieu entre les individus du même pays. On ne peut échanger le travail de cent Anglais pour celui de quatre-vingts autres Anglais ; mais le produit du travail de cent Anglais peut être échangé contre le produit du travail de  quatre-vingts Portugais, de soixante Russes ou de cent vingt Asiatiques. Il est aisé d‘expliquer la cause de la différence qui existe à cet égard entre un pays et plusieurs : cela tient à l’activité avec laquelle un capital passe constamment, dans le même pays, d’une province à l’autre pour trouver un emploi plus profitable, et aux obstacles qui en pareil cas s’opposent au déplacement des capitaux d‘un pays à l’autre”
D. Ricardo (1817) – Des principes de l’économie politique et de l’impôt

 




pouvoir d’achat et mondialisation

17 05 2008

Par Paul Fabra paru dans les échos pouvoir d’achat et mondialisation

L’abaissement du pouvoir d’achat continue d’empoisonner en France les relations politiques entre gouvernants et gouvernés. Cette nouvelle crise nationale se rattache à une dégradation des structures du capitalisme qui affecte pratiquement touts les pays dits « développés ». L’enjeu est ni plus ni moins que leur aptitude à le rester.

Sur les deux rives de l’Atlantique, le malaise date d’environ une vingtaine d’années. Ce n’est pas rien. La cause principale n’en serait-elle pas la conjonction de la précarité et du manque de perspectives pour une augmentation significative de la feuille de paie ? Et si c’était la capacité des entreprises à accueillir et à conserver une main-d’oeuvre motivée et fidèle qui était devenue déficiente, pour cause de contraintes financières démesurées ? Pour la première fois depuis deux siècles, hormis la grande dépression des années 1930, le niveau de vie de la majorité de la population apparaît compromis.

Dans un article publié le 5 mai par le « Financial Times », un célèbre professeur de l’université Harvard va aussi loin qu’un ancien homme de pouvoir (et qui pourrait le redevenir) peut aller dans la critique de ce qui est le cadre conceptuel de la politique internationale de son pays – et aussi de l’Union européenne et du Japon. Lawrence Summers écrit : « En s’opposant (…) à l’internationalisme économique, les travailleurs (« workers ») ne font qu’exprimer une croyance qui s’est imposée progressivement à eux : ce qui est bon pour l’économie mondiale et le business qui s’en fait le champion ne l’est pas forcément pour les salariés. Les arguments rationnels ne manquent pas pour justifier ce point de vue. »

Summers préconise une coopération poussée des principaux Etats en matière de fiscalité, de régulation, de normes minimales du travail, etc. Un programme de bonne volonté. Reste la conclusion : « Le découplage entre les intérêts du monde des affaires et celui des nations est peut-être inévitable ; un découplage entre la politique économique internationale et les intérêts des travailleurs américains ne l’est pas. » A en croire le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, les négociations de Doha portent en elles un démantèlement des obstacles aux échanges internationaux quatre à cinq fois plus « efficace » que les précédents rounds. Une raison péremptoire pour les laisser se perdre dans les sables ?

La question brûlante est la suivante : l’incomparable force d’entraînement que constitue le libre-échange généralisé pour la croissance économique – les progrès fulgurants de la Chine, de l’Inde et autres sont probants – serait-elle en train de se retourner contre les grandes puissances commerciales du monde développé qui l’ont promue ? Aujourd’hui comme hier, la notion d’« avantage comparatif », dérivée de l’oeuvre de David Ricardo (1772-1823), est au coeur du débat. Elle reste l’unique justification que l’on connaisse de la libéralisation universelle du commerce.

La confusion règne autour de ce sujet dans les « business schools » et parmi les dirigeants. On y oscille entre l’idée de guerre économique (le contraire du commerce) et le mythe du meilleur des mondes possibles. Rien de tel pour s’affranchir de ces phantasmes contradictoires que de réfléchir sur la dynamique de l’avantage comparatif (qu’il serait plus judicieux de dénommer « désavantage comparatif »). Dans l’économie de l’échange (appelée « de marché »), chaque transaction est une transaction indépendante. C’est par là qu’il faut commencer. Que la transaction en question s’inscrive dans le cadre d’un marché de village ou dans celui du village planétaire n’y change rien. D’où, soit dit en passant, le scandale constitué par la pratique de la titrisation et mis au jour par la contamination des crédits « subprimes ». Lamentable est un procédé destiné à disséminer les effets du contrat originel entre tel prêteur et tel emprunteur.

Un exemple simplifié (« stylisé »), célèbre dans l’histoire de la pensée économique, illustre à merveille le point de départ minuscule de la dynamique de l’échange. Voici deux artisans en présence l’un de l’autre. Ils confectionnent, l’un et l’autre, des chaussures et des chapeaux. L’un est plus doué que l’autre dans les deux emplois. Mais pas dans les mêmes proportions. En une journée, il fabriquera cinq chapeaux et son concurrent, quatre seulement (avantage compétitif : + 20 %). Pour les chaussures, l’écart est plus marqué : trois paires contre deux (avantage compétitif : + 33 %). Il est de leur intérêt mutuel que l’artisan le plus « compétitif » en tout se spécialise dans la fabrication des chaussures (où il donne le meilleur de lui-même) et que l’artisan à la traîne suive la même règle : qu’il se cantonne dans la confection des chapeaux où il donne, lui aussi, le meilleur de lui-même, sans égaler pour autant, il s’en faut de beaucoup, la performance de son concurrent.

La petite collectivité qu’ils forment ensemble tire ainsi parti du travail de tous ses membres. La production (et donc le revenu) est presque doublée par rapport à ce qu’elle serait si le « meilleur » en tout restait seul en lice. Et aucun des deux n’est obligé, via l’impôt par exemple, d’assister l’autre pour lui permettre de survivre.

De cette hypothèse à ras de terre, Ricardo passait à une autre tout aussi parlante pour nous. Il suppose que le Portugal surpasse en compétitivité l’Angleterre tant pour la production du vin que celle des textiles. Pourtant, chacun des deux pays aura intérêt à se spécialiser dans le secteur où il donne le meilleur de lui-même – le Portugal dans le vin, les Anglais dans le drap – et qu’ils échangent leurs productions. Ô surprise ! La théorie moderne du libre-échange s’est élaborée sur l’idée que le pays le plus développé est aussi le moins compétitif (en termes de productivité du travail).

Avec une prescience admirable, due à la seule vertu de la logique, Ricardo nous dit que dans cet arrangement naturel il y a deux perdants : les capitalistes anglais qui gagneraient bien davantage s’ils déménageaient capital et main-d’oeuvre au Portugal ; les consommateurs des deux pays. Mais il est bien clair que le sort des consommateurs anglais serait gravement compromis si le capital industriel devait quitter leur pays. Ricardo se félicite hautement que les capitalistes anglais, par « répugnance naturelle de l’homme à quitter son pays de naissance », autrement dit par patriotisme économique, renonce à maximiser leur profit. La théorie du « commerce parfaitement libre » qu’il nous a transmise exclut par construction la mobilité des facteurs de production.

La mondialisation n’est autre que la revanche à retardement mais sans limite des « capitalistes ». Pour combien de temps ?