METROPOLES MONDIALES EN EVOLUTION ACCELEREE (4):MILAN
17 avril, 2008 1-GEO/ECO, 12-THEMES, POPULATION Aucun commentaireMILAN
La métropole industrielle de la plaine du Pô est en passe de devenir une capitale du tertiaire. Un bouleversement urbanistique confié à de grands noms de l’architecture contemporainer : Fuksas, Foster et les autres.
Dans sept à huit ans, l’aspect de Milan aura radicalement changé. Les nombreux chantiers actuellement en projet – qui mobilisent les grands noms de l’architecture nationale et internationale – vont contribuer à modifier l’identité profonde de la ville : en termes de transformation urbaine, Milan a connu de longues, trop longues années d’immobilité. Le premier signe de ce renouveau est le centre RhoPero, consacré aux foires et aux salons, signé Massimiliano Fuksas. Inauguré en 2005, il a été accueilli de plein droit dans les livres d’histoire de l’architecture, car il représente à la fois une œuvre de toute beauté et le témoignage de la renaissance milanaise : la ville lombarde ne s’était pas exprimée sur le plan architectural depuis la tour Velasca (construite en 1958) et le gratte-ciel Pirelli (inauguré en 1960). “Au moment où Milan changeait de peau, la ville industrielle devenant une ville de services immatériels”, raconte Paolo Caputo, dont l’agence joue un rôle de premier plan dans plusieurs chantiers du futur Milan, “il n’y a pas eu de réel changement dans la structure physique de la ville, contrairement à d’autres capitales comme Paris, Berlin, Barcelone, Londres et Lisbonne.” Ce n’est qu’au milieu des années 1990 que Milan a réussi à mettre en œuvre des plans de transformation matérielle de son territoire. “C’était un rendez-vous historique inévitable, poursuit Caputo. Ce rendez-vous, la ville a fini par l’honorer grâce à la nouvelle alliance qu’elle a su créer entre les entreprises privées et l’administration publique.” En somme, même à Milan, on a compris que la ville devait se construire en suivant les indications des pouvoirs publics, et sous leur contrôle, mais en s’appuyant sur la productivité des entreprises privées : c’est ce qu’on appelle dans le jargon technique les PII (programmes d’intervention intégrée). “Le point essentiel, c’est la modernisation du système des infrastructures, qui a été entamée il y a une vingtaine d’années – le grand aéroport de Malpensa et le bouclage de la voie ferroviaire qui traverse la ville dans le sens nord-sud – et qui est aujourd’hui presque entièrement terminée. Les conséquences de cette situation sont la fin de l’opposition qui existait entre le centre-ville et la banlieue, et une nouvelle largeur de vue qui a permis d’imaginer la ville différemment. Milan, cette petite ville traditionnellement introvertie et concentrique, dont la classe dirigeante n’aimait pas regarder de l’autre côté de la frontière symbolique des navigli, les canaux qui entouraient le centre historique, s’est ouverte : on peut à présent imaginer plusieurs centres, où s’implanteront les nouveaux quartiers de la ville.” A commencer par Santa Giulia, le plus grand projet d’urbanisme d’Europe et l’intervention d’aménagement urbain la plus importante en Italie depuis l’après-guerre : ce quartier sera la porte d’entrée sud-est de la ville. Le projet est signé Norman Foster. L’architecte britannique travaille avec la collaboration des architectes Paolo Caputo et Giovanni Carminati, qui ont engagé à leur tour d’autres grands noms de l’architecture. Le projet permettra de faire revivre une zone industrielle à l’abandon, où se trouvaient autrefois les établissements chimiques Montedison et les aciéries Redaelli. Santa Giulia se trouve à un emplacement stratégique : à 4 kilomètres à vol d’oiseau du Duomo, la cathédrale de Milan, le quartier se situe tout près de l’aéroport de Linate, auquel il est relié par la ligne de tram et par le métro. C’est également ici que se trouvera la seule gare de Milan par où passera le TGV. “Ce ne sera pas un quartier dortoir, mais un nouveau centre urbain où l’on pourra vivre, explique Foster. Il y aura des magasins, des centres commerciaux et des services, une crèche, une école, et même une église. Cinq petits hôtels, le quartier général de la chaîne de télévision Sky et un palais des congrès. L’ensemble du quartier sera entouré de verdure : un parc de 35 hectares est prévu.” Si l’on remonte l’axe ferroviaire nord-sud, on pénètre donc dans la ville et on rejoint le quartier Garibaldi-Repubblica-Varesine. “Ce quartier abritait une gare, à présent désaffectée, et a même accueilli un parc d’attractions. Depuis les années 1970, il s’est transformé en symbole du vide urbain”, explique Manfredi Catella, l’administrateur délégué de Hines Italia, le groupe de BTP qui s’occupe de combler ce “vide urbain” en le reliant au reste de la ville, un projet sur lequel travaillent 25 architectes (dont Cesar Pelli, Stefano Boeri, Paolo Caputo, Cino Zucchi et Pier Luigi Niccolini). Ce quartier sera le berceau par excellence des activités qui ont créé le nouveau Milan : la mode, le design, la communication et la finance. Et ce n’est pas un hasard si l’Ecole polytechnique, l’université Bocconi et l’Université catholique ont décidé d’y transférer leurs cursus postuniversitaires-
Le quartier comptera également un musée, le nouveau siège de l’administration régionale et de nouveaux bureaux municipaux. L’autre projet de réaménagement du futur Milan est Citylife, dans le quartier de la foire. Trois belles et impressionnantes tours ont été dessinées par le Japonais Arata Isozaki, l’Américain Daniel Libeskind et l’Irakienne Zaha Hadid, qui ont signé le projet avec Pier Paolo Maggiora. Celui-ci prévoit la construction de résidences, de bureaux, de structures hôtelières et d’un musée d’art contemporain. On arrive ainsi à la porte nord de Milan, le quartier de la Bovisa. Dans cette ancienne zone industrielle ont déjà élu domicile Polytechnique – avec les facultés de design, d’ingénierie et d’architecture civile –, la Fondation de la Triennale d’art contemporain et l’institut de recherches pharmacologiques Mario Negri. Ils devraient être bientôt rejoints par le conservatoire et par l’académie des beaux-arts de Brera. La fièvre de la renaissance milanaise a également contaminé la banlieue de la ville : le groupe de BTP Zunino a demandé au grand architecte Renzo Piano de rénover l’ancien quartier ouvrier bâti près des aciéries Falck, à Sesto San Giovanni.
Marcella Gabiano
METROPOLES MONDIALES EN EVOLUTION ACCELEREE (3):LONDRES
17 avril, 2008 1-GEO/ECO, 12-THEMES, POPULATION Aucun commentaireLONDRES
BUILDING:arrêtez les gratte-ciel!
La capitale britannique multiplie les projets, toujours plus ambitieux. Mais est-ce une bonne idée de changer aussi radicalement le visage d’une telle ville?
Les Londoniens n’ont pas la moindre idée de ce qui les attend. On ne leur a rien montré. On ne leur a rien dit. Aujourd’hui, debout sur Waterloo Bridge, le regard tourné vers l’est, ils voient une ville familière. Demain, ils verront un paysage totalement différent – grâce à leur maire, Ken Livingstone.
Selon mes informations, il est prévu ou envisagé de construire 20 tours de plus de 90 mètres de haut dans le centre de Londres, à moins d’un kilomètre de la Tamise, ainsi que 20 tours éparpillées dans un périmètre plus large. Des gratte-ciel seront visibles depuis tous les espaces dégagés et de toutes les rues de la capitale. L’horizon linéaire sera entrecoupé d’ensembles de tours organisés autour de piazzas, rétrécissant ce qui a toujours été un paysage urbain intime, construit autour de la rue. En aval de Waterloo Bridge, la vue sera dominée par un immeuble résidentiel de 43 étages. Cette construction située juste derrière le Théâtre national, à South Bank, a été approuvée cet été. Dépassant les 134 mètres de la grande roue du London Eye, on la verra depuis tout Londres, de l’Embankment et des ponts de la Tamise jusqu’à Trafalgar Square et St James’s Park. Je n’ai rencontré personne qui soit au courant de ce projet. L’édifice n’a d’ailleurs aucun intérêt architectural. Il n’hébergera pas d’administration publique. Il ne servira pas non plus de lieu de culte. Ce n’est qu’un immeuble résidentiel.
Et, derrière cet immeuble, un rempart de gratte-ciel de verre se dressera le long de la rive sud de la Tamise : deux tours à Blackfriars, une autre derrière la Tate Modern, la tour King’s Reach surélevée [de 4 étages] près de London Bridge et, à Bermondsey, le Glass Shard [“tesson de verre” – la plupart des tours construites ces dernières années à Londres sont désignées par un surnom qui évoque leur forme] de plus de 300 mètres, plus haut que le plus grand édifice du quartier d’affaires de Canary Wharf. Derrière ce rempart, la nouvelle City de Londres s’élèvera au niveau du coude de la Tamise. Les cubes bâtis dans les années 1980 s’effaceront derrière une forêt de silhouettes imitant le Gherkin [“cornichon”, surnom de la tour Swiss Re] de Norman Foster et conçues par des architectes désireux d’impressionner les urbanistes de la City ouverts à tout.
Il y aura le Helter Skelter [“toboggan”], de plus de 300 mètres de haut, le Cheese Grater [“râpe à fromage”], le Pinnacle et le Walkie-Talkie. Il n’existe pas la moindre politique concernant la manière dont l’ancien et le neuf doivent cohabiter dans la ville. Ces projets individuels verront le jour tout simplement parce qu’aucune autorité n’a le courage de les replacer dans un contexte plus large.
La vue en amont de Waterloo Bridge n’en sera pas moins spectaculaire. A Vauxhall, en face de la Tate Britain, les 50 étages de la tour Vauxhall accueilleront des appartements luxueux. Ce ne sont pas des quartiers à visage humain qui vont être construits, mais des forteresses urbaines pires que tout ce qui a pu être infligé à Londres dans les années 1960-1970. D’autres immeubles verront le jour de l’autre côté du fleuve, chacun dominant les environs sans égard pour l’horizon ni la conservation des sites. Deux tours surgiront au-dessus de la gare de Waterloo, une autre au-dessus d’Elephant and Castle. Deux tours – de 50 étages, dit-on – s’élèveront par ailleurs au-dessus de la gare Victoria, écrasant Belgravia et Pimlico, et bouchant la vue sur le palais de Westminster depuis Waterloo Bridge. Un géant de 43 étages doit également être érigé à Paddington Basin, au mépris de la politique de développement de cette zone restée relativement peu élevée. Des tours sont également envisagées dans le port de Chelsea, sur Warwick Road (la tour Tesco) et à Islington. Les rives de la Tamise vont se métamorphoser en un mur de verre. L’architecte Richard Rogers, conseiller partial de Ken Livingstone, déclare vouloir construire un collier de perles le long de l’eau. Des enclaves en bord de fleuve comme Hays Wharf, Borough Market et le Globe Theater formeront alors de petites oasis qui ne seront plus à leur place, d’autant plus faciles à éliminer pour les générations futures. Rien de tout cela n’est planifié ; c’est l’anarchie totale. Paris, Rome, Amsterdam et même New York, temple du capitalisme, ont développé des politiques de contrôle des grands édifices, avec des interdictions, des limitations de hauteur et des réglementations en fonction des sites. Les tours sont bannies de Greenwich Village, de SoHo [deux quartiers de Manhattan] et des quartiers historiques des autres métropoles européennes. Les plus proches exemples de ce qui est en train d’arriver à Londres : Shanghai et diverses républiques bananières.
S.Jenkins-The Guardian
METROPOLES MONDIALES EN EVOLUTION ACCELEREE (2):DUBAÏ
17 avril, 2008 1-GEO/ECO, 12-THEMES, POPULATION Aucun commentaireDUBAÏ :Identité : Créer un tout avec des fragments.
Pour l’architecte néerlandais Rem Koolhaas, l’émirat est un carrefour innovant entre monde arabe et Occident
Je travaille dans la région du Golfe (au Qatar et au Koweït, ainsi que dans les Emirats arabes unis, à Dubaï et Ras Al-Khaimah). A Dubaï, je participe à la construction de deux immeubles pour Porsche Design sur la Business Bay, qui seront terminés dans deux ans. Ma façon de travailler consiste à comprendre le lieu avant d’intervenir. Je me penche sur son histoire parce qu’elle peut souvent s’avérer utile. J’ai longtemps été fasciné par l’évolution des villes. La chaire que j’occupe à Harvard traite essentiellement de la compréhension de ce qui se passe quand les villes s’étendent. En Chine et dans la région du Golfe, ces dernières se développent à une vitesse sans précédent. Cette croissance est fondée sur des structures comme le gratte-ciel, qui, bien qu’existant depuis un certain temps, a subi des transformations du fait de la rapidité de sa construction.
Al-Jazira en est une illustration intéressante. La télévision est un outil inventé en Amérique, mais personne n’ira nier qu’Al-Jazira est arabe, que son message est arabe et conforme aux valeurs arabes. Il en va de même de l’architecture. Une fois habitée ou façonnée par les conditions locales, elle en acquiert le caractère. Dubaï a-t-elle un style à part ? Cela dépend. Selon moi, la partie moderne a un style, tout comme l’ancienne. Les vieux quartiers de Dubaï sont très jolis (ici, on entend par “vieux” les années 1950 et 1960), caractéristiques et uniques. Dubaï n’est pas tant obsédée par l’architecture en tant que telle que par l’argent, donc l’immobilier, et par conséquent l’architecture. Telle est l’histoire de Dubaï jusqu’à présent. Par ailleurs, bien des voix se font entendre pour réclamer la création d’infrastructures qui seraient les parties d’un tout plutôt qu’une succession de fragments. On a l’impression qu’une volonté est à l’œuvre en ce sens. On a également le sentiment que le gouvernement devrait se pencher sur des questions comme les transports, les infrastructures, la culture et les éléments plus traditionnels de la ville. Cette dernière a été le théâtre d’une ruée si incroyable que des éléments indissociables de la création d’une ville lui sont aujourd’hui imposés. Il est extrêmement difficile de dire que Dubaï traverse une crise identitaire, parce qu’il faudrait aussitôt demander quel quartier cela concerne en particulier. Dubaï est comme un laboratoire où l’on fait des découvertes. Parfois, on aboutit à des impasses. Il faut alors abandonner et s’engager dans de nouvelles recherches. J’envisage tout cela avec optimisme. Les gens ont compris que la planification a été insuffisante par le passé, et des mesures sont prises pour rectifier cette situation.
J’ai travaillé en Chine pour la première fois il y a dix ans. A l’époque, la forme locale d’architecture était très standardisée et “non créative”. Dix ans plus tard, on assiste à un développement incroyable. Les architectes chinois sont aujourd’hui au même niveau que leurs collègues à travers le monde. Il est certain que Dubaï connaîtra le même phénomène. Dans les Emirats arabes unis, chaque ville, je pense, cherche à se définir en opposition aux autres. Par exemple, Ras Al-Khaimah ne veut pas devenir comme Dubaï et propose donc quelque chose d’ostensiblement différent. La beauté de ce système tient au fait que les relations internes dans les émirats favorisent l’avènement d’un éventail de choses spécifiques à chacune des villes.
Dubaï est un amalgame de nouveauté, d’intelligence et de respect du passé. C’est une hybridation d’initiatives arabes et étrangères. La situation permet de tenter des expériences sur des thèmes divers. La substance, elle, est déjà là. Il ne reste plus qu’à se poser la question de sa transformation en une véritable ville. Les architectes locaux s’efforcent avec ferveur de tenir compte des traditions. Les architectes occidentaux suivent quant à eux une esthétique quasi islamique pour parer leurs travaux d’un aspect musulman, ce que je trouve très gênant. Je pense que beaucoup de ces édifices ne vivront pas longtemps. Il faut comprendre que l’architecture d’aujourd’hui n’a plus la même vocation à l’éternité qu’autrefois.
Nous sommes tous confrontés à la mondialisation. Le Moyen-Orient continuera de préserver ses valeurs essentielles, tout en offrant de nouvelles tendances. Les talents locaux sont en pleine éclosion dans les Emirats. Je ne suis pas apte à juger la qualité de la formation dispensée ici, mais, je le sens, elle s’améliore rapidement.
METROPOLES MONDIALES EN EVOLUTION ACCELEREE (1):MADRID
17 avril, 2008 1-GEO/ECO, 12-THEMES, POPULATION Aucun commentairedossier Courrier International
MADRID
LIMITES:LA VILLE QUI DEBORDE…
C’est la décentralisation de l’Espagne qui, paradoxalement, a permis à Madrid d’affirmer son pouvoir.
Un jour du début du XXe siècle, les écrivains Pío Baroja et Benito Pérez Galdós se promènent dans les rues des faubourgs de Madrid. Ils sont tellement absorbés par leur conversation qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de sortir de la ville. Tout à coup, voyant les pins de plus en plus proches, Baroja, qui n’a jamais éprouvé de grande passion pour le monde rural, s’exclame : “Attention, Galdós, la campagne !” Les deux hommes étaient arrivés aux confins. Ils étaient sortis de Madrid.
Les limites de la capitale espagnole ne sont plus aussi claires aujourd’hui. Aucune limite n’est claire dans le monde actuel, et cela explique le nouvel existentialisme des identités, cette lutte intellectuelle incessante entre l’être et ses confins, entre le solide et le liquide, entre le centre et la périphérie. En Espagne, on en sait quelque chose.
Aujourd’hui, sortir de Madrid à pied est un acte poétique et courageux. Une métaphore structuraliste. Une provocation, même. Mais une chose est sûre : Madrid déborde. “Madrid s’échappe”, écrivait en 2003 Pasqual Maragall [ancien maire socialiste de Barcelone] dans El País. Madrid s’échappe, en effet. Il a changé d’échelle, comme disent les architectes entendus. Il s’est fait un très grand shoot. Madrid s’est échappé à Miami. Il est retourné en Amérique en suivant la route de Julio Iglesias et de ses disques de platine. Il s’est échappé à Caracas, à Bogotá, à Santiago et à Buenos Aires. Dans les gisements de gaz de l’Altiplano et sur les barrages des Andes. Il s’est échappé à Londres. Il prend Lisbonne, navigue dans les eaux de Valence, fume des havanes à Séville et fait la nique à Barcelone en lui agitant sous le nez les clés de son nouvel aéroport.
Madrid s’échappe, mais il est toujours là. Au nord, il s’en faut de peu que l’AVE [le TGV espagnol] passe sous l’aqueduc de Ségovie et saute immédiatement à Valladolid. Au sud, Tolède est déjà à une demi-heure par l’AVE – le temps de lire le journal sans finir le sudoku –, et Ciudad Real à trois quarts d’heure. A l’est, Guadalajara nage dans le béton : 10 000 logements neufs sont en construction près de la gare. A l’ouest, le grand Madrid caresse les murailles d’Avila, cette Castille horizontale et infinie où les âmes sans autre perspective que le très-haut montaient au ciel dans une extase mystique. Ségovie, Valladolid, Tolède, Ciudad Real, Guadalajara, Avila… voilà les nouveaux confins : un glacis immense, mobile et en expansion. Madrid, donc, s’est échappé, mais il est toujours là. C’est ce que fait aussi le pouvoir quand il est malin. Madrid a dévoré la campagne pour édifier ce que l’Espagne n’avait pas eu durant son long accident impérial : un centre fort et indiscutable. La décentralisation, qui aurait pu affaiblir les forces centrales, leur a finalement offert une manne de plus-values.
Madrid, comme tant d’autres choses, est revenu au commencement. La ville avait été choisie comme capitale [en 1561] en raison des accès de mélancolie d’Isabelle de Valois, troisième épouse du roi Philippe II, qui exécrait les bourrasques de neige et la tristesse de Tolède. Elle voulait de l’animation, la reine. Les dignitaires virent dans ce gros bourg castillan une aubaine. Il n’avait pas d’évêque, ni de clergé revendicateur. Et il y avait toute la place qu’on voulait pour les ministères et les chancelleries. Il y avait, Galdós, de la campagne où bâtir. Et s’en mettre plein les poches. Plein les poches.
Enrice Juliana
Le maire de Madrid a fait de l’enfouissement du périphérique le projet phare de sa mandature.
Pour expliquer Madrid, il faut s’aventurer sur la M-30, peut-être l’endroit le plus haï des Madrilènes. A défaut d’identité urbaine, cette voie rapide représente le périmètre de la capitale de l’Espagne. Le plan que reçoivent les visiteurs hébergés dans n’importe lequel des hôtels de la ville ne va pas au-delà de la gare Chamartín, des arènes de Las Ventas, de [la tour de télévision] Torrespaña, du parc Tierno Galván, du stade Vicente Calderón ou de la gare Príncipe Pío. Madrid et la M-30 forment une synecdoque indissoluble.
L’essence de Madrid réside toutefois dans sa dimension hypertrophique. L’agglomération s’étend au-delà des tracés des voies de contournement M-40, M-45 et M-50. Madrid a grossi en tache d’huile. Et ce n’est pas fini. Depuis l’époque du plan Castro [1860], réplique du plan Cerdà pour l’ensanche [l’extension] de Barcelone, Madrid se refuse à une planification intégrale. Les plans d’urbanisme successifs du XXe siècle ont été largement dépassés. Si le chiffre officiel de la population au début du XXIe siècle s’établit à un peu plus de 3 millions d’habitants, la réalité est plus proche de 5 millions d’âmes. Une ville comme celle-là ne se laisse pas modeler. Tout au plus peut-on l’interpréter.
C’est pour cela qu’il est quasiment impossible de la représenter. Son échelle s’est dissociée de la perception qu’en ont les habitants. On dit que Madrid est aux mains des ingénieurs. L’action de la municipalité s’est centrée sur de colossaux investissements en infrastructures urbaines. Tandis que la plupart des politiques préfèrent associer leur nom à des icônes de l’architecture contemporaine, Alberto Ruiz-Gallardón, maire de Madrid depuis 2003, a choisi la M-30. Son idée d’enterrer cette autoroute urbaine a mis la ville sens dessus dessous, surtout sur le tronçon sud-ouest.
Le projet consiste à enfouir la M-30 dans un tunnel, ce qui libérera une surface au sol de 180 hectares, un espace considérable. Les terrains publics gagnés seront principalement occupés par le parc linéaire du Manzanares [aménagé le long de la rivière Manzanares, qui borde le côté ouest de Madrid]. Pour ce qui est des terrains privés, les parcelles libérées par la démolition en 2010 du stade Vicente Calderón et de la brasserie Mahou accueilleront un parc et 175 000 mètres carrés de logements.
En 2005, après les premières adjudications, les travaux ont débuté sur quinze tronçons. Les entreprises de travaux publics qui avaient participé au grand chantier d’extension du métro, du temps où Gallardón était président de la Communauté [région] de Madrid [de 1995 à 2003], n’ont pas eu le temps de faire refroidir les machines. En un clin d’œil, elles se sont retrouvées à creuser un tunnel sous la M-30.
A la surface, c’était une occasion unique de recoudre Madrid. Comme l’avait dit Pilar Martínez, adjointe chargée de l’urbanisme, du logement et des infrastructures, une fois la “blessure urbaine” enfouie, on pourrait récupérer les berges du Manzanares [voir CI n° 815, du 15 juin 2006]. Madrid gagnerait ainsi un équilibre territorial. La rivière, qualifiée de “feuille d’eau” dans un rapport de l’Université polytechnique de Madrid, sera appelée à jouer un rôle de premier plan dans cette transformation. Le Manzanares redevient le poumon de la ville, le centre d’une intervention qui aspire à corriger Madrid au-delà du lit étroit de la rivière.
Carles Guerra
URBANISATION,PHENOMENE MONDIAL CROISSANT…
17 avril, 2008 1-GEO/ECO, POPULATION Aucun commentaireLundi 5 novembre 2007
La ville de demain

Barcelone vue du haut de la Sagrada Familia
je vous recommande la lecture du numéro de Courrier International consacré à la ville de demain
n° 885 – 18 oct. 2007
Métropoles en mouvement
Editorial
Deux ou trois choses qui sont en train de changer sur le front urbain. D’abord, nous sommes de plus en plus nombreux à vivre en ville : on estime que 80 % des Européens sont citadins et 50 % métropolitains. Ensuite, nous savons que les enjeux de demain, notamment écologiques, se situent surtout dans les grandes agglomérations. Enfin, bonne nouvelle, comme le montre l’exemple de New York ces dernières années, grande ville n’est pas toujours synonyme d’insécurité et de mauvaise santé…
Et Paris ? Comme le souligne The Independent, les vingt arrondissements parisiens, face à Londres ou à Madrid, sont ridicules avec leurs 2,1 millions d’habitants cloîtrés dans l’enceinte du périphérique. Il faudrait au moins intégrer une couronne de communes de banlieue, soit un ensemble de 6 millions d’habitants, pour créer un Grand Paris à la hauteur des défis qui s’annoncent.
Car nos vies quotidiennes se construisent (ou se brisent) à ce niveau, dans la grande ville. Qu’il s’agisse des transports, de l’emploi, des loisirs, des espaces verts, des aménagements fluviaux, de l’équilibre entre créativité et respect du patrimoine, les décisions des municipalités sont primordiales – plus encore que les lois votées par les Parlements nationaux ou européen.
En Europe et ailleurs, les responsables tentent de penser cet avenir complexe où la bonne échelle n’est plus la ville avec son centre et ses banlieues, mais la mégapole ou mégalopole.
Notre dossier, qui parcourt plusieurs continents en proposant des exemples précis, se veut d’abord une invitation à la réflexion.
source Courrier International

Paris et son boulevard périphérique.
Le sommaire est consacré aux villes européennes et intéressera plutôt les premières mais les élèves de seconde y touveront de quoi illustrer le thème des dynamiques urbaines.
au sommaire :
par François Arnal publié dans : hgeofm
VERSAILLES,instrument du pouvoir de LOUIS XIV
17 avril, 2008 2-HISTOIRE, 23-EPOQUE MODERNE Aucun commentaire
Versailles vu du ciel
Le site internet du Chateau de Versailles fait peau neuve, il nous propose désormais des modules interactifs pour découvrir les différentes parties du domaine.

La rubrique vue du ciel est assez intéressante. On part de la vue satellite de Google Maps.
5 lieux sont détaillés :

Château
l’Orangerie
le Grand Canal
le Grand Trianon
le Domaine de Marie-Antoinette
« 13 ha de toitures, 800 ha de parcs et jardins, 42 kms d’allées, 55 bassins et fontaines, 400 sculptures…
Qui n’a jamais rêvé de découvrir le château et les jardins de Versailles à hauteur d’oiseau ou de cerf-volant ?
Pour mieux en admirer les formes et les couleurs, les courbes et les angles, les perspectives et symétries, pour mieux en déceler les secrets et les trésors, vous allez survoler Versailles.
En un clic, posez-vous sur l’une des 5 zones de cette ballade interactive et découvrez les rêves du Roi Soleil… vus du ciel ! »

le Domaine de Marie-Antoinette
« Si le Domaine de Marie-Antoinette réunit les espaces les plus féminins de Versailles, la vue aérienne est le meilleur moyen d’en apprécier l’hétérogénéité.
Quoi de commun en effet entre le Petit Trianon, le jardin et le pavillon français, le jardin anglais et son petit théatre, le belvédère et la grotte, le temple de l’Amour et les douze chaumières du Hameau. Certainement pas les formes, les couleurs et les matières. Sans nul doute l’influence des femmes qui ont régné sur Versailles, de Madame de Pompadour à Marie-Antoinette ».

Les vidéos sont parfois un peu courtes et ne permettent d’approfondir les sujets (Théâtre de Marie Antoinette). L’extrait du téléfilm l’Allée du Roi de Nina Companeez est plus long et montre les lieux en costume d’époque et en musique.

En revanche les diaporamas présentent des vues aériennes un peu répétitives quoique inédites pour le visiteur habitué aux vues du sol. Des vues à différentes saisons aurraient été instructives.

Les paysages évoluent ou se figent et la rubrique hier aujourd’hui pour les paysages du Trianon ou de l’Orangerie valent le détour.

Le passage du paysage actuel à la vue ancienne est bien réalisé, les personnages avec leurs costumes d’époque entrent en scène la végétation idéalisée parfois par l’artiste ou rectifiée par le temps ou le jardinier marquent aussi l’empreinte du temps.

Les panoramas Quick Time à 360 ° sont assez réussis. Vous découvrez les paysages virtuels comme si vous y étiez. Montez sur les toits de Versailles, de la Chapelle ou du Trianon et contemplez le domaine depuis des vues indédites.

par François Arnal
RISQUES:LES SEISMES…
17 avril, 2008 1-GEO/ECO, RISQUES Aucun commentaire22 décembre 2007 (voir Franz avec Podemus .com)
Et pourtant elle bouge…
Rediffusion d’une émission de France Culture sur la tectonique des plaques avec Paul Tapponier
Paul Tapponnier, né le 6 janvier 1947, ingénieur civil des Mines de Paris (1970), docteur ès sciences (1978) est physicien à l’Institut de physique du globe.
Il était l’invité de Sylvain Kahn le 29 Novembre 2006. Cette émission est rediffusée sur Planète Terre le 19/12/07.
Paul Tapponier revient sur le séisme de Sumatra ayant déclenché le tsunami du 26/12/2004;
Un des plus grands tremblements de terre jamais enregistré (9,7 selon l’échelle de Richter).
Ce séisme a touché le monde indien.
L’Humanité. International – Article paru le 31 décembre 2004
Sinistre histoire de plaque
« Le glissement de la plaque indo-australienne sous la plaque continentale fait de l’Indonésie une région des plus instables.
Maudite soit la tectonique des plaques… Le terrible séisme de dimanche dernier, qui a provoqué des raz de marée dévastateurs en Asie du Sud-Est, est venu rappeler à tous cette vérité géologique : la croûte terrestre est un véritable puzzle en perpétuel mouvement. Une activité incessante qui modèle depuis des millions d’années la géographie de la planète. Et provoque régulièrement tremblements de terre et autres éruptions volcaniques. Le séisme de magnitude 9 qui s’est produit en pleine mer, au nord-ouest de Sumatra, est le dernier avatar d’un affrontement titanesque qui dure depuis près de cinquante millions d’années.
C’est vers cette époque, en effet, que la plaque indo-australienne, qui « porte » l’Inde, est entrée en collision avec la plaque eurasienne. Cette violente pression dans un sens sud-nord continue de s’exercer au rythme d’environ 5 centimètres par an. Elle a formé la chaîne himalayenne. Et repousse vers le sud-est la plaque de la Sonde, sur laquelle se situe l’archipel indonésien. Cette intense activité fait de cette région un haut lieu du volcanisme et de la sismologie. À l’ouest de Sumatra, la lutte des deux plaques se double d’un phénomène surprenant : la subduction. En clair, la plaque indo-australienne glisse sous sa rivale à la vitesse de quelques centimètres par an. Littéralement aspirée vers le bas, elle se transforme en magma. Le matériau qui la forme devient alors plus léger et remonte violemment vers la surface, comme un morceau de bois. »..
Laurent Mouloud

La prévision, en termes de sismicité, est-elle plus ou moins difficile que la prévision climatique ?
Paul Tapponnier. La prévision climatique est très difficile : on n’a que des prévisions à 24 heures, des tendances sur une semaine, mais après, on ne sait plus faire. Sauf qu’on voit venir les tempêtes, qui se déplacent à la vitesse des vents, c’est-à-dire à une vitesse assez raisonnable. Restent des problèmes comparables à ceux que nous connaissons sous terre, à savoir un fonctionnement complexe, chaotique, qui fait qu’on ne peut prédire longtemps à l’avance. En termes de sismicité toutefois, je maintiens qu’être capable de dire que telle faille produit des séismes tous les cinquante ans, cent cinquante ans ou mille ans est déjà un énorme progrès. Il ne reste plus qu’à savoir où l’on se situe dans cet intervalle de temps. Maintenant, déterminer le jour précis où un tremblement de terre va frapper, c’est un objectif beaucoup plus compliqué. Mais je pense que, petit à petit, on arrivera à réduire cette fenêtre de temps.
La conférence mondiale de Kobe sur les catastrophes naturelles doit évoquer la création d’un système d’alerte et de prévention des tsunamis dans l’océan Indien. Quelles formes pourrait prendre ce système, très concrètement ?
Paul Tapponnier. Au Japon, il y a des sirènes. Les médias sont sollicités aussi, notamment les radios. Il y a aussi des systèmes plus sophistiqués, via Internet, qui peuvent fonctionner même s’ils touchent moins de monde. Un collègue revenu du Sri Lanka me disait, il y a peu, le meilleur instrument de prévention là-bas a été le téléphone portable ! Car tout ne s’est pas fait de façon instantanée. Une première vague, toute petite, a d’abord envahi la piscine d’un hôtel. Ensuite, il s’est écoulé trente minutes, pendant lesquelles le niveau de la mer est descendu, descendu… découvrant des roches qui n’avaient jamais été découvertes, même à marée basse. Puis une vague beaucoup plus importante est arrivée, au bout de sept minutes. Ça laissait donc le temps de réagir, à condition de savoir ce qu’il se passait. Le problème, c’est que dans l’heure qui suit un séisme, on n’arrive pas bien à en déterminer la magnitude, et donc la gravité. C’était le cas le 26 décembre, où l’on a d’abord parlé d’une magnitude de 8, puis de 8,6, puis de 9. Entre-temps, la vague était déjà arrivée aux Maldives.
Entretien réalisé par Alexandre Fache.
la suite dans L’Humanité : 19/01/2005
RISQUES SANS FRONTIERES…
17 avril, 2008 1-GEO/ECO, 12-THEMES, CHINE, FRONTIERES, POLLUTION, RISQUES Aucun commentaireLa pollution chinoise vient de l’Occident

Une grande partie du CO2 émis en Chine est due à la production de biens de consommation destinés aux Occidentaux. Une donnée à prendre en compte.
Pour comprendre l’impasse quand laquelle se trouve le débat sur le réchauffement climatique, il vous suffit de jeter un coup d’œil à votre baladeur numérique. La grande majorité des lecteurs MP3 vendus dans le monde sont fabriqués en Chine, où la principale source d’énergie est le charbon. Pour chaque lecteur MP3 fabriqué, environ 8,5 kilogrammes de dioxyde de carbone sont libérés dans l’atmosphère. Aujourd’hui, ces baladeurs, tout comme des milliers de produits fabriqués dans les usines chinoises, soulèvent une question importante dans le débat sur le réchauffement. Il s’agit de savoir si le gouvernement chinois est responsable de la pollution lorsqu’un gadget est fabriqué en Chine par une entreprise américaine puis exporté et utilisé par des consommateurs de Stockholm ou de São Paulo.
source Courrier International d’après Jane Spencer Wall Street Journal

“Comme les émissions de CO2 de la Chine ont augmenté, la Chine est le coupable idéal. Pourtant, la véritable responsabilité de la hausse des émissions chinoises incombe aux consommateurs des produits chinois en Europe, en Amérique du Nord et dans le reste du monde”, explique Andrew Simms, directeur des orientations à la New Economics Foundation, une organisation de défense de l’environnement implantée à Londres.
Le Bangladesh (source NASA)
Si les émissions de CO2 baissent aux Etats unis ou en Europe occidentale c’est grâce à l’externalisation de la production industrielle vers la Chine ou l’Inde.
Avec la mondialisation la notion de frontière vole en éclat non seulement parce ce que les économies sont interconnectées et que l’espace industriel est désormais planétaire et non plus national mais également parce que la pollution n’a plus de frontières.
Le nucléaire de Tchernobyl nous l’avait appris, le réchauffement global nous le confirme, si la hausse des températures sera ponctuée en fonction des zones géographiques selon une logique fort complexe, l’élévation du niveau des océans sera mondiale…
LES LITTORAUX ,ZONES DU GLOBE LES PLUS ATTRACTIVES…
17 avril, 2008 1-GEO/ECO, 12-THEMES, LITTORAUX Aucun commentaireL’attrait des rivages.

L’attrait que présentent depuis un siècle les rivages de la mer, succédant à la crainte qu’inspiraient ses dangers, ne fait qu’augmenter.
Comme en témoignent les projections de l’INSEE, les études de la DATAR et de l’Institut français de
l’environnement, la pression humaine sur le littoral va s’accroître dans les prochaines décennies sous l’effet combiné de plusieurs facteurs.
Le plus important tient au vieillissement de la population et à l’évolution de ses modes de vie : abaissement de l’âge de la retraite, réduction du temps de travail et, corrélativement, recherche de
loisirs et de fin de vie sous des climats agréables. Cette recherche est facilitée par les progrès des modes de transports qui placent toutes les façades maritimes de la France à trois heures de nombreuses métropoles nationales et européennes.

Le recensement de population de 1999 a fait apparaître une croissance de la population dans les onze régions littorales métropolitaines supérieure de 45% à la croissance nationale moyenne, le surcroît d’augmentation étant de 10% pour les seules communes littorales. Avant même l’achèvement des travaux du TGV Méditerranée, l’activité immobilière dans la région Marseillaise avait connu un accroissement considérable. A la croissance démographique nationale sur les côtes, s’ajoutent des flux touristiques également en hausse.
Louis LE PENSEC
rapport parlementaire sur le Conservatoire du Littoral p 8
25/07/01
par François Arnal publié dans : geofac
3 civilisations autour de la Mediterranée au 12è siècle …
17 avril, 2008 2-HISTOIRE, 22-MOYEN-AGE Aucun commentairel’Empire byzantin
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L’héritier de l’Empire romain |
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Depuis la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, l’héritage impérial est assuré par l’empereur d’Orient à Constantinople, « deuxième Rome ». L’ancien nom grec de la ville, Byzance, désigne cet empire à la fois chrétien et oriental. Mais leurs différences linguistiques et culturelles opposent l’Occident latin et l’Orient grec. De plus, pratique et doctrine religieuses diffèrent, et l’Église orthodoxe* s’éloigne peu à peu de l’Église romaine. L’incompréhension et les prétentions rivales à l’universalité conduisent au schisme* en 1054. L’Église d’Orient est dirigée par le patriarche de Constantinople, nommé par l’empereur. À la différence de l’Occident où pape et empereur sont en conflit, à Byzance, Église et pouvoir impérial se soutiennent mutuellement pour défendre l’orthodoxie. Les moines jouissent d’une grande popularité auprès de fidèles, passionnés depuis des siècles par les questions théologiques. Ils manifestent une grande ferveur pour les icônes et les reliques. Toute cérémonie religieuse orthodoxe doit évoquer et exalter la splendeur de l’au-delà. Construites sur un plan en croix grecque symbolisant la structure du monde – le carré au sol pour la Terre, surmonté d’une coupole pour le Ciel –, les églises byzantines sont d’une richesse impressionnante, couvertes de marbre et de mosaïques sur fond d’or. |
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Byzance joue un rôle essentiel dans la transmission de l’héritage gréco-latin. Le maintien du grec classique comme langue écrite permet aux savants de copier et de s’imprégner des œuvres littéraires et philosophiques antiques. La culture latine subsiste surtout à travers le droit romain. Souverain de droit divin, l’empereur – le « basileus » – détient un pouvoir absolu. Vêtu de pourpre, insigne de la souveraineté byzantine, il est l’objet d’un véritable culte dans son luxueux palais. L’instabilité politique caractérise cependant l’empire. Après une période de troubles, la dynastie des Comnènes reste au pouvoir pendant un siècle (1081-1185). Elle réorganise l’empire au profit de l’aristocratie foncière, ce qui favorise le conservatisme et conduit au déclin économique. |
| Un empire en crise |
| Les principales ressources de l’empire proviennent de l’agriculture et du commerce. Ruinés par des mauvaises récoltes, les petits paysans ne fournissent plus ni impôts ni contribution militaire et tombent sous la coupe de véritables tyrans locaux. Ces derniers se constituent de vastes domaines privés autonomes. Ainsi contribuent-ils à l’affaiblissement et au démembrement de l’empire. Carrefour des routes maritimes et terrestres entre Orient et Occident, Constantinople est une plaque tournante du commerce mondial. Particulièrement actifs, les marchands vénitiens obtiennent de nombreux avantages commerciaux au détriment des négociants byzantins. Les profits du commerce échappent à l’empire et la monnaie subit une forte dépréciation. Constantinople cherche alors à favoriser les Génois et les Pisans au détriment des Vénitiens. En représailles, ces derniers se détournent des grands ports byzantins dont l’activité s’étiole et la population diminue. |
| Un empire assiégé |
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| L’Empire romain d’Occident s’est effondré en 476. Hormis la tentative de restauration d’un empire sous le règne de Charlemagne (771-814), l’Occident ne connaît qu’un pouvoir émietté, menacé par les invasions, la famine et les épidémies. Malgré sa division en duchés et royaumes, la chrétienté occidentale est en plein essor, démographique, économique et politique, à partir du XIIe siècle. |
| Une société féodale |
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La société occidentale est formée de trois ordres : les clercs prient ; les nobles et chevaliers protègent et combattent ; les paysans, artisans et marchands travaillent. Les deux premiers ordres possèdent les seigneuries par le système du fief*, selon lequel le suzerain – le roi ou le duc – concède un bien à son vassal – comte ou baron. La société médiévale, très hiérarchisée, repose donc sur les liens personnels qui unissent fortement les hommes et sur leur rapport à la terre, qu’ils possèdent ou qu’ils travaillent : c’est le système féodal*. |
| La brutalité caractérise les rapports sociaux. Entre les nobles et les paysans, mais aussi entre nobles eux-mêmes, dont les rivalités créent tensions et violences. L’autorité publique se trouve éclatée dans une multitude de fiefs où le seigneur est seul maître et détient tous les droits. Mais les souverains imposent progressivement leur pouvoir sur des territoires plus ou moins étendus : l’empereur germanique dans le Saint Empire, le roi de France, le roi d’Angleterre, le roi de Castille. Parallèlement, de véritables cités-États s’instaurent dans les pays méditerranéens, notamment en Italie où les républiques de Venise, Gênes ou Pise voient leur influence économique et politique grandir. |
| Dynamisme économique et politique |
| Les grandes invasions cessent après l’an mil. L’Occident est alors en pleine croissance démographique et connaît un essor économique important. Dans les campagnes, de grands défrichements permettent d’améliorer les rendements agricoles. Cette croissance bénéficie à l’artisanat et aux échanges commerciaux. Les cités italiennes, Venise en tête, développent autour de la Méditerranée un commerce actif. L’accumulation des richesses et l’enthousiasme religieux favorisent le développement de l’art roman. Le dynamisme de l’Occident chrétien se manifeste surtout par son expansion militaire, d’abord en Italie, où les Arabes et les Byzantins sont chassés par les Normands*, puis en Espagne avec la Reconquista. Par l’ampleur des forces militaires engagées et le déplacement massif des personnes et de leurs biens, les croisades restent la grande aventure politique, économique et spirituelle de la chrétienté. Elles favorisent la suprématie de l’Occident sur la Méditerranée. |
| Le pape contre l’empereur |
| L’Église est le ciment de l’Occident médiéval. Dans le village ou en ville, la paroisse est le cadre de vie essentiel. La foi religieuse est intense et de nouveaux courants spirituels se développent. À Rome, le pape cherche à s’imposer comme le chef de la chrétienté. En lançant son appel à la croisade en 1095, Urbain II espère bien renforcer son pouvoir temporel en rassemblant sous la bannière de l’Église les chevaliers les plus turbulents d’Occident. Mais la primauté et l’indépendance du pape sont toujours contestées par certains souverains. Au nom de l’héritage romain, les empereurs germaniques refusent de voir leur prééminence remise en cause. Ce n’est qu’en 1176, avec la défaite de Frédéric Barberousse, que la papauté s’impose et formule l’idée d’une théocratie pontificale. |
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| Diversité politique et religieuse |
| Moins d’un siècle après l’hégire* de Mahomet (570-632) en 622, le monde islamique s’étend de l’Espagne à l’Inde. Tous les territoires sont rassemblés sous l’autorité d’un chef religieux et politique, appelé le calife*. La nomination du quatrième calife Ali entraîne une forte contestation politique qui aboutit aux premiers schismes* de l’islam : les kharidjites* et les chiites* constitueront une opposition constante au pouvoir central d’obédience sunnite*. Aux Omeyyades*, installés à Damas aux VIIe et VIIIe siècles, succèdent en 750 les Abbassides* qui fondent une nouvelle capitale, Bagdad. Aux IXe et Xe siècles, l’Empire musulman connaît un développement économique et culturel sans précédent. Mais très vite, certaines régions s’émancipent du pouvoir central et créent leurs propres dynasties, comme les Omeyyades en Espagne et les Fatimides* de tendance chiite en Égypte. Le califat s’affaiblit de plus en plus et le véritable pouvoir est exercé par des dynasties régionales, autonomes et rivales, qui minent progressivement l’empire. D’origine turque, les Seldjoukides* ont conquis une partie de l’Iran. Ces sunnites constituent un rempart contre l’avancée fatimide en soutenant militairement le califat abbasside. Ils confisquent le pouvoir politique, prennent le titre de sultan* et relèguent le calife à un rôle spirituel. |
| Quand les croisés débarquent en terre d’Islam au XIe siècle, l’Empire seldjoukide est divisé en petits émirats* rivaux. Cette situation politique est une des causes de leur succès. Il faudra attendre Saladin (1138-1193) pour que l’Empire islamique retrouve une unité contre les croisés. À la mort du dernier calife fatimide en 1171, Saladin prend le pouvoir en Égypte où il rétablit le sunnisme, puis en Syrie. Ses successeurs, les Ayyoubides*, règnent jusqu’au milieu du XIIe siècle. Ils sont renversés par les Mamelouks*, d’origine turque. Au milieu du XIIIe siècle, les Mongols*, peuple nomade d’Asie centrale conduit par Gengis Khan (1155, 1162 ou 1167-1227), font irruption au Proche-Orient et détruisent Bagdad en 1258. L’Empire islamique comprend désormais trois grands ensembles : l’Égypte et la Syrie des Mamelouks, l’Asie mineure des Turcs* divisée en émirats, l’Iran des Mongols auquel se rattache à présent l’Irak. Au milieu du XIVe siècle, les Turcs ottomans* dominent toute l’Asie Mineure. Ils prennent Constantinople en 1453 où ils fondent Istanbul, capitale de leur empire qui succède à Byzance. Au XVIe siècle, Soliman le Magnifique (1494-1566) est maître de la quasi-totalité des pays arabo-musulmans. |
| La rivalité entre califats a une incidence directe dans l’Occident musulman. Réfugiés en Espagne, les Omeyyades fondent un émirat autonome avec Cordoue pour capitale et prennent, eux aussi, le titre de calife au Xe siècle. Deux grandes dynasties d’origine berbère* dominent ensuite le Maghreb* : les Almoravides* (1056-1147) et les Almohades* (1130-1269). Ces derniers se sont imposés en Espagne. Après la prise de Tolède en 1085 par le roi de Castille, ils gardent Grenade jusqu’en 1492. Leur chute au Maghreb au XIIIe siècle laisse la place à trois émirats en Tunisie, Algérie et Maroc. Seul le Maroc échappera à la domination des Ottomans. |
| Unité linguistique et culturelle |
| Malgré ses divisions politiques, cet immense empire tire son unité de la prééminence de l’islam et de l’utilisation de la langue arabe, instrument de l’administration et d’une nouvelle culture. L’expansion islamique s’est faite dans la tolérance, sans conversion forcée. Tout en réservant le pouvoir aux musulmans, le Coran accorde aux « gens du livre » un statut légal qui détermine leurs droits et leurs devoirs. Juifs et chrétiens pratiquent leur culte librement et vivent en harmonie avec les musulmans. La civilisation arabo-musulmane, urbaine et marchande, brille par sa culture. Elle a intégré les héritages grec et persan. Intellectuels, savants, artistes et ingénieurs font la renommée de villes prestigieuses comme Bagdad, Damas, Le Caire, Alexandrie, Cordoue ou Grenade. Grâce au développement des techniques d’irrigation, les campagnes sont verdoyantes et abondantes. La prospérité des pays d’Islam et la présence des marchands arabes dans toute la Méditerranée et jusqu’en Chine favorisent le rayonnement de cette civilisation. |




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